Le grand Bob

Le grand Bob, c’est l’exploration de l’âme d’un homme par un ami. Bob s’est suicidé sans laisser de message avec l’espoir (vain) que sa mort passe pour un accident.

Sa lèvre inférieure se gonflait comme si elle allait pleurer. Je lui ai saisi le coude.
 ─ Vous finirez par ne plus y penser, lui ai-je dit sans trop y croire.
Certaines images de Bob lui reviendraient probablement plus d'une fois et lui gâteraient des moments qui auraient pu être agréables.
Ce n'est qu'à l'instant où j'allais la quitter qu'elle s'est décidée à vider le fond de son sac, corrigeant d'un sourire ironique ce que sa phrase pouvait avoir de sentimental.
 ─ S'il s'était montré tel qu'il était, au lieu de toujours faire le clown, j'aurais pu en être amoureuse.
Cette phrase-là m'a frappé. Elle me revient souvent à la mémoire quand je je pense à Bob Dandurand. Au fond, l'attitude d'Adeline n'est pas sans certaines analogie avec mes propres réactions.
Le grand Bob de Georges Simenon
Mais qui était-il vraiment ? Et pourquoi a-t-il mis fin à ses jours ?Qu'est-ce qui m'a poussé à retourner chez Adeline ?
Vu avec mes yeux de médecin, c'est un petit corps ni beau, ni laid, plutôt mal portant, qui manque de globules rouges, et la peau est pâle et molle, trop transparente, la taille étroite, les côtes saillantes, le bassin plus large qu'il n'est d'habitude à son âge. Elle a des seins en poires, sombres au bout, dont la consistance me fait penser à un pis de chèvre.
Elle ne se met guère en frais pour moi et fait plutôt mal l'amour, pour l'excellente raison qu'elle n'y prend qu'un plaisir modéré. Elle est plus occupée, pendant ce temps-là, à m'observer qu'à coopérer et je la soupçonne d'agir de même avec tous ses partenaires.
Pourquoi accepte-t-elle ? Pourquoi n'a-t-elle pas eu un instant d'hésitation ni la première fois, ni les deux autres ? Je me suis posé cette question-là aussi. Il y a le fait, bien sûr, que c'est une sensation plutôt agréable. Je n'en suis pas moins persuadé que, ce qui l'intéresse avant tout, c'est d'acquérir, ne fut-ce que pour quelques minutes, une incontestable importance.Un roman exploratoire sensible qui date pourtant d’une autre époque où l’on retrouve Simenon dans ses travers les plus déplaisants lorsqu’il parle du corps des femmes. Comment pouvait-il comprendre aussi finement l’humain tout en étant aussi fièrement nauséabond ? Une époque misogyne… Seulement ?

Tous les romans durs de Simenon
81. Le grand Bob
80. Crime impuni 82. L’horloger d’Everton (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je n'étais pas à Tilly ce dimanche-là, car profitant de ce que les enfants étaient chez leur grand-mère, nous avions accepté, ma femme et moi, une invitation à passer le week-end chez des amis qui possèdent une propriété en bordure de la forêt de Rambouillet. La journée avait été chaude et lourd avec des menaces d'orage et même quelques grosses gouttes de pluie vers la fin de l'après-midi.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pourquoi Robert, dit le Grand Bob, a-t-il choisi de disparaître en se noyant au cours d'une partie de pêche ? Ami de Bob et de sa femme Lulu, le docteur Coindreau cherche dans le passé de cet homme au tempérament plutôt boute-en-train des éléments qui puissent élucider ce mystère.
Issu d'une famille honorable, Bob a jadis abandonné ses études de droit pour vivre avec la légère et gentille Lulu, chapelière à Paris. Leur vie a été modeste mais heureuse. Alors ?
Alors, Coindreau finira par comprendre le destin de deux êtres qui s'aimaient, et qui n'ont pas voulu être indignes l'un de l'autre...
Une fois encore, le romancier du Petit Homme d'Arkhangelsk, créateur de Maigret, nous fait pénétrer dans le quotidien d'existences ordinaires, dont il sait comme personne exprimer l'humanité, et parfois la grandeur.