Championne

Championne impressionne immédiatement par son style, ses phrases longues comme la page, son rythme effréné, dans le cardio, tout du long.

Vous savez, j'ai appris durant ma petite vie, de l'enfance à ma jeunesse, que les mots, le langage pouvaient aussi être un abri, que savoir dire dans sa tête ce que l'on ressent avec les mots justes, avec la grammaire juste, avec l'image juste, image que je compare à de l'or, à une poudre d'or ajoutée à la structure d'une phrase, d'une pensée, l'image donne de la magie à un discours je trouve, elle le poétise, elle invite le ciel dans son fil, je disais donc que savoir dire est savoir protéger, que le langage peut être un abri et il peut être une arme aussi, si l'on a les mots on peut rendre les coups, les mots ne laissent pas de bleus sur la peau mais ils peuvent gifler le cœur, gifler l'esprit, je veux signifier qu'un simple mot peut mettre à terre son ennemi, peut le dissuader aussi de vous faire à nouveau du mal ; moi j'ai les mots en moi, pour moi mais ils ne parviennent pas à sortir quand ma famille me fait du mal parce que je suis encore liée à eux en raison de la culpabilité, de la soumission parfois et aussi par des petits filaments d'amour qui sont restés, je ne parviens pas à les couper parce qu'ils sont difficiles à couper mais je sais que je vais y arriver et surtout je sais qu'il faut les couper, pour me libérer, pour me sauver.
Championne de Nina Bouraoui
L’histoire d’une jeune fille confrontée à la violence du père et à l’amour bancal de la mère. Et qui frappe les balles de tennis contre le mur pour canaliser la colère et la violence.

Les balles suffiront-elles ?

Un récit hypnotique entre colère et culpabilité qui revient sans cesse sur lui-même et tente désespérément de trouver une issue

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vais vous raconter comment je vais devenir championne, comment je m'entraîne, comment je frappe contre un mur pendant des heures, comment mes mouvements sont des obsessions, de la raquette à la balle, de la balle au mur qui la renvoie, et comment je répète, je redresse, je corrige à l'infini jusqu'à la presque perfection puisque la perfection n'existe pas, cela me rend triste, très triste, l'espoir de la perfection rendrait mon existence plus heureuse, plus facile, cela voudrait dire qu'un jour cessera l'entraînement et la honte de ne pas être la meilleure ; la perfection reviendrait à me libérer, mais comme elle n'existe pas, cette perfection, ma vie risque de ne pas changer, de s'enliser, de m'emporter dans ses torrents de boue, ses torrents de défaite, ses torrents de déception, ses torrents de non-amour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jeune fille, au pied de son immeuble, s’entraîne contre un mur. Elle frappe la balle avec sa raquette, inlassablement, pour fuir la folie de son pays et de sa famille, pour échapper à la colère de son père, à l’amour en désordre de sa mère, à la pâleur de sa soeur. Elle frappe et en elle les mots se bousculent : elle butte contre une faute qu’il lui faut avouer pour grandir et rêver à la femme qu’elle deviendra, qui s’aimera et aimera, qui se sera gagnée, elle.
Nina Bouraoui signe un roman ensorcelant, hypnotique, la confession d’une jeune fille en feu, qui a le don des mots et un regard qui saisit chaque sentiment pour l’explorer, chaque geste pour dire le désir et la beauté.

Solo tu

Ouvrir Solo tu c’est comme se retrouver en un instant en Italie. Après un petit séjour dans le monde alcoolisé de la nuit romaine, c’est embrasser la chaleur et le soleil des Pouilles et plonger dans la mer adriatique.

Lorsque, au réveil, il se voit dans le miroir, les poches sous les yeux sont gonflées et violacées. Ses lèvres pleines n'ont plus l'intensité rouge brillant de la jeunesse, prêtes à embrasser n'importe qui, et ses cheveux sont ternes et gras.
À l'aube des années 1980, Gianni a perdu de sa splendeur. Les beaux habits n'arrangent rien. L'odeur de sa sueur alcoolisée ne part pas au lavage. Les parfums aspergés ne masquent plus le désastre qui s'est emparé de son corps. Il serait temps pour lui de quitter la scène.
Solo tu de Philippe Fusaro
Et la cuisine !

Un voyage avec la chemise ouverte et les cheveux au vent, une histoire d’amitié et de rencontres.

Un livre émouvant porté par une écriture délicate

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le Piper Club, via Tagliamento 9, demeure inchangé depuis ses débuts en 1965. D'autres boîtes de nuit ont poussé dans Rome, copié son style ou tenté de le dépasser, mais le Piper reste le Piper. Un roi en son domaine. La file devant le club s'étend le long du trottoir sur des centaines de mètres et ne s'épuise qu'à deux ou trois heures du matin.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Rome, début des années 1980. Le mythique Piper Club, où se sont produits les plus grands chanteurs italiens, n’est plus ce qu’il était. Gianni, un dandy fatigué, devenu, au fil des années, un élément du décor, y traîne son désenchantement. Au point de laisser Carmela, la pétulante compagne du bassiste punk se produisant ce soir-là, lui confier son petit Giacomo le temps du concert, alors qu’il déteste le punk… et n’est pas supposé savoir y faire avec les enfants.
Mais, quand la jeune femme lui propose de les retrouver pour boire un café le lendemain, avant leur départ dans les Pouilles, il ne dit pas non. Et ne décline pas non plus son invitation d’aller les voir en septembre : « il fera bon et la mer sera encore chaude, lui dit-elle. Cela te fera du bien. Avec Giacomo, nous allons te remettre sur pied. » Et se remettre sur pied, il en a bien besoin : ses réveils, dans les brumes de l’alcool, sont de plus en plus difficiles, de même que ses regrets sont lancinants, d’avoir raté un nouveau départ avec Nico, une fille solaire, qu’il n’a pas su aimer.
Le voilà à Polignano a Mare, balcon sur l’Adriatique, dans la lumière éclatante d’un été qui semble ne jamais vouloir finir. Giacomo l’a accueilli en se jetant à son cou, Carmela – qui à Rome avait spontanément accordé sa confiance au fêtard invétéré dont la réputation le précédait – lui ouvre grand les portes de sa maison suspendue sur la mer. Le père du petit garçon a fait ses valises, et les nouveaux colocataires vont bien vite trouver leur place dans le trio indéfectible qu’ils vont former, tissé de complicité, de tendresse et d’une grande pudeur. Ils sont bientôt rejoints par Corrado, le libraire de la petite ville, un merveilleux autodidacte avec qui l’entente est immédiate. Les rires, les cafés du matin, les dîners tardifs, les plongeons dans la grande bleue rythment les journées, le temps s’étire. Et si Gianni finit par rentrer à Rome, pour « régler des affaires », il promet de revenir.
Quand, trois saisons plus tard, il retrouve ses comparses, un vent mauvais s’est levé, et il faudra bien la force de leurs liens pour l’affronter.
Avec une remarquable intelligence de ses personnages et une extrême délicatesse, Philippe Fusaro nous entraîne alors vers un dénouement aussi poignant qu’inattendu, qui nous laisse sur la crête de l’émotion, au diapason de ce lieu âpre et lumineux qu’on rêve de ne jamais quitter.

Si j’étais un arbre

Adressé à un public jeunesse, ce petit livre tente d’embrasser beaucoup de causes. Écologie, inclusivité, activisme, végétarisme, respect des autres et de la nature, transidentité… Pourtant, même si cela peut sembler beaucoup (et parfois en être même caricatural), c’est plutôt réussi.

Je les ai laissées à leur bourrasque familiale et je suis allée chez Cassandre, ma pote Cassandre, qui n'est ni fille ni garçon, mais qui est tout pour moi, et qui me trouve géniale absolument géniale.
Je dis elle, parce qu'elle préfère le féminin. En ce moment. Ça peut changer. Des fois c'est il. Elle n'aime pas iel parce que ça la perturbe assez d'être plusieurs, elle veut un pronom personnel stable le temps qu'elle le porte, quitte à en changer tout le temps. Ça n'est pas toujours facile, la transidentité, même si c'est le truc le plus passionnant que j'aie eu à observer depuis que j'observe.
J'adore observer, si possible, depuis le haut d'un arbre.
J'adore les arbres.
Chez mamie, il y a un noyer fantastique où je passe mes journées d'été. Je lis. J'écris. Je me fais arbre. Ça me va.
Si j’étais un arbre de Catherine Zambon
Alors oui, c’est un peu mignon et les émotions sont un poil exacerbées, mais cela ne correspond-il pas exactement à l’âge de Violette et Cassandre ?

Allez ! Tous à la ZàD avant que la forêt ne disparaisse sous les coups des pelleteuses et des tronçonneuses

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pla Perré, c'est le lieu où nous devions passer des vacances tranquilles avant que tout n'explose.
Juillet sera à jamais ce mois où la vie sauvage m'a engloutie.
La montagne, c'est là où tout s'est passé.
Tout.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Violette adore se réfugier dans les arbres. Peut-être une manière de fuir l’encombrant amour d’une mère et d’une grand-mère. Son amour à elle, il va tout entier à Cassandre, qui est fille un jour et garçon le lendemain si ça lui chante.

Lorsque débarque un soi-disant grand-père, tout bascule. Et alors, grimper dans les arbres prendra un sens vertigineux. Celui de l’engagement, de la lutte et de l’espoir.

Dans la jungle

En commençant cette histoire par la fin, Adeline Dieudonné nous plonge immédiatement dans un malaise qui ne se dissipera pas avant la dernière page tournée… Et bien après encore.

Rares sont les circonstances qui nous permettent de savoir, à l'instant où on prend son petit déjeuner, que ce sera le dernier. Qu'après cette bouchée de pain beurré, on n'avalera plus rien, que plus un seul aliment ne passera par notre œsophage, ne sera dissous par notre estomac, digéré par nos intestins. Que toutes ces fonctions que notre corps a exercées pendant des décennies sans qu'on y pense vont s'interrompre sans préavis.
Ce matin-là, Yves mangea une orange, quelques tranches d'avocat sur un toast et un café allongé sans sucre.
Dans la jungle de Adeline Dieudonné
Car juste après cette sordide conclusion, commence ce drame que l’on sait inéluctable. Pourtant, les signes sont infimes, la progression insidieuse, et les red-flags ne pourraient sembler évidents qu’à postériori.

Et toute la puissance de ce livre tient dans cette lente progression et dans la faiblesse des signaux.

Une démonstration

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Si le notaire est ému, il n'en laisse rien paraître. Décontraction mesurée, pantalon beige, chemise à carreaux, lunettes à monture légère, la cinquantaine tonique, il descend l'escalier de marbre qui mène à sa salle d'attente la mine affable, concentrée. Il salue d'une poignée de main les deux femmes qui viennent d'entrer, les invite à le suivre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jolie villa dans le Brabant wallon, l’été à la mer, l’hiver au ski, deux enfants : Aurélie et Arnaud se sont construit une vie qui leur ressemble. Pourtant, un soir d’été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider.

Adeline Dieudonné rembobine le film de l’histoire de ce couple, du premier regard à la mise en place d’un quotidien bourgeois. À chaque étape, la mécanique prend forme sous nos yeux, insidieuse, inéluctable.

Chronique d’une mise à mort annoncée, ce roman haletant nous entraîne au cœur de la bourgeoisie belge, où il est courant de tutoyer son banquier et où la violence se dissimule derrière les façades de briques blanches.

T’es pas ma mère

Il faut s’accrocher un peu pour cette lecture. Non pas que le livre tombe des mains, mais il me semble impossible de ne pas sortir bouleversé par cette histoire de naissance sous X et d’adoption.

Le 19 octobre
Bon, avant-hier je me suis arrêtée au milieu de ma lettre. Je t'en voulais tellement que j'ai tout cassé dans l'appartement.
Les vitres, les portes, le balcon.
Je ressentais comme le jour où j'avais voulu te trancher la gorge avec le sabre de papi. John, qui ne m'avait jamais vue dans cet état-là, n'en revenait pas. Il m'a emmenée de force dans la crique la plus proche et m'a jetée à l'eau tout habillée. L'eau était glacée. Mon jean lourd et collant me gênait pour nager. Mais ça m'a calmée.
T’es pas ma mère de Prune Berge
Pourtant, si ce tout petit roman épistolaire pêche probablement, c’est par la violence de son implacable piège émotionnel.

Dès les premières pages, impossible de ne pas se laisser emporter par une déferlante mélo qui ne s’apaisera pas avant d’avoir refermé la couverture.

Parfait, brillant, impressionnant… Mais too much

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ma fille,
Sans doute n'ai-je pas le droit de t'appeler ainsi. Mais tu existes, je viens de l'apprendre, tu as vingt ans. Je ne sais pas encore si j'écris cette lettre pour toi, pour moi, ou comme pour tisser des fils entre deux océans.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Adoptée à la naissance. Stéphanie a vingt ans quand elle reçoit une lettre de sa mère, qui a accouché sous X.

En lisant le récit des circonstances de sa conception et de sa naissance, la jeune femme, qui se croyait en rupture de lignage, découvre qu'elle doit compter à présent avec une autre mère et qu'il lui faudra concilier deux familles, avec leurs territoires génétiques et leurs pays dans la peau. Mais deux mères, cela demande « deux mers » à traverser, afin de pouvoir soi même mettre au monde un enfant sur une rive qui porte un nom.

Dans ce texte épistolaire sur le thème de l'adoption, la simplicité de l'écriture nourrit une émotion dont la force ne prétend qu'à celle du témoignage.

¡Vamos!

Olivia Ruiz continue à explorer les liens familiaux (les siens ?) avec ¡Vamos!

Mon cœur s'est serré parce que tout à coup j'ai imaginé Ennio plus grand, ici, sans moi, avec Fahiza, Mohammed et Aschraff, réunis telle une vraie famille. Je me suis sentie comblée. Ce soir se tissaient les prémices de liens qui traverseraient le temps et les âges. Ici Ennio aurait toujours une porte à laquelle frapper, et derrière celle-ci de belles personnes pour l'accueillir. Avec ou sans moi. Et cette pensée était encore plus apaisante que la Biafine qui recouvrait mes coups de soleil.
Tandis que nous nous dirigeons vers l'hôtel, la voix de Mohammed nous rattrape. Nous faisons volte-face.
 ─ À demain ! Et toujours j'ai la joie de vivre. Je me lève chaque matin...
 ─ Et je remercie Allah de protéger ceux qu'il me reste! enchaînons-nous en chœur Ennio et moi, faisant éclater de rire l'assemblée.
¡Vamos! de Olivia Ruiz
Comment transmettre la joie de vivre à son enfant et l’aider à grandir ?

Et c’est chou. Peut-être un poil naïf et mélo avec un peu trop de guimauve, mais touchant et plein d’amour

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis une mauvaise mère. Une mère désespérée. Une mère me direz-vous. J'exerce ce travail auquel aucune école ne prépare, alors qu'il mériterait des études supérieures pour éviter trop de dommages collatéraux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
D'Orlando à Madrid, du café de Marseillette aux rives du Nil, des poésies déclamées sur le port d'Essaouira aux fêtes endiablées de La Havane, Lola s'est donné un an pour transmettre à son petit garçon Ennio ce que l'école ne pourra jamais lui apprendre mais que peut une mère : l'amour de la vie et de l'autre.

Et si en chemin elle pouvait se retrouver elle-même, leur échappée prendrait tout son sens...

Porté par la plume racée d'Olivia Ruiz, à la fois poétique et puissante, ¡ Vamos ! nous entraîne dans un tourbillon d'émotions et de sensations, de couleurs et de saveurs. Un voyage à l'énergie contagieuse, une ode à la filiation, un roman à fleur de peau.

Zones à défendre

Il est impressionnant de lire dans cette fiction la même histoire que Florence (sœur jumelle de Béné) raconte dans ses bandes dessinées autobiographiques. Difficile de ne pas y reconnaître les bondieuseries familiales et ce petit bout de forêt en péril ressemble fort au paradisiaque Nagot.

Et la lèpre de la haine en ligne s'abattit sur le monde. Rien ne pouvait endiguer ces débordements d'un bourbier venu des profondeurs de la nature humaine, fosse septique où fermentaient la frustration, la colère, la solitude, la paresse intellectuelle, la bêtise sans fond. Au lieu de transformer leurs déjections intérieures en engrais fertile, les aboyeurs éclaboussaient le web de leurs excréments.
Zones à défendre de Bénédicte Dupré la Tour
Ici, plusieurs zones à défendre se répondent et résonnent dans une brillante construction. Mais dans ce livre de combat, les forces semblent bien inégales.

Un livre magnifique porté par de bien frêles combatant·e·s

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Debout, les vrais-vivants. Debout, les cabossés, les hutte-taupistes, les militerre, les rêvilleros, les va-t-en-paix, les têtes cramées, les va-nu-cœur. Debout, les insurgés des marges, les fouisseurs d'espoir. Debout, et ventre à terre, faire flotter les bannières, tirer les haubans, debout. Debout, debout, les vrais-vivants. »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après cinq années à l'étranger, Clémence, la trentaine, revient en France. Elle doit piloter la création d'un centre de stockage de déchets dans le village de Saint-Romain. Ce village, elle le connaît bien, malheureusement : c'est celui où vit sa mère, Sylvie, tombée dans le complotisme au moment du Covid. Son frère, Tristan, poète anarchiste, gravite lui aussi dans les marges. Tiraillée entre sa loyauté familiale et sa fidélité à l'entreprise, Clémence devra amadouer Sylvie, rétive à l'idée de convertir quelques arpents de forêt en champ d'ordures, et parer aux incessantes critiques de son frère. Ce trio familial est à l'image d'une société fragmentée où les discours s'affrontent en archipels irréconciliables. Que reste-t-il alors d'une vérité commune ?
Porté par une écriture jouissive, Zones à défendre raconte l'ironie d'un monde désenchanté, mais aussi la poésie des utopies réalisées. Ce roman explore la bataille des récits - complotistes, politiques, intimes - et fait le pari que, en s'assumant comme fiction, la littérature peut encore dire vrai.

Le cocon

Cette biographie dessinée de Judith Scott est déchirante. Si le dessin a mis un peu de temps à me convaincre, l’histoire de cette artiste trisomique et sourde est emblématique du sort des personnes handicapées au siècle précédent (et ce n’est pas si vieux !).

Le cocon de Alexandre De Moté, dessins et couleurs de Natacha Sicaud, avec une préface de Lucienne Peiry
Le parallele avec Mon vrai nom est Elisabeth est évident. Incompétence, maltraitance, camisole chimique, isolement, brutalité, chirurgie, absence d’empathie… la vie en institution pouvait (sans généralisation !) être inhumaine.Mais c’est aussi l’histoire de sœurs jumelles, de séparation et de retrouvailles, d’amour et de lien

Une bio préfacée par Lucienne Peiry, ex-directrice de la magnifique collection d’art brut de Lausanne qui lui consacra une exposition en 2001
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Alors, les filles, on rêve d'un beau mariage ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Née en 1943 dans l’Ohio, Judith Scott est atteinte de trisomie 21 et de surdité. Dans l’Amérique des années 1950, son handicap est mal compris : jugée « inapte », elle est séparée de sa famille et surtout de sa sœur jumelle, Joyce, avec qui elle entretenait un lien profond malgré l’absence de langage verbal commun. Commence alors pour Judith une longue période d’institutionnalisation, loin des siens.

Trente-cinq ans plus tard, Joyce parvient à obtenir la tutelle de sa sœur et lui offre une nouvelle vie. Installée à Oakland, Judith rejoint le Creative Growth Art Center. C’est là, à 44 ans, qu’elle découvre la sculpture textile : des objets enveloppés de fils, des formes mystérieuses et organiques qui deviennent son mode d’expression privilégié. À travers ces œuvres singulières, Judith tisse un langage propre, intime, presque thérapeutique, et se reconnecte peu à peu au monde. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une figure majeure de l’Art Brut.

Basée sur une documentation riche, cette biographie retrace le destin exceptionnel de Judith Scott (1943-2005). De l’enfance brisée à l’émergence de son œuvre, elle interroge notre rapport à la différence, à la création et à l’inclusion. Préfacé par Lucienne Peiry, historienne de l’art et ancienne directrice de la Collection de l’Art Brut à Lausanne, ce roman graphique bouleversant signé Natacha Sicaud et Alexandre de Moté nous invite à regarder autrement l’art et le handicap.

Juste après la vague

Tiré du roman éponyme de Sandrine Collette, cette vague explore les dilemmes insolubles, la culpabilité et la force des liens familiaux.
Le tout dans une insoutenable tension post-apocalyptique.

Juste après la vague de Dominique Monféry, d’après le roman de Sandrine Collette
Le traitement du scénario et les dessins de Dominique Monféry sont parfaits. Le trait est fin, soutenu par des aquarelles au service de l’histoire avec des planches d’une grande beauté.C’est beau et bien et, en plus, porteur de messages forts

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Coucou mes belles !
C'est moi que voilà !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une vague géante déferle sur le monde et engloutit tout sur son passage. Le monde que connaissait Louie et sa famille a disparu, mais eux ont survécu. Du haut de leur colline devenue îlot, leur quotidien est étrangement tranquille et bien réglé : maman prépare le café, les enfants se lèvent grâce à la délicieuse odeur des tartines grillées, papa récolte les œufs frais du matin tandis que la mer, elle, monte chaque jour un peu plus.

Les parents n'ont d'autres choix que de faire face à la montée des eaux. Seulement, il n'y a pas assez de place dans la barque. Quels enfants laisser derrière ? Sera-t-il possible de revenir les chercher ? Seront-ils capables de survivre jusque-là ?

D'après le roman de Sandrine Collette

Chez Krull

Comme il est paradoxal de trouver dans ce livre une phrase aux forts relents antisémites alors que Simenon décrit ici si bien (en 1939 !) les mécanismes d’exclusion et de rejet de l’autre et de l’étranger (en l’occurrence des allemands).

On ne pouvait pas pleurer, personne ! On était sous pression ! On ouvrait la bouche pour dire quelque chose et on ne prononçait pas un mot ! Que se passait-il là-haut ? Pourquoi le silence absolu ? Un silence à n'en plus finir ! 
Un charretier entrait, son fouet sur l'épaule, lançait familièrement :
- Sers-moi un petit marc.
Anna le servit, remplit trop le verre et eut la présence d'esprit de saisir un chiffon pour essuyer le comptoir.
Chez Krull de Georges Simenon
Simenon qui démontre si bien la bêtise (méchante et gratuite) des mouvements de foule et de rejet de l’autre se prendrait-il lui même les pieds dans le tapis.

A bien y regarder, la tirade antisémite est prononcée par Hans, le cynique profiteur des Krull, celui par qui le malheur arrive. Alors, cela reste difficile à lire (et je ne le retranscris pas ici), mais à nouveau, Simenon raconte son époque, sans fards. L’homme, moche qu’il est.

Et la seconde guerre mondiale éclate la même année

Adapté par Jacques Fansten en 1988 sous le titre Le mouchoir de Joseph
Tous les romans durs de Simenon
35. Chez Krull
34. Le bourgmestre de Furnes 36. Le Coup de Vague
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
De la maison Krull, de la famille Krull, ce que Hans ─ qui était un Krull aussi, mais un pur, un Krull d'Allemagne ─ découvrit en premier lieu, avant même d'être descendu de taxi, ce fut une réclame en papier transparent collée sur la porte vitrée de la boutique.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Allemands installés en France depuis plusieurs années, les Krull tiennent une épicerie où les mariniers du canal voisin viennent boire un coup le soir, après le travail. Mais un jour, le corps d'une jeune fille est retrouvé dans le canal. Elle a été violée et étranglée. Or c'est Hans Krull, un cousin arrivé depuis peu, qui l'a découvert. Bientôt de vieilles rancunes refont surface, les accusations se précisent, les langues se délient... Ces Krull, ce sont des étrangers, non ?