In limbo

In limbo raconte les difficultés d’une jeune immigrée coréenne aux États-Unis. Racisme, difficultés d’intégration et problèmes d’identité. A cela s’ajoute une mère culpabilisante aux injonctions toxiques. Un très bon cocktail pour préparer une dépression et une tentative de suicide.

In limbo de Deb JJ Lee, trad. de Léana Félix
Une histoire intime et sensible. Celle d’un parcours chaotique vers un épanouissement personnel et une relation mère-fille apaisée.Un album monochrome bleu pétrole très réussi avec un grain d’image qui apporte beaucoup douceur à cette autobiographie qui en manque cruellement

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je peux changer mon apparence.
Enfin, dans ma tête.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La famille de Deborah (Jung-Jin) a émigré de Corée du Sud aux États-Unis. Depuis ce jour, elle se sent différente. Comme si un monde la séparait des autres.

Enfant, elle a eu du mal à s'adapter. Elle n'arrivait pas à parler anglais. Des années plus tard, c'est tout l'inverse. Elle ne parle plus coréen. Elle tente de s'intégrer, mais rien ne va. Ses professeurs n'arrivent pas à prononcer son nom coréen. Son visage n'est pas comme celui des autres. Surtout ses yeux. Elle voudrait tout changer et être « normale ».

Aujourd'hui, Deb est au lycée, et tout est encore plus difficile. Ses amitiés changent, évoluent, se brisent. Elle n'arrive plus à suivre en cours. Les disputes avec sa mère dégénèrent. Elle est coincée dans les limbes, prisonnière du vide, sans le moindre refuge. Sa santé mentale s'effondre. Confrontée à une telle souffrance, elle tente de se suicider.

Mais Deb est forte. Elle veut guérir. Elle essaye. Chaque jour est une bataille. Pas à pas, elle tente de reconstruire son monde, grâce à l'art et à la psychothérapie. C'est en prenant soin de sa santé mentale, émotionnelle et physique qu'elle va renouer avec son héritage coréen. Un travail qui l'aidera à comprendre qui elle est.

Quartier nègre

Coincé en Amérique du Sud après la faillite de l’entreprise qui les y a envoyé, le couple Dupuche peine à réagir. Pise en main par les expats français Germaine arrive à peu près à s’en sortir alors que Jo s’enfonce dans l’alcool de mauvaise qualité et s’en va vivre avec une (très) jeune femme noire.

Qui est-ce qui aurait pu comprendre ces choses-là comme lui ? Il ne se fâchait jamais. Il n'en voulait à personne, même s'il pensait à la rue ensoleillée d'Amiens où il traçait des cercles à la craie sur le mur de l'école pour tirer avec un fusil à air comprimé.
M. Philippe non plus ne disait jamais rien. Il avait les mêmes yeux qui semblaient vides, parce qu'ils regardaient en dedans !
Quand Dupuche avait bu ses deux verres de chicha, il traversait la voie du chemin de fer, à côté de la gare. Il subsistait une bande de sable entre le talus et la mer, à cent mètres à peine de la rue bétonnée et des grands bazars.
Et là, il y avait des huttes, quatre exactement, des huttes pareilles à celles du centre de l'Afrique.
On n'était plus à Panamá, ni en Amérique centrale. On n'était nulle part: en plein air, parmi l'herbe et le sable gris, de vieilles caisses devenaient des tables et des enfants tout nus se traînaient par terre.
Quartier nègre de Georges Simenon
Un roman des années 30, du temps des colons, du racisme, des castes et des classes.

Une histoire sans fards, moche, sale, puante. Et pourtant, comme à son habitude, Simenon dépeint avec le plus de réalisme possible ce qu’il voit. Une veule humanité

Adapté en téléfilm par Pierre Koralnik en 1990 avec Tom Novembre, Fabienne Babe, Jean-Paul Roussillon et Jacques Denis
Tous les romans durs de Simenon
18. Quartier nègre
17. Long cours 19. L’assassin
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Je ne vois que des nègres, avait murmuré Germaine, alors que le navire manœuvrait encore et que, du haut du pont-promenade, elle voyait se rapprocher lentement un quai où attendaient deux rangs de dockers noirs.
Et son mari avait murmuré sans conviction :
─ Évidemment !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L'Amérique du Sud, cela peut faire rêver. Le canal de Panama... les Antilles... la jeune puissance américaine qui grandit, la fortune possible et l'exotisme des paysages, l'excitation de l'aventure, le risque de croiser d'anciens forçats de Cayenne...
Cela peut aussi devenir l'enfer : une mort lente sous tropiques. Joseph, fiancé depuis deux et marié depuis peu, débarque à Panama la zone du Canal. Il croyait faire escale se retrouve bloqué. La compagnie qui l'embauchait a fait faillite.
Plus de ressources. d'argent. Joseph ne sait plus que faire. Son épouse, si jeune, le regarde autrement. Que sait-il d'elle finalement ? Que sait-elle de ? Entre espoir, survie et quartier réservé aux putes à matelots, quelle sera la fin ?

Un violent désir de chaleur humaine

Tania de Montaigne poursuit son analyse du racisme avec une version plus personnelle suite à la réception de messages haineux sur les réseaux sociaux.

Cest pas moi, c'est lui.
C'est pas moi, c'est elle.
La faute de l'Autre.
Tout le monde veut être parfait, un vrai petit ange. N'est-ce pas? C'est le bouc émissaire qui fait tenir debout ce bel édifice de perfection. Il permet à la société de rendre réels les mythes de vertu et de pureté. Tout le monde veut être vertueux. Non? Il y a d'un côté la société saine, angélique, et de l'autre le bouc, élément impur, nuisible, diabolique, coupable. Forcément coupable. Regarde, depuis la nuit des temps les discours, les programmes, les dictatures, les autocrates, tous adossés au bouc émissaire. Le bouc est à lui seul la solution et la cause de tous les problèmes. Il ne demande aucune réflexion, grâce à lui plus besoin de penser. Il est la maladie et le médicament, le poison et le remède, le pharmakon. C'est parce qu'il est là que tout va mal, mais c'est parce qu'il est là qu'on peut affirmer qu'après lui, tout ira bien.
Un violent désir de chaleur humaine de Tania de Montaigne
Elle y soulève quelques évidences, certes, mais qui méritent d’être répétées !
Si l'on admet que ça n'est pas le réseau qui a fait l'Homme mais que c'est bien l'Homme qui a créé et alimente les réseaux, c'est que quelque chose de nous-mêmes doit être réfléchi.
Notre rapport à la violence.Le triste constat d’une société individualiste, rongée par la haine et les injonctions qui font le succès et l’argent des GAFAM et autres TikTok.

Un appel à retrouver notre vitale humanité

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Et puis, j'ai posté une photo de moi un peu floue prise sur un bateau-mouche avec ce commentaire, « Quel plaisir de retrouver les amis ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger… »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s’est brisé. Il ne s’agit plus d’un malaise ni d’un combat entre le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d’enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?

L’assignation : les Noirs n’existent pas

Difficile d’écrire à chaud une critique de ce petit essai-récit. D’autant plus difficile en tant qu’homme blanc, hétéro-cis n’ayant jamais à subir quelque discrimination en raison de ma religion, couleur, sexualité, genre, sexe, apparence ou appartenance.

« Qui est cette Noire au nom de Blanc ? »
Avec un nom comme le mien, on se retrouve souvent dans des situations où l'interlocuteur qui vous fait face doit trouver des raisons cachées pour justifier de ne pas vous louer l'appartement qui, pourtant, au téléphone, vous semblait promis. Avec un nom comme le mien, il faut qu'un employeur déploie des trésors d'invention pour justifier de ne pas vous embaucher alors que la lettre de motivation, à laquelle vous n'aviez pas joint de photo, semblait parfaitement correspondre au poste. Avec un nom comme le mien, il arrive souvent que l'on dise : « Ah, c'est drôle, je ne vous voyais pas comme ça. »
L’assignation : les Noirs n’existent pas de Tania de Montaigne
Mais qu’est-ce que cette assignation dont parle Tania de Montaigne ? Si ce n’est ce réflexe de mettre toutes et tous dans le même panier en fonction d’un unique critère, au choix : les Femmes, les Noirs, les Juifs, les Musulmans, les Homosexuels…

Un texte court, mais point trop n’en faut pour être clair et ouvrir une porte à un peu plus de réflexion sur le racisme et de l’un de ses pendants récent, la question de l’appropriation culturelle. A qui appartient une culture ? Comment pourrais-je, par ma couleur de peau, mon genre, sexe ou ma religion… automatiquement être assigné à une culture ?

Bien des questions qui vont me démanger encore un moment

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Et vous, en tant que Noire, qu'est-ce que vous en pensez ?
Été 2016. Une journaliste française souhaite avoir mon avis sur un sujet brûlant: Katy Perry, chanteuse pop américaine blanche, interprète du fameux I Kissed A Girl, s'est fait des tresses africaines. Katy Perry s'est fait des tresses. Il s'agit là d'un cas manifeste « d'appropriation culturelle », du moins c'est ce qu'en pensent des associations qui se sont senties profondément choquées par ce choix « déplacé et irrespectueux à l'égard de la culture Noire ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans ce récit bref, puissant et personnel, Tania de Montaigne revient sur son parcours pour interroger une société où le racisme et l'antiracisme se répondent désormais avec le même langage.

« Trois jeunes femmes étaient assises, non loin de moi, dans un restaurant. L'une a dit : "Je n'ai jamais couché avec un...enfin tu vois...un Jaune". "Moi, c'est avec un Noir que je n'ai jamais couché" a dit la seconde. "Faut dire qu'ils sont équipés!" a renchéri la troisième, "Les Noires, elles, elles peuvent, elles ont des grands vagins." "Ah bon ?" a dit la seconde. "Bah, oui, c'est comme pour les femmes... enfin... les Asiatiques, elles ont des sexes plus courts, c'est prévu pour." Ce jour-là, j'ai donc appris que, comme toutes les Noires, j'avais un grand sexe.

Oui, mais qu'est-ce qu'une Noire ?

J'essaie de me souvenir du temps où je n'étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Un adjectif, pas un nom. Une simple couleur. Je passe en revue les souvenirs, la cité, l'école, les premiers boulots...Mais dans toutes ces images, je suis déjà Noire.
Alors, qu'est-ce qu'une Noire? D'ailleurs, est-ce que ça existe ?

Et si les Noirs (et tous ceux dont on peut parler en ayant l'illusion qu'en mettant une majuscule on a tout dit d'eux) n'existaient pas ? »

Elise et les nouveaux partisans

Dans cette fiction autobiographique, Dominique Grange raconte la vie de Elise, militante maoïste en France dans les années 60-70. Mis en images magnifiquement par Tardi, cette bande dessinée offre un point de vue central, immergé, sur la vie de jeunes gens qui ont cru et se sont battus pour un monde plus juste, moins raciste, plus respectueux.

Elise et les nouveaux partisans de Dominique Grange, dessins de Jacques Tardi
Une lutte qui peut paraitre pleine de candeur face à la démesure des moyens et la violente répression auxquels ils et elles firent face.

Un album qui pêche possiblement par sa volonté de trop en raconter et qui aurait peut-être gagné à une tomaison ou à plus d’aération tant il est dense.

Un témoignage intime et vécu sur les luttes anticolonialistes, la violence policière et le racisme qui la gangraine, le pouvoir aux mains des entreprises et du capital et finalement, sur les idéologies militantes

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis « montée » à Paris en 1958, pour y poursuivre mes études. En Algérie, depuis 4 ans déjà, c'était la GUERRE, une guerre de libération nationale que le gouvernement français persistait à appeler « les évènements d'Algérie » !
Très vite, grâce à Malika, une jeune Algérienne qui travaillait au restau, j'ai compris que des populations différentes peuvent co-exister dans une même ville, sans rien savoir l'une de l'autre


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Elise, jeune chanteuse « montée » de Lyon à Paris en 1958 pour tenter sa chance, tourne le dos au showbiz suite au mouvement contestataire de Mai 68. Refusant le « retour à la normale », elle rejoint le maquis des luttes contre l'exploitation, les injustices sociales, le racisme. Un parcours atypique qui nous mène de la guerre d'Algérie jusqu'à la fin des années 70 et dont le personnage central s'incarne dans des images riches et parfois glaçantes.

Elise et les Nouveaux Partisans entraîne le lecteur, avec toute l'acuité du vécu mêlé au romanesque, dans le sillage de cette jeune femme qui se définit elle-même comme « engagée à perpétuité ».

Tardi et Dominique Grange signent ici un roman graphique intense et passionnant, dont l'écho résonne aujourd'hui plus fortement que jamais, dans une France toujours déchirée par les inégalités et les injustices.

Toutes les époques sont dégueulasses : ré(é)crire, sensibiliser, contextualiser

De la marchandisation de l’art…

Réécrire ou récrire des ouvrages pour ne pas blesser ou pour mieux vendre ? Dans ce petit, tout petit livre, Laure Murat tente de préciser la question et d’éclaircir un peu le sujet afin d’arrêter de tout mélanger. Et elle le fait très bien !

Une affaire de gros sous
Dans la plupart des cas, la visée n'est pas prioritairement la morale, l'antiracisme ou la lutte contre les violences sexistes, comme on essaie de nous le faire croire, mais plus simplement l'argent. Car ces œuvres, qui sont toutes des best-sellers mondiaux, sont en passe de ne plus correspondre aux attentes des nouvelles générations. C'est exclusivement pour conserver leur valeur lucrative que les éditeurs ont procédé à ces nettoyages approximatifs, avant que les héros canoniques comme Miss Marple ou James Bond, notoirement racistes et sexistes, ne deviennent complètement ringards. Et ce n'est évidemment pas un hasard si les œuvres de Roald Dahl ont été récrites juste avant la vente massive des droits à Netflix.
Toutes les époques sont dégueulasses : ré(é)crire, sensibiliser, contextualiser de Laure Murat
Mais ça ne va pas beaucoup plus loin que l’éclaircissement. Et même si elle y précise bien son point de vue, le sujet est bien vite clos.

Une excellente introduction pour commencer à penser sur de bonnes bases en ayant précisé de quoi il était sujet

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Faut-il réécrire les classiques de la littérature ? », « Doit-on réécrire nos livres pour ne pas offenser les sensibilités ? », « Faut-il adapter les classiques à leur époque ? », « Réécriture de romans, une histoire ancienne ? »... Difficile, ces derniers temps, de ne pas tomber sur ces questions pointant, ici, la nécessité de réviser le sexisme de James Bond et le racisme d'Agatha Christie, ou, là, l'antisémitisme de Roald Dahl, en remplaçant des termes jugés offensants pour les minorités.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Depuis quelques années, un malaise s'est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations.

Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S'il s'agissait, dans bien des cas, d'argent et non d'éthique ? Et si la censure n'était pas du côté qu'on croit ? Et si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ?

À l'aide de quelques exemples, Laure Murat tente de rebattre les cartes d'une polémique qui, à force d'amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique.

Auassat : à la recherche des enfants disparus

Lu juste après Qimmik, mais aussi il y a quelque temps Maikan de Michel Jean, ce livre en est le documentaire. Auassat plonge dans les plaies encore saignantes des peuples premiers du Canada. Vols d’enfants pour l’adoption, viols, racisme, abus sexuels, emprise, morts suspectes, disparition des corps… Des grosses saloperies perpétrées par des religieux, des oblats, curés, missionnaires… et couvertes par leurs hiérarchies et avec (pour le moins) la complaisance de l’état.

Que l'on soit à Opitciwan, Wemotaci ou Manawan, il suffit de tendre l'oreille pour entendre des histoires d'enfants perdus. Il n'y a pas une famille atikamekw qui n'a pas connu la souffrance de perdre la trace d'un enfant. Un premier décompte m'indique que 30 familles ont perdu 46 enfants. Et ce n'est que le début.
Auassat : à la recherche des enfants disparus de Anne Panasuk
Dans cette enquête, Anne Panasuk de Radio-Canada tente d’aller au fond des choses, mais ses recherches montrent un abyme sans fin au ramifications dans tous les territoires et villages.Mes recherches m'indiquent que toutes les communautés innues de la Côte-Nord ont subi un missionnaire oblat agresseur, sauf une. 
C'est Robert Dominique qui me l'apprend, avec l'humour caractéristique des Innus.
 - La seule communauté à ma connaissance qui ont jamais eu de problème avec des curés, c'est la communauté d'Essipit.
 - Pourquoi ?
 - Parce qu'ils n'ont jamais eu de curé.
 - Evidemment. Pas de curé, pas de problème.
 - Voila.

Une enquête sérieuse et impressionnante, qui cite les noms des coupables et laisse la parole aux victimes

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Que de souvenirs me reviennent lorsque la vidéo de Joyce Echaquan, cette mère de famille atikamekw, est diffusée publiquement, nous faisant voir et entendre les insultes racistes dont l'infirmière et la préposée de l'hôpital de Joliette ont accablé la femme au lieu de la soigner.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Auassat – « les enfants », en innu – dévoile un chapitre ignoré de nos relations avec les Premières Nations, une histoire terrible qui explique les traumatismes transmis d’une génération à l’autre, jusqu’à aujourd’hui.

Au début des années 1970, des enfants autochtones sont disparus après avoir été envoyés à l’hôpital pour y être soignés sans leurs parents. Certains, déclarés morts alors qu’ils ne l’étaient pas, ont été adoptés. Plusieurs ont perdu la vie sans que leurs proches en aient été avertis. Encore aujourd’hui, les familles cherchent ces enfants qui n’ont jamais été oubliés. Contactée par ces dernières, la journaliste Anne Panasuk se lance en 2014 dans une enquête pour savoir ce qui leur est arrivé. Ses recherches lui apprennent que le même scénario d’horreur s’est produit dans plusieurs communautés autochtones et la conduisent finalement sur la piste des Oblats de Marie-Immaculée, qui régnaient en rois et maîtres chez les Innus et les Atikamekws. De fil en aiguille, l’enquête qu’elle a menée sur le terrain lui a permis de documenter également les agressions sexuelles commises par dix missionnaires dans huit communautés autochtones au Québec jusqu’à l’orée du XXIe siècle. Dans ce livre, dont la recherche documentaire est en partie tirée du balado Histoires d’Enquête : chemin de croix et de l’émission Enquête, mais enrichie de matière inédite depuis ces deux diffusions, Anne Panasuk donne la parole à des Autochtones de tous âges qui, se sachant entendus, ont décidé de briser le silence. De victimes, ils deviennent survivants et retrouvent ainsi leur dignité.

Noire : la vie méconnue de Claudette Colvin

J’avais vraiment aimé la biographie éponyme de Tania de Montaigne dont cette bande dessinée est tirée ; une adaptation très réussie.

Désormais. vous êtres noir.
Un noir de l'Alabama.
Dans les années 1950.
Noire : la vie méconnue de Claudette Colvin d’Émilie Plateau, d’après Tania de Montaigne

Avec le temps, d’autres détails me semblent apparaître encore plus clairement comme le problème de l’intersectionnalité (racisme, sexisme, mépris de classe) ou l’invisibilisation de Claudette Colvin.

Une grande BD aux tout petits personnages d’une autrice que je découvre émerveillé par ses décors et ses petits dessins très chou

Pour la découvrir aussi

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Prenez une profonde inspiration. Quittez le lieu qui est le vôtre, passez les ruisseaux, les fleuves, l'océan, sentez la brise.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Prenez une profonde inspiration, soufflez et suivez ma voix. Quittez le lieu qui est le vôtre, quittez le 21e siècle. Vous voici dans les années 1950 au sud des États-Unis, à Montgomery, en Alabama. Désormais, vous êtes Claudette Colvin, une jeune adolescente noire. Ici, noirs et blancs vivent dans la ségrégation. Ici, être noir c'est n'avoir aucun droit. Mais, le 2 mars 1955, Claudette Colvin, qui n'a que 15 ans, refuse de céder sa place à une passagère blanche dans le bus.

9 mois avant Rosa Parks, elle devient la première noire à plaider non coupable et à poursuivre la ville en justice. Et pourtant, son nom tombera dans l'oubli. Voici son histoire...

Le coup de lune

Ce coup de lune ressemble furieusement au Long cours que Simenon publiera en 1936. Certes, sur un autre continent, mais avec la même folie qui frappe un homme dans les colonies.

Au pied des arbres hauts de cinquante mètres, dans cette forêt dont nul ne connaissait les limites, il n'y avait, sur les nattes, que quelques poignées de manioc, quelques bananes, quatre ou cinq petits poissons fumés. Les vieilles femmes étaient nues. Deux d'entre elles fumaient la pipe. La troisième allaitait un gamin de deux ans qui, de temps en temps, se tournait avec curiosité vers les blancs.
Aucun contact entre ceux-ci et les indigènes. Pas un salut. Adèle marchait la première, regardait les petits tas de marchandises, se penchait pour jeter un coup d'œil dans les cases. Elle se baissa et prit une banane qu'elle ne paya pas.
Il n'y avait pas d'hostilité non plus ! C'étaient des blancs ! Ils faisaient ce qu'ils voulaient, parce qu'ils étaient blancs !
Le coup de lune de Georges Simenon
Un homme qui perd pied (un gros coup de lune), fou de jalousie, épuisé par la dengue, écrasé par la chaleur étouffante et abruti par l’alcool.

Un roman au Gabon des années 30, à Libreville et dans la forêt intérieure, l’occasion d’un portrait écœurant du racisme et de l’entre-soi des colons

Un roman adapté par Serge Gainsbourg au cinéma en 1983 sous le titre Equateur avec Barbara Sukowa et Francis Huster

Adapté également par Eduardo Mignogna en 2001 sous le titre Adela

Tous les romans durs de Simenon
4. Le coup de lune
3. Le passager du Polarlys 5. Les fiançailles de M. Hire
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Avait-il une seule raison grave de s’inquiéter ? Non. Il ne s’était rien passé d’anormal. Aucune menace ne pesait sur lui. C’était ridicule de perdre son sang-froid et il le savait si bien qu’ici encore, au milieu de la fête, il essayait de réagir.
D’ailleurs, ce n’était pas de l’inquiétude à proprement parler et il aurait été incapable de dire à quel moment l’avait pris cette angoisse, ce malaise faits d’un déséquilibre imperceptible.
Pas au moment de quitter l’Europe, en tout cas. Au contraire, Joseph Timar était parti bravement, rouge d’enthousiasme.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Parti plein d’enthousiasme pour les colonies, Joseph Timar ressent, dès son arrivé au Gabon, un malaise indéfinissable qui n’est pas seulement dû à la moiteur accablante du climat. Il s’installe dans l’unique hôtel de la ville. Dès son arrivé, la patronne, Adèle, s’offre à lui...

Tous les silences ne font pas le même bruit

Choquant, bouleversant, intime… c’est une foule d’adjectifs qui me viennent après cette intense lecture.

Un livre à prendre dans son entier. A lire tout en empêchant son cerveau de lever la main et de crier oui mais moi…

Les « masculinistes» méritent tous de crever pour mille et une raisons, mais d'abord pour celle-ci : avoir discrédité, avili, terni, déconsidéré, sali, flétri, enlaidi, frelaté l'ensemble des attributs traditionnellement associés au genre féminin.
Tous les silences ne font pas le même bruit de Baptiste Beaulieu
Le témoignage magnifique de la vie d’un homosexuel (homme blanc et d’un milieu aisé), de son enfance à aujourd’hui avec toutes les frustrations, salissures et humiliations… mais aussi les belles rencontres, la famille, l’amour et les amitiés.Toi, ce que tu veux savoir, c'est pourquoi, si les hommes aiment vraiment leur femme, ils la quittent quand elle tombe malade, c'est-à-dire quand ils ne peuvent plus avoir le sexe gratuit. Le ménage gratuit. Les lessives gratuites.
Il existe des études. Tu ne sors pas ça d'une étude from your ass. C'est documenté : à l'annonce d'un cancer, une femme aurait six fois plus de risque d'être quittée qu'un homme*. Et c'est le même chiffre avec d'autres maladies (par exemple sclérose en plaques). Tu ne serais pas étonné que ces chiffres soient les mêmes quand ce n'est pas la femme mais l'enfant du couple qui tombe malade.
À tout cela, par habitude, on a donné le nom d'amour.
Mais où est l'amour là-dedans ?A l’heure de la montée des masculinistes (y en a-t-il plus ? Je ne sais pas, mais en tout cas, ils se permettent de faire de plus en plus de bruit) et des fascismes décomplexés, il est important de comprendre leur toxicité, leur violence, leur haine ! Que ce soit pour les femmes, les homos ou toutes les minorités…

Une nocivité qui, finalement, touche toute la société si on l’observe sous l’angle de l’intersectionnalité

Le concept d’intersectionnalité dans le cadre de la réussite universitaire au Canada

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Tu es enfant, c'est dimanche soir, tu es installé sur le divan en osier, dans les bras de ta mère, merveilleux bras qui n'ont jamais trahi, jamais manqué à leurs devoirs. Tu portes un pyjama bleu en pilou-pilou, tu as glissé tes pieds nus sous les cuisses de ton père pour les tenir au chaud.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tu es un garçon de 8 ans. Un dimanche soir, en famille, tu regardes un film qui se moque d'un couple d'hommes. Qu'y a-t-il de si drôle ?

Tu deviens un adolescent que l'on insulte : « Sale pédé ! » Tu contemples l'eau noire du canal du Midi, prêt à abandonner. Sur tes épaules, un sac à dos rempli de pierres et ton secret.

Te voilà jeune homme, tenant la main de ton amoureux au risque d'être tabassé, puis père à ton tour. Un médecin révolté, un écrivain qui ne peut plus se taire.

C'est l'histoire d'un homosexuel, aujourd'hui, en France. Son récit nous fait entrer dans sa peau et adopter son regard. Il raconte les préjugés, le harcèlement, la mise à l'écart et les silences qu'il doit affronter. Il y a l'homophobie qui nous révolte et celle que l'on ne soupçonne pas, logée en chacun de nous.

Un grand texte, bouleversant et universel.