La porte

Dans ce huis-clos malsain, un homme imagine, fantasme, jalouse…

 - A ta jalousie?
 - A toi... A moi... Je t'aime et je suis jaloux... Ne m'interromps pas... Ce que je dis est la vérité et elle n'est pas aussi belle que je le voudrais... Même si je ne t'aimais pas, mais que tu sois ma femme, je serais jaloux et je souffrirais... Tu com-prends ça ?
 - Peut-être. Tu as beaucoup souffert avec moi ?
 - Par moments... Ça vient, puis ça passe, et alors je suis parfaitement heureux... J'ai eu envie de dire follement heureux, car il y a des jours, quand je te vois descendre de l'autobus, où je me mettrais à crier de bonheur... Dès l'âge de quatorze ans, j'avais le désir du mariage, d'une femme à moi, d'un petit monde dont je serais...
Il hésitait.
 - Tu vois que ce n'est pas beau!... Un monde dont je serais le centre, dont je serais le maître... Pas tellement pour commander... Pour me sentir le plus fort... Je pensais à une femme qui aurait besoin de moi, qui n'aurait rien d'autre au monde, que je devrais protéger et rendre heureuse...
 - Tu m'as rendue heureuse...
La porte de Georges Simenon
Que se passe-t-il derrière la porte du voisin quand sa femme y pénètre ?

Un homme devient fou et emporte sa femme dans sa folie

Tous les romans durs de Simenon
100. La porte
99. Les autres 101. Les anneaux de Bicêtre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme dans beaucoup de vieilles maisons du quartier, les fenêtres, hautes et étroites, descendaient jusqu'à trente centimètres du plancher et des arabesques en fer forgé supportaient la barre d'appui. C'est à travers ces arabesques que Foy, de sa chaise, suivait plus ou moins consciemment les allées et venues de la rue. Il fronça les sourcils quand il vit la petite auto bleue du Dr Aubonne tourner l'angle de la rue des Francs-Bourgeois, s'engager dans la rue de Turenne et, traversant la chaussée en oblique, s'arrêter derrière le camion de la papeterie Herbiveaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un début de juillet. Dans leur appartement de la rue de Turenne, Bernard et Nelly Foy coulent une existence paisible et monotone, lui retrouvant grâce à des prothèses un semblant d'activité qui lui permet de peindre des abat-jour et de vaquer aux menus soins du ménage, elle travaillant au-dehors dans une importante maison de passementerie.

La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.

Trois chambres à Manhattan

Une romance de Simenon, c’est un truc un peu moche, désabusé, terne et résigné. Avec de l’alcool et plus trop d’illusions. Une passion avec de la vaisselle sale dans l’évier, des habits de la veille au pied du lit et les cendriers débordant de cigarettes écrasées.

Était-ce l'alcool qui la poussait à parler de la sorte ? Il y avait des moments où il jugeait froidement :
« C'est la femme de trois heures du matin, celle qui ne peut pas se décider à se coucher, qui a besoin d'entretenir coûte que coûte son excitation, de boire, de fumer, de parler, pour tomber enfin, à bout de nerfs, dans les bras de l'homme. »
Et il ne s'en allait pas! Il n'avait aucune velléité de la quitter. A mesure que sa lucidité grandissait, il se rendait davantage compte que Kay lui était indispensable et il était résigné.
C'était le mot exact. Il était résigné. Il n'aurait pas pu dire à quel moment sa décision avait été prise, mais il était décidé à ne plus lutter, quoi qu'il pût apprendre désormais.
Pourquoi ne se taisait-elle pas ? C'eût été si simple! Il l'aurait entourée de ses bras. Il aurait murmuré :
 ─ Peu importe tout cela, puisqu'on recommence.
Recommencer une vie à zéro. Deux vies. Deux vies à zéro.
De temps en temps, elle s'interrompait :
 ─ Tu ne m'écoutes pas.
 ─ Mais si.
 ─ Tu m'écoutes, mais, en même temps, tu penses à autre chose.
Il pensait à lui, à elle, à tout. Il était lui-même, et spectateur de lui-même. Il l'aimait et il la regardait en juge implacable.
Trois chambres à Manhattan de Georges Simenon
Personne n’y croit vraiment, mais faute de mieux, on se laisse emporter.

Un roman d’amour triste, bien foutu mais guère enthousiasmant

Tous les romans durs de Simenon
55. Trois chambres à Manhattan
54. Les noces de Poitiers 56. Le clan des Ostendais
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'était relevé brusquement, excédé, à trois heures du matin, s'était rhabillé, avait failli sortir sans cravate, en pantoufles, le col du pardessus relevé, comme certaines gens qui promènent leur chien le soir ou le matin de bonne heure. Puis, une fois dans la cour de cette maison qu'il ne parvenait pas, après deux mois, à considérer comme une vraie maison, il s'était aperçu, en levant machinalement la tête, qu'il avait oublié d'éteindre sa lumière, mais il n'avait pas eu le courage de remonter.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lorsqu'ils se rencontrent au milieu de la nuit dans un bar de Manhattan, Kay et Franck sont deux êtres à la dérive. Lui, acteur naguère célèbre, proche de la cinquantaine, tente d'oublier que sa femme l'a quitté pour un homme plus jeune. Elle, chassée de la chambre qu'elle partageait avec une amie, n'a plus même un endroit pour dormir... Mais si l'attirance entre eux est réciproque, peut-elle suffire à leur faire oublier les blessures de la vie? Redoutant de la perdre, jaloux de son passé et des hommes qu'elle a connus, aussi peu sûr d'elle que de lui, Franck sera bien près de saccager cet amour qui est peut-être sa nouvelle chance...
Georges Simenon nous guide au cœur de la grande ville, dans l'ombre de ces deux errants, avec la vérité et l'humanité qui lui ont attaché des millions de lecteurs et lui confèrent une des toutes premières places parmi les romanciers du XXe siècle.

Le nègre

Il y a des titres qui font honte aujourd’hui. Pourtant, ils sont les témoins d’une époque (pas si lointaine !) et leur remplacement n’effacera pas l’histoire.

Que serait-il advenu si Théo, par miracle, n'avait pas aperçu le nègre sur la route ?
Nicolas Cadieu jouirait en paix, de moitié avec son frère, d'une des plus grosses fortunes du département.
Seulement, Théo avait vu le nègre. Il n'avait rien dit au brigadier Alfonsi, ni à Gorre, ni enfin à l'inspecteur de la compagnie. Il n'en parlerait à personne et Gédéon, tout malin qu'il soit, ne parviendrait pas à lui tirer les vers du nez.
C'était une affaire entre Cadieu et lui. Pas uniquement un vieux compte à régler avec une crapule, mais un vieux compte à régler avec l'humanité et avec le destin.
« Un jour, je leur montrerai... »
Ils y croyaient si peu, tous tant qu'ils étaient, qu'ils le laissaient dans sa gare sans s'occuper de lui.
Le nègre de Georges Simenon
Derrière ce sale intitulé se trame une histoire de meurtre pour capter un héritage qui risque d’être compromise par un garde barrière bien décidé à prendre une revanche sur la vie.

Une descente dans les tréfonds de la rancœur qui relègue le sort de ce malheureux juste arrivé en train de l’Oubangi en arrière-plan

Tous les romans durs de Simenon
89. Le nègre
88. Le fils 90. Le passage de la ligne
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un jour je leur montrerai...
Depuis combien d'années se répétait-il ça dans sa tête, quelquefois entre ses dents, surtout le soir, quand son teint devenait violacé et ses gros yeux humides ? Peut-être le pensait-il déjà sur les bancs de l'école, à Versins-Haut, lorsque les Van Straeten, les fermiers, Ferdinand et Emma à la voix criarde, chez qui l'Assistance publique l'avait placé, le traitaient de fainéant et de propre à rien.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Théo n'a pas été choyé par la vie. Il est borgne de naissance, enfant de l'Assistance publique, et aujourd'hui sa femme l'a abandonné. Modeste chef de halte sur la ligne Paris-Calais, il est hanté par un désir : « Un jour, je leur montrerai. » Montrer quoi, et à qui ? Il ne le sait pas lui-même. Le cadavre d'un Noir vient d'être découvert près de la ligne du chemin de fer. Tous s'accordent à dire que, devant descendre à Versins et n'ayant pas remarqué l'arrêt, l'homme a sauté en marche après le départ du train. Mais Théo en sait plus que les autres...

Strip-tease

Simenon n’est que rarement aussi malaisant que lorsqu’il parle du corps des femmes. Et là, ma foi, dans un cabaret où les femmes se dénudent, il peut s’en donner à cœur joie ! Bouarf !

Une fois de plus, elle avait le sentiment d'une injustice.
Car, tel que Léon était aujourd'hui, tel elle aurait voulu l'avoir, mais autrement, par des moyens plus dignes, et pour elle.
Elle avait conscience d'être une vraie femme, une vraie femelle aussi, et, avec elle, il n'aurait pas déchu en tombant amoureux, même au point d'en perdre la clairvoyance et la dignité. C'était le jeu. C'était naturel. Ils auraient formé ─ ils avaient commencé à former ─ un couple dur, passionné, se déchirant pour mieux se reprendre, affrontant leurs orgueils et se matant l'un l'autre.
Il l'avait si bien compris que, parfois, il avait peur d'elle, peur d'être entraîné dans le gouffre où elle lui donnait l'envie de s'enfoncer avec elle.
La haine de Célita pour Florence l'avait-elle refroidi ? Elle savait que non. Elle était sûre d'elle. Elle n'avait plus besoin que de temps pour le détacher d'une compagne vieillie et gênante.
Qu'y avait-il de mal à ça ? N'étaient-ils pas des fauves tous les trois et les fauves se ménagent-ils entre eux ?
Strip-tease de Georges Simenon
Une histoire de jalousie et de convoitise. Rivalités de femmes. Une trame pas forcément mauvaise en soi, des caractères plutôt bien croqués, presque un bon roman (qui tire un peu en longueur) malgré les clichés, mais finalement : pénible.

Et que dire de la fin ?

Tous les romans durs de Simenon
92. Strip-tease
91. Le président 93. Dimanche
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Célita fut la première à voir la nouvelle.
A trois heures de l'après-midi, comme les autres jours, elle avait entendu le réveil sonner sur la table de nuit qui séparait les deux lits et, recroquevillée sur elle-même, elle avait laissé à Marie-Lou le soin d'arrêter la sonnerie, puis d'aller ouvrir les persiennes, de retirer les culottes de nylon et les soutiens-gorge qui séchaient à la fenêtre et enfin d'allumer le réchaud à gaz de la cuisine pour préparer le café.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A trente-deux ans, Célita, strip-teaseuse au Monico, à Cannes voit avec anxiété pâlir son étoile. Son seul espoir : succéder bientôt à Florence, sa patronne, gravement malade, dont elle s'est attaché le mari, Léon, d'une façon qu'elle croit sûre.
Mais tout est compromis le jour où Maud, une débutante de dix-neuf ans, ravissante et faussement ingénue, franchit pour la première fois le seuil du Monico. La clientèle s'enthousiasme, et Léon en fait bientôt la vedette du spectacle.
Comment une rivalité à la fois professionnelle et amoureuse va se muer en un combat désespéré, où même le crime est envisageable pour conjurer la déchéance : c'est ce que nous conte, avec une saisissante vérité psychologique et une apparente impassibilité qui ne fait que souligner le drame, le romancier de Lettre à mon juge, le créateur de Maigret.

Le rapport du gendarme

Un accident en face de la ferme va rompre brutalement l’équilibre de la famille Roy.

Quant à Roy...
Deux fois encore, elle eut la tentation de poser sa main sur la sienne. Ce n'était pas de la tendresse, ni de la pitié. Elle ne l'aimait pas. Est-ce qu'elle avait jamais aimé quelqu'un ? C'était un homme. Ils vivaient, ils travaillaient ensemble. Elle connaissait ses petits défauts, ses travers, et d'habitude elle devinait ses pensées.
Elle était indulgente envers lui comme une aînée, il le savait. Toujours il avait eu un peu peur d'elle, de son regard qui perçait les mensonges, de son indifférence devant certaines fautes, certaines lâchetés.
Ce qu'il y avait de nouveau aujourd'hui, depuis quelques minutes, depuis qu'ils étaient tous les deux dans la voiture, épaule contre épaule, c'était la conscience, chez Joséphine, d'un lien qu'elle ne définissait pas. Peu importait d'avoir dormi, d'avoir fait l'amour ensemble pendant vingt ans, peu importait d'avoir travaillé du matin au soir aux mêmes tâches et d'avoir eu des préoccupations identiques.
Ce qu'elle découvrait était différent, infiniment plus fort, et le geste qu'elle contenait, ce geste de la main vers le bras de l'homme...
Mais oui ! Elle avait envie de se raccrocher à lui ! Dans l'immensité noire, humide et froide, ils étaient deux, ils pouvaient, ils devaient être deux. Sinon...
Le rapport du gendarme de Georges Simenon
Entre enquête, suspicions et vieux secrets mal enfouis, la vie bascule et la parano s’installe.

Un roman d’atmosphère à l’écriture travaillée qui s’alourdi au fil des pages

Tous les romans durs de Simenon
49. Le rapport du gendarme
48. La veuve Couderc 50. L’aîné des Ferchaux (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les deux femmes étaient dans le grenier de devant celui dont l'œil-de-bœuf donnait sur la route, et qu'on avait transformé en fruitier. La mère, Joséphine Roy, assise sur une chaise basse, prenait des pommes dans un panier, les essuyait avec un torchon à carreaux rouges, mettait les fruits véreux à part et passait les bons à Lucile.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un soir d'orage, un homme blessé par une voiture est ramassé sur la route et porté dans la ferme la plus proche. Là habitent Étienne Roy, un paysan un peu sauvage, un peu demeuré, sa femme Joséphine et leur fille. Au cours de l'enquête, Joséphine dissimule un petit papier échappé de la poche du blessé. Sur ce papier on déchiffre mal une adresse : celle justement de la ferme Roy.
Le geste de Joséphine a suffi pour créer le doute. La police rôde sans repos. Un enchaînement subtil permettra au gendarme d'établir un rapport inflexible. La colère d'Étienne éclate dans le meurtre...

Dimanche

Est-ce vraiment très moral de projeter de tuer son mari ou son épouse ? Nul besoin de réponse, pourtant, dans nombre de ses romans, Simenon s’amuse de situations où l’on pourrait se dire que… ma foi… le ou la pauvre avait bien des raisons pour.

C’est amoral, certes, mais bon !

Il fallait franchir sans impatience l'accalmie qui suivrait les fêtes, attendre l'arrivée du premier flot de touristes.
Il se sentait parfois fatigué. C'était fatal. Mais il avait conscience d'avoir réalisé ce que peu d'êtres ont le courage de réaliser dix mois, onze mois bientôt de préparation, sous le regard méfiant de Berthe, en dormant chaque nuit dans son lit, sans se trahir une seule fois.
N'était-il pas naturel de regretter qu'il n'y ait pas eu de témoins ?
Dimanche de Georges Simenon
Mais ici, il ne s’arrête pas là et plonge encore plus profondément dans le sordide.

Un roman dur comme une master class !

Tous les romans durs de Simenon
93. Dimanche
92. Strip-tease 94. Le veuf
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n’avait jamais eu besoin de réveille-matin et depuis un certain temps déjà, les yeux clos, il était conscient du soleil qui se glissait entre les deux minces fentes des volets, quand il entendit enfin une sonnerie étouffée dans la chambre d’en haut.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Emile, fils d'un hôtelier de Champagne, près de Luçon, a 25 ans, il est allé aider des amis de sa famille, les Harnaud, qui ont repris une petite auberge sur la Côte d'Azur. L'affaire ne marche pas très bien, M. Harnaud meurt, et sa veuve, désireuse de retourner à Luçon, accueille plus que favorablement l'union de sa fille Berthe avec Emile. Celui-ci, intelligent et courageux, a fait de La Bastide sa chose personnelle, et la fait prospérer. Il ne va pas tarder à s'apercevoir que c'est Berthe la vraie patronne.

Novembre

Dans ce roman d’ambiance (malsaine), Simenon explore avec talent des relations familiales sinistres et étouffantes. Ici, rien ne va ! Le fils couche avec la bonne, ce qui donne des idées au père qui s’y met aussi, la mère passe d’épisodes alcooliques en épisodes alcooliques et la fille – qui nous en dresse le tableau – couche avec son patron dans une dévotion absolue.

A moi aussi, tout cela paraît irréel et j'ai l'impression d'une sorte de gâchis. Je ne cherche pas à préciser ma pensée. Pourquoi est-ce que je revois ma mère, ce matin, dans son lit, avec une cigarette, sa tasse de café et son étrange regard fixé, à travers les vitres, sur les arbres noirs du jardin ?
Elle est malheureuse. Elle nous rend peut-être malheureux, mais elle est la première à souffrir. Et mon frère souffre. Mon père souffre aussi. Ils sont devenus des étrangers l'un pour l'autre et on jurerait qu'ils se haïssent.
Est-ce possible ? Est-ce que jamais notre famille ne se comportera comme une vraie famille ?
Novembre de Georges Simenon
… Jusqu’à la rupture.

Un sombre tableau que Simenon va salir encore. Une lecture idéale pour un mois froid et humide, au fond d’une grange avec une bouteille de mauvais alcool et une corde à la main

Tous les romans durs de Simenon
113. Novembre
112. Il y a encore des noisetiers 114. Le riche homme
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je ne crois pas avoir assisté auparavant à ce phénomène. On était le second vendredi de novembre, le 9 novembre exactement. Nous étions tous les quatre à dîner autour de la table ronde, comme les autres soirs. Manuela venait d'enlever les assiettes à soupe et de servir une omelette aux fines herbes que ma mère était allée préparer à la cuisine.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans la grisaille de l'existence qu'ils vivent en banlieue, les membres de la famille Le Cloanec se côtoient, mais ne se parlent guère. La mère est alcoolique, le père, indifférent et lointain ; le frère et la sœur ont chacun leurs occupations précises et leur vie à part.
Une bonne récemment engagée va jeter le trouble dans la maison. Devenue la maîtresse du jeune Olivier, qui en est très épris, Manuela éveille les désirs du père Le Cloanec auquel elle accordera également ses faveurs.

Le petit homme d’Arkhangelsk

L’histoire touchante d’un bouquiniste, doux et discret marié à une femme jeune et pétillante. Et qui disparaît du jour au lendemain, le laissant seul et bien démuni.

— Je peux tout au moins vous offrir la tranquillité.
Cette phrase-là ou des mots approchants. Il ne lui avait pas parlé d'amour, de bonheur, mais de tranquillité, parce qu'il était trop humble pour se figurer qu'il pourrait lui donner autre chose.
Elle était belle, gonflée de sève, et il avait seize ans de plus qu'elle, il était un petit bouquiniste poussiéreux et solitaire dont la seule passion était de collectionner les timbres. 
Ce n'était pas exact. C'était l'apparence, c'était ce que les gens devaient penser. La vérité, c'est qu'il vivait intensément, en son for intérieur, une vie riche et multiple, celle de tout le Vieux-Marché, de tout le quartier dont il connaissait les moindres pulsations.
Le petit homme d’Arkhangelsk de Georges Simenon

Et suite à un petit mensonge d’agrément social, les événements vont fatalement s’enchaîner.

La bien triste histoire d’une plutôt triste vie

Tous les romans durs de Simenon
87. Le petit homme d’Arkhangelsk
86. En cas de malheur 88. Le fils
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il eut le tort de mentir. Il en eut l'intuition au moment où il ouvrait la bouche pour répondre à Fernand Le Bouc et c'est par timidité, en somme, par manque de sang-froid, qu'il ne changea pas les mots qui lui venaient aux lèvres.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lorsqu'on demande à Jonas Milk, le petit bouquiniste et philatéliste du Vieux-Marché, où est passée sa jeune et jolie femme Gina, il répond évasivement qu'elle est allée à Bourges. Mais à mesure que les jours passent, cette réponse apparaît de plus en plus insuffisante ; et bientôt les ragots, les soupçons, l'hostilité de toute la ville se concentrent autour du petit homme d'Arkhangelsk, Russe naturalisé français, mais finalement resté aux yeux de tous l'étranger... Jonas est innocent, pourtant. Mais il faut croire qu'il appartient à un monde où les innocents sont faits pour devenir des victimes... Le créateur de Maigret, disparu en 1989, nous conte ici à petites touches, en observateur attentif des mœurs provinciales et de la nature humaine, un drame de la solitude. Sans lyrisme ni pathétique, il nous fait partager sa compassion. On se dit en refermant le livre que l'on a dû aussi, sans le savoir, côtoyer des Jonas Milk.

La fenêtre des Rouet

Dominique ne s’est jamais mariée et pour vivre très chichement elle est contrainte de louer une chambre de son appartement et entendre le jeune couple qu’elle loge jouir de leur amour. Alors, quand elle voit par sa fenêtre une voisine laisser mourir son mari sous ses yeux, elle prend conscience du vide abyssal de sa propre vie.

Furtive, consciente de sa déchéance, elle se frottait à la foule qu'elle reniflait. Déjà des rites s'étaient établis, à son insu : elle traversait toujours la place au même endroit, tournait à tel coin de rue, reconnaissait l'odeur de certains petits bars, de certaines boutiques, ralentissait le pas à certains carrefours dont l'haleine était plus forte que celle des autres.
Elle se sentait si misérable qu'elle aurait été capable de pleurnicher en marchant. Elle était seule, plus seule que n'importe qui. Qu'arriverait-il si elle venait à tomber au bord du trottoir? Un passant buterait sur son corps, quelques personnes s'arrêteraient, on la porterait dans une pharmacie et un agent tirerait un calepin de sa poche.
 ─ Qui est-ce ?
Personne ne saurait.
La fenêtre des Rouet de Georges Simenon
Un livre plein de désirs inassouvis, tellement profonds, tabous, impensables

Tous les romans durs de Simenon
51. La fenêtre des Rouet
50. L’aîné des Ferchaux (à lire) 52. La fuite de Monsieur Monde
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La sonnerie triviale d'un réveille-matin éclata derrière la cloison, et Dominique sursauta, comme si c'était elle que cette sonnerie ─ mais n'allait-on donc pas l'arrêter ! était chargée de réveiller, à trois heures de l'après-midi. Un sentiment de honte. Pourquoi? Ce bruit vulgaire ne lui rappelait que des souvenirs pénibles, vilains, des maladies, des soins au milieu de la nuit ou au petit jour, mais elle ne dormait pas, elle ne s'était même pas assoupie. Pas une seconde sa main n'avait cessé de tirer l'aiguille; elle était à vrai dire, l'instant d'avant, comme un cheval de cirque qu'on a oublié à l'exercice et qui a continué de tourner, qui tressaille et s'arrête net en entendant la voix d'un intrus.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dominique Salès, vieille fille déchue et déçue, vit une existence confinée et insipide dans son logement exigu, dérangée par la seule vitalité du jeune couple, les Caille, ses proches voisins... En face, dans une maison bourgeoise, vivent de riches industriels, les Rouet: au second, les parents Rouet, au premier le fils et son épouse Antoinette...
La vieille fille vit sa vie par procuration en observant et guettant les moindres faits et gestes du jeune couple Rouet, elle est témoin de la crise cardiaque du fils Rouet que sa femme laisse mourir sans lui venir en aide... La suite des événements va tout d'abord offusquer Dominique, puis peu à peu elle se prend à envier le goût du plaisir et de liberté qui dévore Antoinette, lui offrant le spectacle d'un scandale délectable...
Mais Antoinette est bientôt chassée par ses beaux-parents et les Caille déménagent, emportant avec eux leur bonheur exubérant... Dominique confrontée au vide qui l'entoure prend alors conscience de l'échec de sa vie...