Tony

J’avais lu une fois qu’il fallait pouvoir s’identifier à l’un des personnages pour apprécier un roman. Ici, ce n’est clairement pas le cas, et pourtant, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre.

Tony de Rumena Bužarovska, traduction de Chloé Billon
Car, quand même, quelle plaie ce Tony ! Égocentrique sans la moindre empathie, ce gros macho n’est rien sans les femmes qui l’entourent et pourtant, il ne voit que lui, ne pense qu’à lui, ne vit que pour lui !
Impressionnant.

Une grosse réussite que ce portrait d’un gros cradingue repoussant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'estomac de Tony criait famine. L'heure du déjeuner était passée depuis longtemps, mais sa copine et son enfant barbotaient encore dans la mer, chaude comme de l'urine. Chaque fois qu'il l'appelait publiquement sa copine, il lui semblait sentir un fil claquer dans son cerveau, lui signifiant que Tamara ne pouvait en aucun cas être sa copine à son âge. Mais il l'appelait intentionnellement ainsi sa copine. Ça donnait l'impression qu'ils étaient jeunes tous les deux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tony, la cinquantaine, est persuadé d’abriter une âme de rock star dans un corps de rêve, en dépit de son régime alimentaire essentiellement composé de kebabs et de bières. Lorsqu’il revient habiter chez sa mère, il ne s’estime pas une seconde responsable du désastre qu’est sa vie privée : n’est-il pas bien plus simple de se croire victime des événements et des autres ?

Après deux recueils de nouvelles très remarqués, Rumena Bužarovska imagine dans ce premier roman décapant un antihéros à la médiocrité abyssale qui nous scandalise autant qu’il nous amuse. Réflexion féroce sur les représentations masculines et sur nos responsabilités individuelles comme collectives, Tony entrelace critique sociale et humour ravageur avec un brio irrésistible.

Hadji Mourat

Histoire d’hommes, d’honneur et de guerre, de trahison et de raison d’état, de manigances et de cruauté.

Notre miel est bon. Cette année est une année bénie pour le miel. Il y en a beaucoup et il est bon, dit le vieillard, visiblement satisfait de voir Hadji Mourat manger de son miel.
 - Merci, dit Hadji Mourat, et il s'arrêta. Eldar avait encore envie de manger, mais, comme son maître, il s'arrêta, et présenta à Hadji Mourat la cuvette et la cruche d'eau.
Sado savait qu'en recevant Hadji Mourat il risquait sa vie, du moment qu'à la suite de sa rupture avec Chamil un édit menaçait de mort les habitants de Tchétchénie qui l'accueilleraient. Il savait qu'à chaque minute les gens de l'aoul pouvaient avoir vent de sa présence là et exiger qu'il fût livré. Mais cette pensée ne troublait pas Sado; bien plus, elle le rendait heureux. Sado considérait comme son devoir de protéger son hôte, dût ce geste lui coûter la vie, et il était heureux, il était fier de faire son devoir.
 - Tant que tu seras dans ma maison, tant que ma tête sera sur mes épaules, personne ne te fera rien, répéta-t-il à Hadji Mourat.
Hadji Mourat le regarda dans les yeux, ses yeux brillants, comprit que c'était la vérité et dit sur un ton un peu solennel :
 - Puisses-tu recevoir la joie et la vie !
Hadji Mourat de Léon Tolstoï, traduction de Jean Fontenoy et Brice Parain
Au travers d’Hadji Mourat se dessine une fresque qui dépasse les hommes qui la composent, un bien triste tableau ou les figurants sont interchangeables.

Une peinture, un peu vieillotte quand même, qui ressemble quand même fort à un tableau d’aujourd’hui. Bien triste est le sort des hommes d’honneur lorsqu’ils sont devenus inutiles

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'était à la fin de l'année 1851. Par un soir froid de novembre, Hadji Mourat arriva dans l'aoul de Mahket, village rebelle de Tchétchénie, enfumé par l'argol.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Hadji Mourat est un chef caucasien dont Tolstoï a fait le héros d'une ultime grande œuvre. Malgré ses dimensions modestes, elle nous présente un vaste et saisissant tableau de la « guerre de pacification » du Caucase, à laquelle le romancier avait lui-même pris part un demi-siècle plus tôt et dont il avait rapporté Les Cosaques. Le choix d'un tel personnage est profondément révélateur : sa mort héroïque en fait un symbole de la vie même dans ce qu'elle a de plus irréductible.

Ce récit, que Tolstoï n'a cessé de récrire pour le rendre parfait, n'a rien perdu de son actualité : il permet de déchiffrer la cruelle histoire contemporaine.

Nous

À sa lecture, on comprend vite que ce Nous ait inspiré 1984. Une ville de verre où tout le monde voit tout le monde et ou le bonheur est prescrit sous l’œil du « Bienfaiteur »… De nombreux ingrédients sont là.

Parce que la mort - c'est justement ma dissolution à son comble. Par conséquent, si A représente l'amour, et M la mort, on obtient: A = f(M), ce qui veut dire que l'amour et la mort...
Mais oui, parfaitement. Voilà pourquoi j'ai peur de I, je lutte avec elle, je ne veux pas. Mais pourquoi ai-je en moi, côte à côte, ce « je ne veux pas » et un « je veux » ? L'horreur, c'est que cette mort bienheureuse d'hier, je la veux encore. L'horreur, c'est que même maintenant que la fonction a été intégrée, où il est évident qu'elle inclut la mort, je la veux pourtant, elle, I, mes lèvres, mes mains, ma poitrine, chaque millimètre de moi la veut...
Demain a lieu la Fête de l'Unanimité. Elle y sera aussi, bien entendu, je la verrai, mais seulement de loin. De loin - j'aurai mal, parce que j'ai besoin – irrésistiblement envie d'être à côté d'elle - que ses mains, son épaule, ses cheveux... Mais même cette souffrance, je la veux - je l'accepte.
O grand Bienfaiteur! Quelle absurdité - vouloir la souffrance! Comment ne pas comprendre que les com-posantes douloureuses - négatives - réduisent la somme de ce que nous appelons bonheur. Et par conséquent...
Non - pas de « par conséquent ». C'est ainsi. Le fait nu.
Nous de Evgueni Zamiatine, traduction de Hélène Henry
Une origine russe, donc ; datant des années 20. Les humains y sont des numéros et rien n’existe derrière la grande barrière. Rien vraiment ?

Un livre qui pose une grande question : heureux sont-ils vraiment, les simples d’esprit ?

Une œuvre majeure et fondatrice de la grande veine des dystopies qui n’a, ma foi, pas trop trop mal vieilli

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je ne fais ici que recopier - mot pour mot - ce que publie aujourd'hui le Journal officiel :
Dans cent vingt jours, la construction de l'INTÉGRALE sera achevée.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans une société assujettie au bonheur infaillible et obligatoire, alors que la « dernière » de toutes les révolutions possibles a eu lieu, les hommes, enfermés sous une cité de verre, sont devenus des « Numéros ». Ceux-ci paient de leur vie le moindre écart à l’ordre établi contre lequel, malgré tout, une poignée de dissidents va s’insurger.
D-503, constructeur de l'« Intégrale », un vaisseau spatial qui a pour mission de ranger les civilisations extraterrestres sous la férule du « Bienfaiteur », y tient un journal à la gloire de ce monde aseptisé et y consigne les débuts d’une insurrection qui va peu à peu le transformer.

Anti-utopie prophétique qui anticipe toutes les glaciations du XXe siècle, « Nous » est considéré comme le premier chef-d’œuvre de science-fiction, celui qui inspirera « 1984 » de George Orwell et « Le Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Cette nouvelle traduction, la première à être fidèle à l’original, vise à faire entendre, dans les mots, cet appel tragique : on a toujours raison de se révolter.

Il est difficile d’être un dieu

Trouvé dans une liste des livres qui ont participé à l’inspiration (ou à la veine) de 1984, je suis tombé sur ce titre de SF plutôt cocasse.

 . Mais non, dit Roumata qui l'examinait avec curiosité. Les Gris sont hors de combat. Ce sont des moines.
 - Ça alors! dit le forgeron. Les Gris aussi...
 - Mâtin! Quel Ordre! Les Gris sont battus, ça, c'est bien. Mais pour nous autres, seigneur, qu'est-ce que vous pensez ? On s'y fera à leur Ordre ?
Pourquoi pas ? L'Ordre aussi a besoin de manger et de boire. Vous-vous y ferez. »
Le forgeron avait repris courage.
« Moi aussi je pense qu'on se débrouillera. Je crois que le principal, c'est de n'embêter personne et alors, personne ne vous embête, hein ? »
Roumata secoua la tête.
« Non. C'est ceux qui ne font rien qui se font tuer.
 - Ça, c'est vrai, soupira le forgeron. Mais que voulez-vous que je fasse, tout seul, avec huit morveux accrochés à ma blouse ? Ah! Si seulement on avait tué mon patron ! Il était officier chez les Gris. Qu'en pensez-vous, noble seigneur, ils l'ont peut-être tué ? Je lui devais cinq pièces d'or.
 - Je ne sais pas. C'est possible. Mais tu sais, forgeron, voilà à quoi tu devrais penser : tu es tout seul, eh bien, des tout seuls comme toi, il y en a peut-être dix mille dans la ville.
 - Oui, et alors ?
 - Eh bien, pensez-y ! » dit Roumata avec colère, et il poursuivit sa route.
Il est difficile d’être un dieu de Arkadi Strougatski et Boris Strougatski, traduction de Bernadette Du Crest
Cocasse principalement parce qu’il a quand même pas mal vieilli (il date de 1964) et qu’ici, les héros de l’espace ne viennent pas de New-York ou Philadelphie, mais sont russes !

Sur terre les humains sont devenus gentils et, en bon voyageurs de l’espace bien condescendants, ils tentent d’aider les peuples arriérés d’autres planètes à sortir de leurs totalitarismes théocratiques révoltants.

Un livre historiquement intéressant mais aux ficelles un peu épaisses

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'arbalète d'Anka était équipée d'un fût en matière plastique noire, d'une corde d'acier chromé, et un seul mouvement de son levier coulissant suffisait à la bander. Anton n'aimait pas les nouveautés, il utilisait un bon vieil engin du même modèle que celui du maréchal Totz, premier roi d'Arkanar : bardé de cuivre, avec un moulinet sur lequel s'enroulait une corde de boyau. Pachka, lui, avait pris une carabine à air comprimé. Paresseux et peu doué pour les travaux manuels, il considérait les arbalètes comme des armes préhistoriques.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La planète Arkanar ploie sous la férule du tyrannique ministre de la Sûreté. Cette société semi-féodale qui persécute ses intellectuels, évoquant à la fois l'Espagne de l'Inquisition, l'Allemagne nazie et la Russie stalinienne, intéresse au plus haut point l'Institut d'histoire expérimentale de la Terre qui, elle, est peuplée depuis longtemps d'humanistes tout-puissants que l'on considère volontiers comme des dieux. Doivent-ils intervenir pour miner le fascisme, ébranler l'obscurantisme? Bien sûr que non! L'Histoire doit suivre son cours naturel. Mais le jeune Roumata va avoir bien du mal à l'accepter, alors qu'il sait combien il est dangereux, pour un dieu, de se mêler de la misère des mortels.

La limonade bleue

Un amour psychédélique, une passion hallucinée… Encore une fois, Brigitte Fontaine lâche la bride.

Tu as brillé très loin dans mon cœur, et puis plus près, soulevant les mottes de terre et le mercure lourd et le plomb de la peur et du trouble profond. Tu as voulu tuer mon cœur. Il t'aveuglait. Je t'ai envoyé aux enfers, dans le fond du trou du cul du chien. Tu m'as hanté dans toutes mes chambres et je fuyais. Ils ont alors essayé de me reprendre. J'étais le fantôme du château. J'ai passé à travers les couteaux, j'ai vogué sur les collines, sur la mer froide, grise, encore vivante. Tu vois bien que je suis là. Je t'ai entendu de très loin. Tu me mélangeais à toi parce que je suis tienne, je te souffrirai bientôt, un jour, je sais que tu crois que je t'appartiens, pour jouer le grand jeu, ne me dis rien encore, ne profite pas de ce que ne je sois pas encore bien fermée, je veux être intacte et, peut-être, oh oui, je te donnerai tout, tous les trésors de toutes les chambres, et le vide glacial plein d'étoiles que tu aimes.
La limonade bleue de Brigitte Fontaine
Et Stella et Tony vont se consumer d’une flamme trop intense.

L’histoire d’une passion cinématographique aux couleurs sursaturées

Un peu trop, peut-être

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
A la tienne pépère, dit cordialement au travesti cosmonaute la momie aux beaux yeux du cinématographe. C'est dans un bar un peu suffocant où plane la poussière dorée de fin d'après-midi. Les cocktails sont meurtriers, frappant comme des poignards. La sueur fait briller les fards du jeune monstre et de la diva longue et surfine qui fait glisser en pluie ses bracelets le long de son bras transparent.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L'histoire fatale de Toni Laos et Stella Maelström.

Les charmeurs de pierres

Lire Brigitte Fontaine, c’est accepter d’entrer dans un univers parallèle, parfois ça passe et à d’autres moments on peut rester coincé dans un vide interstellaire. Mais avec un petit peu de chance, c’est un émerveillement !

De petites fées mâles et femelles apportaient toutes sortes de plats de grès fin emplis de nourritures délicates, ainsi que des pots d'étain de puissantes liqueurs fermentées.
Tous se délectèrent de pêches rôties et farcies de foies de paon bleu, ensuite vinrent les paons eux-mêmes, dans toute leur gloire, entourés de fraises des bois, ensuite des compotes de myrtilles pimentées et du lait de biche finement caillé avec des colliers de groseilles enfilées sur des algues exquises; puis une liqueur verte suivit, flambée et embaumée.
Les charmeurs de pierres de Brigitte Fontaine
Ces charmeurs de pierre nous content un bonheur fantastique aux pays des celtes et des fées, un amour impossible et transcendant, poétique et surréaliste.

Ici, tout est trop, beaucoup trop ! Dans tous les sens pour tous les sens, tout est superlatif. Ripaille, émotions, amour et bonheurs, tout est trop !

Merci Brigitte, vous m’avez régalé

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Salut à toi, peuple neuf, peuple naissant et renaissant, peuple envahisseur de guerre et de paix ; salut ô Peuple Fée, avec tes savoirs verdoyants, tes trésors cachés, tes corps menus retranchés dans les cavernes et les bois pour préserver ta lumière galactique dont le poignard va au fond d'or de l'être infini.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les charmeurs de pierres « Peuples celte et Fée, vous étiez et vous êtes et vous serez pour jamais le sel de la terre et des jardins jaunes immenses de galaxies sans fin. »

Dans ce roman, celtique et féerique, récit des amours, des aventures, des exploits et des épreuves de Bedjaïa et d'Ivor, Brigitte Fontaine ressuscite, avec vigueur, imagination et poésie, les mythes et les coutumes les plus anciens. Le reste serait trop long à raconter...

Choses que je croyais perdues

Ouvrir un livre de Clémentine Mélois, c’est plonger dans la poésie des instants, du regard, des petites choses qui nous entourent et qu’on avait oublié de regarder. C’est apprendre à rouvrir les yeux, se rappeler, redonner du sens perdu par le quotidien. La poésie de l’instant.

Nous sommes peut-être constitués de poussière d'étoiles, de bactéries diverses et d'eau, mais ce sont les histoires qui font de nous ce que nous sommes. Elles peuplent notre imaginaire, l'habitent, le meublent. Elles y font leur nid. J'imagine que les histoires, comme les souvenirs, planent en permanence autour de nous, invisibles à l'œil nu, comme des ondes radio ou gravitationnelles, comme le signal wifi, ou ces pollens de graminées qu'on ne peut pas voir mais qui sont tout de même là, puisque les yeux me piquent. Parfois, l'une de ces histoires en a assez de voleter dans les airs. Elle s'attache alors à un objet, souvent dérisoire, qui sert de pont entre le visible et l'invisible. En se posant sur un caillou, l'histoire en fait une pierre précieuse. C'est une magie ordinaire qui ne cesse de m'émerveiller.
Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois
Lors du déménagement suite à une séparation, Émilie rempli des cartons et vide l’appartement.

Un gros trésor fait de toutes petites choses, une merveille

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je voulais te dire : sans le faire exprès, j’ai cassé le verre à moutarde Musclor que tu aimais bien. Le prince sous stéroïdes mal imprimé a perdu sa tête, mais il continue de flatter d’une main distraite l’encolure de son tigre vert de compagnie. Tu avais trouvé ce verre dans un vide-greniers où les gens vendaient pas cher de jolies choses. Après l’avoir regardé longtemps, avec intensité, tu l’avais négocié à deux euros. C’était un souvenir d’enfance et ta joie m’avait attendrie. Ça allait encore entre nous à ce moment-là, enfin je crois.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Seule dans son appartement, une jeune femme emballe ses affaires. Demain, des déménageurs emporteront ces traces fragiles de son existence. Elle pense à l’homme dont elle vient de se séparer, et des histoires surgissent des objets qu’elle manipule. Une assiette au filet d’or, un ensemble H&M couleur poil de chameau, un rouleau de Sopalin : ces témoins d’une vie ordinaire ont autant à raconter qu’un trépidant roman d’aventures...
Que reste-t-il de ce que nous avons vécu ? De quelles légendes sommes-nous faits ? Les grandes amours comme les petits riens, les désillusions et les désirs sont au cœur de ce roman plein de surprises, à la fantaisie incomparable.

Ancolie

Derrière un dessin tout pourritch à l’air enfantin, se cache une bande dessinée franchement rigolote et plutôt pour adultes.

Ancolie de Salome Lahoche, couleurs de Thaïs Guimard
Ancolie est une sorcière qui cache le vide et l’absence de sens de son existence dans la drogue, le sexe et l’alcool… Et c’est OK !

Jusqu’à ce que…

Une bonne marrade féministe et rock’n’roll avec une spéciale dédicace à Michel et Mireille

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bonsoir.
Un whisky, s'il vous plait !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ancolie est une sorcière de 27 ans. Le temps passe 13 fois plus lentement pour elle que pour les humains, alors voilà des siècles qu’elle se traîne de beuveries en aventures sans lendemain à des fêtes peuplées de vampires et de monstres, des rave partys chez les elfes et des afters dans des tavernes. Cette existence alcoolisée, trash et vide de sens est pourtant sur le point de s’arrêter car un événement décisif se prépare : le Congrès annuel du Conseil des sorcières ! Chaque année, les hauts faits des meilleures sorcières y sont récompensés. Sans surprise, Ancolie ne fait jamais partie du lot. Cette année, elle est même convoquée. Pour le Haut Conseil, c’en est trop des déboires d’Ancolie ! Si elle n’accomplit pas un haut fait, elle sera excommuniée et mourra. Ancolie n’avait pas prévu de mourir de sitôt. Qu’à cela ne tienne, elle décide de sauver le monde ! Mais dans une Société inégalitaire, capitaliste et sexiste, elle a du pain sur la planche. Après avoir réfléchi à quelques actions coup de poing, elle se ravise et décide de sortir enfin de sa paresse légendaire. Un soir, une idée de génie – ou de folie – la traverse. Qu’est-ce qui manque le plus dans ce monde, si ce n’est l’empathie ? À force d’écumer les grimoires, notre sorcière tombe enfin sur le parfait sortilège de compassion ! Avec ça, peut-être qu’elle parviendra à sauver le monde, et accessoirement sa peau. Il faut juste que le sort fonctionne…

Un vent de fraîcheur souffle avec Salomé Lahoche qui s’empare de la figure féministe de la sorcière avec aplomb et une bonne dose d’humour pour un récit déjanté. Entre quête initiatique et aventures nocturnes barrées colorisées par Thaïs Guimard, des problématiques modernes comme l’écologie ou les inégalités sont abordées à travers une histoire loufoque ancrée dans un univers singulier où se mêlent fantasy, pop culture et rock’n’roll.

¡Vamos!

Olivia Ruiz continue à explorer les liens familiaux (les siens ?) avec ¡Vamos!

Mon cœur s'est serré parce que tout à coup j'ai imaginé Ennio plus grand, ici, sans moi, avec Fahiza, Mohammed et Aschraff, réunis telle une vraie famille. Je me suis sentie comblée. Ce soir se tissaient les prémices de liens qui traverseraient le temps et les âges. Ici Ennio aurait toujours une porte à laquelle frapper, et derrière celle-ci de belles personnes pour l'accueillir. Avec ou sans moi. Et cette pensée était encore plus apaisante que la Biafine qui recouvrait mes coups de soleil.
Tandis que nous nous dirigeons vers l'hôtel, la voix de Mohammed nous rattrape. Nous faisons volte-face.
 - À demain ! Et toujours j'ai la joie de vivre. Je me lève chaque matin...
 - Et je remercie Allah de protéger ceux qu'il me reste! enchaînons-nous en chœur Ennio et moi, faisant éclater de rire l'assemblée.
¡Vamos! de Olivia Ruiz
Comment transmettre la joie de vivre à son enfant et l’aider à grandir ?

Et c’est chou. Peut-être un poil naïf et mélo avec un peu trop de guimauve, mais touchant et plein d’amour

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis une mauvaise mère. Une mère désespérée. Une mère me direz-vous. J'exerce ce travail auquel aucune école ne prépare, alors qu'il mériterait des études supérieures pour éviter trop de dommages collatéraux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
D'Orlando à Madrid, du café de Marseillette aux rives du Nil, des poésies déclamées sur le port d'Essaouira aux fêtes endiablées de La Havane, Lola s'est donné un an pour transmettre à son petit garçon Ennio ce que l'école ne pourra jamais lui apprendre mais que peut une mère : l'amour de la vie et de l'autre.

Et si en chemin elle pouvait se retrouver elle-même, leur échappée prendrait tout son sens...

Porté par la plume racée d'Olivia Ruiz, à la fois poétique et puissante, ¡ Vamos ! nous entraîne dans un tourbillon d'émotions et de sensations, de couleurs et de saveurs. Un voyage à l'énergie contagieuse, une ode à la filiation, un roman à fleur de peau.

La piscine municipale : ethnographie sensible d’un commun

Ce petit livre sent bon l’été, la crème solaire et un petit parfum de chlore soutenu vers midi par celui des frites.

La piscine municipale : ethnographie sensible d’un commun de Cornelia Hummel, photos de David Wagnières
Mais qui vient, quand et pour faire quoi ? Cornelia Hummel s’y est intéressée, accompagnée par David Wagnière à l’appareil photo et nous donne ici sa vision de sociologue. Et même un peu plus, tant son regard est tendre et empathique.

Photos de David Wagnières
Un livre comme une plongée dans les souvenirs d’enfance, les glaces à l’eau sur un linge de bain à l’ombre des bouleaux à jouer au UNO avec les copains et les copines du quartier sous le regard des grand-mères feuilletant leur Danielle Steel

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un grand bassin, un petit bassin, parfois plus ; des arbres, une pelouse ; des vestiaires, une buvette ; des jeux pour enfants, une table de ping-pong. Tout le monde connaît la piscine municipale. Elle est présente dans les imaginaires et les souvenirs, elle évoque les jours d'été et l'insouciance, les longueurs de crawl au petit matin et l'heureuse fatigue des enfants après une journée de baignades. Lieu de mixité sociale et de vivre ensemble, elle se fait pourtant discrète, presque pudique, ses qualités étant rarement dévoilées au grand jour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tout le monde la connaît, la piscine municipale : elle est présente dans les imaginaires et les souvenirs d'enfance ; elle s'impose dans la vie de quartier ; elle constitue un support à l'actuel regain de la pratique de la natation. Pourtant, il s'agit d'un lieu banal, parfois méprisé car associé à la culture populaire et aux vacances « sur place ». Elle mène donc une vie discrète, hors des rayons des bibliothèques.

Mais la piscine mérite son livre ! C'est ce constat qui a rassemblé une sociologue et un photographe, qui se sont plongés dans un microcosme au sein duquel te vivre- ensemble s'exerce au quotidien et où se noue, à bas bruit, du lien social. Leur immersion révèle un espace de mixité captivant où les générations se mélangent et où les signes de classement social tombent en même temps que les habits laissés au vestiaire.

À travers un récit mêlant paroles des usagers, photographies et bulles sonores se dévoile le paysage sensible de la piscine : nous suivons les routines et les attachements, au plus près des mouvements de brasse, des sauts et plongeons, des amours adolescentes, des parasols et paréos, des frites et de la crème solaire.