Zones à défendre

Il est impressionnant de lire dans cette fiction la même histoire que Florence (sœur jumelle de Béné) raconte dans ses bandes dessinées autobiographiques. Difficile de ne pas y reconnaître les bondieuseries familiales et ce petit bout de forêt en péril ressemble fort au paradisiaque Nagot.

Et la lèpre de la haine en ligne s'abattit sur le monde. Rien ne pouvait endiguer ces débordements d'un bourbier venu des profondeurs de la nature humaine, fosse septique où fermentaient la frustration, la colère, la solitude, la paresse intellectuelle, la bêtise sans fond. Au lieu de transformer leurs déjections intérieures en engrais fertile, les aboyeurs éclaboussaient le web de leurs excréments.
Zones à défendre de Bénédicte Dupré la Tour
Ici, plusieurs zones à défendre se répondent et résonnent dans une brillante construction. Mais dans ce livre de combat, les forces semblent bien inégales.

Un livre magnifique porté par de bien frêles combatant·e·s

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Debout, les vrais-vivants. Debout, les cabossés, les hutte-taupistes, les militerre, les rêvilleros, les va-t-en-paix, les têtes cramées, les va-nu-cœur. Debout, les insurgés des marges, les fouisseurs d'espoir. Debout, et ventre à terre, faire flotter les bannières, tirer les haubans, debout. Debout, debout, les vrais-vivants. »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après cinq années à l'étranger, Clémence, la trentaine, revient en France. Elle doit piloter la création d'un centre de stockage de déchets dans le village de Saint-Romain. Ce village, elle le connaît bien, malheureusement : c'est celui où vit sa mère, Sylvie, tombée dans le complotisme au moment du Covid. Son frère, Tristan, poète anarchiste, gravite lui aussi dans les marges. Tiraillée entre sa loyauté familiale et sa fidélité à l'entreprise, Clémence devra amadouer Sylvie, rétive à l'idée de convertir quelques arpents de forêt en champ d'ordures, et parer aux incessantes critiques de son frère. Ce trio familial est à l'image d'une société fragmentée où les discours s'affrontent en archipels irréconciliables. Que reste-t-il alors d'une vérité commune ?
Porté par une écriture jouissive, Zones à défendre raconte l'ironie d'un monde désenchanté, mais aussi la poésie des utopies réalisées. Ce roman explore la bataille des récits - complotistes, politiques, intimes - et fait le pari que, en s'assumant comme fiction, la littérature peut encore dire vrai.

Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle

La Suisse aux airs si lisses cache vigoureusement sous le tapis tous les mouvements qui la secouent. Ici, ne dépassent que les montagnes enneigées au dessus de paysages dignes des maquettes de trains électriques des vitrines des jouets Weber.

Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny Vaucher
Pourtant l’histoire de la Suisse moderne fut mouvementée et les droits des femmes, des ouvriers et des paysans acquis lors de luttes fratricides.

Et si aujourd’hui encore Une Suisse au noir démontre le nombre de progrès qui restent à accomplir, cette magnifique série : Le siècle de Jeanne, Le siècle d’Emma et La révolte des cigarières raconte les grandes avancées sociales des deux derniers siècles avec un grand talent

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quoi ?!
Vous m'avez caché ça pendant 20 ans ?
Mais alors... Qui sont mes vrais parents ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cette bande dessinée nous embarque dans les temps fort du 19e siècle helvétique : les révoltes paysannes de 1802, la famine de 1816, la guerre civile de 1847 et, enfin, la révolution industrielle suisse des années 1870. Petit pays au cœur de l'Europe, la Suisse a une histoire bien moins tranquille qu'il n'y paraît en surface !

« J'ai grandi dans une famille paysanne qui a cru aux promesses de la révolution vaudoise. J'ai fondé une famille en terre catholique, connu les troubles de la guerre civile et la famine, jusqu'à l'émigration forcée à l'autre bout du monde... Je suis Jeanne, née à l'orée du 19e siècle dans le Pays de Vaud. »

La belette

Publié trois ans après Silence, cette bande dessinée reprend des lieux similaires et la même sensation d’oppression s’en dégage. Entre sorcellerie et religion, les nouveaux venus ne sont guère bien accueillis.

La belette de Didier Comès
Comès accentue ici le trait et les visages en pâtissent en même temps que le scénario se montre moins créatif.

Une suite (qui n’en est pas vraiment une) moins heureuse que le noir et brillant Silence mais qui, avec lui, annoncent les débuts du roman graphique

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
... Non ! Non ! ...
Rien à faire, elle ne me plaît pas !
... Je la sens hostile !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
En quelques sortes, un prolongement de « Silence ». La sorcellerie est toujours le vecteur de ce très bel album. Plusieurs éléments se côtoient dans ce roman qui a pour cadre la région natale de Comès. La fécondité et Démeter, la déesse mère avec Anne, Pierre son fils autiste et la Belette face à la religion représentée par le curé Schonbroodt sans oublier la nouvelle religion : la télévision représentée par Gérald, réalisateur venu de la ville. Les tensions et les rivalités du petit village Amercoeur sont dépeintes avec beaucoup de sensibilité.

Une vie comme neuve

Voilà une bien curieuse vie comme neuve, qui m’a dérouté, intrigué et perdu sur de fausses pistes tant je ne savais pas où le Georges voulait amener ce guère sympathique Dudon qui, suite à un grave accident, trouve l’opportunité de commencer une toute nouvelle vie.

Tout se joua en un quart de seconde. Il avait dit, avec une fausse désinvolture, en glissant sur les syllabes : 
 ...j'étais seul dans l'auto...
Or ce n'était pas vrai. S'il n'avait pas mis Dudon en garde, celui-ci ne se serait peut-être aperçu de rien. Mais, depuis que Lacroix-Gibet était entré dans la chambre, il guettait ses mots un à un et ceux-là, justement parce que débités trop vite, trop légèrement, firent naître une image dans son esprit. Il n'était pas seul dans son auto. A côté de lui, Dudon en était sûr, très près de lui, se trouvait une femme qui portait un chapeau clair, probablement blanc, et que Dudon n'avait pas revue parmi les gens qui piétinaient autour de lui, tandis qu'il était étendu par terre. 
Il ne protesta pas, ne dit rien. Il eut seulement un sourire à la fois amusé et complice. Ce sourire n'échappa pas au conseiller municipal, qui garda un moment de silence.
Lorsqu'il ouvrit à nouveau la bouche, ce fut pour prononcer
 - Vous voyez ce que je veux dire ?
 - Je vois.
Une vie comme neuve de Georges Simenon

Mais peut-on changer de vie ? Nos anciens démons, nos culpabilités, nos vices et toutes nos petites pourritures peuvent-elles disparaître par enchantement ?

Un roman sur la force destructrice du clérical péché

Tous les romans durs de Simenon
73. Une vie comme neuve
72. Le temps d’Anaïs 74. Les frères Rico
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'attendait depuis si longtemps à une catastrophe et à une catastrophe survenant précisément à un moment comme celui-là qu'il fût sans terreur et pour ainsi dire sans surprise. S'il y eut un certain étonnement en lui, c'est qu'après avoir imaginé les événements les plus compliqués il se trouvait devant un fait divers banal, comme on en lit chaque jour dans les journaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Maurice Dudon, un étrange personnage qui mène une vie de cloporte, est renversé par une voiture. L'homme qui la conduisait l'installe à ses frais dans une clinique. Confié à Anne-Marie, une charmante infirmière qu'il épouse, il connaît un destin nouveau.

Jeune et fauchée

Avec ses petits personnages faussement naïfs, Florence continue de nous raconter sa vie. Jeune et fauchée, c’est le départ de la maison, les premiers boulots et les premiers amours, l’alcool, les fêtes et les drogues et puis : le couple, les enfants, la séparation et surtout, comme un fil rouge : le manque d’argent !

Jeune et fauchée de Florence Dupré la Tour
La palette de couleurs et les aquarelles sont au top, les métaphores visuelles créatives et inspirées et, plus que tout, l’histoire est d’une cruelle et bouleversante sincérité.

Certes, papa et maman (coupables idéaux) prennent cher ! Une mère dépressive, un père absent, un complexe de classe, une bigoterie envahissante et une avarice révoltante semblent n’avoir pas préparé au mieux Florence à affronter son futur.

Par contre, quel terreau fertile pour raconter sa vie !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La richesse, l'oseille, l'argent, le pèze, le fric, la moula, les économies, le blé, les écus, les biffetons, la thune, la caillasse, la fortune, les deniers, le pognon, les ronds, le flouze, les sous.
Enfant, j'avais beaucoup de chance.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Née dans une famille bourgeoise, Florence grandit sans penser à l'argent. Tout bascule à 18 ans, lorsqu'elle se retrouve livrée à elle-même. Etudiante, puis mère célibataire et autrice précaire de bande dessinée, elle découvre la réalité de la débrouille, entre privations, trésors d'inventivité et survie avec deux enfants.

La confession

Voilà un livre qui pourrait être vraiment drôle s’il n’était aussi désespérément réaliste. (Bon, j’avoue, je me suis bien marré quand-même !)

L'été de notre premier anniversaire de mariage, après qu'Hugues était rentré du Tchad, sans écrin de bijoutier mais avec une petite sculpture de guerrier sao, difforme et inquiétante, achetée sur le marché de N'Djamena, l'une de ces « africonneries » qu'affectionnent nos militaires, nous avons passé trois jours dans une communauté monastique de la banlieue lyonnaise pour « discerner où le Seigneur allait nous donner de porter du fruit» et « prendre nos décisions à la lumière de l'Évangile », comme l'indiquait l'article du site dont Hugues m'avait envoyé le lien peu avant son retour, exalté de m'apprendre qu'une place s'était libérée pour participer en couple à cette retraite courue par nombre de jeunes officiers et leurs épouses.
La confession de Romane Lafore
La confession, c’est une jeune croyante intégriste catholique, mariée à un militaire, pro-vie convaincue et militante, qui se désespère, mois après mois, règles après règles, de voir son ventre rester vide.

Plongée au cœur d’un activisme crasse et d’une mauvaise foi absolue. Un livre brillant qui, par la candeur d’une confessée, décrit les affres de la prise de conscience d’une jeune femme en plein désespoir face aux injonctions de son éducation, de sa famille, de ses amies, son milieu social et de son église. À la découverte de ses propres désirs, de sa liberté

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Vous avez l'air étonné que je sois revenue. Moi aussi. Après tout, je n'ai pas besoin de vous pour recevoir ma pénitence. Jusqu'au bout, j'ai hésité à faire demi-tour. Il y avait un homme effrayant en bas des marches. Il n'était pas là, la première fois, ou bien étais-je trop bouleversée pour le remarquer. Entortillé dans son sac de couchage, affalé sur un carton, il avait l'air de dormir ─ et puis il s'est redressé d'un coup en m'entendant approcher.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quel crime a commis Agnès pour ressentir aujourd'hui l'impérieux besoin de se confier ?

Cette jeune catholique pratiquante était pourtant parvenue à rendre sa vie conforme à son rêve de petite fille et au scénario souhaité par son milieu : à vingt ans, elle avait rencontré son futur mari au très prisé bal du Triomphe des saint-cyriens, elle avait abandonné sans regret ses études pour le suivre en régiment à Bayonne, où elle avait attendu tranquillement que s'accomplisse sa destinée de mère de famille nombreuse. Engagements, foi, sociabilité : elle avait tout bien fait. Mais les années ont passé, et son ventre est resté vide. Cette maternité qui se refuse, en instillant chez Agnès le sentiment de son imperfection et de son inutilité, a provoqué en elle une fissure. Au point de la pousser à commettre ce qui ressemble au pire, à ses yeux comme à ceux de sa communauté.

Dans ce roman haletant et glaçant, Romane Lafore met en scène une jeune femme, hantée par le bien et le mal, qui tente de trouver son chemin entre culpabilité et liberté.

Khomeiny, Sade et moi

Après avoir fui avec ses parents une théocratie autoritaire et misogyne, Abnousse Shalmani se retrouve face aux voiles dans son pays d’accueil, à Paris, en même temps qu’elle y découvre Sade.

J'ai vingt ans. J'ai vingt ans et j'ai déjà connu l'amour avec Louÿs et j'ai découvert combien le sexe pouvait être révolutionnaire avec Sade. J'ai vingt ans et je sais que je vis les plus belles années de ma vie. Il me suffit de penser à Sade, il me suffit de penser au dialogue de Madame de Saint-Ange et d'Eugénie pour savoir que rien n'est perdu. Il me suffit de penser à Juliette pour savoir que la femme a un étendard et qu'elle le porte bien haut. Un jour, Sade sera la seule arme disponible pour casser les ténèbres. La violence de Sade n'est pas violente, elle est née de l'imagination et de la foi. La foi dans l'homme devenu le centre de la pensée et non plus le pantin d'hommes cachés derrière Dieu. Ce qui est violence, ce sont les attentats successifs contre le corps féminin à travers le monde. La violence c'est exciser des petites filles qui aiment la chair et des grandes filles qui aiment la bite. La violence, c'est d'interdire à une petite fille d'apprendre à lire et à une jeune fille de choisir qui elle veut mettre dans son lit. La violence, c'est ce que les barbus font subir aux esprits en les broyant. Un jour, comme la Révolution française a mis ses barbus à la porte, d'autres révolutions éclateront qui réduiront les barbus au silence et célébreront la parole des Hommes.
Khomeiny, Sade et moi de Abnousse Shalmani
Avec cette biographie (ou ce manifeste), elle dénonce la mainmise des religieux sur le corps de femmes.

Et c’est plein de fougue, d’amour et de colère. Ça part dans tous les sens, la famille, les barbus, les corbeaux, l’érotisme et le corps de femmes. C’est plein d’érudition et de politique, c’est anticlérical et porté par la France des lettres et des Lumières.

Magnifique ! Mais depuis sa parution en 2014, les extrémismes religieux continuent de gagner du terrain… Une lecture qui reste tristement d’actualité

« Je désirerais qu’on fût libre de se rire ou de se moquer de tous ; que des hommes, réunis dans un temple quelconque pour invoquer l’Éternel à leur guise, fussent vus comme des comédiens sur un théâtre, au jeu desquels il est permis à chacun d’aller rire. Si vous ne voyez pas les religions sous ce rapport, elles reprendront le sérieux qui les rend importantes (…).
Je ne saurais donc trop le répéter : plus de dieux, Français, plus de dieux, si vous ne voulez pas que leur funeste empire vous replonge bientôt dans toutes les horreurs du despotisme ; mais ce n’est qu’en vous en moquant que vous les détruirez ; tous les dangers qu’ils traînent à leur suite renaîtront aussitôt en foule si vous y mettez de l’humeur ou de l’importance. Ne renversez point leurs idoles en colère : pulvérisez-les en jouant, et l’opinion tombera d’elle-même. »
Donatien Alphonse François de Sade, Français, encore un effort si vous voulez être républicain, in La Philosophie dans le boudoir

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Téhéran, 1983
Si la petite fille que j'étais a éprouvé le désir de se mettre nue dans l'enceinte de son école, ce n'était pas à cause des fortes chaleurs. C'était par provocation. Provocation du même ordre que de jouer à saute-mouton dans la salle de prière de la mosquée de l'école.
C'était physique.
Je ne veux pas porter ce truc ! En plus c'est moche. Non !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A Téhéran, dans les années 1980, une petite fille de six ans, contrainte de porter le voile, se révolte en se dénudant. Se soumettre aux exigences des « barbus » et autres « corbeaux » lui paraît absurde. Son père l’approuve et, afin de fuir brimades et contraintes, la famille va s’exiler à Paris. Abnousse Shalmani découvre alors que la liberté n’est pas celle qu’elle aurait souhaitée. Sa révolte n’est donc pas finie. Mais cette fois, c’est la littérature française qui va lui fournir des armes. La petite fille, devenue femme, va faire de Sade, de Victor Hugo et de Colette (entre autres) des appuis précieux dans son combat contre l’oppression en général et celle du corps féminin en particulier.
Joyeux pamphlet, ce récit alterne les anecdotes intimes et les événements socio-politiques avec humour et enthousiasme.

Les indignes

Ce récit post apocalyptique contient un petit avertissement concernant des scènes de violence explicite… Alors : ouais !

Mariel tremblait. Nous avons vu les aiguilles plantées, nous avons vu les filets rouges, presque noirs. Discrètement, certaines ont posé les mains sur leurs seins pour les protéger (comme si elles pouvaient vraiment les protéger ainsi).
La Sœur Supérieure aime faire durer l'attente, que jamais vous ne sachiez quand s'abattra sur vous le premier coup, quand il faudra expier vos fautes par le sang. Elle veut nous éduquer à l'art de l'agonie.
Un : le bruit du fouet a été léger, presque imperceptible, mais il a laissé une marque à vif dans la chair du dos de Mariel, d'où sont tombées les premières gouttes de sang.
Trois : blessures ouvertes, au fer rouge.
Six : les cris stridents de Mariel nous étourdissaient, mais en arrière-fond, nous pouvions entendre la respiration de la Sœur Supérieure changer de manière subtile, s'accélérer, se transformer. En gémissement.
Huit.
Dix. L'expiation.
Les indignes de Agustina Bazterrica
Bienvenue à la Maison de la Sororité Sacrée, une secte de femmes où la Sœur supérieure (et …?) règne avec sadisme sur les différentes castes asservies.

Ici, tout semble invraisemblablement extrême, abject, arbitraire et cruel. Et la soumission de ces femmes en devient incompréhensible.

Incompréhensible, vraiment ? Pures inventions ou simple inspiration des dérives religieuses passées (passées, vraiment ?)

Un choc écœurant, peut-être pour y voir plus clair. Brillant !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quelqu'un crie dans l'obscurité. J'espère que c'est Lourdes.
J'ai mis des cafards dans son oreiller et j'ai cousu la taie pour qu'ils aient du mal à en sortir, pour qu'ils grouillent sous sa tête ou sur son visage (pourvu qu'ils rentrent dans ses oreilles et fassent leur nid dans ses tympans, qu'elle sente leurs larves lui grignoter le cerveau).


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Au sein de la Maison de la Sororité Sacrée, les coups de fouet de la redoutable Soeur Supérieure rythment le quotidien strictement réglé des « indignes ». Pétries de jalousie, elles se tendent des pièges cruels dans l'attente de savoir qui sera la prochaine heureuse élue à rejoindre les « Illuminées ». C'est le voeu le plus cher de la jeune femme qui raconte cette histoire, au fil d'un journal dans lequel elle s'épanche nuit après nuit, au péril de sa vie. Peu à peu lui reviennent en mémoire les souvenirs d'avant l'effondrement du monde, avant que la Maison de la Sororité Sacrée ne s'impose comme l'ultime refuge.

Un jour, elle découvre une errante aux abois et l'aide à intégrer la communauté. Alors qu'un lien étroit se noue entre elles, il apparaît vite que Lucía est spéciale. Et que son arrivée apporte enfin une lueur d'espoir dans un monde de ténèbres.

À travers cette nouvelle dystopie aussi envoûtante que glaçante, Agustina Bazterrica nous interroge sur les croyances, les règles et les hiérarchies que nous mettons en place pour faire société, et offre une vision vertigineuse de notre humanité.

Et l’homme créa les dieux

Presque tout est dans le titre. Il n’y manque que : mais pourquoi ?

Et l’homme créa les dieux de Joseph Béhé, d’après l’essai de Pascal Boyer
C’est à cette question que cette bande dessinée tente de répondre, avec toute la rigueur scientifique possible (et beaucoup de pédagogie) en se basant sur les dernières découvertes en sciences sociales, neuro-psy, anthropologie, sociologie…Et c’est, ma foi, fort bien fait, accessible et vraiment passionnant…

…Même s’il est vrai qu’à la fin toutes ces informations tendent à devenir confuses. Une bande dessinée à reprendre possiblement à plusieurs reprises pour bien en saisir tous les concepts. A moins d’en profiter pour sauter sur l’essai original de Pascal Boyer

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
On peut « entrer en religion » pour de multiples raisons :
Pour s'y adonner, s'y abandonner, faire corps avec sa puissance, se laisser pénétrer par ses mystères, pour y méditer sur sa beauté...
On peut également « entrer en religion » pour tenter d'en comprendre les ressorts invisibles, ceux qui permettent, organisent et scellent les croyances.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pourquoi existe-t-il des religions dans le monde ? Ont-elles une origine commune ? Pourquoi les gens sont-ils croyants ? Nous sommes ici face aux interrogations les plus fondamentales, les plus intemporelles et peut-être les plus cruciales pour l'avenir des hommes sur la terre.

À ces questions brûlantes, Pascal Boyer apporte des réponses concrètes en s'appuyant sur des recherches en sciences du cerveau, en anthropologie, en psychologie et en biologie de l'évolution. Cette approche croisée permet non seulement de comprendre enfin pourquoi la religion existe, mais aussi pourquoi la force de ces croyances peut pousser les hommes au don de soi mais aussi à l'intolérance et au fanatisme.

Bouleversé par cet essai qui a changé son regard sur les croyants, Joseph Béhé en livre une adaptation graphique remarquable.

Les sœurs Lacroix

Un sombre huis clos se déroule depuis de nombreuses années dans la maison des sœurs Lacroix. Une histoire de secret de famille bien glaucasse où tout le monde paye le prix. Fort !

 - Je ne sais pas ce qui arrivera à ce moment, ni ce que vous direz de moi... D'autres en parleront...
Il souriait, désabusé. Et Sophie, dans sa chambre, frappait de grands coups contre la cloison.
 - Bon! Compris... cria-t-il. D'ailleurs, j'ai fini...
Le sang aux joues, il avait plusieurs fois passé la main dans ses cheveux en désordre.
 - Bonsoir, Mathilde... Dors !.... Ou plutôt essaie de dormir...
» Je ne suis pas dupe de ton silence, va! Je ne comprends même plus, maintenant, comment j'ai pu envisager de vous entraîner tous avec moi... »
Elle se retourna bruyamment et il se tut, resta encore un moment assis sur son lit, puis s'enfonça peu à peu dans les draps.
Il avait oublié d'éteindre la lumière. C'est Mathilde qui le fit, après avoir attendu un certain temps pour s'assurer que c'était bien fini.
Les sœurs Lacroix de Georges Simenon

Tout est clair dès le début, il suffit de regarder tranquillement la haine, l’incompréhension et la jalousie faire leurs chemins.

Un tout grand roman noir gluant

Tous les romans durs de Simenon
29. Les sœurs Lacroix
28. Les rescapés du Télémaque 30. Le suspect
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- ... pleine de grâce, le Seigneur est avec vous...
pleine de grâce, le Seigneur est avec vous...
Les mots n'avaient plus de sens, n'étaient plus des mots. Est-ce que Geneviève remuait les lèvres ? Est-ce que sa voix allait rejoindre le sourd murmure qui s'élevait des coins les plus obscurs de l'église ?
Des syllabes semblaient revenir plus souvent que les autres, lourdes de signification cachée.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les haines familiales s'exacerbent dans la maison des sœurs Lacroix où vivent Poldine et Mathilde avec leurs enfants : Sophie, la fille adultérine de Poldine et du mari de Mathilde, Geneviève et Jacques, les enfants de Mathilde...
L'atmosphère est lourde, malsaine et le drame couve.