Tante Jeanne

L’histoire d’un retour au pire moment possible. Fatiguée, malade, usée… Tante Jeanne va pourtant devoir tout reprendre en main dans la maison de son frère qui vient de se pendre au grenier.

Mais Henri est à peine plus âgé que moi, juste deux ans, et je me suis arrangée pour le faire parler.
Et pour qu'il t'emmène avec lui.
 ─ Oui. C'est ainsi que ç'a commencé. Mais je suis sûre que, sans Henri, la même chose se serait produite, seulement un peu plus tard.
Elle ajouta sérieusement en regardant sa tante :
 ─ Je crois que je suis une vicieuse. Il n'y a rien à faire.
Puis, excitée :
 ─ Ce n'est pas tellement la chose en soi, vous savez bien ce que je veux dire. La plupart du temps, cela ne me fait même pas plaisir. Et je sais, avant de commencer, qu'après je serai dégoûtée.
 ─ Tu commences quand même ?
 ─ Oui. C'est pourquoi je dis que je suis vicieuse.
Tante Jeanne de Georges Simenon

Un roman édifiant sur la (guère enviable) condition de la femme dans les années 50

 ─ Tu l'aimais encore ?
Jeanne la regarda et, sans répondre directement :
 ─ Je le connaissais si bien ! Je connaissais toutes ses petites faiblesses, toutes ses lâchetés, et Dieu sait s'il en avait !
 ─ Tu les lui disais ?
 ─ Oui.
 ─ Vous vous disputiez ?
 ─ Presque chaque nuit. Ensuite il me battait.
 ─ Et tu le laissais faire ?
 ─ Il m'arrivait de lui débiter ses vérités pour qu'il me batte.
 ─ Ça je ne peux pas le comprendre.
 ─ Cela ne fait rien. J'étais partie, n'est-ce pas ?
 ─ De mon plein gré, ne l'oublie pas. Et, quand on a commencé à dégringoler, c'est parfois une volupté de s'enfoncer, exprès, toujours davantage.

Tous les romans durs de Simenon
71. Tante Jeanne
70. Les volets verts 72. Le temps d’Anaïs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À la gare de Poitiers, où elle avait changé de train, elle n'avait pu résister. Dix fois, traînant à bout de bras sa valise, que les gens accrochaient au passage, elle était passée devant la buvette. Le malaise, dans sa poitrine, était vraiment angoissant et, plus elle approchait du but, plus souvent cela la reprenait. C'était comme une grosse boule d'air - certainement aussi grosse qu'un de ses seins - qui montait vers sa gorge en comprimant les organes et cherchait une issue, cependant qu'elle attendait, anxieuse, immobile, le regard fixe, avec, à certain moment, la certitude qu'elle allait mourir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jeanne, une femme âgée, revient dans son village après quarante ans d'absence. Fatiguée, malade et lassée par la vie, elle espère y trouver le repos. Mais elle découvre une famille à la dérive.

Son frère Robert, qui avait repris le commerce de vins paternel, s'est pendu, Louise, sa belle-soeur, s'adonne à la boisson tandis que les enfants d'Alice, Madeleine et Henri, méprisent leur mère.

Nos rives partagées

À l’instar des femmes qui regardent les hommes qui regardent les femmes (selon Nancy Huston), les humains regardent les animaux qui les regardent. De quoi faire une histoire plutôt amusante…

Nos rives partagées de Zabus, dessins de Nicoby et couleurs de Philippe Ory
Et pourtant, si ces regards croisés tentent de plonger dans l’intime, la maladie, la mort ou la sexualité (par exemple), cette bande dessinée au dessin clair et aéré reste en surface de ses personnages.

Alors oui, c’est joli, sensible, mais je suis finalement resté comme la grenouille à me dire que finalement, il n’y avait rien à expliquer… Et, c’est peut-être très bien comme ça

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le monde commence au pied de mon nénuphar.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ils sont six que rien ne rapproche.
Simon est prof et il doute. Son métier doit-il se résumer à inscrire des notes sur des bulletins ? Diane cherche à se reconstruire après une opération, à se sentir femme sans se sentir regardée. Nicole agite sa retraite à militer, même si sa fille ne veut plus lui parler. Vieux et usé, Pierre s'emmerde chez lui. Jill est une ado. Elle hésite entre garçons et filles... et elle envie Hugo qui, lui sait, mais sans succès.
Rien ne les rapproche sauf le rivage partagé avec une faune intriguée, qui observe ces gens empêtrés dans leurs drames, grands ou petits mais si typiquement humains.
Chronique sensible, "Nos rives partagées" narre des existences pas si ordinaires et qui ressemblent aux nôtres. Car même quand le tragique rôde, la vie peut être belle.

Il y a encore des noisetiers

Typique des derniers romans durs de Simenon, ces noisetiers racontent un homme au moment du bilan de sa vie. Apaisé, enfin, l’homme regarde avec satisfaction son oeuvre : famille, argent, réalisations et quelques regrets quand même… point trop de brillance n’en faut pour celui qui résidait alors en Suisse protestante.

J'ai eu la chance de réaliser dans ma vie à peu près tout ce que j'ai entrepris. Jusqu'ici, j'ai été exempt de la plupart des maux moraux ou physiques qui frappent la plupart des hommes.
Cela signifie-t-il que je voudrais recommencer ?
Ce n'est pas la première fois que j'y pense et chaque fois la réponse a été non. Ni en tout, ni en partie. Pour chaque époque, je trouve, avec le recul, quelque chose de gênant, d'inachevé.
J'ai souvent honte de l'homme que j'ai été à tel ou tel moment.
Il y a encore des noisetiers de Georges Simenon
Mais là, alors que la dernière ligne semblait bien droite et déblayée, tout s’emballe : des tristes nouvelles d’une ex outre-Atlantique, à Paris son fils se marie avec une femme de l’âge de sa fille qui en profite pour annoncer qu’elle est enceinte d’un homme qu’elle ne veut pas revoir…

Et Simenon de lui donner l’occasion de briller enfin dans la famille, vieux sage, patriarche généreux. Un peu mélo, mais sympa.

L’occasion de jeter encore une fois un œil sur la position de la femme dans les années 60. L’époque où les mères célibataires étaient des filles-mères, stigmate honteux

Tous les romans durs de Simenon
112. Il y a encore des noisetiers
111. La prison (à lire) 113. Novembre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Étais-je, ce matin-là, plus ou moins heureux que les autres jours ? Je n'en sais rien et le mot bonheur n'a plus beaucoup de sens pour un homme de soixante-quatorze ans.
En tout cas, la date reste dans ma mémoire: le 15 septembre. Un mardi.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le banquier Perret-Latour vit retiré dans son appartement de la place Vendôme, entouré de quelques domestiques et protégé par sa gouvernante. Dans son existence régulière et ordonnée surviennent trois événements qui vont réveiller le passé et rendre sa vitalité au vieil homme.

Toutes les vies

Quelle claque, quelle violence ! Lu en un souffle, je me suis fait exploser par Toutes les vies.

La maison était aussi belle que mon désespoir était grand.
La maison était très belle.
C'était un palace, avec de nombreuses petites
terrasses extérieures, une gigantesque cuisine ouverte en faïence, de somptueuses chambres calmes, une piscine avec vue sur la mer et, au bout du chemin, une plage privée.
J'arrivai la peau sur les os et le visage émacié.
On voyait littéralement sur ma tronche et mon corps les stigmates de la fatigue, de la dépression, de la folie, de l'adultère, du deuil et de la rupture.
J'étais très pâle avec sous l'œil droit ma vallée des larmes qui s'était encore creusée.
J'avais perdu tous mes muscles, j'étais molle, j'avais même perdu mes seins, ils tombaient comme des petits gants de toilette.
J'avais fait un reset, je repartais de zéro.
Toutes les vies de Rebeka Warrior
Une histoire ─ dans l’ordre ─ d’amour, de maladie, de mort et de deuil. Avec des drogues et du zen. Tout ensemble pour un cocktail qui hurle sa douleur. Un livre incroyable qui se permet même parfois d’être drôle, cultivé et touchant.

Un théâtre d’amour grand-guignolesque, un cri de plus de 260 pages écorchées, torrides et glaciales, un tour du monde psychotropique, une machine à baffes d’une sincérité à cœur ouvert

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pauline et moi étions amoureuses depuis de nombreuses années.
Elle avait vingt-huit ans et moi trente et un quand nous nous sommes rencontrées.
Nous faisions à peu près la même taille et le même poids.
Nous pouvions échanger tous nos vêtements sauf les chaussures.
Elle avait des cheveux longs, châtains, des yeux noirs et de magnifiques petits seins.
Son odeur me rendait folle.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Une nuit, dans notre bicoque sur la plage, j'ai fait un drôle de cauchemar.
La mort contournait la moustiquaire et tentait perfidement de s'introduire dans notre lit.
Elle attendait tapie dans l'ombre que je m'endorme pour s'infiltrer et prendre Pauline.
C'était elle qu'elle voulait.
Elle s'en fichait de moi.
Je lui mettais des bâtons dans les roues.
Ça ne lui plaisait pas.
Je passais la nuit à monter la garde.
La mort était mécontente.
Au petit matin, je m'étais assoupie, elle était venue souffler près de mon visage.
Elle avait murmuré quelque chose, mais je n'avais pas compris quoi.
Elle parlait latin ou suédois.
Juste pour me faire chier. »

Premier roman virtuose, Toutes les vies est le récit d'une histoire d'amour sublime, d'un deuil impossible et d'une quête spirituelle qui sauve.

Merveilleux

Appelé depuis l’hôpital à Paris, Cookie traverse l’Atlantique pour venir au chevet de son père victime d’un AVC.

Débute la rééducation d’un père dont il n’avait jamais été proche et qui ne peut plus dire que « Merveilleux » et trois ou quatre autres mots. Une histoire de relations de famille recomposée et dispersée gravitant autour d’un malade qui ne se fait comprendre que difficilement.

Merveilleux de Cookie Kalkair, couleurs de William Wagner

Un album aux graphismes colorés avec une histoire touchante, tant pour son regard sur les proches aidants, que pour le portrait de famille qu’il propose

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je n'ai jamais été très proche de mon père. Un océan nous sépare. Littéralement - depuis que je vis au Québec. Pourtant, lorsque j'apprends son AVC, je saute immédiatement dans un avion. À l'hôpital, dans un temps suspendu, je retrouve une petite soeur que je n'ai pas vue depuis des années. C'est l'attente... et le couperet tombe : notre père restera aphasique, il a perdu l'usage de la parole. Il lui reste à peine quelques mots... dont "Merveilleux". »

Alors que Cookie et ses proches réalisent peu à peu les conséquences de cet événement, tous doivent apprendre à vivre avec le handicap. Mais dans la tragédie, les réactions de chacun se révèlent parfois inattendues. Ce drame pourrait-il être une nouvelle chance ? La chance de se parler, de renouer les liens et de construire ensemble une nouvelle famille...

Cookie Kalkair nous offre ici, avec tendresse et humour, son récit le plus personnel.

Aimer

Les romances, non merci, me dis-je habituellement. Et pourtant, de temps à autres, je les retrouve dans mes mains avec plus ou moins de bonheur. Et cette fois-ci, c’est un carton complet ! Une vraie merveille bien au-delà d’une bluette nunuche. Une histoire de vies aux ramifications élaborées et aux personnages complexes.

Il faisait de moins en moins l'amour avec Adèle. Elle aurait pu s'en émouvoir. En théorie, un corps pressant le sien, un souffle chaud, ce remue-ménage charnel, tout cela était divertissant, mais le charme se dissipait très vite à l'idée du désordre que cela imposerait à sa soirée. La simplicité d'un verre de vin solitaire en supervisant les devoirs des enfants lui semblait plus douce, plus indulgente.
Aimer de Sarah Chiche
Un roman qui commence bien sombrement, dans la violence, la manipulation et les abus. Des enfants qui deviendront adultes et puis, forcément, vieux…

Deux parcours de vie qui se croisent et s’éloignent, la vie avec des joies, des enfants, la maladie… La vie, donc

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme Alexis, Margaux avait neuf ans. Ils étaient dans la même classe, mais ne s'étaient jamais adressé la parole. D'ailleurs, personne ne parlait à Margaux, sauf l'institutrice de cette école où elle était arrivée trois jours après la rentrée scolaire. Margaux ne cherchait pas davantage la compagnie des autres.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Suisse, 1984. Margaux, neuf ans, se jette dans les eaux glacées du lac Léman. Pétrifié, Alexis, son camarade de classe, assiste à son sauvetage. Entre les deux enfants naît alors une complicité vibrante. Mais bientôt, Margaux disparaît mystérieusement. Quarante ans plus tard, tous deux se retrouvent par hasard. Lui, ancien consultant, a tout quitté, rongé par la culpabilité du scandale lié au Duroxil, un opioïde qui a ravagé l'Amérique. Elle, après une enfance dramatique, est devenue écrivain, célibataire et heureuse de l'être, mais ses romans sont peuplés de fantômes. Entre eux, l'amour est intact, aussi brûlant qu'au premier jour. Mais aimer à cinquante ans, est-ce encore possible, quand un père se meurt, quand les enfants grandissent loin, quand le monde lui-même semble s'effondrer ?

De l'enfance à l'âge mûr, de la Suisse de la fin du siècle dernier à la France des années 2020, en passant par les États-Unis où s'annonce déjà le retour de Donald Trump, Aimer dessine une fresque éblouissante sur ces instants où tout peut encore basculer. Un souffle de vie inouï traverse ce roman lumineux, sur la grâce des secondes chances.

Toi

Si ce livre m’avait été résumé, j’aurais peut-être souri, condescendant, en imaginant une « mèmère à chat-chat ». Mais il faut le lire et comprendre combien un tel jugement peut-être facile et… totalement hors propos. Et quand bien même ?

Il faudrait inventer un concept, la chaternité. Veiller sur un petit être, lui garantir la nourriture, les soins, la sécurité matérielle et affective, le protéger des dangers sans lui confisquer ce qui fait sa vie (sortir, chasser, manger de l'herbe et des souris qu'il vient dégobiller sur le palier), observer jour après jour cette créature, la voir grandir, vieillir, l'épauler quand elle est fatiguée, la rassurer quand elle a peur, voir comment son quotidien est une ligne simple et pleine, essentiellement employée à dormir et obtenir les moyens de sa subsistance.
Jouir des contreparties que le chat nous offre en échange de nos attentions, la présence fidèle, la douceur, les ronronnements, les coussinets élastiques qui pétrissent les gilets, les moustaches qui effleurent le visage, le poids du réconfort dans les ténèbres. Le regarder être heureux et n'avoir conscience de rien, ni de la cruauté des hommes ni des guerres qui ravagent le monde, encore moins de la mort qui nous attend au tournant, le voir traverser ce présent absolu dans une innocence qui fait fondre le cœur et donne parfois l'impression que la vie est un cadeau.
Toi de Hélène Gestern
Un livre qui m’a un peu rappelé Assise, debout, couchée ! d’Ovidie et de cette relation particulière qui peut se tisser avec un animal.

Et c’est touchant, tendre et beau. C’est plein d’amour

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'ai toujours sur que j'écrirais sur toi.
Depuis que je te sais malade, et qu'à plusieurs reprises tu as frôlé la mort, je me suis mise à prendre des notes pour tout fixer, les souvenirs heureux comme les sombres moments.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Nous sommes dans un bar en bord de mer, entre chien et loup, à la fin de l'hiver. Hélène Gestern a commandé une bière, elle est seule près de la cheminée, dans un coin tranquille, en attendant que le chat du patron vienne quêter une petite caresse.

Elle pense à Mimi, une belle chatte persane qu'elle a recueillie il y a des années, à sa peur de la perdre, à leur tendresse partagée.

Malempin

Pour qui souhaite comprendre la vie en France du début du XXe, les livres de Simenon sont une source impressionnante d’informations sur les usages, la société, les rapports homme-femmes, humains et familiaux…

Au cours d'une de ces paniques périodiques, mes parents ont-ils décidé de se débarrasser de Tesson?
Contrairement à ma propre attente, c'est avec un détachement sincère que je me pose cette question et que j'essaie de la résoudre.
Le crime en lui-même, s'il y a eu crime, ne m'émeut pas et je l'envisage sans horreur.
Ce qui m'a poussé à remuer ces souvenirs est un sentiment complexe, qui ne m'apparaît un peu clairement qu'à mesure que j'avance. C'est parti de Bilot, du regard qu'il laissait peser sur moi et du docteur Malempin que j'ai découvert dans la glace.
Peu importe, d'ailleurs. Je suis maintenant tout engagé dans des racines que je démêle et j'en trouve qui vont toujours plus loin, et plus enchevêtrées.
La question ne se pose pas de savoir si mon père et ma mère avaient intérêt à supprimer le boiteux Tesson. C'est l'évidence. Au village, les gens l'ont senti. Ce qui m'étonne, c'est que les magistrats ne s'en soient pas avisés plus tôt, car, autant que je m'en souvienne, il s'est écoulé des semaines avant que mon père et ma mère fussent appelés à Saint-Jean-d'Angély.
Malempin de Georges Simenon
Pour autant, ce Malempin est tristement ennuyeux.

Au chevet de son fils malade, un homme se souvient, par bribes, des non-dits et des secrets sombres de sa famille, il s’interroge sur sa vie, son couple, ses choix… sans pour autant en tirer de leçons ni de vérités

Un livre lent, un bon somnifère

Tous les romans durs de Simenon
38. Malempin
37. Les inconnus dans la maison 39. Bergelon (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Même de sang-froid, je reste persuadé que cette journée a été plus rapide que les autres et le mot vertigineux me vient naturellement à l'esprit. J'ai, quelque part au fond de la mémoire, un vieux souvenir similaire. Je jouais dans la cour du lycée. Non, ce n'est pas possible, puisqu'il va être question d'un tramway. Peu importe! Dans une rue. Ou sur une place. Plutôt sur une place, car je revois des arbres et je pourrais préciser qu'ils se découpaient sur un mur blanc. Je courais. Je courais à perdre haleine. Pourquoi? Je l'ai oublié.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ils devaient partir en vacances dans le Sud. La maladie subite de leur fils en décide tout autrement. Le père, médecin, veille sur l'enfant et, tandis qu'il reste à son chevet, lui reviennent en mémoire des souvenirs enfouis...
Une histoire, dans sa jeunesse, d'un oncle disparu du jour au lendemain après être passé à la ferme que tenaient ses parents. La mère s'y trouvait seule. L'enfant, dans la maison, n'avait rien vu à l'époque. Il avait trouvé plus tard, sur un tas de débris utilisé par le père, loin dans la campagne, des traces du disparu.
La venue des gendarmes, pour lui qui n'avait qu'un regard de gosse, s'était pourtant teintée de la couleur du non-dit. La mère avait arrangé une vérité. Cette dernière avait par la suite décidé de sa vie...

Intérieur nuit

Nicolas Demorand est bipolaire. Il raconte sa maladie depuis les premiers signes, depuis les premiers moins bien jusqu’à aujourd’hui en passant par les médecins, les psychanalystes, les prescripteurs… et toutes les fausses pistes et les absences de diagnostics.

Tu gardes un souvenir très précis de ce 19 décembre 2016. Tout, sauf le temps. Pleuvait-il ? Laisse-moi inventer un petit crachin de circonstance qui, dans la perspective exacte de la rue Ferrus, brouillerait la vision du porche de l'hôpital Sainte-Anne. Voilà, tu y es. Tu n'es pas soulagé, tu as abandonné. Tu éprouves l'humiliation mais, étrangement, pas sa morsure car tu es épuisé. Tu entres à l'asile et rejoins les fous. Qu'on te prenne maintenant par la main ou te mette dehors, qu'on t'enferme ou te laisse libre : tu n'attends plus rien et tu as peur. Quant à ton corps, il porte le poids de ces pierres, de ce porche franchi pour la première fois. Tu n'entres pas dans un hôpital mais dans un autre temps de ta vie.
Intérieur nuit de Nicolas Demorand
Jusqu’à aujourd’hui où, malgré une fragilité de tous les instants et bien des gouttes, poudres, gélules et comprimés, il arrive enfin à vivre.

Un témoignage bouleversant, d’une grande franchise sans pathos ni mélo

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis un malade mental. Il m'est difficile de dire depuis combien de temps, vingt ans, peut-être trente, certainement huit, depuis qu'un diagnostic a été posé. J'avale tous les jours une grande quantité de médicaments, je vais deux à quatre fois par mois dans un hôpital psychiatrique où l'on me surveille comme le lait sur le feu. Je suis bipolaire, pour employer le mot précis qui a remplacé « maniaco-dépressif ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les événements racontés dans ce livre se déroulent sur plus de vingt ans. Pendant toutes ces années, je me suis tu. Aujourd’hui, j’écris en pensant à toutes celles et ceux, des centaines de milliers, peut-être des millions, qui souffrent en silence du même mal.

Une Suisse au noir

Il y a quand même des trucs bien pourris au pays du chocolat. En soulevant juste un petit peu les tapis, ou même, juste en ouvrant les yeux, les hypocrisies et les petites saloperies emplissent rapidement les marges.

L'économie souterraine travail au noir, travail non déclaré, activités illégales...─, c'est 40 à 50 milliards de francs qui ne reviennent pas aux impôts, à peu près 7% du PIB. Tant d'argent qu'on ne peut pas investir dans nos routes, nos écoles, nos hôpitaux, nos transports publics... Pour lutter contre ce manque à gagner, le Parlement a mis sur pied la LTN, la loi sur le travail au noir... C'est depuis l'entrée en vigueur de cette loi en 2008 que chaque canton emploie des inspecteurs LTN.
Malley et Michaud en font partie.
Leur travail est financé moitié par la Confédération, moitié par les cantons. Cantons et Confédération conviennent du nombre de contrôles à effectuer chaque année. Cela détermine le nombre de contrôleurs nécessaires par canton. En 2022, on avait pour toute la Suisse 82 postes dédiés aux contrôles du travail au noir. C'est en moyenne trois contrôleurs par canton. Les grands cantons en ont plus, les petits cantons moins.
On peut aussi le dire comme ça: en Suisse, on a une moyenne de 1,1 contrôleur pour 10000 entreprises. Et par an, l'État fédéral investit moins de 5 millions de francs contre le travail au noir prix d'un immeuble dans une ville de moyenne importance.
Une Suisse au noir de Isabelle Flükiger avec une préface de Christophe Tafelmacher, juriste
En partant de l’histoire de Gloria et de Mohammed, Isabelle Flükiger raconte la précarité des sans papiers dans un système qui leur dénie tout droit, sauf celui de travailler au noir, sans assurances, pour des salaires de misère et sans aucune possibilité de recours.

Et en miroir : l’impunité des patrons bien à droite initiant des lois bien pourries au dérogations floues et non contrôlables… Écœurant !

Un excellent livre entre enquête et fiction, étayé et documenté pour jeter un œil au dessous des cartes truquées

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Gloria n'a pas de permis. Pas de permis B, C, G, L, F, N, ni même de permis S. Elle vient du Cameroun. En 2016, quand je l'ai rencontrée, ça faisait quinze ans qu'elle n'avait plus revu ses fils.
Elle est illégale, mais c'est un raccourci. On la définit plutôt comme une « sans-papiers », ce qui est aussi faux. Gloria a bien des papiers, ce ne sont juste pas les bons.
Disons que, dépourvue de permis, Gloria est en séjour illégal en Suisse depuis plus de quinze ans.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Tu as engagé une illégale pour s'occuper de tes enfants ?! »

La narratrice tombe des nues lorsqu'elle apprend que son amie emploie une sans-papiers.

Mais avec l'histoire de Gloria, la baby-sitter camerounaise, puis celle de Mohammed, un demandeur d'asile débouté, sa stupeur va laisser la place à de nouvelles questions : comment des sans-papiers peuvent-ils payer assurances sociales et impôt à la source, tout en se voyant refuser le droit d'exister légalement ? Comment des employeurs peuvent-ils recruter des travailleurs illégaux, et s'en sortir impunément ?

Avec ce sixième roman, Isabelle Flükiger nous emmène dans une Suisse de l'ombre où la justice n'est pas le droit, et où la loi ne dit pas toujours ce qu'elle fait. Un récit entre enquête et fiction aussi percutant qu'instructif.