Quel livre, quel témoignage ! Tout est juste ici ! Sans pathos ni mélo, intime sans être voyeuse, d’une insupportable violence et pourtant d’une invincible énergie vitale… Cette joie de vivre emporte tout.
C'est toujours la veille que je dresse la table du petit-déjeuner. Je dispose les tasses, les assiettes, les couverts, les serviettes, puis le miel et les pots de confiture. C'est comme enjamber la nuit que j'ai toujours crainte, décréter l'harmonie du prochain jour. Il n'y aura plus qu'à sortir le beurre, enclencher la bouilloire, laisser monter les odeurs du café et du pain qui grille. Tout va bien se passer.
Le 2 septembre 2024 s'ouvre le procès de Mazan et la France découvre le visage de Gisèle Pelicot. Décidée à ce que « la honte change de camp », elle a voulu et obtenu que ce procès soit public. Son courage bouleverse le monde entier à mesure que l'horreur des crimes qu'elle a subis est exposée au tribunal. Depuis le procès, elle qui n'a jamais pris la parole et est devenue un symbole mondial de la dignité des femmes a décidé de raconter son histoire avec ses propres mots. Elle veut transmettre un message d'espoir à tous ceux et toutes celles qui traversent des épreuves, comme à ceux et celles qui l'ont soutenue au cours de ces semaines d'automne 2024. Le récit ciselé et bouleversant qu'elle a écrit avec la romancière Judith Perrignon dévoile l'histoire singulière et passionnante ainsi que les ressorts intimes de l'incroyable résilience de cette femme si secrète.











![[Elle en avait marre de l'amour, marre des amis, marre du sexe, marre des ragots, marre des gens qui la détestaient car elle était célèbre, car elle s'était mariée avec lui, car elle avait adopté un enfant, marre du poison que lui envoyait le Vénézuélien chaque fois qu'il] pouvait, avec ses morsures, ses coups de griffe, les odeurs qu'il laissait sur son corps. Marre d'elle-même et de ses souvenirs. Et, tout en disant ça, elle a pensé que le mari était le plus bel être au monde. Qu'elle s'était habituée à sa beauté, à sa douceur. Que c'était vrai qu'ils se punissaient l'un l'autre du fait de s'être mutuellement désirés.
Ils n'avaient jamais imaginé, pas plus elle que lui, que l'amour pouvait être aussi insupportable](https://i0.wp.com/www.noid.ch/wp-content/uploads/2025/01/histoire-dune-domestication-scaled.jpg?resize=660%2C323&ssl=1)