Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Ce parlement est une magnifique histoire d’eau.Le parlement de l’eau de Wendy DelormeDans une écriture qui mêle l’épicène au fantastique, l’écologie à la poésie et le féminisme à l’environnement, Wendy Delorme parle avec l’eau. Dans une triple mise en abyme (qui nous guette), les fleuves, mers et étangs s’unissent à l’autrice et au futur pour écrire une histoire aussi tortueuse que l’Esprit qui pose tout ceci sur le papier. Un livre touchant juste, bousculant. Mais qui m’a plus d’une fois perdu dans ses longueurs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) ─ Delta est malade depuis des mois. Elle ne viendra pas.
─ Elle nous a fait parvenir un arrêt maladie ?
─ Je pense que ce n'est pas nécessaire. Vous avez constaté comme nous toutes ici l'extinction massive des anguilles, des palourdes. Elle pue la mort.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La Révolution, c’est de l’Eau… Sauver un cours d’Eau, aussi ténu soit-il, c’est un début pour sauver tout ce qui peut encore l’être.
Une romancière, qui croit au pouvoir de la littérature pour changer le réel, convoque en pensée des entités aquatiques : Fleuve, Mer, Océan, Crue, Ruisseau, Rivière, Cascade, Marais, Lac, Lagune… Celles-ci inventent une histoire sur la nécessité vitale de sauver le cycle de l’eau, faire barrage à la montée du fascisme, retisser les liens entre l’espèce humaine et le vivant.
Depuis le bassin versant du Rhône sur lequel elle enquête, Wendy Delorme nous propose un roman inspirant, où l’utopie l’emporte sur la dystopie.
C’est un genre d’humour que j’affectionne tout particulièrement. En plus, ici, c’est souvent franchement très drôle !Fables bucoliques autogérées de PopolitiqueUne bande dessinée qui n’est pas sans rappeler le Petit traité d’écologie sauvage d’Alessandro Pignocchi et ses sublimes aquarelles. Certes, ici, pas de dessins au style aussi impressionnant, mais des comptines bien affirmées et un rythme rapide. Un vrai bonheur.
Un album activiste parfois inégal mais dont certaines pages méritent amplement d’être sauvées de l’autodafé par ce pauvre colibri
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Un jour, la catastrophe arriva. Un immense incendie s'était déclaré dans la vieille forêt.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les Fables bucoliques autogérées invitent à imaginer ce qu'il se produirait si tout ce qui constitue le vivant, les animaux, les plantes, se mettait à réfléchir, parler et se comporter comme les êtres humains.
Des planctons imaginent en quel plastique ou hydrocarbure ils seront transformés. Des loups déconstruisent le mythe du mâle alpha. Des poules se mettent à penser que c'était mieux avant, quand elles étaient de gros dinosaures. Et les fourmis sont bien entendu marxistes et rêvent du grand soir. À travers ces fables, tous ces êtres vivants deviennent enfin des acteurs politiques, au sens large.
Il y a plusieurs types de romans dur, des polars (plutôt rares), des tranches de vie (généralement sombres et aux problématiques inextricables), des fuites en avant, des familles qui se déchirent et, comme ici, des bilans de vies. Un homme (généralement) qui, au seuil de la mort, se souvient, infatué, de ses glorioles et de ses échecs.Le président de Georges SimenonUn ex-président (de la France) comprend qu’il n’est bientôt plus et que sa gloire s’estompe en même temps que son influence politique.
Un récit un peu « vieille France », une stature dont nombre de politiques se rêvent certainement en début de carrière avant de goûter à l’ivresse du pouvoir
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il y avait plus d'une heure qu'il ne bougeait pas, assis dans le vieux fauteuil Louis-Philippe au dossier presque droit, au cuir noir usé, qu'il avait traîné pendant quarante ans de ministère en ministère et qui était devenu légendaire.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans sa propriété normande des Ebergues, Augustin, ancien président du Conseil, vit désormais retiré, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu'il apprend que son ancien chef de cabinet, Philippe Chalamont, est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s'il n'a plus guère d'illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d'élever la voix.
Chalamont ─ il le sait, il en détient l'aveu signé ─ n'est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l'Etat pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme...
Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l'anéantissement.
Une oeuvre grave, tendue, dépouillée comme une tragédie classique, sur le thème éternel du pouvoir et de ses vanités.
Autogenèse se terminait plutôt brillamment et Erwan Larher, très à propos, en a profité.Entre toutes les femmes de Erwan LarherEt il a fort bien fait !
Alors, certes, il y a toujours des longueurs et Erwan ne cesse d’en faire des caisses avec ses mots, mais cette Cybèle est magnétique ! Si la lecture du premier Livre n’est pas indispensable, elle m’a semblé bien utile pour pleinement apprécier ce tome dynamique et enlevé avec une héroïne bien plus piquante et attirante que ne le fut l’Arsène
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ils ont peur.
Au début, ils n'y croyaient pas. Ils ricanaient ouverte-ment. Sur les écrans s'étalait le sentiment de supériorité que leur donnaient des décennies de domination; les articles relayaient leur scepticisme goguenard. Bien que tout juste battu par Arsène Nimale, François Copain, le président de la République sortant, n'en était pas moins braillard. Il est Feuillant, mais les Montagnards, l'autre parti politique du paysage, étaient tout aussi belliqueux. Parce qu'en définitive, ils défendent le même monde. Un monde qu'Arsène Nimale a commencé de chambouler.
Alors ils ont peur.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Sur les ondes, chaque semaine, elle est La Voix, magnétique conteuse adulée par tous les sujets de l'empire. Le reste du temps, Cybèle Ibarruri traverse l'existence avec une insouciante gaîté. Jusqu'à ce qu'un inconnu soit assassiné sous ses yeux alors qu'il lui remet une lettre lui enjoignant de raconter l'épopée d'Arsène Nimale.
Cet homme, lit-elle, faillit changer le cours de l'Histoire quatre siècles plus tôt, juste avant la Grande Catastrophe.
Pourquoi alors n'y a-t-il aucune trace de lui dans les livres ni sur le réseau ? Pourquoi un petit groupe s'active-t-il en cachette de l'impitoyable pouvoir impérial pour écrire son destin et retranscrire son message ? Et surtout, Pourquoi Cybèle a-t-elle l'impression, en s'emparant de l'intrigue, que sa vie bascule ?
Dans une langue riche et inventive, ce récit initiatique haletant aux airs de roman noir et de saga d'anticipation interroge sans concession notre présent.
Lorsqu’on lit Erwan Larher, il est utile de se munir d’un petit dictionnaire, enfin, d’un gros, car ses mots ne se trouvent pas toujours dans ceux de poche. On y croise des vultueux, clabauder, eccéité, compendieusement, ubac et adret, stercoral, pulvérulent, tératogène, intumescence, diffluent ou dégonder… Erwan aime les mots.Autogenèse de Erwan LarherCette autogenèse m’a un peu rappelé Vernon Subutex, l’histoire d’un mec (en l’occurrence amnésique), au magnétisme social impressionnant qui, au cours de ses pérégrinations, se retrouve petit à petit entouré d’une bande de fidèles.Une dystopie aux messages socio-éco-politiques un peu candides mais non dénuée d’un bon-sens implacable. Un roman avec bien des longueurs et des « pourquoi » mais qui invite à regarder plus loin que la fin
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il se réveilla nu dans un lit inconnu, dans une chambre inconnue, avec, au bout de jambes inconnues, des pieds ordinaires.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il se réveille, nu, dans une maison isolée.
Il ne se souvient plus de rien. Il se lance dans le monde, à la recherche de son passé et de son identité. C'est un destin qu'il trouvera, agrémenté d'une mystérieuse ange gardien à la gâchette facile, d'un journaliste schizophrène, d'un bienfaiteur sans scrupule. Dans son turbulent sillage, les trajectoires se déjettent, pas toujours en douceur. D'exclu amnésique, jouet du hasard, nom de code Icare, il devient maître du jeu.
Mais certains n'ont pas l'intention de le laisser faire... Roman picaresque et politique, Autogenèse interroge sur la folie et la grandeur des hommes, entrelaçant parcours singuliers et Histoire en marche. Peut-on (se) construire en misant sur le bon sens contre les passions, les émotions ? Peut-on (se) bâtir sans mémoire ?
Ce recueil de trois albums (Petit traité d’écologie sauvage, La cosmologie du futur, Mythopoïèse) ébloui tout d’abord par la qualité de ses aquarelles. C’est magnifique !Petit traité d’écologie sauvage : intégrale de Alessandro PignocchiPuis, vient l’humour et l’absurde (hélas absurde). Animiste et antispéciste, l’humanité reprend sa place sur terre (enfin, presque).Certes, certaines blagues tirent un peu en longueur et au fil des trois albums, le sujet se politise de plus en plus au détriment de la fraicheur et de l’efficacité.
Mais quel bonheur de nous voir scrutés par un anthropologue Jivaro et d’en rire avec les mésanges
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Vous allez être en retard à la réunion du G20, monsieur le président.
J'arrive, j'arrive, je remets un bousier sur ses pattes.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les plantes et les animaux sont désormais perçus comme des partenaires sociaux ordinaires. Le pouvoir ne fait plus envie à personne, pas même à nos hommes politiques. Autrement dit, l`animisme des Indiens d`Amazonie est devenu la penséedominante.
La culture occidentale moderne, quant à elle, ne subsiste plus que dans quelques petits villages français où un anthropologue jivaro l`étudie et tente avec passion de sauver les dernières fermes d`élevage intensif, les derniers bars PMU et le rituel de la pêche à la ligne.
Difficile dans le climat actuel et en jetant un coup d’œil aux États-Unis ou à voir les montées populistes en Europe de n’y voir qu’une dystopie.Nerona de Hélène FrappatL’histoire de Nerona, une tyran (tyranne ?) populiste, paranoïaque et climato-sceptique et qui se fait appeler Monsieur le Prince… et qui ose tout ! « Panem et circenses » et tout ira bien. Et elle continue, jusqu’au boutiste, sans peur et sans freins. Jalouse et illuminée ! Un petit roman amusant, parfois drôle, mais un peu confus (ce qui n’est pas sans charme) et qui m’a laissé sur ma faim
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je m'appelle Nerona.
Je vais vous raconter mon histoire.
Par où commencer ?
Quelle carte piocher dans le Grand Jeu du Destin ?
J'entends encore ma grand-mère me dire :
« Ne réfléchis pas, Nerona, tire une carte ! »
Je nous revois à la table de la cuisine ─ la seule table de la maison ─ , GrandMa étalant son vieux tarot.
Comme tu détestais que j'hésite !
Tu racontais à tout le quartier : « Ma petite Nerona, elle pioche toujours la carte gagnante ! »
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Au cœur de l’Europe, une dictatrice déchaînée, qui exige d’être appelée “le Prince”, règne sur sa nation à coups de décrets. Son nom ? Nerona. Paranoïaque, autoritaire, climatosceptique, égérie de l’efficacité gouvernementale et pourfendeuse de toutes les “déviances”, la fondatrice du feu (Force, Énergie, Union) a tout pour plaire. La preuve : le peuple l’a portée au pouvoir. Viva Nerona !
Après avoir transposé avec brio la tragédie antique à Hollywood, Hélène Frappat invente la sitcom fasciste, dans une satire hilarante qui dévoile les coulisses d’une dictature et les rouages du langage populiste. Au programme : trahison, romance souverainiste, astrologie, matricide, combats de migrants télévisés et bien d’autres réjouissances.
Dans cette fiction autobiographique, Dominique Grange raconte la vie de Elise, militante maoïste en France dans les années 60-70. Mis en images magnifiquement par Tardi, cette bande dessinée offre un point de vue central, immergé, sur la vie de jeunes gens qui ont cru et se sont battus pour un monde plus juste, moins raciste, plus respectueux.Elise et les nouveaux partisans de Dominique Grange, dessins de Jacques TardiUne lutte qui peut paraitre pleine de candeur face à la démesure des moyens et la violente répression auxquels ils et elles firent face.
Un album qui pêche possiblement par sa volonté de trop en raconter et qui aurait peut-être gagné à une tomaison ou à plus d’aération tant il est dense.
Un témoignage intime et vécu sur les luttes anticolonialistes, la violence policière et le racisme qui la gangraine, le pouvoir aux mains des entreprises et du capital et finalement, sur les idéologies militantes
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je suis « montée » à Paris en 1958, pour y poursuivre mes études. En Algérie, depuis 4 ans déjà, c'était la GUERRE, une guerre de libération nationale que le gouvernement français persistait à appeler « les évènements d'Algérie » !
Très vite, grâce à Malika, une jeune Algérienne qui travaillait au restau, j'ai compris que des populations différentes peuvent co-exister dans une même ville, sans rien savoir l'une de l'autre
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Elise, jeune chanteuse « montée » de Lyon à Paris en 1958 pour tenter sa chance, tourne le dos au showbiz suite au mouvement contestataire de Mai 68. Refusant le « retour à la normale », elle rejoint le maquis des luttes contre l'exploitation, les injustices sociales, le racisme. Un parcours atypique qui nous mène de la guerre d'Algérie jusqu'à la fin des années 70 et dont le personnage central s'incarne dans des images riches et parfois glaçantes.
Elise et les Nouveaux Partisans entraîne le lecteur, avec toute l'acuité du vécu mêlé au romanesque, dans le sillage de cette jeune femme qui se définit elle-même comme « engagée à perpétuité ».
Tardi et Dominique Grange signent ici un roman graphique intense et passionnant, dont l'écho résonne aujourd'hui plus fortement que jamais, dans une France toujours déchirée par les inégalités et les injustices.
Cette nouvelle qui a gagné le Prix Ailleurs & Demain du futur optimiste le mérite amplement. Candide ou naïf, ce texte l’est évidemment, pourtant ! A le lire, tout cela semble si simple, si évident, si normal et naturel !Le nouvel équilibre de Amélie GéalMais bien sûr, ce serait sans compter sur notre avidité, notre cupidité et notre égoïsme.
Une nouvelle réjouissante et enlevée sur un futur vertueux possible mais qui semble paradoxalement totalement inaccessible aujourd’hui
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) À son réveil, les rayons du soleil réchauffent déjà le visage d'Alia. Mauvais signe. Elle ouvre les yeux et fixe la lumière franche qui éclaire sa table de chevet. Il doit être huit heures passées. Plus tard qu'elle ne l'aurait voulu.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Lundi 21 mai 2085
Alia attend la publication des résultats du tirage au sort. Elle allume son Eterna et cherche les noms des représentant·e·s qui, pendant sept ans, bâtiront le futur du monde et de ses habitant·e·s.
Mais une autre nouvelle s'affiche : sa grand-mère, scientifique reconnue, est décédée. Troublée, Alia se tourne vers les journaux intimes qu'elle a laissés, espérant trouver dans le passé des réponses aux questions que lui pose l'avenir.
Un homme dangereux, cruel, riche, charismatique et puissant. Il ne faut pas, mais Aslı est irrésistiblement attirée.Boléro de Ahmet Altan, traduction de Julien Lapeyre de CabanesEt quand, en plus, sa femme et lui semblent en jouer, son désir devient besoin et l’éloignement synonyme de manque.Du désir en Turquie où les jeux de pouvoir et d’argent se mêlent et où le roi d’hier risque le cachot demain.
Une variation originale d’un triangle de désirs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Si ma raison cherche à entraver ma chair, je l'étranglerai à mort. Ainsi se parlait-elle, pleine de résolution et de sang-froid. Deux fois encore, elle le répéta à voix haute. Comme si elle voulait intimer à son esprit, dont les tentatives d'obstruction l'inquiétaient, de ne pas s'engager sur cette voie.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Aslı, médecin d'une cinquantaine d'années et femme au caractère affirmé, est recrutée afin de soigner les douleurs de dos de Mehmet, un homme énigmatique qui dit avoir été procureur. Elle vit à Ankara mais se rend tous les week-ends dans la propriété de campagne de son patient et y fait la connaissance de Romaïssa, son épouse, avec qui elle noue une relation amicale. Peu à peu séduite par Mehmet, dont elle comprend qu'il cache bien des choses, Aslı plonge dans l'intimité du couple et dans le passé tortueux de Mehmet, au risque de se perdre.