Le parlement de l’eau

Ce parlement est une magnifique histoire d’eau.

Elle écoute un criquet faire crisser ses élytres. De légers bruits d'Eau attirent son regard vers le sable couvert de plantules aquatiques juste au bord de l'Étang. C'est une grenouille noire, minuscule, lustrée, jolie comme un bijou, qui saute au ras de l'Eau et, lui tournant le dos, reste immobile comme elle. Elle observe un rocher tout chevelu d'herbes longues, qui émerge de l'Eau à une brasse de distance. La lumière se reflète avec le ciel dans l'onde, le soleil se lève haut au-dessus des arbres qui protègent l'Étang de la vue des humains, pour éclairer la scène, éclabousse la surface de milliers d'éclats d'or. C'est alors que se pose sur un jonc devant elle, dressée face à l'Eau calme, irisant la lumière de ses ailes transparentes, une grande libellule d'un rouge éclatant.
Le parlement de l’eau de Wendy Delorme
Dans une écriture qui mêle l’épicène au fantastique, l’écologie à la poésie et le féminisme à l’environnement, Wendy Delorme parle avec l’eau. Dans une triple mise en abyme (qui nous guette), les fleuves, mers et étangs s’unissent à l’autrice et au futur pour écrire une histoire aussi tortueuse que l’Esprit qui pose tout ceci sur le papier.
 ─ Mais qu'est-ce qu'elle a, Esprit? demande Lagune, inquiète, brisant le silence de la salle des Grands flots. Voilà qu'elle s'est arrêtée subitement d'écrire.
 ─ Je ne sais pas, répond Torrent, soucieux, elle nous a laissées en plan sans explications.
 ─ Peut-être qu'elle a tout simplement besoin de repos, suggère Nappe.
 ─ Non, je ne pense pas, répond Rivière, je vous rappelle qu'elle vit pour l'écriture. Je ne la vois pas arrêter, sauf en cas de dépression.
 ─ Il ne manquerait plus que ça... une déprime, murmure Marais salant, elle en a fait une à l'automne dernier, et ça l'a bloquée pendant des mois.
 ─ Non, ça ne lui ressemble pas, une dépression en plein été, réfléchit Lagune, chez elle c'est saisonnier, durant les mois où la lumière baisse.
 ─ On est en plein pic de canicule à Lyon, là, depuis quelques jours, elle a peut-être une crise d'éco-anxiété ? argumente Marais.
 ─ Vous allez arrêter, avec vos trucs de bobo ? s'énerve Rivière. L'éco-anxiété c'est vraiment un phénomène de citadins européens qui ont chaud mais peuvent encore prendre des douches et boire de l'Eau potable, pendant que les populations du Sud crèvent sous plus de quarante-cinq degrés.Un livre touchant juste, bousculant. Mais qui m’a plus d’une fois perdu dans ses longueurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Delta est malade depuis des mois. Elle ne viendra pas.
─ Elle nous a fait parvenir un arrêt maladie ?
─ Je pense que ce n'est pas nécessaire. Vous avez constaté comme nous toutes ici l'extinction massive des anguilles, des palourdes. Elle pue la mort.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La Révolution, c’est de l’Eau… Sauver un cours d’Eau, aussi ténu soit-il, c’est un début pour sauver tout ce qui peut encore l’être.

Une romancière, qui croit au pouvoir de la littérature pour changer le réel, convoque en pensée des entités aquatiques : Fleuve, Mer, Océan, Crue, Ruisseau, Rivière, Cascade, Marais, Lac, Lagune… Celles-ci inventent une histoire sur la nécessité vitale de sauver le cycle de l’eau, faire barrage à la montée du fascisme, retisser les liens entre l’espèce humaine et le vivant.
Depuis le bassin versant du Rhône sur lequel elle enquête, Wendy Delorme nous propose un roman inspirant, où l’utopie l’emporte sur la dystopie.

S’entendre

Le cadavre grouillait de vie.

Woaw ! Quel incipit ! Quel Oxymort !

Le roman à message est un art périlleux. Si le propos est trop évident, c’en devient très vite niais et imbuvable. Mais ici, quelle réussite.

« Une orque a été blessée par un coup de feu ce matin. Un homme vient de s'en vanter au bar, photos à l'appui. On ne sait pas si l'animal a survécu. Juan »
Elle ferma les yeux. Le sang cognait dans ses tempes. Subitement, elle se leva, serra le poing et frappa de toutes ses forces sur son bureau, faisant décoller son ordinateur, ses notes, les stylos. Sa tasse remplie de thé alla s'écraser au sol. Sa main droite lui faisait mal. Pourtant elle continua à cogner. Encore. Sur le mur. Sur la porte de sa salle de bains. Elle frappait. La douleur lui remontait dans le coude. Des coups d'électricité lui parcouraient la nuque.
Elle frappa dans la vitre, qui éclata sous l'impact.
Elle s'arrêta net.
Des bris de verre ensanglantés jonchaient le sol. Son poing était rouge.
S’entendre de Guillaume Meurice
S’entendre est un vrai thriller, rythmé, avec du suspense dans une tension qui ne mollit pas de la première page jusqu’à cette fin qui évite le gros plongeon.

Au menu, des orques magnifiques, des personnages complexes et des grosses difficultés à s’entendre

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le cadavre grouillait de vie. Roxane distinguait à pré-sent nettement le ventre ouvert, infesté de petits asticots blanchâtres, duquel s'échappait un morceau d'intestin. Le visage était bouffi. La moitié de la bouche avait été arrachée. Le haut de l'épaule aussi, laissant entrevoir une partie saillante de la clavicule.
Sur cette plage pourtant battue par les vents, elle s'était arrêtée net. L'odeur l'empêchait d'avancer. Les vagues déferlaient.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Depuis quelques années, un groupe d'orques sauvages « attaque » des bateaux au large de l'Espagne. Roxane, jeune femme de vingt ans, fascinée par ces animaux depuis l'enfance, décide de rejoindre Tarifa pour observer de plus près ce mystérieux phénomène. Mais la découverte du corps d'un nageur sur une plage embrase la région et ravive les tensions entre pêcheurs et défenseurs de l'environnement.

Dans ce récit haletant, Guillaume Meurice explore nos difficultés à cohabiter avec nos congénères, mais aussi avec les autres espèces. Sans didactisme, il interroge la possibilité de se comprendre dans une société saturée de discours, et nous entraîne vers l'espoir d'un possible dialogue entre humains et cétacés.

Un violeur attentionné et délicat

Ce violeur attentionné et délicat est un véritable tour de force. Avoir réussi à tenir tout un roman sur un tel salopard qui s’ignore (ou feint-il seulement ?) est époustouflant. Jusqu’à la fin, on ose espérer qu’il ouvre les yeux, qu’il comprenne. Mais non, rien, aucun remords. Ahurissant ! Il semble tellement sur de son innocence. Pire encore, de sa bonté.

Durant des siècles, les mollahs n'avaient été que des pouilleux miséreux qui gagnaient leur vie en allant de maison en maison pour célébrer les mariages, prier et faire pleurer lors des deuils et des obsèques.
Ils avaient essayé de très nombreuses fois de sortir des mosquées et de s'emparer du pouvoir politique, en faisant toujours alliance avec les gauchistes.
Désormais, l'alliance rouge/noir/mafieux, ayatollahs communistes, communistes religieux et capitalistes mafieux, assis sur les mines d'or, sur les minerais rares et les puits du pétrole et de gaz, étaient les maîtres du pays.
Pour rien au monde ils n'étaient prêts à perdre le pouvoir.
Un violeur attentionné et délicat de Chahdortt Djavann
Un roman remarquable qui éclaire méchamment la condition de la femme en Iran et l’horreur de son système répressif et carcéral.

Mais aussi, un livre qui dérange et qui questionne le pouvoir et la masculinité, et ça… bien au-delà de l’Iran

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mon grand-père était aveugle, ce qui ne l'empêchait pas de voir des tas de choses, y compris la fin du monde.
Il passait son temps, dès son réveil, à maudire l'humanité ; à prédire le déluge qui s'abattrait très prochainement et nous emporterait tous en enfer.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels », écrit depuis sa cellule un juge condamné à perpétuité après le renversement du régime.
Il nous raconte les souffrances de son enfance misérable, son éveil précoce à l’amour honteux et coupable, son adolescence en quête de martyr à la guerre, jouant avec nos émotions au point de susciter notre empathie.
Il reconnaît avoir condamné à mort des innocents mais se défend d’avoir violé les jeunes prisonnières : « Le viol me répugnait, j’avais besoin d’être admiré. Je courtisais les détenues et rendais hommage à leur féminité bafouée. Je leur apportais des plaisirs à hauteur de liberté. »
Ce « violeur attentionné et délicat », qui se prend pour le « Talleyrand iranien », est-il un bouc-émissaire qui paie pour les horreurs d’un système dont les vrais puissants sont exonérés, ou un monstre manipulateur dont la bonne conscience affichée trahit la profonde perversion ?
A vous, lectrices et lecteurs, de le juger…
Pour la première fois, un homme formé par les ayatollahs dévoile de l’intérieur la complexité sociale et politique d’un régime islamique de terreur et de torture qui a conditionné son destin comme celui d’une nation prise en otage.

Dans ce dixième roman au style tantôt féroce, tantôt poétique, Chahdortt Djavann crée un personnage qui marquera les esprits et la littérature.

Le buffle blanc

Dans cette fable, Vasudeva va connaitre devant l’injustice, une colère sanglante. Mais après bien des morts, que lui restera-t-il ?

Un jour, Vasudeva reprit son arc et son bâton. Autant rentrer chez lui, car aucun signe n'était venu lui montrer le chemin. Alors qu'il faisait ses adieux au Saint muré dans son mutisme, ce dernier posa sa vieille main sur le bras du jeune homme agité. Sa lourde voix dit : « Celui qui porte dans ses mains le pouvoir et la richesse trébuche. Et, dans sa chute, il fait verser le sang. Il ploie sous un poids, ses genoux chancellent, car il porte ce qui importe: la vie.
 ─ Et qui marche sans entraves, l'Ancien ?
 ─ Celui qui abandonne tout, les désirs, les envies, les aspirations, la vie justement. Car rien d'autre que cela n'est la vie. »
Le buffle blanc de Ernst Wiechert, trad. de Sylvaine Duclos
Il commence alors une quête personnelle qui, face l’injustice de la mise à mort d’un buffle blanc, le mènera jusqu’au roi.

Une fable sur la justice et le pouvoir qui tire aussi sa puissance de son origine. Ernst Wiechert l’ayant écrite en 1936, elle fut censurée pour ne paraître que dix ans plus tard, après la guerre et la chute du pouvoir nazi.

Une fable un peu gentillette (le genre veut ça), mais qui reste toujours pertinente aujourd’hui

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bien avant qu'un drapeau de l'Occident ne flottât sur les plages aux confins de l'Inde orientale, un petit village sur les rives du Gange vit naître un garçon que ses parents nommèrent Vasudeva.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À l’instant même où la mort emporte le patriarche d’un village au bord du Gange, naît Vasudeva. Bon ou mauvais présage ? Peut-être que cet enfant délivrera enfin les siens de la tyrannie des puissants ou peut-être butera-t-il sans succès contre l’injustice du monde. Mais dans un sens comme dans l’autre se dessine un destin hors-norme.
Située dans une nature luxuriante, cette fable humaniste entraîne le lecteur dans des aventures trépidantes où la vie ne se laisse jamais abattre par la mort. Par la splendeur de ses décors et par son attention aux êtres, ce texte intemporel réveille ce qui nous lie aux autres.

38 mini westerns (avec des fantômes)

Poétiques, tendres, drôles, oniriques et toujours en mouvement, ces 38 mini westerns sont comme des biscuits ou des jouets Kinder Surprise. Délicieux (bien plus que les œufs en chocolat industriels) et surprenants (bien plus que les camelotes en plastic chinois qui les garnissent).

Don Diego 2000
Ce type-là n'avait jamais vu un cow-boy de sa vie ni lu le moindre poète, mais il était doué de dyslexie. Une dyslexie magique qui faisait de lui un étrange poète-cow-boy de presque un mètre quatre-vingt-dix.
Un jour, il m'a raconté le plus sereinement du monde qu'il avait « suturé à l'oreille d'une fille des mots incroyables » et je veux bien le croire... Il aimait bien « ses yeux en pâte d'amandes » m'a-t-il précisé. Il adorait les anglicismes et les abréviations en tout genre dont il émaillait sa conversation avec des fortunes diverses, l'autre jour encore, pour dire à la personne à qui il téléphonait de ne pas se faire de souci, il a répété cinq fois d'affilée : « No suicide, pas de problème, ne t'inquiète pas, no soussaïde. »
38 mini westerns (avec des fantômes) de Mathias Malzieu
C’est souvent très court, pas le temps de s’attarder, il faut vite remonter sur un longboard pour retourner jouer avec les fantômes et embrasser la vie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Elle était née d'un roulis de nacre. Quelque part dans ce monde, une mer craquelante et lumineuse déferle tout en nacre et, de ces remous, s'échappe de temps à autre ce que l'on appelle une « fée-lustre ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mathias Malzieu est...
Mathias Malzieu est un Petit Prince en anorak.
Mathias Malzieu est un homme de goût (il aime les films de Tim Burton, les livres de Richard Brautigan et les disques de Johnny Cash).
Mathias Malzieu est un poète.
Mathias Malzieu est le chanteur de Dionysos, un groupe de rock qui n’arrête pas de faire des bonds pour avoir la tête dans les nuages et décrocher les étoiles.
Mathias Malzieu est un enfant qui a beaucoup appris des grandes personnes.
Mathias Malzieu est un pionnier du mini-western : les rêves sont sa frontière.

Stéphane Deschamps / Les Inrockuptibles

L’homme au petit chien

Ce roman dur fait partie des confessions. Un homme, sentant la fin venir raconte sa vie, pourquoi, aujourd’hui, il en est arrivé là.

Je pue le marc. J'ai l'impression de le suer par tous les pores. Ma bouche est pâteuse, ma main lourde, ma tête pleine de pensées troubles. Je suis ivre. Un vieil homme malade et ivre en train d'écrire sous une lucarne qui laisse parfois tomber une grosse goutte d'eau froide. Je me fous de mon chien, je me fous de tout le monde, je me fous de Mme Annelet, d'Anne-Marie, des enfants, de Monique. Parfaitement ! Je me fous de Monique !
L’homme au petit chien de Georges Simenon
Comme bien souvent, on retrouve la sensation que Simenon s’y dévoile, coincé entre ses peurs, ses fiertés et ses fausses modesties. Que ce soit en clair ou en miroir.

Cette fois-ci, un homme rongé par la jalousie. Et peut-être pire encore, l’envie. L’humiliation de ne pas avoir « été ». Juste avoir traversé la vie, piteusement

L’homme au petit chien, adaptation de François Boyer et Jean-Marie Degèsves avec Gilles Ségal
Tous les romans durs de Simenon
103. L’homme au petit chien
102. La chambre bleue 104. Le petit saint
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Est-ce que l'incident de dimanche a l'importance que je suis tenté de lui attribuer ? On ne peut même pas, sans exagération, parler d'incident. Une rencontre fortuite, dans la rue.
Un couple inconnu dans la foule parisienne.
Un échange de regards.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pour les gens de son quartier, M. Félix est un célibataire de cinquante ans, à l'air prématurément vieilli, le plus tranquille des hommes. Pour d'autres, qui le voient passer à heure fixe en compagnie d'un drôle de caniche, il est l'homme au petit chien...

Quartier nègre

Coincé en Amérique du Sud après la faillite de l’entreprise qui les y a envoyé, le couple Dupuche peine à réagir. Pise en main par les expats français Germaine arrive à peu près à s’en sortir alors que Jo s’enfonce dans l’alcool de mauvaise qualité et s’en va vivre avec une (très) jeune femme noire.

Qui est-ce qui aurait pu comprendre ces choses-là comme lui ? Il ne se fâchait jamais. Il n'en voulait à personne, même s'il pensait à la rue ensoleillée d'Amiens où il traçait des cercles à la craie sur le mur de l'école pour tirer avec un fusil à air comprimé.
M. Philippe non plus ne disait jamais rien. Il avait les mêmes yeux qui semblaient vides, parce qu'ils regardaient en dedans !
Quand Dupuche avait bu ses deux verres de chicha, il traversait la voie du chemin de fer, à côté de la gare. Il subsistait une bande de sable entre le talus et la mer, à cent mètres à peine de la rue bétonnée et des grands bazars.
Et là, il y avait des huttes, quatre exactement, des huttes pareilles à celles du centre de l'Afrique.
On n'était plus à Panamá, ni en Amérique centrale. On n'était nulle part: en plein air, parmi l'herbe et le sable gris, de vieilles caisses devenaient des tables et des enfants tout nus se traînaient par terre.
Quartier nègre de Georges Simenon
Un roman des années 30, du temps des colons, du racisme, des castes et des classes.

Une histoire sans fards, moche, sale, puante. Et pourtant, comme à son habitude, Simenon dépeint avec le plus de réalisme possible ce qu’il voit. Une veule humanité

Adapté en téléfilm par Pierre Koralnik en 1990 avec Tom Novembre, Fabienne Babe, Jean-Paul Roussillon et Jacques Denis
Tous les romans durs de Simenon
18. Quartier nègre
17. Long cours 19. L’assassin
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Je ne vois que des nègres, avait murmuré Germaine, alors que le navire manœuvrait encore et que, du haut du pont-promenade, elle voyait se rapprocher lentement un quai où attendaient deux rangs de dockers noirs.
Et son mari avait murmuré sans conviction :
─ Évidemment !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L'Amérique du Sud, cela peut faire rêver. Le canal de Panama... les Antilles... la jeune puissance américaine qui grandit, la fortune possible et l'exotisme des paysages, l'excitation de l'aventure, le risque de croiser d'anciens forçats de Cayenne...
Cela peut aussi devenir l'enfer : une mort lente sous tropiques. Joseph, fiancé depuis deux et marié depuis peu, débarque à Panama la zone du Canal. Il croyait faire escale se retrouve bloqué. La compagnie qui l'embauchait a fait faillite.
Plus de ressources. d'argent. Joseph ne sait plus que faire. Son épouse, si jeune, le regarde autrement. Que sait-il d'elle finalement ? Que sait-elle de ? Entre espoir, survie et quartier réservé aux putes à matelots, quelle sera la fin ?

Romanée-Conti 1935 : suivi de le monstre et les cure-dents

Deux hommes dégustent deux bouteilles de vin. Un Romanée-Conti de 1935 et un La Tache de 1966.

 ─ D'après ce qu'on m'a dit à Romanée-Conti, le vin de 69 a atteint une grande maturité malgré son jeune âge. Celui de 65 continue à grandir, il est jeune et fort. Celui de 61 est une perfection, l'admiration est seule de mise. Voilà ce qu'on dit. Et pourtant 1945 demeurerait indépassable. Une réussite vraiment extraordinaire, semble-t-il. Je ne sais par quelle ironie l'année de la fin de la guerre se trouve être pour le vin une année exceptionnelle, mais il paraît que le général nazi qui commandait les troupes d'occupation dans le coin était un connaisseur et qu'il est reparti en Allemagne sans toucher au vin. Ni à la Romanée-Conti. Ni à aucun autre.
Romanée-Conti 1935 de Takeshi Kaikō, trad. de Anne Bayard-Sakai
L’occasion d’éveiller des souvenirs enfouis.

Une lecture poétique et plaisante mais qui n’a guère éveillé mon intérêt.

Une nouvelle suivie par Le monstre et les cure-dents qui n’a guère plus réussi à me séduire

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un dimanche d'hiver, tard dans l'après-midi, deux hommes étaient assis face à face dans le restaurant d'un gratte-ciel d'acier et de verre. Cirée avec soin, la lourde table en bois de châtaignier, aux dimensions respectables, luisait comme un lac, les veines du bois reflétaient l'ombre d'un vase orné d'une rose. Deux bouteilles de vin étaient posées là, l'une debout, l'autre couchée dans un panier. Ils étaient seuls dans la salle.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A Tôkyô, un dimanche après-midi, deux hommes absorbés dans la dégustation cérémonieuse d'une vieille bouteille de bourgogne Romanée-Conti 1935, usant de gorgées comme ponctuations, ­ poursuivent jusqu'à la lie le long texte désordonné de leurs souvenirs.

Voici une lecture éblouissante de la vie : on plonge avec délices dans l'intimité d'un grand vin, dans le secret de rêveries amoureuses, riches de la saveur d'un amour ­endormi, d'une femme aux contours ­ effacés et au parfum évanoui.

Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suisse

Si on peut remercier Patrick Schindler de rendre hommage à Margarethe Faas Hardegger dans ce petit livre, il m’a semblé dommage de ne s’arrêter qu’à une petite partie de sa vie. Certes, les archives doivent manquer et les informations certainement difficiles à obtenir. Car, cette biographie s’arrête malheureusement en 1908 avec la fin de la publication de l’Exploitée alors que, selon Wikipedia : Elle meurt à Minusio le 23 septembre 1963 d’une insuffisance cardiaque. Elle est enterrée au cimetière de Locarno.

Pour ce qui concerne l'antimilitarisme, en juin 1908, l'Exploitée relève dans le journal ouvrier, La Voix du peuple, un article rapportant qu'en Suisse romande, des mères ouvrières envoient leurs fils dans les corps des cadets. La rédaction s'insurge et met en garde ses lectrices, face à de telles pratiques, en leur rappelant « Jamais les hommes ne sont aussi grossiers, brutaux, autoritaires et égoïstes avec les femmes que lorsqu'ils reviennent du service militaire.»
Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suissesse romande, au début du XIXe siècle de Patrick Schindler
Pour autant, son travail durant ces années de secrétaire à l’USS (Union syndicale Suisse) furent pour elle l’occasion de partager ses idées au travers du journal qu’elle fonda – consultable en ligne sur E-Periodica.

Croissez et multipliez
Une logeuse (...) habitant dans le quartier des Archives à Paris a déclaré au commissariat local, qu'elle venait de trouver dans une chambre de sa maison, une enfant nouveau-née à moitié asphyxiée. Le commissaire de police se rendit à l'adresse indiquée et trouva sur le lit d'une locataire du sixième étage une petite fille née viable, couverte avec des couvertures. Le commissaire fit porter l'enfant aux Enfants Assistés, puis il apprit que la mère était partie travailler, comme de coutume, dans un atelier de cartonnage voisin.
Appelée au commissariat, la pauvre mère raconta en sanglotant, qu'elle avait accouché seule pendant la nuit et au matin, prise entre ces deux sentiments: ou rester pour soigner son enfant et perdre sa place, ou conserver son emploi en allant travailler toute la journée. Après ce dur combat de conscience, la pauvre fille avait eu l'extraordinaire courage d'aller à l'atelier... Quelle jolie société que la nôtre !...
Extrait du journal l’Exploitée
Une femme de conviction, anarchiste, antimilitariste, féministe et syndicaliste militante à une époque où la condition de la femme (et pire encore, de la femme ouvrière) n’était guère enviable… piètre euphémisme

Voir aussi : La révolte des cigarières à laquelle elle apporta son soutien et le FC Hardegger (@fchardegger), club de foot antifasciste basé à Lausanne

L'Exploitée
Organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers et les ménages
Paraissant le premier dimanche de chaque mois
L’exploitée : organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers
et les ménages : Numéro 1 (1907-1908)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une adolescente aux convictions précoces 1882
Margarethe Faas-Hardegger voit le jour en 1982 [sic], dans le canton de Berne, en suisse romande. Le contexte de sa petite enfance et de son adolescence nous reste quasiment inconnu 1. Ce qui est fort regrettable car, quelques pistes supplémentaires auraient été les bienvenues, pour nous aider à mieux comprendre son par-cours et les choix qui ont dicté le cours de sa vie. Cependant, elle nous a tout de même laissé, à part ses nombreux articles parus dans l'Exploitée, quelques petites notes autobiographiques épar-ses, dont l'une d'elle est, on ne peut plus révélatrice.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Margarethe Faas Hardegger, dans son engagement féministe, n'est pas du tout ancré dans la mouvance des suffragettes... C'est une anarchiste, syndicaliste engagée ne faisant aucune concession à l'état bourgeois. Margarethe Faas Hardegger (1882-1963) est née à Berne. Après avoir travaillé quelques temps aux PTT, elle se lança dans des études de médecine alors qu'elle était déjà mère de famille. Parallèlement à son activité estudiantine, elle organisa des cercles de discussions et contribua à créer des syndicats. Par la suite, elle devint secrétaire de l'USS (Union syndicale suisse) et fit paraître en 1906 le premier numéro de l'organe de la Fédération suisse des ouvrières, Die Workaempferin. L'année d'après, la version romande est sortie sous le titre de l'Exploitée. Cependant, les relations entre le Comité syndical fédéral et Margarethe Faas s'altérèrent. Cette dernière trouva toutefois appui et solidarité auprès des Unions ouvrières (syndicalistes révolutionnaires). Ainsi leur organe La Voix du peuple se joint à l'Exploitée dans leur combat. En 1909, alors que l'Exploitée a déjà cessé de paraître, Margarethe Faas quittait le poste de secrétaire de l'USS, ce qui lui laissait une plus large liberté d'expression. Ainsi, libre de toute attache, elle continua sa vie durant à se battre pour une certaine justice sociale.

Les chairs impatientes

Ces chairs impatientes se lisent d’une traite, en un seul souffle et laissent hagard, hébété. Avec des courts chapitres et dans un rythme halluciné, Marion Roucheux nous parle d’une passion adultère qui emporte tout.

Je pense aux filles qui vont me succéder, celles qui le feront jouir après moi et à qui il fera les mêmes choses qu'à moi, avec sa langue, ses doigts, son corps. Ça me rend presque heureuse, je suis excitée à l'idée de savoir qu'il peut prendre du plaisir loin de moi, en pensant à moi. Parce qu'il pense à moi, je le sais, comme je pense à lui quand je suis avec Antoine.
Je l'imagine avec cette fille qui ne me ressemble pas. Mes jambes, mon cou, ma nuque : tout ce qui fait que je suis moi, elle ne l'a pas, ça lui manque, mais il lui fait l'amour, et elle jouit, plusieurs fois, j'aime imaginer qu'il la fait jouir, qu'il jouit lui aussi.
Les chairs impatientes de Marion Roucheux
Pas de réflexion ni de recul. Le désir pur et la jouissance des corps.

Mais… Rien ne dure, n’est-ce pas ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pieds nus dans la neige, je m'allume une cigarette chaque soir depuis que je suis ici. Je n'ai pas le droit de fumer, alors je sors en peignoir sur le balcon. Il a neigé toutes les nuits, le paysage est moulé dans un seul bloc silencieux, on discerne à peine les chalets sombres et leurs volets dentelés, la montagne n'est qu'une masse imposante derrière moi dont je ressens la densité.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Six mois après la naissance de son deuxième enfant, une jeune femme est admise en maison de repos au bord d'un lac de montagne. En retournant skier seule pour la première fois depuis longtemps, elle rencontre un homme qui va réveiller son corps.
Dans une langue poétique et crue, Les chairs impatientes racontent un certain désir féminin dévorant qui ne veut plus renoncer à rien et peut tout renverser sur son passage.