Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Un livre sur le corps, le sexe, la jeunesse et la solitude où le besoin se confond avec le désir.Carnes de Esther TeillardUne lecture pénible, âpre, dans la viande.
Carnes c’est la confrontation des sexes comme un combat aux ressorts économiques : je prends, je donne. Mais c’est aussi des règles qui changent selon les lieux ou les milieux sociaux… Les rues de Marseille ne ressemblent pas aux couloirs de la Sorbonne
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Crachats, fientes et taches de sperme, le boulevard de la Villette est un flux continu de dégueulasseries. Il est plat, taillé pièce pour les vieilles putes chinoises qui tapinent 24/24, goudronné rien que pour elles. Elles ont la même tenue, toutes, sans exception, jupe patineuse, doudoune cintrée sans manches et cuissardes en hiver, robe fleurie en été. Elles ont les cheveux longs, du rouge à lèvres cerise, des lunettes de vue carrées. Elles sont vieilles, les plus jeunes doivent avoir dans les quarante-cinq.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Le désir humilie et traverse les âges. Il te harcelait au collège. Il attend que tu te pendes dans ta chambre pour lui échapper. Pas de mot pour les proches, juste la corde et le cou cassé. »
Acceptée aux Beaux-Arts de Cergy, la narratrice de Carnes quitte son Marseille natal pour le Nord-Ouest parisien. Un nouveau monde lui tend les bras, plus sororal, moins volcanique, où les débats sur l’inclusivité ont remplacé les sifflets misogynes.
Mais où va se nicher la violence quand elle craint de dire son nom ?
Cagoles, prostituées chinoises, étudiantes vénéneuses et amants insensibles : Carnes dresse un état des lieux brûlant de la vulgate féministe bourgeoise et de la manière dont la violence patriarcale subsiste derrière les postures de vertu.
Saman semble parler de tant de sujets qu’il a fini par me perdre. De la brutalité de l’argent et du pouvoir tant sur des plateformes pétrolières, de l’appropriation des terres des paysans, de la corruption de la police et de la justice, des tabous religieux et sexuels, du désir et du patriarcat… Saman de Ayu Utami, traduction de Élisabeth D. InandiakLa liberté est-elle possible ici ?
Laila, Yasmin et Tala espèrent encore.
Un livre un peu brouillon qui, à tout vouloir embrasser, disperse son propos
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Dans ce parc, je suis un oiseau. Qui a volé des miles et des miles loin d'un pays qui ne connaît pas les saisons, un oiseau migrateur à la recherche du printemps, là où l'on peut sentir le parfum de l'herbe et des arbres dont jamais nous ne saurons ni le nom, ni l'âge.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Vivre et aimer librement, est-ce possible pour Laila, Yasmin et Tala, trois jeunes Indonésiennes déterminées à prendre leur destin et leur pays en main ? Tout commence par un accident dramatique sur une plate-forme pétrolière. Laila, Yasmin et Saman, un jeune prêtre, se battent pour que les responsables soient jugés. Et soudain, alors que la révolte s'organise, Saman disparaît, victime d'un complot et d'enjeux qui le dépassent. Quant à Laila, lors de la tragédie sur la plate-forme, elle découvre l'amour. Pour être libre, elle part à New York, chez Tala, qui a déjà choisi d'émigrer. Loin de ses repères, Laila va faire face aux doutes et aux obstacles. Pour elle, comme pour Tala et Yasmin, concilier son désir de femme et la dure réalité des hommes s'avère un défi acharné. Un roman puissant, envoûtant, sans tabous religieux, politiques ou sexuels. Les parcours croisés de ces femmes sont autant de visages de jeunes Indonésiennes modernes, imprégnées par leurs traditions mais passionnément éprises de liberté.
Championne impressionne immédiatement par son style, ses phrases longues comme la page, son rythme effréné, dans le cardio, tout du long.Championne de Nina BouraouiL’histoire d’une jeune fille confrontée à la violence du père et à l’amour bancal de la mère. Et qui frappe les balles de tennis contre le mur pour canaliser la colère et la violence.
Les balles suffiront-elles ?
Un récit hypnotique entre colère et culpabilité qui revient sans cesse sur lui-même et tente désespérément de trouver une issue
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je vais vous raconter comment je vais devenir championne, comment je m'entraîne, comment je frappe contre un mur pendant des heures, comment mes mouvements sont des obsessions, de la raquette à la balle, de la balle au mur qui la renvoie, et comment je répète, je redresse, je corrige à l'infini jusqu'à la presque perfection puisque la perfection n'existe pas, cela me rend triste, très triste, l'espoir de la perfection rendrait mon existence plus heureuse, plus facile, cela voudrait dire qu'un jour cessera l'entraînement et la honte de ne pas être la meilleure ; la perfection reviendrait à me libérer, mais comme elle n'existe pas, cette perfection, ma vie risque de ne pas changer, de s'enliser, de m'emporter dans ses torrents de boue, ses torrents de défaite, ses torrents de déception, ses torrents de non-amour.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Une jeune fille, au pied de son immeuble, s’entraîne contre un mur. Elle frappe la balle avec sa raquette, inlassablement, pour fuir la folie de son pays et de sa famille, pour échapper à la colère de son père, à l’amour en désordre de sa mère, à la pâleur de sa soeur. Elle frappe et en elle les mots se bousculent : elle butte contre une faute qu’il lui faut avouer pour grandir et rêver à la femme qu’elle deviendra, qui s’aimera et aimera, qui se sera gagnée, elle.
Nina Bouraoui signe un roman ensorcelant, hypnotique, la confession d’une jeune fille en feu, qui a le don des mots et un regard qui saisit chaque sentiment pour l’explorer, chaque geste pour dire le désir et la beauté.
Ouvrir Solo tu c’est comme se retrouver en un instant en Italie. Après un petit séjour dans le monde alcoolisé de la nuit romaine, c’est embrasser la chaleur et le soleil des Pouilles et plonger dans la mer adriatique.Solo tu de Philippe FusaroEt la cuisine !
Un voyage avec la chemise ouverte et les cheveux au vent, une histoire d’amitié et de rencontres.
Un livre émouvant porté par une écriture délicate
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le Piper Club, via Tagliamento 9, demeure inchangé depuis ses débuts en 1965. D'autres boîtes de nuit ont poussé dans Rome, copié son style ou tenté de le dépasser, mais le Piper reste le Piper. Un roi en son domaine. La file devant le club s'étend le long du trottoir sur des centaines de mètres et ne s'épuise qu'à deux ou trois heures du matin.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Rome, début des années 1980. Le mythique Piper Club, où se sont produits les plus grands chanteurs italiens, n’est plus ce qu’il était. Gianni, un dandy fatigué, devenu, au fil des années, un élément du décor, y traîne son désenchantement. Au point de laisser Carmela, la pétulante compagne du bassiste punk se produisant ce soir-là, lui confier son petit Giacomo le temps du concert, alors qu’il déteste le punk… et n’est pas supposé savoir y faire avec les enfants.
Mais, quand la jeune femme lui propose de les retrouver pour boire un café le lendemain, avant leur départ dans les Pouilles, il ne dit pas non. Et ne décline pas non plus son invitation d’aller les voir en septembre : « il fera bon et la mer sera encore chaude, lui dit-elle. Cela te fera du bien. Avec Giacomo, nous allons te remettre sur pied. » Et se remettre sur pied, il en a bien besoin : ses réveils, dans les brumes de l’alcool, sont de plus en plus difficiles, de même que ses regrets sont lancinants, d’avoir raté un nouveau départ avec Nico, une fille solaire, qu’il n’a pas su aimer.
Le voilà à Polignano a Mare, balcon sur l’Adriatique, dans la lumière éclatante d’un été qui semble ne jamais vouloir finir. Giacomo l’a accueilli en se jetant à son cou, Carmela – qui à Rome avait spontanément accordé sa confiance au fêtard invétéré dont la réputation le précédait – lui ouvre grand les portes de sa maison suspendue sur la mer. Le père du petit garçon a fait ses valises, et les nouveaux colocataires vont bien vite trouver leur place dans le trio indéfectible qu’ils vont former, tissé de complicité, de tendresse et d’une grande pudeur. Ils sont bientôt rejoints par Corrado, le libraire de la petite ville, un merveilleux autodidacte avec qui l’entente est immédiate. Les rires, les cafés du matin, les dîners tardifs, les plongeons dans la grande bleue rythment les journées, le temps s’étire. Et si Gianni finit par rentrer à Rome, pour « régler des affaires », il promet de revenir.
Quand, trois saisons plus tard, il retrouve ses comparses, un vent mauvais s’est levé, et il faudra bien la force de leurs liens pour l’affronter.
Avec une remarquable intelligence de ses personnages et une extrême délicatesse, Philippe Fusaro nous entraîne alors vers un dénouement aussi poignant qu’inattendu, qui nous laisse sur la crête de l’émotion, au diapason de ce lieu âpre et lumineux qu’on rêve de ne jamais quitter.
Une nouvelle qui sent le vécu. Un stage de fabrication de ruche-tronc au milieu des bois avec quelques personnages plutôt bien croqués.Une bonne chose de faite de Jérémie GindreUn stage où l’on dort dans des sacs de couchage et dont on revient avec l’odeur du feu de bois qui reste collée à la peau durant 3 semaines.
Une amusante nouvelle illustrée par l’auteur où l’on découvre que les plus sauvages ne se trouvent pas forcément dans les ruches
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Au Moyen Age, celui qui coupait un arbre habité par les abeilles risquait la peine de mort. Dans le Saint-Empire romain germanique, l'apiculteur avait le droit de s'armer d'une arbalète pour visiter ses ruches, et jouissait du privilège de porter les couleurs royales. Puis les choses ont évolué. Les ruches sont descendues des arbres. Les abeilles ont quitté la forêt pour les champs, les vergers. L'apiculture moderne s'est imposée, avec ses modules standardisés, son calendrier réglé, ses maladies, sa chimie.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Stagiaire le temps d’un weekend dans les bois, Damian apprend à construire une ruche-tronc, avec l’espoir que les abeilles ensauvagées s’approprient d’elles-mêmes le billot creusé, sans besoin de spray « attrape-essaim ». En attendant, c’est sous une forme inattendue que la nature s’invite, mettant à l’épreuve la bonne volonté des protagonistes.
Humour pince-sans-rire et intrigue jubilatoire, ce récit esquisse au passage l’histoire de l’apiculture.
Ce roman jeunesse est un livre de colère et de révolte. Contre l’injustice faite aux hommes, femmes, animaux, forêt, nature… Cette violence incessante qui lève des impôts, rase les forêt, massacre et broie toute résistance.La Louve de Antonin SabotLa Louve et l’ourse vont tenter de s’opposer et lutter. Mais le prix risque d’être exorbitant. Et… ? Que peut on faire contre l’armée des puissants ? Une histoire racontée par plusieurs voix, dont celle fort poétique de la Louve, une jeune fille des bois pourtant muette.
Un appel à la résistance au 17e siècle d’une actualité brûlante
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Elle n'était que deux yeux brillants au travers du feuillage. Des yeux humains et fauves à la fois. Elle n'était qu'un visage que l'on apercevait à peine, aux contours rendus flous par les tremblements des arbustes dans lesquels elle s'était dissimulée. Femme-buisson, son corps demeurait invisible aux hommes qu'elle observait.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) 1667, dans les Cévennes À seize ans, celle qu’on appelle La Louve en raison de la peau d’animal dont elle est vêtue vit seule dans la forêt.
Comme elle, d’autres « Exilés » ont fui leur village, leur famille pour se réfugier dans les bois. Leur mode de vie rude, mais libre, est menacé par les autorités qui veulent exploiter la forêt et mettre au pas ces rebelles.
Menés par La Louve, les Exilés choisissent de se battre pour défendre l’existence d’une forêt indépendante et sauvage.
Ce livre jeunesse est paru aux éditions Evalou dans la collection Lectures Animalistes : Une littérature engagée en faveur de la cause animale. Et la collection ne trompe pas.Le serment de l’homme rouge de Sophie Noël, illustrations de Marc PaufichetUn petit livre gentil et engagé avec un petit parisien de 15 ans qui retrouve ses racines dans la forêt indonésienne. Et c’est très chou.
Mais si ce livre ne brille pas franchement par son style et que le traitement est un peu simpliste, il demeure fort efficace, plein d’émotions et porteur de messages forts et essentiels
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je pose mon pied nu sur l'herbe humide. Il est tôt et les bruits de la forêt me parviennent, tellement différents de ce que j'ai l'habitude d'entendre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) En vacances chez ses grands-parents dans la jungle indonésienne, Kali, un adolescent parisien, découvre un journal intime mentionnant un certain "Homme Rouge de la forêt". Ce séjour prend un tournant inattendu et dangereux lorsqu'il se retrouve confronté à des trafiquants d'animaux et à des compagnies détruisant illégalement la forêt. La jungle, loin d'être hostile, devient, pour lui et son amie Kirana, une alliée précieuse dans sa lutte pour sauver une jeune orang-outan en détresse. Dans ce récit captivant, Sophie Noël nous entraîne au cœur de la jungle indonésienne, semant la graine de l'éco-activisme et de l'amour de la nature dans l'esprit du lecteur. Au fil des pages, elle nous invite à partager le courage et l'engagement de ses personnages pour défendre les animaux sauvages, tout en explorant des thèmes profonds tels que la quête de soi et le besoin impérieux de préserver notre monde.
Adressé à un public jeunesse, ce petit livre tente d’embrasser beaucoup de causes. Écologie, inclusivité, activisme, végétarisme, respect des autres et de la nature, transidentité… Pourtant, même si cela peut sembler beaucoup (et parfois en être même caricatural), c’est plutôt réussi.Si j’étais un arbre de Catherine ZambonAlors oui, c’est un peu mignon et les émotions sont un poil exacerbées, mais cela ne correspond-il pas exactement à l’âge de Violette et Cassandre ?
Allez ! Tous à la ZàD avant que la forêt ne disparaisse sous les coups des pelleteuses et des tronçonneuses
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Pla Perré, c'est le lieu où nous devions passer des vacances tranquilles avant que tout n'explose.
Juillet sera à jamais ce mois où la vie sauvage m'a engloutie.
La montagne, c'est là où tout s'est passé.
Tout.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Violette adore se réfugier dans les arbres. Peut-être une manière de fuir l’encombrant amour d’une mère et d’une grand-mère. Son amour à elle, il va tout entier à Cassandre, qui est fille un jour et garçon le lendemain si ça lui chante.
Lorsque débarque un soi-disant grand-père, tout bascule. Et alors, grimper dans les arbres prendra un sens vertigineux. Celui de l’engagement, de la lutte et de l’espoir.
Comment vivre encore après un traumatisme destructeur ? Comment aimer encore après ?Certaines fièvres échappent au mercure de Mathilde ForgetUn livre obsessionnel, avec des passages magnifiques et profonds mais qui m’a perdu plusieurs fois en cours de lecture
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Si nous avions grandi dans la même ville, si nous avions été dans la même classe, j'aurais vu pour la première fois l'angle droit de ta mâchoire là un peu en dessous de la date du jour. Parce que Madame te l'aurait demandé, tu aurais été obligée de relever ta tête toujours baissée pour atteindre le haut du tableau et écrire, Mardi 29 septembre. Ta main gauche contre l'ardoise aurait laissé des petites traces de sueur. Est-ce que ça sert à relever la tête, de savoir pourquoi on la baisse ? Est-ce qu'on la baisse de ne pas savoir pourquoi la relever ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un roman d'apprentissage amoureux qui affronte les fantômes de l'enfance
Édith se cache des autres. Elle a une déchirure au cœur. Jusqu’au jour où, dans un train de banlieue, en face d’une fille aux cheveux follement bouclés, elle découvre un sentiment farouche, joyeux, sidérant. Mais le bonheur est-il possible quand il combat des terreurs anciennes, héritées d’une enfance marquée par le chagrin ?
Certaines fièvres échappent au mercure est le récit d’une rencontre qui sauve de l’adversité. Une grâce envoûtante.
Mais qui a bien pu avoir l’idée chez l’Âge d’homme de republier ce truc en 1993 ? Et pire encore, dans cette version totalement remaniée de l’édition originale de 1908 ?Notes sur l’amour de Claude Anet, illustrations de Pierre BonnardIl n’en reste qu’un livret d’à peine 70 pages d’où on peine à discerner l’humour qui (espère-t-on) devrait en parsemer les chapitres peu ragoutants aux pages qui tentent de nous enseigner comment choisir femme ou maîtresse, qu’elles aiment les coups ou encore l’art de la rupture…
Un petit (heureusement) ouvrage qu’il peut être intéressant d’oublier. Quant à la version de 1908, il est possible de juger sur pièce grâce au généreux travail de la BNF et Gallica.
Notes sur l’amour de Claude Anet – E. Fasquelle, 1908
Bouarf, vite, j’ai oublié ce machin qui plaira fort aux mascus qui rêvent d’un bon vieux temps bien pourri
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Aimer, c'est difficile. Être aimé, c'est fatigant.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Claude Anet est à compter parmi ces Suisses qui, tel Victor Tissot ou Blaise Cendrars, ont trouvé leur vérité sous des cieux étrangers. Né à Morges en 1868 et mort en 1931, Jean Schopfer c'est son patronyme exact - fit de longs séjours en Perse en en rapporta des connaissances et des sensations qui firent le succès de ses livres orientaux, Les Roses d'Ispahan, La Perse en automobile, Les Feuilles persanes, La Rive d'Asie, ou encore la traduction des 144 quatrains d'Omar Khayyam. Correspondant à Saint-Pétersbourg du Journal, il suivit au front les troupes russes, assista aux grands bouleversements provoqués par la Révolution d'Octobre et en donna de vivants comptes rendus rassemblés dans les quatre volumes de La Révolution russe. Sa bonne connaissance de l'âme slave fait la qualité de son roman, Ariane, jeune fille russe ou de son essai, L'Amour en Russie. Après avoir été publié par Cendrars aux Editions de la Sirène, il devint entre les deux guerres un des auteurs choyés de la maison Grasset. Son meilleur titre de gloire reste peut-être d'avoir évoqué, dans Mayerling, le double suicide de l'archiduc Rodolphe et de la baronne Marie Vetsera, récit qui se trouva aussitôt, grâce au film qu'en tira Anatole Litvak, avec Danielle Darrieux et Charles Boyer, hissé à une dimension merveilleusement impériale, réalisant un des plus inoubliables mythes modernes de l'amour fou. Les romans de Claude Anet, qu'ils se situent en Perse, en Russie ou dans la province française, témoignent d'une observation délicate ou amusée de la vie sentimentale - qui se retrouve dans ces jolies Notes sur l'amour, que le grand Pierre Bonnard, on ne sait dans quelles circonstances, prit plaisir à illustrer.