Traces de sang : une enquête de Nick Rider

Le dessin de Toppi se prête admirablement bien au polar américain. Des mâchoires carrées, un noir-blanc d’une franchise impeccable, les villes, les marais et les mouvements (et les coups) sont francs et tendus juste à souhait.

Traces de sang : une enquête de Nick Rider de Gino D’Antonio, dessin de Sergio Toppi, traduction de Salvatore Biddau
Pour l’histoire, pas de surprise. Du polar très classique, des poursuites, des gentils qui ne le sont pas forcément, des flics aux gros bras et des guns qui crachent de la poudre et du plomb.

Rien de nouveau, un bon gros classique mais plutôt bien fait, plaisant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mais arrête !...
Toutes ces années Levasseur nous a donné de quoi subvenir à nos besoins. Il mérite au moins notre gratitude, tu ne crois pas ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jacky Duvall n’a pas eu une vie facile, mais ce qui l’attend semble être bien pire. Seule au monde et fuyant tout le monde, elle cherche refuge à New York de la furie du brutal Levasseur et de ses sbires. Mais pourquoi la recherche, ce qui se cache derrière le voyage aventureux d’une jeune fille des marais de la Louisiane à la Grande Pomme ?
Une tragédie inimaginable, mûrie depuis longtemps dans l’isolement qui enveloppe les terres inhospitalières des Cajuns et la dégradation familiale… Une tragédie sur laquelle Nick Raider ne pourra faire la lumière que grâce à l’aide de la combattante Sarah Himmelman et des coéquipiers habituels : Marvin, Jimmy et tous les « anges en uniforme » du District Central !

Le rapport du gendarme

Un accident en face de la ferme va rompre brutalement l’équilibre de la famille Roy.

Quant à Roy...
Deux fois encore, elle eut la tentation de poser sa main sur la sienne. Ce n'était pas de la tendresse, ni de la pitié. Elle ne l'aimait pas. Est-ce qu'elle avait jamais aimé quelqu'un ? C'était un homme. Ils vivaient, ils travaillaient ensemble. Elle connaissait ses petits défauts, ses travers, et d'habitude elle devinait ses pensées.
Elle était indulgente envers lui comme une aînée, il le savait. Toujours il avait eu un peu peur d'elle, de son regard qui perçait les mensonges, de son indifférence devant certaines fautes, certaines lâchetés.
Ce qu'il y avait de nouveau aujourd'hui, depuis quelques minutes, depuis qu'ils étaient tous les deux dans la voiture, épaule contre épaule, c'était la conscience, chez Joséphine, d'un lien qu'elle ne définissait pas. Peu importait d'avoir dormi, d'avoir fait l'amour ensemble pendant vingt ans, peu importait d'avoir travaillé du matin au soir aux mêmes tâches et d'avoir eu des préoccupations identiques.
Ce qu'elle découvrait était différent, infiniment plus fort, et le geste qu'elle contenait, ce geste de la main vers le bras de l'homme...
Mais oui ! Elle avait envie de se raccrocher à lui ! Dans l'immensité noire, humide et froide, ils étaient deux, ils pouvaient, ils devaient être deux. Sinon...
Le rapport du gendarme de Georges Simenon
Entre enquête, suspicions et vieux secrets mal enfouis, la vie bascule et la parano s’installe.

Un roman d’atmosphère à l’écriture travaillée qui s’alourdi au fil des pages

Tous les romans durs de Simenon
49. Le rapport du gendarme
48. La veuve Couderc 50. L’aîné des Ferchaux (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les deux femmes étaient dans le grenier de devant celui dont l'œil-de-bœuf donnait sur la route, et qu'on avait transformé en fruitier. La mère, Joséphine Roy, assise sur une chaise basse, prenait des pommes dans un panier, les essuyait avec un torchon à carreaux rouges, mettait les fruits véreux à part et passait les bons à Lucile.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un soir d'orage, un homme blessé par une voiture est ramassé sur la route et porté dans la ferme la plus proche. Là habitent Étienne Roy, un paysan un peu sauvage, un peu demeuré, sa femme Joséphine et leur fille. Au cours de l'enquête, Joséphine dissimule un petit papier échappé de la poche du blessé. Sur ce papier on déchiffre mal une adresse : celle justement de la ferme Roy.
Le geste de Joséphine a suffi pour créer le doute. La police rôde sans repos. Un enchaînement subtil permettra au gendarme d'établir un rapport inflexible. La colère d'Étienne éclate dans le meurtre...

Les justiciers de l’ombre

Habitant Genève, c’est avec délice que j’ai lu ce polar qui s’y déroule. Pourtant, pas de grande littérature ici, non, au contraire, même.

Jaroslav Kravic et ses mercenaires sont réunis à Bratislava, dans une des nombreuses caves voûtées de la vieille ville, magnifiquement restaurée.
Les justiciers de l'ombre se savent traqués.
Nous ne cesserons jamais la lutte, assène le Polonais, mais nous devons pour l'instant, réduire nos actions au minimum et communiquer uniquement par messages cryptés. Je vais moi-même quitter la Tchéquie et me rendre dans un pays où personne ne pensera à me chercher. Mais n'ayez crainte, un jour, nous ou nos successeurs reprendrons la chasse aux mécréants.
Les justiciers de l’ombre de Robert Jordan
Et pourtant, cette écriture au style plat (voir absent) apporte un petit charme un peu naïf à ce polar où se mêlent franc-maçonnerie, groupuscules d’extrême-droite et opéra.

Un petit livre à réserver aux régionaux ou au personnes qui seraient attachées à Genève, son Grand-Théâtre ou Mozart

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Salzburg (Autriche) de nos jours...
Le festival de musique bat son plein.
Nous sommes en août, le temps est splendide et la ville baroque, qui a vu naître le grand Mozart en 1756, brille de mille feux.
Elle a aussi vu naître, en 1908, le célèbre chef d'orchestre Herbert von Karajan.
Ses palais, ses églises et ses rues étroites enchantent les nombreux touristes et amateurs de grande musique, venus du monde entier.
L'immense forteresse de Hohensalzburg domine toute la ville. Un vieux funiculaire permet d'y accéder en quelques minutes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Les deux policiers présentent leurs cartes et le patron du Grand Théâtre les invite à s’asseoir.
Puis s’adressant à Passard :
– Que puis-je pour vous commissaire ?
L’homme a un visage rond, une chevelure noire abondante, une carrure massive. Il paraît encore assez jeune, la cinquantaine au maximum.
– Je dois malheureusement vous annoncer une mauvaise nouvelle : le Maestro Karl Schaugel ne viendra pas. Il a été assassiné ! »

Quand le célèbre chef d’orchestre Karl Schaugel est retrouvé mort dans un train à son arrivée à Genève, la scène artistique retient son souffle. Nous retrouvons le commissaire Sébastien Passard, qui sera chargé d’enquêter sur cet assassinat signé d’un nom mystérieux : les Justiciers de l’ombre. Très vite, les recherches s’orientent vers un groupuscule radical, antisémite et antimaçonnique, dont les racines plongent dans l’Europe du XVIIIe siècle. De Genève à Prague, en passant par Vienne, Nuremberg ou Salzburg, la narration alterne entre passé et présent, et explore les résurgences inquiétantes de l’extrémisme en Europe. La tension monte jusqu’au soir de la première de Don Giovanni au Grand Théâtre de Genève, où tout pourrait basculer…

Folcoche

Ce Folcoche a paru quelque temps après In violentia veritas de Catherine Girard et j’ai été surpris d’y trouver bien des analogies troublantes. Une enfance sous la coupe d’un parent violent et, bien plus tard, une cruelle vengeance. Un triple meurtre pour Henri Girard, un assassinat littéraire pour Hervé Bazin. Les deux fois un nom qui change, les deux fois la colère qui côtoie la folie.

Personne n'a jamais su ce que je peux, sur la foi des archives, écrire aujourd'hui. Le roman à succès de Jean Hervé-Bazin, celui à partir duquel il connut le succès et fonda son écrasante notoriété, est une manœuvre destinée à punir sa famille de l'avoir placé sous interdiction judiciaire et ainsi privé de sa part d'héritage. Aucune biographie, aucun travail universitaire, aucun expert de son œuvre n'a eu entre les mains les documents permettant de comprendre, sans aucun doute possible, que le futur président de l'académie Goncourt est entré en littérature par un bras de fer, mensonger et terriblement cruel.
Folcoche de Emilie Lanez
Folcoche sévère ? Certainement. Pourtant, fallait-il en dresser un pareil tableau. Et d’ailleurs… Qui était réellement Hervé Bazin.

Un drôle de livre qui grattouille le mythe pour en dévoiler un original fort peu reluisant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les archives de la préfecture de police de Paris sont libres d'accès, il suffit d'en faire la demande par un courrier électronique, puis à la date convenue de venir les consulter dans une rue calme du Pré-Saint-Gervais. On ne pénètre dans la salle qu'avec des feuilles volantes et un crayon à papier -─ cahier et stylo interdits, afin d'éviter d'écrire sur les pièces ou de les subtiliser en les cachant.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tout le monde a lu Vipère au Poing, premier roman d'Hervé Bazin. Chacun se souvient du récit poignant de son enfance martyre sous la férule de sa mère, la terrible Folcoche. Cri de douleur et de haine d'un adolescent, il est lu par des générations de collégiens, trouvant sa place dans notre patrimoine littéraire et dans notre imaginaire collectif. À son auteur, il aura permis de briller sur le monde des lettres jusqu'à devenir le président de l'académie Goncourt.

Voici pour la légende. Intriguée par cette mère haïe de tous et inconnue, Emilie Lanez a enquêté et nous livre une autre histoire, un contre-récit vertigineux. Le roman vrai d'un féminicide littéraire. Avant d'être un écrivain célèbre, Hervé Bazin est un jeune adulte menteur, qui escroque, menace, y compris sa mère... Il est interné en psychiatrie plusieurs fois et condamné à des années de prison. Vipère au poing sera sa vengeance, son triomphe et peut-être son remède.

À travers l'exploration des archives, Émilie Lanez révèle une famille dévastée par la littérature. Avec ses secrets, ses mensonges, son talent, Hervé Bazin est un personnage de roman fascinant.

Le serpent majuscule

N’ayant découvert Pierre Lemaitre qu’après son prix Goncourt, je ne connais pas du tout sa partie polars. Mais voilà qu’il m’a donné forte envie d’y jeter un oeil !

Le serpent majuscule de Pierre Lemaitre, dessins de Dominique Monféry d’après le roman de Pierre Lemaitre
Car dans cet album, tout est très visuel ! Pas trop de textes, tout passe par l’image et c’est vraiment réussi !Une bande dessinée haute en couleurs, bien gore, avec du sang et de la viande

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pweek !
Pweek !
Allez, Ludo, faut pas traîner, on va être en retard.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mathilde est une tueuse à gages septuagénaire. Henri, son ancien camarade dans la Résistance pour qui elle exécute les missions, tente de la protéger. Mais, imprévisible, les accès de violences de Mathilde et son manque de discrétion inquiètent ses véritables commanditaires qui décident de l'éliminer avant qu'elle ne devienne incontrôlable.

L’outlaw

Un polar plutôt basique, avec un pauvre type, lâche, manipulé, incohérent. Et une bande de voleurs sanguinaires. Et la police qui attend patiemment que tout cela de décante. Il ne manque que Jules.

Il fallait d'abord tuer l'homme du coin ! Peut-être aussi Nouchi, si elle tentait de le retenir ?
Tuer quelqu'un, en tout cas ! Puis jouer l'inconscience, s'il était pris, afin d'éviter la guillotine. Ou alors prétendre que c'était un crime politique. Qu'est-ce qui valait le mieux ?
Il était sûr qu'elle ne dormait pas et il se prenait à la hair.
— Ne remue pas comme ça ! dit-il, hargneux.
Outlaw de Georges Simenon

Guère passionnant

Tous les romans durs de Simenon
43. L’outlaw
42. La maison des sept jeunes filles 44. Le voyageur de la Toussaint
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ils arrivèrent rue Saint-Antoine juste comme la séance finissait au cinéma Saint-Paul. La rue était déserte de la Bastille à l'Hôtel de Ville et, même plus loin, c'était une profonde tranchée vide jusqu'à la place de la Concorde, avec de rares passants minus-cules qui agitaient leurs jambes sur les trottoirs et parfois se risquaient à traverser de biais la chaussée.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Stan est coincé. Il a froid, faim, n'a plus un sou et ne sait pas où dormir. La porte de ses amis reste close. Sa compagne le quitte et retourne vers d'autres hommes en mesure de la protéger. Lui est trop mou, trop indécis pour s'en sortir dans un monde qui, si vous êtes hors du coup, ne fera rien pour vous aider. La police surveille et verrouille tout. Stan, d'origine polonaise, sous le coup d'un arrêté d'expulsion, erre dans Paris jusqu'à ce qu'un inspecteur lui propose d'infiltrer contre argent une bande de criminels endurcis. Des hommes et une femme qui n'hésitent pas à torturer et tuer pour récupérer des bas de laine. Maladroit, mauvais menteur, fragile et pris dans la nasse d'un quotidien sordide, Stan va participer à son tour à des agressions planifiées d'une rare violence. Ses complices, très vite, impitoyables, lui demanderont de faire ses preuves...

Mon vrai nom est Elisabeth

En partant de son histoire familiale (d’où un possible parti pris qui n’enlève pas grand-chose au sordide), Adèle Yon peint l’écœurant tableau d’une époque que je croyais plus lointaine. Celle où des médecins apprentis-sorciers venaient triturer les cerveaux (majoritairement féminins) au pic à glace. Celle où l’on se débarrassait des encombrantes dans des asiles. Celle où la femme se devait d’être fertile, docile et ménagère.

Lorsque j'interroge les membres de ma famille sur la lobotomie de Betsy, leur réponse à tous est peu ou prou la même.
La lobotomie, c'est le fait qu'on lui a enlevé une partie du cerveau qui soi-disant ne fonctionnait pas.
C'est ce qu'on faisait à l'époque.
On pensait qu'en enlevant des morceaux ça allait... je ne sais pas... se régénérer... en mieux ?
Ils ont voulu enlever la partie défaillante, un peu comme un cancer.
Si la lobotomie a pour fonction de réguler les comportements divergents, pourquoi les journaux de l'époque diffusent-ils l'idée que la lobotomie est capable d'intervenir sur la cause de la maladie mentale ? Pourquoi ma famille a-t-elle majoritairement retenu l'idée que le neurochirurgien était en mesure d'ôter la folie comme un cancer, alors que son ambition était, comme ce qu'on appellera plus tard la lobotomie chimique (les médicaments), non pas de guérir mais de contenir ? Comment comprendre la pérennité de cette représentation de la lobotomie chez les descendants de Betsy soixante-dix ans après les faits ?
Mon vrai nom est Elisabeth de Adèle Yon
Une biographie familiale autour de Betsy qui a subit lobotomie, comas, électrochocs et qui fut finalement enfermée plus de 15 ans. Une enquête personnelle entre archives, souvenirs familiaux, interviews et visites durant laquelle les révélations tissent patiemment le portrait de la misogynie patriarcale d’alors enfouie sous les tabous et possiblement une certaine culpabilité.

Mais cette époque… c’est pas si loin ! C’est les années 50.

Une histoire qui rappelle évidement celle de Rosemary Kennedy lobotomisée par le fameux Walter Freeman ; mais aussi les questionnements autour de l’internement forcé de Camille Claudel

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Objet: Jean-Louis Important
Date: 4 janvier 2023 à 02:18:49
À: LA FILLE CADETTE
Quand tu liras ces mots, j'aurai fini mes jours après avoir basculé dans le vide depuis le balcon de l'appartement que j'ai loué au 7e étage.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Elisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950. La narratrice ne dispose, sur cette femme morte avant sa naissance, que de quelques légendes familiales dont les récits fluctuent. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances. Une grand-mère avec une cavité de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. C'est à peu près tout. Les enfants d'Elisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils n'en parlent pas à leurs enfants qui n'en parlent pas à leurs petits-enfants. « C'était un nom qu'on ne prononçait pas. Maman, c'était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c'était un non-sujet. »

Mon vrai nom est Elisabeth est un premier livre poignant à la lisière de différents genres : l'enquête familiale, le récit de soi, le road-trip, l'essai. À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens, se déploient différentes histoires, celles du poids de l'hérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie du XXe siècle, d'une famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets.

J'aime quand les archives perdent les pédales. Quand les mots ne rentrent plus dans les cases. Quand les registres et les voix s'entremêlent. C'est là qu'ils montrent leur vraie nature. Leur polyphonie. Leur artifice.

La jument perdue

Voilà un roman dur bien atypique que cette jument perdue. Plutôt un western avec des chevaux, des revolvers et des Stetson.

Une émotion vague pénétrait Curly John. Des images passaient toujours devant ses yeux, souvent informes, comme quand on cherche en vain le sommeil, parfois des lignes, des points lumineux, parfois un visage, un objet, un paysage tout blanc et des silhouettes d'enfants se lançant des boules de neige, un train qui s'arrêtait quelque part, un tout petit train, pas de gare, sans doute leur arrivée à Sunburn ?
Et Andy, toujours Andy, avec sa peau mate, son regard aigu...
Bon Dieu! Comment lui, Curly John, avait-il pu se tromper à ce point? On se croit un homme, puis un vieil homme. On s'imagine volontiers qu'on a tout appris. On s'enfonce bêtement dans l'amertume et on est tout prêt à blasphémer Dieu et la vie parce que, simplement, on est passé à côté des gens sans les comprendre.
La jument perdue de Georges Simenon
Une histoire de vieille rancune entre deux amis qu’une découverte vient complètement remettre en question.

Un roman dur qui surprend aussi par son message plutôt positif avec un droit à l’erreur et des sentiments généreux.

Oui, vraiment atypique. Hélas un peu longuet, presque mièvre et sans beaucoup de suspense

Tous les romans durs de Simenon
62. La jument perdue
61. Le bilan Malétras 63. La neige était sale (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il ne s'était pas réveillé de mauvaise humeur. Pas d'humeur enjouée, évidemment, ni particulièrement de bonne humeur. Il savait qu'on était mardi, puisque c'était le jour d'aller à Tucson. Il y verrait Mrs Clum, qu'il appelait Peggy, et c'était déjà une satisfaction dussent-ils passer leur temps à se chamailler tous les deux. C'était une autre satisfaction, le mardi, de ne pas se raser et de ne pas s'occuper des bêtes dès la pointe du jour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pour Curly John, son associé Andy était devenu "l'innommable", depuis ce jour de 1909 où il avait tenté de l'assassiner afin de posséder à lui seul le ranch de la Jument-Perdue, et les riches gisements de son sol. Mais voilà que, trente-huit ans plus tard, une lettre à demi effacée, découverte dans une malle ayant appartenu à un géologue, ébranle ses certitudes en désignant un autre coupable par une initiale. Et l'homme vieillissant va vouloir faire toute la lumière sur cet épisode qui a bouleversé sa vie... Georges Simenon nous entraîne ici loin de son univers habituel, vers l'Amérique brutale des pionniers et des aventuriers.

L’enterrement de Monsieur Bouvet

Voilà un roman dur vraiment très Maigret avec Quai des Orfèvres, mort et enquête, concierges, et même Lucas qui apparaît. Une enquête autour d’une mort naturelle toutefois. Ici, c’est l’identité du mort qui semble mystérieuse.

L'homme était banal, pourtant, mais d'une banalité louche. Si quelqu'un avait crié au voleur, dans n'importe quel endroit public, c'est vers lui que les regards se seraient tournés.
Et on l'imaginait encore mieux guettant les petites filles à la sortie des écoles.
Peut-être cela tenait-il à sa peau très blanche sur laquelle tranchaient d'épais sourcils noirs, à ses yeux globuleux, un peu fixes, à ses lèvres trop rouges qui avaient l'air peintes ?
L’enterrement de Monsieur Bouvet de Georges Simenon
Un petit roman parisien pas trop dur aux rebondissement multiples mais avec guère de suspense ou de mystère, les éléments s’ajoutant simplement les uns aux autres. On a vu Georges plus inspiré durant sa période étasunienne

Tous les romans durs de Simenon
68. L’enterrement de Monsieur Bouvet
67. Les quatre jours du pauvre homme (à lire) 69. Un nouveau dans la ville
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'arroseuse passa, avec le crissement de son balai tournant qui remuait l'eau sur l'asphalte, et c'était comme si on avait peint en sombre la moitié de la chaussée. Un gros chien jaune était monté sur une toute petite chienne blanche qui restait immobile.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un tranquille petit-bourgeois, M. Bouvet, est mort sur les quais de la Seine, tandis qu'il feuilletait un livre à l'étalage d'un bouquiniste. Rien de suspect dans cette fin, mais, comme on ne lui connaît pas de famille, on publie tout de même sa photo dans la presse. Cette publication va provoquer une cascade de révélations successives, qui plongeront l'inspecteur Beaupère, chargé du dossier, dans une perplexité croissante. Comment s'appelait réellement M. Bouvet ? Et qui était-il ? Un aventurier américain, un truand parisien lié des décennies plus tôt aux milieux anarchistes ? Ou quelqu'un d'autre encore ?

Auassat : à la recherche des enfants disparus

Lu juste après Qimmik, mais aussi il y a quelque temps Maikan de Michel Jean, ce livre en est le documentaire. Auassat plonge dans les plaies encore saignantes des peuples premiers du Canada. Vols d’enfants pour l’adoption, viols, racisme, abus sexuels, emprise, morts suspectes, disparition des corps… Des grosses saloperies perpétrées par des religieux, des oblats, curés, missionnaires… et couvertes par leurs hiérarchies et avec (pour le moins) la complaisance de l’état.

Que l'on soit à Opitciwan, Wemotaci ou Manawan, il suffit de tendre l'oreille pour entendre des histoires d'enfants perdus. Il n'y a pas une famille atikamekw qui n'a pas connu la souffrance de perdre la trace d'un enfant. Un premier décompte m'indique que 30 familles ont perdu 46 enfants. Et ce n'est que le début.
Auassat : à la recherche des enfants disparus de Anne Panasuk
Dans cette enquête, Anne Panasuk de Radio-Canada tente d’aller au fond des choses, mais ses recherches montrent un abyme sans fin au ramifications dans tous les territoires et villages.Mes recherches m'indiquent que toutes les communautés innues de la Côte-Nord ont subi un missionnaire oblat agresseur, sauf une. 
C'est Robert Dominique qui me l'apprend, avec l'humour caractéristique des Innus.
 - La seule communauté à ma connaissance qui ont jamais eu de problème avec des curés, c'est la communauté d'Essipit.
 - Pourquoi ?
 - Parce qu'ils n'ont jamais eu de curé.
 - Evidemment. Pas de curé, pas de problème.
 - Voila.

Une enquête sérieuse et impressionnante, qui cite les noms des coupables et laisse la parole aux victimes

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Que de souvenirs me reviennent lorsque la vidéo de Joyce Echaquan, cette mère de famille atikamekw, est diffusée publiquement, nous faisant voir et entendre les insultes racistes dont l'infirmière et la préposée de l'hôpital de Joliette ont accablé la femme au lieu de la soigner.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Auassat – « les enfants », en innu – dévoile un chapitre ignoré de nos relations avec les Premières Nations, une histoire terrible qui explique les traumatismes transmis d’une génération à l’autre, jusqu’à aujourd’hui.

Au début des années 1970, des enfants autochtones sont disparus après avoir été envoyés à l’hôpital pour y être soignés sans leurs parents. Certains, déclarés morts alors qu’ils ne l’étaient pas, ont été adoptés. Plusieurs ont perdu la vie sans que leurs proches en aient été avertis. Encore aujourd’hui, les familles cherchent ces enfants qui n’ont jamais été oubliés. Contactée par ces dernières, la journaliste Anne Panasuk se lance en 2014 dans une enquête pour savoir ce qui leur est arrivé. Ses recherches lui apprennent que le même scénario d’horreur s’est produit dans plusieurs communautés autochtones et la conduisent finalement sur la piste des Oblats de Marie-Immaculée, qui régnaient en rois et maîtres chez les Innus et les Atikamekws. De fil en aiguille, l’enquête qu’elle a menée sur le terrain lui a permis de documenter également les agressions sexuelles commises par dix missionnaires dans huit communautés autochtones au Québec jusqu’à l’orée du XXIe siècle. Dans ce livre, dont la recherche documentaire est en partie tirée du balado Histoires d’Enquête : chemin de croix et de l’émission Enquête, mais enrichie de matière inédite depuis ces deux diffusions, Anne Panasuk donne la parole à des Autochtones de tous âges qui, se sachant entendus, ont décidé de briser le silence. De victimes, ils deviennent survivants et retrouvent ainsi leur dignité.