Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Ce roman dur fait partie des confessions. Un homme, sentant la fin venir raconte sa vie, pourquoi, aujourd’hui, il en est arrivé là. L’homme au petit chien de Georges SimenonComme bien souvent, on retrouve la sensation que Simenon s’y dévoile, coincé entre ses peurs, ses fiertés et ses fausses modesties. Que ce soit en clair ou en miroir.
Cette fois-ci, un homme rongé par la jalousie. Et peut-être pire encore, l’envie. L’humiliation de ne pas avoir « été ». Juste avoir traversé la vie, piteusement
L’homme au petit chien, adaptation de François Boyer et Jean-Marie Degèsves avec Gilles Ségal
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Est-ce que l'incident de dimanche a l'importance que je suis tenté de lui attribuer ? On ne peut même pas, sans exagération, parler d'incident. Une rencontre fortuite, dans la rue.
Un couple inconnu dans la foule parisienne.
Un échange de regards.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Pour les gens de son quartier, M. Félix est un célibataire de cinquante ans, à l'air prématurément vieilli, le plus tranquille des hommes. Pour d'autres, qui le voient passer à heure fixe en compagnie d'un drôle de caniche, il est l'homme au petit chien...
Voilà une bien curieuse vie comme neuve, qui m’a dérouté, intrigué et perdu sur de fausses pistes tant je ne savais pas où le Georges voulait amener ce guère sympathique Dudon qui, suite à un grave accident, trouve l’opportunité de commencer une toute nouvelle vie.
Une vie comme neuve de Georges Simenon
Mais peut-on changer de vie ? Nos anciens démons, nos culpabilités, nos vices et toutes nos petites pourritures peuvent-elles disparaître par enchantement ?
Un roman sur la force destructrice du clérical péché
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il s'attendait depuis si longtemps à une catastrophe et à une catastrophe survenant précisément à un moment comme celui-là qu'il fût sans terreur et pour ainsi dire sans surprise. S'il y eut un certain étonnement en lui, c'est qu'après avoir imaginé les événements les plus compliqués il se trouvait devant un fait divers banal, comme on en lit chaque jour dans les journaux.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Maurice Dudon, un étrange personnage qui mène une vie de cloporte, est renversé par une voiture. L'homme qui la conduisait l'installe à ses frais dans une clinique. Confié à Anne-Marie, une charmante infirmière qu'il épouse, il connaît un destin nouveau.
Simenon s’attache ici à rendre des sentiments et des émotions subtiles et sensibles. Hélas, l’argument semble un peu faible et c’est avec grand peine qu’il semble arriver à justifier une fin qu’il aurait probablement souhaité plus glauque.La vieille de Georges SimenonUne grand-mère et sa petite fille peu liées et alcooliques peinent à se retrouver, à tisser un lien alors qu’elles se retrouvent à vivre ensemble.
Sans être complètement loupé, Georges a été plus inspiré pour mettre en lumière toutes nos noirceurs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Sous la voûte, aussi froide et humide qu'une cave, le commissaire de police s'arrêta un instant, regarda l'heure à son bracelet-montre et, secouant son par-dessus, envoya des gouttes de neige fondue sur le carrelage où elles s'agrandirent comme sur du buvard.
Il était onze heures cinq.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le commissaire de police Charon vient solliciter l'aide de Sophie Emel, dont la grand-mère,qu'elle a perdue de vue depuis longtemps, refuse farouchement de quitter l'immeuble qu'elle habite et qui est voué à la démolition. Elle menace, si on l'y contraint, de se jeter par la fenêtre. La grand-mère accepte finalement de « faire son coin » chez sa petite-fille. Sophie, vedette sportive très connue, mène une vie quelque peu bohème.
L’histoire touchante d’un bouquiniste, doux et discret marié à une femme jeune et pétillante. Et qui disparaît du jour au lendemain, le laissant seul et bien démuni.
Le petit homme d’Arkhangelsk de Georges Simenon
Et suite à un petit mensonge d’agrément social, les événements vont fatalement s’enchaîner.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il eut le tort de mentir. Il en eut l'intuition au moment où il ouvrait la bouche pour répondre à Fernand Le Bouc et c'est par timidité, en somme, par manque de sang-froid, qu'il ne changea pas les mots qui lui venaient aux lèvres.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Lorsqu'on demande à Jonas Milk, le petit bouquiniste et philatéliste du Vieux-Marché, où est passée sa jeune et jolie femme Gina, il répond évasivement qu'elle est allée à Bourges. Mais à mesure que les jours passent, cette réponse apparaît de plus en plus insuffisante ; et bientôt les ragots, les soupçons, l'hostilité de toute la ville se concentrent autour du petit homme d'Arkhangelsk, Russe naturalisé français, mais finalement resté aux yeux de tous l'étranger... Jonas est innocent, pourtant. Mais il faut croire qu'il appartient à un monde où les innocents sont faits pour devenir des victimes... Le créateur de Maigret, disparu en 1989, nous conte ici à petites touches, en observateur attentif des mœurs provinciales et de la nature humaine, un drame de la solitude. Sans lyrisme ni pathétique, il nous fait partager sa compassion. On se dit en refermant le livre que l'on a dû aussi, sans le savoir, côtoyer des Jonas Milk.
Dominique ne s’est jamais mariée et pour vivre très chichement elle est contrainte de louer une chambre de son appartement et entendre le jeune couple qu’elle loge jouir de leur amour. Alors, quand elle voit par sa fenêtre une voisine laisser mourir son mari sous ses yeux, elle prend conscience du vide abyssal de sa propre vie.La fenêtre des Rouet de Georges SimenonUn livre plein de désirs inassouvis, tellement profonds, tabous, impensables
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La sonnerie triviale d'un réveille-matin éclata derrière la cloison, et Dominique sursauta, comme si c'était elle que cette sonnerie ─ mais n'allait-on donc pas l'arrêter ! était chargée de réveiller, à trois heures de l'après-midi. Un sentiment de honte. Pourquoi? Ce bruit vulgaire ne lui rappelait que des souvenirs pénibles, vilains, des maladies, des soins au milieu de la nuit ou au petit jour, mais elle ne dormait pas, elle ne s'était même pas assoupie. Pas une seconde sa main n'avait cessé de tirer l'aiguille; elle était à vrai dire, l'instant d'avant, comme un cheval de cirque qu'on a oublié à l'exercice et qui a continué de tourner, qui tressaille et s'arrête net en entendant la voix d'un intrus.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dominique Salès, vieille fille déchue et déçue, vit une existence confinée et insipide dans son logement exigu, dérangée par la seule vitalité du jeune couple, les Caille, ses proches voisins... En face, dans une maison bourgeoise, vivent de riches industriels, les Rouet: au second, les parents Rouet, au premier le fils et son épouse Antoinette...
La vieille fille vit sa vie par procuration en observant et guettant les moindres faits et gestes du jeune couple Rouet, elle est témoin de la crise cardiaque du fils Rouet que sa femme laisse mourir sans lui venir en aide... La suite des événements va tout d'abord offusquer Dominique, puis peu à peu elle se prend à envier le goût du plaisir et de liberté qui dévore Antoinette, lui offrant le spectacle d'un scandale délectable...
Mais Antoinette est bientôt chassée par ses beaux-parents et les Caille déménagent, emportant avec eux leur bonheur exubérant... Dominique confrontée au vide qui l'entoure prend alors conscience de l'échec de sa vie...
Il semblerait qu’Erida Bega sache tout faire ! Du violon, de la guitare, autrice, compositrice, interprète, shopping et… écrire. Et chaque fois avec talent !Et pour rentrer chez moi, je contourne l’ambassade de Chine de Erida BegaC’est tendre, doux, nostalgique et malicieux. Elle nous parle de l’enfance et de l’attachement. Mais aussi, fatalement, de cet instant où l’on quitte, on déménage, on émigre.
C’est l’enfance en Albanie, vue par les yeux d’une petite fille. Mais aussi de Genève, vue par les yeux d’une femme
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) À 19 h, ce jour-là
Souvent, je crains l'arrivée du soir. À 19 h, je ressens un creux à l'estomac. Certainement la faim. Je n'ai qu'une envie: partir du bureau vite, m'échapper. De l'air, de l'air ! Comme si j'avais retenu mon souffle la journée entière.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le compte à rebours arrivait à son terme. Il fallait encore traverser le dernier jour dans des conditions supportables. J’avais vécu ce déménagement comme une milicienne dans des récits de guerre. Des sentiments homériques et audacieux bousculaient mon quotidien. J’imaginais ma grand-mère, jeune et belle, devant cette maudite grenade qui avait emporté sa jambe et sa jeunesse. Alors que je craignais les séquelles dans mon âme face au claquement définitif d’une simple porte.
Tirana, 1988. Alors qu’une jeune fille apprend que sa famille va déménager, c’est tout son équilibre qui vacille. Genève, trente ans plus tard, devenue femme, elle fait une rencontre impromptue à travers laquelle ressurgit l’Albanie communiste de son enfance. Un texte vif et frais, qui questionne avec malice le déracinement ainsi que le poids des souvenirs.
Chez Zanzim, la machine à fantasmes fonctionne fort !
Lu après Grand petit homme dont la lecture de certaines pages était malaisante en pleine affaire Mazan (aujourd’hui, je me questionne encore sans trop y voir malice), ici les fantasmes sont plutôt bon enfant et nul besoin de chercher trop loin. C’est drôle, enlevé et plein de dérision pour les délires donjuanesques de ce héros malheureux.L’île aux femmes de ZanzimL’histoire d’un homme à femmes sur l’île des femmes de ses (presque) rêves les plus fous.
Un auteur au dessin naïf très maîtrisé et aux personnages baroques torturés… Sympa
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) KEUF ! KEUF !
Pincez-moi ! Je rêve !
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Lorsqu'un Don Juan se retrouve prisonnier sur une île remplie de femmes...
Céleste Bompard est un « Coq en l’air », un as de la voltige. Ses prouesses lui valent un large succès auprès de la gent féminine. Il aligne les conquêtes. Engagé alors que la Grande Guerre éclate, il est chargé de transporter les lettres que les soldats du front écrivent à leurs femmes. Mais lors d’une mission, Céleste est victime d’un tir ennemi et son biplan se crashe sur une île mystérieuse. Obligé de survivre dans cet endroit visiblement désert, il trompe son ennui en lisant les lettres que les poilus destinent à leurs femmes. Un jour, en parcourant les lieux, il découvre un jardin d’Éden entièrement peuplé de femmes ! De véritables amazones, aussi belles que redoutables, qui ne tardent pas à le capturer pour remplacer leur « reproducteur » actuel. Alors qu'il avait l'habitude de mener la danse avec les femmes, voilà que Céleste est devenu leur esclave !
Zanzim revient dans la collection 1000 Feuilles et en solo avec un nouvel album truculent à souhait et féministe. Son trait sobre et élégant restitue à merveille les courbes des créatures de rêve qui peuplent son Île aux femmes !
C’est une question qui me revient sans cesse en lisant Simenon aujourd’hui. Était-il raciste, sexiste, antisémite, colonialiste… ? Et à la fin, je retombe toujours sur la même réponse : c’était un témoin incroyablement doué de son époque.
Finalement, qui était-il importe moins que ce qu’il a écrit. Témoin d’une époque raciste, colonialiste, antisémite, patriarcale et sexiste.Betty de Georges SimenonEt ainsi, ce séducteur insatiable qui enchaînait pathologiquement les aventures comme les prostituées réussi à créer ce portrait d’une femme brisée à la dérive avec une grande sensibilité et beaucoup de finesse
Un roman adapté au cinéma par Claude Chabrol en 1992 avec Marie Trintignant dans le rôle titre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) - Vous désirez manger quelque chose ?
Elle fit non de la tête. Il lui semblait que la voix qu'elle entendait n'avait pas un son naturel, comme si on avait parlé derrière une vitre.
- Remarquez que quand je dis manger quelque chose, cela veut dire du lapin, car, comme vous pouvez le voir autour de vous, aujourd'hui c'est le jour du lapin. Tant pis si vous n'aimez pas ça. Lorsque c'est le jour de la morue, il n'y a que de la morue...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Après trois jours d'errance et d'alcool, épuisée et à bout de nerfs, Betty a l'air d'une bête blessée. Comment est-elle arrivée dans ce restaurant-boîte de nuit des environs de Paris, triste refuge d'une faune bourgeoise et cossue ? Pourquoi Laure, une habituée de l'endroit, recueille-t-elle cette fille à la dérive ? Entre la bourgeoise vieillissante et déchue et l'étrange créature, naissent de mystérieuses relations d'hostilité et de secrète affection. Lentement, Betty reprend ses esprits et révèle à sa bienfaitrice l'enchaînement d'échecs et de vices qui l'a détruite.
Laure ignore encore la vraie nature de Betty. Est-elle une mal-aimée ou un être foncièrement pervers ? C'est alors qu'un homme entre en scène et la vérité, peu à peu, apparaît, imprévisible et fatale.
Voilà un roman bien amoral. Pur jus de l’époque ! Un homme tue sa maîtresse et vlan : deux cent trente-cinq pages d’introspection. Qui était elle, d’où venait elle… Beuh, là n’est pas le sujet. Elle finira découpée en morceaux et qu’importe. Personne ne sera puni, non, l’important c’est Monsieur et ses états d’âme.Le bilan Malétras de Georges SimenonPar ailleurs, le portrait de Malétras est très réussi et la plongée dans ses tourments offre un tableau d’une grande profondeur.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Emile, le garçon du Cintra, fut frappé par le changement et ne se trompa que d'assez peu dans l'interprétation de celui-ci. Quand, un peu après cinq heures, Malétras s'était assis derrière les joueurs de bridge, Emile s'était avancé comme d'habitude. Comme d'habitude aussi, il avait murmuré :
- Bonsoir, monsieur Malétras. Un Impérial ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Jules Malétras est un homme d’origine modeste qui a réussi. Pourtant, malgré son argent et son statut dans la bonne société du Havre, il reste un homme brutal et sans éducation dont la vie est loin d’être aussi parfaite qu’elle le paraît. Son fils est mort, sa fille l'évite ; quant à sa femme, chaque fois qu’il la regarde, c’est pour se rappeler qu’ils ne sont pas du même milieu…
Un soir, presque par accident, il étrangle sa jeune maîtresse. Ce geste insensé marquera-t-il le début d’une nouvelle vie ?
C’est affreux, cette histoire. Il n’y a rien qui va et pourtant, je suis sûr que nous connaissons tous un couple pareil. Oh, bien sûr, peut-être pas aussi pire (… regardons bien), mais un vieux couple, attachés par leur haine de l’un pour l’autre. Ensemble. Et le jour où l’un s’en va, c’est sa meilleure maladie qui meurt. Quelle horreur, quel enfer.Le chat de Georges SimenonNe me rappelant que vaguement de l’adaptation avec Gabin et Signoret, j’ai découvert une histoire qui m’a fait frémir. Quelle misère.
Un tout grand Simenon, sans polar, sans artifice
Adapté en 1971 par Pierre Granier-Deferre avec Jean Gabin et Simone Signoret
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) II avait lâché le journal, qui s'était d'abord déployé sur ses genoux puis qui avait glissé lentement avant d'atterrir sur le parquet ciré. On aurait cru qu'il venait de s'endormir si, de temps en temps, une mince fente ne s'était dessinée entre ses paupières.
Est-ce que sa femme était dupe ? Elle tricotait, dans son fauteuil bas, de l'autre côté du foyer. Elle n'avait jamais l'air de l'observer, mais il savait depuis longtemps que rien ne lui échappait, pas même le tressaillement à peine perceptible d'un de ses muscles.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Emile, ancien ouvrier au naturel bourru, est un homme sans détour. Marguerite, à l'opposé, est une femme délicate, d'une douceur affectée, sournoise et avare. Elle provient d'une famille de propriétaires, dont on démolit les nombreux immeubles dans le quartier. Ils étaient voisins, tous deux veufs, et se sont mariés, lui à 65 ans, elle à 63, peut-être par peur de la solitude. Leur incompatibilité de tempérament ne tarde pas à se muer en sourde hostilité. Joseph, le chat d'Emile que Marguerite n'a jamais accepté, disparaît.