Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suisse

Si on peut remercier Patrick Schindler de rendre hommage à Margarethe Faas Hardegger dans ce petit livre, il m’a semblé dommage de ne s’arrêter qu’à une petite partie de sa vie. Certes, les archives doivent manquer et les informations certainement difficiles à obtenir. Car, cette biographie s’arrête malheureusement en 1908 avec la fin de la publication de l’Exploitée alors que, selon Wikipedia : Elle meurt à Minusio le 23 septembre 1963 d’une insuffisance cardiaque. Elle est enterrée au cimetière de Locarno.

Pour ce qui concerne l'antimilitarisme, en juin 1908, l'Exploitée relève dans le journal ouvrier, La Voix du peuple, un article rapportant qu'en Suisse romande, des mères ouvrières envoient leurs fils dans les corps des cadets. La rédaction s'insurge et met en garde ses lectrices, face à de telles pratiques, en leur rappelant « Jamais les hommes ne sont aussi grossiers, brutaux, autoritaires et égoïstes avec les femmes que lorsqu'ils reviennent du service militaire.»
Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suissesse romande, au début du XIXe siècle de Patrick Schindler
Pour autant, son travail durant ces années de secrétaire à l’USS (Union syndicale Suisse) furent pour elle l’occasion de partager ses idées au travers du journal qu’elle fonda – consultable en ligne sur E-Periodica.

Croissez et multipliez
Une logeuse (...) habitant dans le quartier des Archives à Paris a déclaré au commissariat local, qu'elle venait de trouver dans une chambre de sa maison, une enfant nouveau-née à moitié asphyxiée. Le commissaire de police se rendit à l'adresse indiquée et trouva sur le lit d'une locataire du sixième étage une petite fille née viable, couverte avec des couvertures. Le commissaire fit porter l'enfant aux Enfants Assistés, puis il apprit que la mère était partie travailler, comme de coutume, dans un atelier de cartonnage voisin.
Appelée au commissariat, la pauvre mère raconta en sanglotant, qu'elle avait accouché seule pendant la nuit et au matin, prise entre ces deux sentiments: ou rester pour soigner son enfant et perdre sa place, ou conserver son emploi en allant travailler toute la journée. Après ce dur combat de conscience, la pauvre fille avait eu l'extraordinaire courage d'aller à l'atelier... Quelle jolie société que la nôtre !...
Extrait du journal l’Exploitée
Une femme de conviction, anarchiste, antimilitariste, féministe et syndicaliste militante à une époque où la condition de la femme (et pire encore, de la femme ouvrière) n’était guère enviable… piètre euphémisme

Voir aussi : La révolte des cigarières à laquelle elle apporta son soutien et le FC Hardegger (@fchardegger), club de foot antifasciste basé à Lausanne

L'Exploitée
Organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers et les ménages
Paraissant le premier dimanche de chaque mois
L’exploitée : organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers
et les ménages : Numéro 1 (1907-1908) consultable en ligne sur E-Periodica
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une adolescente aux convictions précoces 1882
Margarethe Faas-Hardegger voit le jour en 1982 [sic], dans le canton de Berne, en suisse romande. Le contexte de sa petite enfance et de son adolescence nous reste quasiment inconnu 1. Ce qui est fort regrettable car, quelques pistes supplémentaires auraient été les bienvenues, pour nous aider à mieux comprendre son par-cours et les choix qui ont dicté le cours de sa vie. Cependant, elle nous a tout de même laissé, à part ses nombreux articles parus dans l'Exploitée, quelques petites notes autobiographiques épar-ses, dont l'une d'elle est, on ne peut plus révélatrice.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Margarethe Faas Hardegger, dans son engagement féministe, n'est pas du tout ancré dans la mouvance des suffragettes... C'est une anarchiste, syndicaliste engagée ne faisant aucune concession à l'état bourgeois. Margarethe Faas Hardegger (1882-1963) est née à Berne. Après avoir travaillé quelques temps aux PTT, elle se lança dans des études de médecine alors qu'elle était déjà mère de famille. Parallèlement à son activité estudiantine, elle organisa des cercles de discussions et contribua à créer des syndicats. Par la suite, elle devint secrétaire de l'USS (Union syndicale suisse) et fit paraître en 1906 le premier numéro de l'organe de la Fédération suisse des ouvrières, Die Workaempferin. L'année d'après, la version romande est sortie sous le titre de l'Exploitée. Cependant, les relations entre le Comité syndical fédéral et Margarethe Faas s'altérèrent. Cette dernière trouva toutefois appui et solidarité auprès des Unions ouvrières (syndicalistes révolutionnaires). Ainsi leur organe La Voix du peuple se joint à l'Exploitée dans leur combat. En 1909, alors que l'Exploitée a déjà cessé de paraître, Margarethe Faas quittait le poste de secrétaire de l'USS, ce qui lui laissait une plus large liberté d'expression. Ainsi, libre de toute attache, elle continua sa vie durant à se battre pour une certaine justice sociale.

La révolte des cigarières

Non, l’histoire de la Suisse n’est pas faite que d’un long fleuve tranquille bercé par la paix du travail. L’armée fut parfois convoquée et a même tiré sur la foule en 1932 à Genève.

Bande de sorcières !
Vous feriez mieux de vous occuper de vos gamins !
La révolte des cigarières de Éric Burnand, aquarelles de Fanny Vaucher
Cette bande-dessinée raconte une de ces révoltes en 1907, celle d’ouvrières dans une usine de cigares à Yverdon. Des salaires de misères, des amendes, des conditions de travail et des habitations insalubres, des pressions et des connivences politiques, l’intervention de l’armée…

Les aquarelles sont très vivantes et l’album est complété d’un petit dossier qui donne envie d’en savoir encore plus. Et en allant plus loin, il est même possible de comprendre pourquoi un club de foot antifasciste à Lausanne s’appelle le FC Hardegger

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Villa Fleur d'eau à Grandson, près d'Yverdon, propriété des frères Vautier, fabricants de cigares.
Le 6 juin 1906
Oh ! Petite dévergondée... Tu as à peine 18 ans...
Je ne peux pas te garder à notre service dans cet état.
Qui est le père ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cette nouvelle bande dessinée d’Eric Burnand et de Fanny Vaucher retrace un événement majeur de l’histoire sociale suisse: la révolte, en 1907, des «petites mains» féminines de la fabrique de tabacs Vautier, aujourd’hui disparue.

Les cigarières d’Yverdon furent les premières en Suisse à organiser une grève entièrement menée par des femmes.

Quand Sara débarque en 1907 dans la fabrique de cigares de la petite ville d’Yverdon, la colère gronde. Salaires dérisoires, horaires épuisants, conditions de travail déplorables et, en prime, l’interdiction de se syndiquer : les ouvrières n’en peuvent plus !

La révolte qui s’annonce va ébranler la bonne société locale, révéler des clivages parmi les cigarières et faire éclater un secret de famille. Sara, Lucie, Berthe et les autres vont-elles en sortir indemnes ?

Au fil de cette bande dessinée, Fanny Vaucher (aquarelles) et Eric Burnand (scénario) nous plongent dans l’histoire captivante de la première grève menée par des femmes en Suisse.
Un dossier thématique richement illustré de documents et photos d’archives expose en fin d’ouvrage le contexte et la situation des ouvrières au début du 20e siècle.

Le beurre de Manako

Si vous avez un petit souci de cholestérol, n’ouvrez surtout pas ce livre. Même la couverture risquerait de vous le faire grimper. Le titre ne trompe pas.

Je vais vous faire un aveu. On a beau me voir comme une croqueuse d'hommes, je ne suis pas de ces femmes vulgaires qui ne pensent qu'à la chose. Disons plutôt que je hais les femmes, tout simplement.
Le beurre de Manako de Asako Yuzuki, trad. de Mathilde Tamae-Bouhon
Car derrière une histoire de tueuse en série manipulatrice, se cache une histoire gastronomique à la française en plein cœur du Japon. Joël Robuchon devrait valider sans hésitation !L'acidité du vinaigre met en valeur l'onctuosité de la sauce au beurre blanc accompagnant l'oursin. La chair tiède fond sur la langue pour former une crème aux saveurs marines et se mêler au flan, dont elle partage la consistance, et où se fait encore sentir le goût du jaune d'œuf.Une enquête menée par une journaliste gourmande et fascinée qui dévoile un pays patriarcal avec toutes les injonctions et inégalités qui pèsent sur les femmes

Délicieux, mais un poil écœurant… doublement

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les étroites habitations aux façades écrues s'étirent à perte de vue le long des collines en pente douce.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le quotidien de Rika, jeune journaliste ambitieuse mais surmenée, est bouleversé quand elle rencontre Manako, une femme accusée d’avoir assassiné trois de ses amants.

Pleine d’assurance, Manako ne cache pas son amour pour la cuisine somptueuse grâce à laquelle elle a su garder ses hommes. Rika veut à tout prix l’interviewer, et Manako y consent à condition que celle-ci se plie à ses demandes culinaires. Fascinée par ce personnage, Rika accepte. Mais en changeant de régime alimentaire, elle gagne quelques kilos et pour la première fois, subit le regard des autres.

Entre emprise et velléités d’indépendance, Rika va mener son enquête sur le passé trouble de Manako, tout en prenant conscience des injonctions de la société à l’endroit des femmes.

Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique, Le beurre de Manako est un roman délicieux saupoudré de tension psychologique et un portrait panoramique du Japon contemporain.

Et la joie de vivre

Quel livre, quel témoignage ! Tout est juste ici ! Sans pathos ni mélo, intime sans être voyeuse, d’une insupportable violence et pourtant d’une invincible énergie vitale… Cette joie de vivre emporte tout.

J'étais si seule ce soir-là. Inutile de chercher le sommeil après avoir raccroché. Même en de telles circonstances, je n'aurais pas recours à ces cachets dont Dominique m'avait gavée. Je n'en avais pas de toute façon. Je regardais les heures s'écouler. Que contient une minute, une heure, une vie ? Je ne savais plus. La réalité m'échappait. Tout se dérobait. C'était comme si le jour n'allait plus jamais se lever. Ma vie n'était qu'une longue nuit.
Et la joie de vivre de Gisèle Pelicot et Judith Perrignon
Gisèle Pelicot raconte son histoire, de la sidération jusqu’au procès. Elle décortique et cherche les pourquoi, comment… toutes ces questions qui vraisemblablement ne trouveront jamais de réponse satisfaisante pour expliquer une telle abjection

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est toujours la veille que je dresse la table du petit-déjeuner. Je dispose les tasses, les assiettes, les couverts, les serviettes, puis le miel et les pots de confiture. C'est comme enjamber la nuit que j'ai toujours crainte, décréter l'harmonie du prochain jour. Il n'y aura plus qu'à sortir le beurre, enclencher la bouilloire, laisser monter les odeurs du café et du pain qui grille. Tout va bien se passer.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le 2 septembre 2024 s'ouvre le procès de Mazan et la France découvre le visage de Gisèle Pelicot. Décidée à ce que « la honte change de camp », elle a voulu et obtenu que ce procès soit public. Son courage bouleverse le monde entier à mesure que l'horreur des crimes qu'elle a subis est exposée au tribunal. Depuis le procès, elle qui n'a jamais pris la parole et est devenue un symbole mondial de la dignité des femmes a décidé de raconter son histoire avec ses propres mots. Elle veut transmettre un message d'espoir à tous ceux et toutes celles qui traversent des épreuves, comme à ceux et celles qui l'ont soutenue au cours de ces semaines d'automne 2024. Le récit ciselé et bouleversant qu'elle a écrit avec la romancière Judith Perrignon dévoile l'histoire singulière et passionnante ainsi que les ressorts intimes de l'incroyable résilience de cette femme si secrète.

Ils appellent ça l’amour

Réussir les livres à messages est périlleux. Pourtant, Chloé Delaume s’en sort plutôt bien et porté par une sororité polyphonique, ce court roman réussi à convaincre tout en restant une fiction bien torchée.

Des ravages de l'âme sœur même chez les filles uniques
Quand Clotilde articule dangereux, elle pense aussi toxique et part s'isoler dans sa chambre sous prétexte d'aller y chercher un gramme de Doliprane ou de n'importe quoi d'autre susceptible de convenir. En montant l'escalier, elle se dit que tout ça, c'est la faute de Platon. Tout ça : suivre Monsieur parce que le couple serait un vrai besoin vital, et la compatibilité amoureuse parfaite le but ultime de l'existence. Chacune et chacun aurait quelqu'un qui lui serait destiné, ce qui implique un espoir pétri de malentendus. Oui, Clotilde se dit ça sur le seuil du deuxième étage, plus elle y réfléchit, plus elle constate que c'est bien lui le premier responsable, Platon. La source, l'origine de cette croyance erronée aux conséquences cataclysmiques. Parce que le mythe des âmes sœurs imprègne l'inconscient collectif depuis l'an 380 avant J.-C., date où il a écrit Le Banquet.
Ils appellent ça l’amour de Chloé Delaume
Me reste pourtant un sentiment un poil malaisant… Les coupables ne sont-ils finalement jamais réellement punis par la justice ?

Une histoire d’emprise comme il en existe tant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'ardoise n'est pas magique

Clotilde dans son crâne se donne tout un tas d'ordres pour que soit neutralisé l'assaut de ses sensations. Elle se répète Respire et Regarde où tu marches, mais la suffocation, autant que le vertige, poursuit sa progression. Ne te rappelle rien Elle sent venir les suées, redoute d'être bientôt saisie par le haut-le-cœur. Reste calme, Déglutis, Respire. Elle ne voulait pas revenir ici, non, pas revenir, tout remonte à la surface et son masque se craquelle. Souris, Respire, Avance plus vite.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Parce qu'elle a laissé ses amies organiser leur escapade durant ce week-end de trois jours, Clotilde se retrouve dans une ville qu'elle avait rayée de la carte. Ici, il y a vingt ans, elle a vécu avec Monsieur, un homme qui fit d'elle sa Madame sous prétexte de lui faire du bien. C'est ainsi que Clotilde se dépouilla d'elle-même, jusqu'à devenir un simple objet, mais un objet d'amour.

De son assujettissement d'alors, Clotilde a encore honte, et elle a beaucoup de mal à se découdre la bouche pour reconnaître les faits. La preuve : ni Adélaïde, ni Judith, ni Bérangère, ni Hermeline ne connaissent cette histoire, et aucune ne se doute qu'à deux rues de leur location, dans son immense maison, habite toujours Monsieur.

Clotilde se demande si libérer sa parole pourrait aider la honte à enfin changer de camp.

Destins coréens

Attiré par un dessin très graphique, une bichromie toute en aplats des plus réussies, j’ai découvert une bande dessinée aux messages d’une grande profondeur.

Em Corée, le statut social repose sur un modèle très strict[e]. Encore aujourd'hui, un homme ne peut prétendre devenir un bon père de famille que s'il a effectué son service militaire et qu'il a un métier. Chan-Wook, qui était toujours étudiant, avait donc, sans surprise, préféré rompre tout contact avec Joy, en apprenant la grossesse de cette dernière.
Destins coréens de Laëtitia Marty et Jung, dessins de Jung
En Corée du Sud, les mères célibataires sont victimes de fortes discriminations et de nombreux enfants nés hors mariage sont proposés à l’adoption. Jung, lui même adopté à l’âge de cinq ans, a réalisé une bande dessinée sur le sujet qui touchera Joy, jeune coréenne au moment où, enceinte, elle se retrouvera devant ce choix.

Un album magnifique tant pour ses qualités esthétiques que pour sa sensibilité à traiter de ce sujet

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Lors d'un séjour en Corée, j'ai fait une de ces rencontres qui ne laissent pas indemne, tant elles questionnent et bouleversent. Cette expérience invraisemblable a affecté mon propre quotidien mais a aussi changé la vie d'une lectrice...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans ce récit de vie inspiré de la réalité, Joy, une jeune Coréenne, tombe enceinte après une relation éphémère.

Hantée par la honte et le poids des regards, elle s'apprête à faire adopter son enfant. Mais en passant devant une librairie, elle découvre la BD autobiographique d'un Coréen adopté. La rencontre avec son auteur bouleverse ses certitudes.

Khomeiny, Sade et moi

Après avoir fui avec ses parents une théocratie autoritaire et misogyne, Abnousse Shalmani se retrouve face aux voiles dans son pays d’accueil, à Paris, en même temps qu’elle y découvre Sade.

J'ai vingt ans. J'ai vingt ans et j'ai déjà connu l'amour avec Louÿs et j'ai découvert combien le sexe pouvait être révolutionnaire avec Sade. J'ai vingt ans et je sais que je vis les plus belles années de ma vie. Il me suffit de penser à Sade, il me suffit de penser au dialogue de Madame de Saint-Ange et d'Eugénie pour savoir que rien n'est perdu. Il me suffit de penser à Juliette pour savoir que la femme a un étendard et qu'elle le porte bien haut. Un jour, Sade sera la seule arme disponible pour casser les ténèbres. La violence de Sade n'est pas violente, elle est née de l'imagination et de la foi. La foi dans l'homme devenu le centre de la pensée et non plus le pantin d'hommes cachés derrière Dieu. Ce qui est violence, ce sont les attentats successifs contre le corps féminin à travers le monde. La violence c'est exciser des petites filles qui aiment la chair et des grandes filles qui aiment la bite. La violence, c'est d'interdire à une petite fille d'apprendre à lire et à une jeune fille de choisir qui elle veut mettre dans son lit. La violence, c'est ce que les barbus font subir aux esprits en les broyant. Un jour, comme la Révolution française a mis ses barbus à la porte, d'autres révolutions éclateront qui réduiront les barbus au silence et célébreront la parole des Hommes.
Khomeiny, Sade et moi de Abnousse Shalmani
Avec cette biographie (ou ce manifeste), elle dénonce la mainmise des religieux sur le corps de femmes.

Et c’est plein de fougue, d’amour et de colère. Ça part dans tous les sens, la famille, les barbus, les corbeaux, l’érotisme et le corps de femmes. C’est plein d’érudition et de politique, c’est anticlérical et porté par la France des lettres et des Lumières.

Magnifique ! Mais depuis sa parution en 2014, les extrémismes religieux continuent de gagner du terrain… Une lecture qui reste tristement d’actualité

« Je désirerais qu’on fût libre de se rire ou de se moquer de tous ; que des hommes, réunis dans un temple quelconque pour invoquer l’Éternel à leur guise, fussent vus comme des comédiens sur un théâtre, au jeu desquels il est permis à chacun d’aller rire. Si vous ne voyez pas les religions sous ce rapport, elles reprendront le sérieux qui les rend importantes (…).
Je ne saurais donc trop le répéter : plus de dieux, Français, plus de dieux, si vous ne voulez pas que leur funeste empire vous replonge bientôt dans toutes les horreurs du despotisme ; mais ce n’est qu’en vous en moquant que vous les détruirez ; tous les dangers qu’ils traînent à leur suite renaîtront aussitôt en foule si vous y mettez de l’humeur ou de l’importance. Ne renversez point leurs idoles en colère : pulvérisez-les en jouant, et l’opinion tombera d’elle-même. »
Donatien Alphonse François de Sade, Français, encore un effort si vous voulez être républicain, in La Philosophie dans le boudoir

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Téhéran, 1983
Si la petite fille que j'étais a éprouvé le désir de se mettre nue dans l'enceinte de son école, ce n'était pas à cause des fortes chaleurs. C'était par provocation. Provocation du même ordre que de jouer à saute-mouton dans la salle de prière de la mosquée de l'école.
C'était physique.
Je ne veux pas porter ce truc ! En plus c'est moche. Non !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A Téhéran, dans les années 1980, une petite fille de six ans, contrainte de porter le voile, se révolte en se dénudant. Se soumettre aux exigences des « barbus » et autres « corbeaux » lui paraît absurde. Son père l’approuve et, afin de fuir brimades et contraintes, la famille va s’exiler à Paris. Abnousse Shalmani découvre alors que la liberté n’est pas celle qu’elle aurait souhaitée. Sa révolte n’est donc pas finie. Mais cette fois, c’est la littérature française qui va lui fournir des armes. La petite fille, devenue femme, va faire de Sade, de Victor Hugo et de Colette (entre autres) des appuis précieux dans son combat contre l’oppression en général et celle du corps féminin en particulier.
Joyeux pamphlet, ce récit alterne les anecdotes intimes et les événements socio-politiques avec humour et enthousiasme.

Jungle : une traversée de l’autisme au féminin

Attention, il ne faut pas voir ici qu’une petite bande dessinée au dessin chou et naïf. Jungle est un vrai bijou de porte d’entrée pour qui veut comprendre un peu l’autisme et sortir des clichés. Alors oui, l’autisme, c’est tout un spectre, mais ici, on parle de Gabi, une jeune femme qui va gentiment comprendre ce qu’elle ne comprend pas (j’interprète peut-être, désolé).

Je pensais que tout le monde faisait semblant. J'avais tort. J'étais la seule à faire semblant.
Jungle : une traversée de l’autisme au féminin de Adélaïde Barat Magan, Justine Langlois et Fanny Modena
Et c’est magnifique, plein d’émotions et de sensibilité, tout en étant très clair et pédagogique.

Une pépite à mettre dans toutes les mains pour ouvrir les yeux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À quoi associes-tu le mot « fleurs » ?
Euh, ben... c'est simple...
Les fleurs sont comme les organes des plantes supérieures, souvent appelées phanérogames


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Gabi a 26 ans.

26 années passées à masquer ce qu'elle est et ce qu'elle ressent, à se perdre dans un monde qui lui échappe. Aujourd'hui, elle tient entre ses mains un diagnostic : trouble du spectre de l'autisme.

À travers lui, elle revisite sa vie. Ses luttes et son féminisme, ses joies, ses peurs et les obstacles invisibles qu'elle affronte chaque jour, encore et encore. Gabi est une femme et Gabi est autiste.

Pour elle, la vie est une jungle.

La vie continuée de Nelly Arcan

Nelly Arcan fascine pour beaucoup de raisons… certaines plutôt tordues. Toutefois, il me semble difficile de l’aborder en dissociant l’autrice de son oeuvre tant sa vie et ses livres se sont répondus dans une danse schizophrène.

La publication d'À ciel ouvert constitue un soubresaut médiatique. Certains s'amusent à exploiter le champ lexical érotique pour en rendre compte. Ils évoquent un quickie, sourient de ses vêtements sexy. L'allure un brin cagole de Nelly Arcan est évoquée dans chacune des rencontres. Le caractère irréconciliable de ce qu'elle dénonce dans ses livres et auquel elle prête pourtant le joug est reçu en paradoxe. Jamais il n'est affronté comme démonstration de son propos. Jamais il n'est traité pour ce qu'il est : le cœur du sujet.
La vie fait des farces.
Elle se charge de le prouver par l'exemple.
La vie continuée de Nelly Arcan de Johanne Rigoulot
Un grand écart, jamais satisfaisant entre le besoin de plaire et la douleur de cette injonction. Mais comment croire une victime aussi pratiquante ?

Une biographie pleine de tendresse et d’empathie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Blonde aux cheveux longs, les traits délicats, elle offre un sourire constant, éclairé par des dents parfaites. Une poitrine atomique surplombe sa taille de guêpe. Ses jambes de plastique tendre et légèrement articulé sont fuselées. Quant aux pieds, minuscules, ils ont la cambrure d'un stiletto Louboutin.

Elle est haute de 28 centimètres.

La poupée Barbie apparaît entre les mains des fillettes dans les années 1960. Son corps répond aux normes de perfection de l'époque.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une enquête intime dans l'oeuvre et la vie de Nelly Arcan, une réflexion sur l’écartèlement identitaire du féminin.

Dans un récit vif, interrogeant son propre rapport à la féminité et à l’évolution des codes de la séduction, Johanne Rigoulot explore les ferments que l’écrivaine Nelly Arcan nous a légués. Indissociable de la parution en 2001 de Putain, ovni littéraire sur son quotidien d’escorte à Montréal, et d’une image ultra-travaillée de blonde fatale, Nelly Arcan, qui s’est suicidée à 36 ans, est longtemps restée en marge du panthéon intellectuel. Trop sexy, trop fragile, trop québécoise. Pourtant, elle a exploré en visionnaire toute la complexité de la condition des femmes, prises entre besoin d’exister et impératif de plaire.

Les vivants

Voilà un livre qui porte absolument bien son titre !

Chaque année au mois d'octobre, une vieille amie de Céline, ex-copine de fac devenue épouse oisive d'un banquier opulent, organise avec son mari une fête somptueuse pour montrer au monde que même si monsieur trompe madame à un rythme industriel et que madame représente à elle seule 10% du marché français de Prozac, ils peuvent une fois par an s'entendre sur un traiteur et faire bonne figure, le temps d'une soirée.
Les vivants de Ambre Chalumeau
Alors, certes, les grincheux pourraient trouver ça un peu convenu, feel-good, adulescent… Mais c’est frais, vivant (oui, vraiment le titre est très bon !), coloré et bien souvent très drôle (quel sens des métaphores !).Diane a toujours été une enfant sage.
Diane, quand elle joue à GTA, elle fait des créneaux. Elle va voir les gangsters et elle les aide à reprendre leurs études.En s’emparant de sujets difficiles comme la maladie et le coma d’un jeune ou le viol , Ambre réussi à écrire un livre plein de lumières, de couleurs et de contrastes… comme la vie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Tout arrive d'un coup, la sueur glacée, le brouhaha autour, les jambes qui faiblissent. Ce pote qu'on devine du coin de l'œil en train d'alerter son voisin et qui, premier de la fête à avoir remarqué qu'on flanche, devient sans le savoir le premier au courant de notre drame.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Elle demande de répéter.
On demande toujours de répéter, alors qu’en fait on a très bien entendu.
Quelque part dans notre crâne, un globule blanc se lève et pète du coude la vitre à ne casser qu’en cas d’urgence, celle qu’on pensait ne jamais avoir à briser : on sait qu’on devrait déclencher un protocole spécial pour accueillir la nouvelle, sauf que personne n’a été briefé, les stagiaires sont incapables, en plus on est samedi soir les bureaux sont déserts, y’a bien les anciens qui sauraient quoi faire, les vieux neurones du fond là, paniqués en permanence, ils nous ont dit qu’un jour ça pouvait arriver mais on les écoute plus ils radotent tellement, et maintenant qu’on a besoin d’eux putain ils sont où ?
Et aussi simplement que ça, une nuit comme les autres devient un Début. »

Histoire du passage à l’âge adulte, histoire d’émotions contraires, Les Vivants est un premier roman à la sincérité désarmante où le drame et la comédie nous illuminent à chaque page.