Ancolie

Derrière un dessin tout pourritch à l’air enfantin, se cache une bande dessinée franchement rigolote et plutôt pour adultes.

Ancolie de Salome Lahoche, couleurs de Thaïs Guimard
Ancolie est une sorcière qui cache le vide et l’absence de sens de son existence dans la drogue, le sexe et l’alcool… Et c’est OK !

Jusqu’à ce que…

Une bonne marrade féministe et rock’n’roll avec une spéciale dédicace à Michel et Mireille

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bonsoir.
Un whisky, s'il vous plait !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ancolie est une sorcière de 27 ans. Le temps passe 13 fois plus lentement pour elle que pour les humains, alors voilà des siècles qu’elle se traîne de beuveries en aventures sans lendemain à des fêtes peuplées de vampires et de monstres, des rave partys chez les elfes et des afters dans des tavernes. Cette existence alcoolisée, trash et vide de sens est pourtant sur le point de s’arrêter car un événement décisif se prépare : le Congrès annuel du Conseil des sorcières ! Chaque année, les hauts faits des meilleures sorcières y sont récompensés. Sans surprise, Ancolie ne fait jamais partie du lot. Cette année, elle est même convoquée. Pour le Haut Conseil, c’en est trop des déboires d’Ancolie ! Si elle n’accomplit pas un haut fait, elle sera excommuniée et mourra. Ancolie n’avait pas prévu de mourir de sitôt. Qu’à cela ne tienne, elle décide de sauver le monde ! Mais dans une Société inégalitaire, capitaliste et sexiste, elle a du pain sur la planche. Après avoir réfléchi à quelques actions coup de poing, elle se ravise et décide de sortir enfin de sa paresse légendaire. Un soir, une idée de génie – ou de folie – la traverse. Qu’est-ce qui manque le plus dans ce monde, si ce n’est l’empathie ? À force d’écumer les grimoires, notre sorcière tombe enfin sur le parfait sortilège de compassion ! Avec ça, peut-être qu’elle parviendra à sauver le monde, et accessoirement sa peau. Il faut juste que le sort fonctionne…

Un vent de fraîcheur souffle avec Salomé Lahoche qui s’empare de la figure féministe de la sorcière avec aplomb et une bonne dose d’humour pour un récit déjanté. Entre quête initiatique et aventures nocturnes barrées colorisées par Thaïs Guimard, des problématiques modernes comme l’écologie ou les inégalités sont abordées à travers une histoire loufoque ancrée dans un univers singulier où se mêlent fantasy, pop culture et rock’n’roll.

Tuer le vieux

Tuer le vieux commence directement dans le dur, le sordide. Et pourtant, il se permet de monter encore en puissance et les claques succèdent aux claques.

Même après la majorité, même après le délai de prescription, même après la mort du salopard, on se coud les gencives au barbelé, on porte sur nous la honte et la gêne et l'ennui comme des aubes de communiantes, blanches, transparentes, en file indienne pour se faire pardonner nos péchés. La souillure ça pue comme de la viande faisandée, t'as beau te laver les dents il y a un bout qui continue à pourrir, trop loin pour que tu puisses l'attraper.
Tuer le vieux de Daria Marx
Une histoire de grand père abuseur, de déni, de malaise jamais résolu et finalement d’une volonté de justice. Hélas, celle-ci n’est pas toujours à l’écoute (euphémisme grave !).

Il ne reste alors que la vengeance pour espérer l’apaisement.

Un livre rude, violent, habité et qui appelle un salaud, un salaud

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il était 10 heures du matin, j'avais mis douze réveils qui n'avaient servi à rien, je n'avais pas fermé l'œil de la nuit, j'avais bu six cafés, j'avais fumé toutes mes clopes, c'était l'heure. J'avais pensé longtemps à ce que je devais porter ce jour-là, à la tenue qu'on met pour aller au commissariat. Il n'y a pas de rubrique dans Marie Claire, « 10 conseils vestimentaires pour réussir votre dépôt de plainte », page 34, entre deux pubs illisibles remplies de plages et de nanas à petits seins qui dansent sur un parking.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« C'est comme si j'avais encore 8 ans dans les yeux des gens, comme si être victime et l'assumer me condamnait au rôle de statue commémorative, on l'admire de loin les premières années, et puis les chiens pissent dessus sans que ça dérange, c'était y a longtemps tout ça. Mon corps comme un monument aux morts d'une petite ville de province, sommé de se faire beau pour les grandes occasions, pour témoigner, pour porter la cause, mais globalement oublié, envahi par la mousse, mausolée. Je refuse la tombe, pour moi, pour la petite fille, pour toutes les autres. »

Elle avait rendez-vous aujourd'hui pour porter plainte contre son grand-père, qui l'a agressée sexuellement durant son enfance, mais il vient d'être annulé. Alors elle décide d'aller tuer le vieux, là, tout de suite. Dans ce train vers le Pays basque, elle échafaude son plan : quand elle sera de nouveau face au vieux, qu'arrivera-t-elle à dire ? Et surtout, à faire ? Avec une écriture qui tempête et cavale, ce premier roman déplie, en une journée, tout un voyage intérieur et physique tendu jusqu'à son dénouement.

Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle

La Suisse aux airs si lisses cache vigoureusement sous le tapis tous les mouvements qui la secouent. Ici, ne dépassent que les montagnes enneigées au dessus de paysages dignes des maquettes de trains électriques des vitrines des jouets Weber.

Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny Vaucher
Pourtant l’histoire de la Suisse moderne fut mouvementée et les droits des femmes, des ouvriers et des paysans acquis lors de luttes fratricides.

Et si aujourd’hui encore Une Suisse au noir démontre le nombre de progrès qui restent à accomplir, cette magnifique série : Le siècle de Jeanne, Le siècle d’Emma et La révolte des cigarières raconte les grandes avancées sociales des deux derniers siècles avec un grand talent

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quoi ?!
Vous m'avez caché ça pendant 20 ans ?
Mais alors... Qui sont mes vrais parents ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cette bande dessinée nous embarque dans les temps fort du 19e siècle helvétique : les révoltes paysannes de 1802, la famine de 1816, la guerre civile de 1847 et, enfin, la révolution industrielle suisse des années 1870. Petit pays au cœur de l'Europe, la Suisse a une histoire bien moins tranquille qu'il n'y paraît en surface !

« J'ai grandi dans une famille paysanne qui a cru aux promesses de la révolution vaudoise. J'ai fondé une famille en terre catholique, connu les troubles de la guerre civile et la famine, jusqu'à l'émigration forcée à l'autre bout du monde... Je suis Jeanne, née à l'orée du 19e siècle dans le Pays de Vaud. »

Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle

Que ne nous apprend-on pas l’histoire ainsi à l’école ? Misère !

Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny Vaucher
Ce siècle d’Emma, c’est l’histoire sociale Suisse récente vue au travers d’une femme. Le regard est au niveau des gens, des préoccupations populaires, féminines, ouvrières. C’est la vie au long des années 1900 avec les luttes féministes, syndicales et politiques. Peu ou pas de grands noms pour plus de réalités.Une belle humanisation de l’histoire au féminin, une grande réussite tant pour le graphisme et les couleurs que la narration et le contenu

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Moi, c'est Emma. Je suis née avec le XXe siècle à Granges, au pied du Jura. Une bourgade suisse de 10 000 habitants, presque tous horlogers.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
On dit souvent de l’histoire suisse qu’elle est ennuyeuse, sans conflits ni événements marquants. La vie (fictive) d’Emma démontre le contraire: née dans une petite bourgade horlogère au pied du Jura, Emma est soudain précipitée dans les soubresauts du XXème siècle.

En 1918, elle perd son fiancé dans les affrontements de la grève générale.
En 1937, elle se brouille avec son frère devenu pro nazi.
En 1956, son neveu, qu’elle a adopté, lui fait découvrir la face sombre de l’immigration italienne.
En 1975, sa petite-fille la confronte à la contestation féministe et antinucléaire.
Et en 1989, Emma fait une découverte stupéfiante lors du scandale des fiches.

Déclinée en cinq temps, dessinée en plusieurs centaines de cases, l’histoire d’Emma, fictive, mais très vraisemblable, nous immerge dans les conflits, les tensions et les questionnements du XXe siècle.

Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suisse

Si on peut remercier Patrick Schindler de rendre hommage à Margarethe Faas Hardegger dans ce petit livre, il m’a semblé dommage de ne s’arrêter qu’à une petite partie de sa vie. Certes, les archives doivent manquer et les informations certainement difficiles à obtenir. Car, cette biographie s’arrête malheureusement en 1908 avec la fin de la publication de l’Exploitée alors que, selon Wikipedia : Elle meurt à Minusio le 23 septembre 1963 d’une insuffisance cardiaque. Elle est enterrée au cimetière de Locarno.

Pour ce qui concerne l'antimilitarisme, en juin 1908, l'Exploitée relève dans le journal ouvrier, La Voix du peuple, un article rapportant qu'en Suisse romande, des mères ouvrières envoient leurs fils dans les corps des cadets. La rédaction s'insurge et met en garde ses lectrices, face à de telles pratiques, en leur rappelant « Jamais les hommes ne sont aussi grossiers, brutaux, autoritaires et égoïstes avec les femmes que lorsqu'ils reviennent du service militaire.»
Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suissesse romande, au début du XIXe siècle de Patrick Schindler
Pour autant, son travail durant ces années de secrétaire à l’USS (Union syndicale Suisse) furent pour elle l’occasion de partager ses idées au travers du journal qu’elle fonda – consultable en ligne sur E-Periodica.

Croissez et multipliez
Une logeuse (...) habitant dans le quartier des Archives à Paris a déclaré au commissariat local, qu'elle venait de trouver dans une chambre de sa maison, une enfant nouveau-née à moitié asphyxiée. Le commissaire de police se rendit à l'adresse indiquée et trouva sur le lit d'une locataire du sixième étage une petite fille née viable, couverte avec des couvertures. Le commissaire fit porter l'enfant aux Enfants Assistés, puis il apprit que la mère était partie travailler, comme de coutume, dans un atelier de cartonnage voisin.
Appelée au commissariat, la pauvre mère raconta en sanglotant, qu'elle avait accouché seule pendant la nuit et au matin, prise entre ces deux sentiments: ou rester pour soigner son enfant et perdre sa place, ou conserver son emploi en allant travailler toute la journée. Après ce dur combat de conscience, la pauvre fille avait eu l'extraordinaire courage d'aller à l'atelier... Quelle jolie société que la nôtre !...
Extrait du journal l’Exploitée
Une femme de conviction, anarchiste, antimilitariste, féministe et syndicaliste militante à une époque où la condition de la femme (et pire encore, de la femme ouvrière) n’était guère enviable… piètre euphémisme

Voir aussi : La révolte des cigarières à laquelle elle apporta son soutien et le FC Hardegger (@fchardegger), club de foot antifasciste basé à Lausanne

L'Exploitée
Organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers et les ménages
Paraissant le premier dimanche de chaque mois
L’exploitée : organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers
et les ménages : Numéro 1 (1907-1908) consultable en ligne sur E-Periodica
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une adolescente aux convictions précoces 1882
Margarethe Faas-Hardegger voit le jour en 1982 [sic], dans le canton de Berne, en suisse romande. Le contexte de sa petite enfance et de son adolescence nous reste quasiment inconnu 1. Ce qui est fort regrettable car, quelques pistes supplémentaires auraient été les bienvenues, pour nous aider à mieux comprendre son par-cours et les choix qui ont dicté le cours de sa vie. Cependant, elle nous a tout de même laissé, à part ses nombreux articles parus dans l'Exploitée, quelques petites notes autobiographiques épar-ses, dont l'une d'elle est, on ne peut plus révélatrice.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Margarethe Faas Hardegger, dans son engagement féministe, n'est pas du tout ancré dans la mouvance des suffragettes... C'est une anarchiste, syndicaliste engagée ne faisant aucune concession à l'état bourgeois. Margarethe Faas Hardegger (1882-1963) est née à Berne. Après avoir travaillé quelques temps aux PTT, elle se lança dans des études de médecine alors qu'elle était déjà mère de famille. Parallèlement à son activité estudiantine, elle organisa des cercles de discussions et contribua à créer des syndicats. Par la suite, elle devint secrétaire de l'USS (Union syndicale suisse) et fit paraître en 1906 le premier numéro de l'organe de la Fédération suisse des ouvrières, Die Workaempferin. L'année d'après, la version romande est sortie sous le titre de l'Exploitée. Cependant, les relations entre le Comité syndical fédéral et Margarethe Faas s'altérèrent. Cette dernière trouva toutefois appui et solidarité auprès des Unions ouvrières (syndicalistes révolutionnaires). Ainsi leur organe La Voix du peuple se joint à l'Exploitée dans leur combat. En 1909, alors que l'Exploitée a déjà cessé de paraître, Margarethe Faas quittait le poste de secrétaire de l'USS, ce qui lui laissait une plus large liberté d'expression. Ainsi, libre de toute attache, elle continua sa vie durant à se battre pour une certaine justice sociale.

La révolte des cigarières

Non, l’histoire de la Suisse n’est pas faite que d’un long fleuve tranquille bercé par la paix du travail. L’armée fut parfois convoquée et a même tiré sur la foule en 1932 à Genève.

Bande de sorcières !
Vous feriez mieux de vous occuper de vos gamins !
La révolte des cigarières de Éric Burnand, aquarelles de Fanny Vaucher
Cette bande-dessinée raconte une de ces révoltes en 1907, celle d’ouvrières dans une usine de cigares à Yverdon. Des salaires de misères, des amendes, des conditions de travail et des habitations insalubres, des pressions et des connivences politiques, l’intervention de l’armée…

Les aquarelles sont très vivantes et l’album est complété d’un petit dossier qui donne envie d’en savoir encore plus. Et en allant plus loin, il est même possible de comprendre pourquoi un club de foot antifasciste à Lausanne s’appelle le FC Hardegger

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Villa Fleur d'eau à Grandson, près d'Yverdon, propriété des frères Vautier, fabricants de cigares.
Le 6 juin 1906
Oh ! Petite dévergondée... Tu as à peine 18 ans...
Je ne peux pas te garder à notre service dans cet état.
Qui est le père ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cette nouvelle bande dessinée d’Eric Burnand et de Fanny Vaucher retrace un événement majeur de l’histoire sociale suisse: la révolte, en 1907, des «petites mains» féminines de la fabrique de tabacs Vautier, aujourd’hui disparue.

Les cigarières d’Yverdon furent les premières en Suisse à organiser une grève entièrement menée par des femmes.

Quand Sara débarque en 1907 dans la fabrique de cigares de la petite ville d’Yverdon, la colère gronde. Salaires dérisoires, horaires épuisants, conditions de travail déplorables et, en prime, l’interdiction de se syndiquer : les ouvrières n’en peuvent plus !

La révolte qui s’annonce va ébranler la bonne société locale, révéler des clivages parmi les cigarières et faire éclater un secret de famille. Sara, Lucie, Berthe et les autres vont-elles en sortir indemnes ?

Au fil de cette bande dessinée, Fanny Vaucher (aquarelles) et Eric Burnand (scénario) nous plongent dans l’histoire captivante de la première grève menée par des femmes en Suisse.
Un dossier thématique richement illustré de documents et photos d’archives expose en fin d’ouvrage le contexte et la situation des ouvrières au début du 20e siècle.

Le beurre de Manako

Si vous avez un petit souci de cholestérol, n’ouvrez surtout pas ce livre. Même la couverture risquerait de vous le faire grimper. Le titre ne trompe pas.

Je vais vous faire un aveu. On a beau me voir comme une croqueuse d'hommes, je ne suis pas de ces femmes vulgaires qui ne pensent qu'à la chose. Disons plutôt que je hais les femmes, tout simplement.
Le beurre de Manako de Asako Yuzuki, trad. de Mathilde Tamae-Bouhon
Car derrière une histoire de tueuse en série manipulatrice, se cache une histoire gastronomique à la française en plein cœur du Japon. Joël Robuchon devrait valider sans hésitation !L'acidité du vinaigre met en valeur l'onctuosité de la sauce au beurre blanc accompagnant l'oursin. La chair tiède fond sur la langue pour former une crème aux saveurs marines et se mêler au flan, dont elle partage la consistance, et où se fait encore sentir le goût du jaune d'œuf.Une enquête menée par une journaliste gourmande et fascinée qui dévoile un pays patriarcal avec toutes les injonctions et inégalités qui pèsent sur les femmes

Délicieux, mais un poil écœurant… doublement

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les étroites habitations aux façades écrues s'étirent à perte de vue le long des collines en pente douce.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le quotidien de Rika, jeune journaliste ambitieuse mais surmenée, est bouleversé quand elle rencontre Manako, une femme accusée d’avoir assassiné trois de ses amants.

Pleine d’assurance, Manako ne cache pas son amour pour la cuisine somptueuse grâce à laquelle elle a su garder ses hommes. Rika veut à tout prix l’interviewer, et Manako y consent à condition que celle-ci se plie à ses demandes culinaires. Fascinée par ce personnage, Rika accepte. Mais en changeant de régime alimentaire, elle gagne quelques kilos et pour la première fois, subit le regard des autres.

Entre emprise et velléités d’indépendance, Rika va mener son enquête sur le passé trouble de Manako, tout en prenant conscience des injonctions de la société à l’endroit des femmes.

Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique, Le beurre de Manako est un roman délicieux saupoudré de tension psychologique et un portrait panoramique du Japon contemporain.

Et la joie de vivre

Quel livre, quel témoignage ! Tout est juste ici ! Sans pathos ni mélo, intime sans être voyeuse, d’une insupportable violence et pourtant d’une invincible énergie vitale… Cette joie de vivre emporte tout.

J'étais si seule ce soir-là. Inutile de chercher le sommeil après avoir raccroché. Même en de telles circonstances, je n'aurais pas recours à ces cachets dont Dominique m'avait gavée. Je n'en avais pas de toute façon. Je regardais les heures s'écouler. Que contient une minute, une heure, une vie ? Je ne savais plus. La réalité m'échappait. Tout se dérobait. C'était comme si le jour n'allait plus jamais se lever. Ma vie n'était qu'une longue nuit.
Et la joie de vivre de Gisèle Pelicot et Judith Perrignon
Gisèle Pelicot raconte son histoire, de la sidération jusqu’au procès. Elle décortique et cherche les pourquoi, comment… toutes ces questions qui vraisemblablement ne trouveront jamais de réponse satisfaisante pour expliquer une telle abjection

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est toujours la veille que je dresse la table du petit-déjeuner. Je dispose les tasses, les assiettes, les couverts, les serviettes, puis le miel et les pots de confiture. C'est comme enjamber la nuit que j'ai toujours crainte, décréter l'harmonie du prochain jour. Il n'y aura plus qu'à sortir le beurre, enclencher la bouilloire, laisser monter les odeurs du café et du pain qui grille. Tout va bien se passer.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le 2 septembre 2024 s'ouvre le procès de Mazan et la France découvre le visage de Gisèle Pelicot. Décidée à ce que « la honte change de camp », elle a voulu et obtenu que ce procès soit public. Son courage bouleverse le monde entier à mesure que l'horreur des crimes qu'elle a subis est exposée au tribunal. Depuis le procès, elle qui n'a jamais pris la parole et est devenue un symbole mondial de la dignité des femmes a décidé de raconter son histoire avec ses propres mots. Elle veut transmettre un message d'espoir à tous ceux et toutes celles qui traversent des épreuves, comme à ceux et celles qui l'ont soutenue au cours de ces semaines d'automne 2024. Le récit ciselé et bouleversant qu'elle a écrit avec la romancière Judith Perrignon dévoile l'histoire singulière et passionnante ainsi que les ressorts intimes de l'incroyable résilience de cette femme si secrète.

Ils appellent ça l’amour

Réussir les livres à messages est périlleux. Pourtant, Chloé Delaume s’en sort plutôt bien et porté par une sororité polyphonique, ce court roman réussi à convaincre tout en restant une fiction bien torchée.

Des ravages de l'âme sœur même chez les filles uniques
Quand Clotilde articule dangereux, elle pense aussi toxique et part s'isoler dans sa chambre sous prétexte d'aller y chercher un gramme de Doliprane ou de n'importe quoi d'autre susceptible de convenir. En montant l'escalier, elle se dit que tout ça, c'est la faute de Platon. Tout ça : suivre Monsieur parce que le couple serait un vrai besoin vital, et la compatibilité amoureuse parfaite le but ultime de l'existence. Chacune et chacun aurait quelqu'un qui lui serait destiné, ce qui implique un espoir pétri de malentendus. Oui, Clotilde se dit ça sur le seuil du deuxième étage, plus elle y réfléchit, plus elle constate que c'est bien lui le premier responsable, Platon. La source, l'origine de cette croyance erronée aux conséquences cataclysmiques. Parce que le mythe des âmes sœurs imprègne l'inconscient collectif depuis l'an 380 avant J.-C., date où il a écrit Le Banquet.
Ils appellent ça l’amour de Chloé Delaume
Me reste pourtant un sentiment un poil malaisant… Les coupables ne sont-ils finalement jamais réellement punis par la justice ?

Une histoire d’emprise comme il en existe tant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'ardoise n'est pas magique

Clotilde dans son crâne se donne tout un tas d'ordres pour que soit neutralisé l'assaut de ses sensations. Elle se répète Respire et Regarde où tu marches, mais la suffocation, autant que le vertige, poursuit sa progression. Ne te rappelle rien Elle sent venir les suées, redoute d'être bientôt saisie par le haut-le-cœur. Reste calme, Déglutis, Respire. Elle ne voulait pas revenir ici, non, pas revenir, tout remonte à la surface et son masque se craquelle. Souris, Respire, Avance plus vite.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Parce qu'elle a laissé ses amies organiser leur escapade durant ce week-end de trois jours, Clotilde se retrouve dans une ville qu'elle avait rayée de la carte. Ici, il y a vingt ans, elle a vécu avec Monsieur, un homme qui fit d'elle sa Madame sous prétexte de lui faire du bien. C'est ainsi que Clotilde se dépouilla d'elle-même, jusqu'à devenir un simple objet, mais un objet d'amour.

De son assujettissement d'alors, Clotilde a encore honte, et elle a beaucoup de mal à se découdre la bouche pour reconnaître les faits. La preuve : ni Adélaïde, ni Judith, ni Bérangère, ni Hermeline ne connaissent cette histoire, et aucune ne se doute qu'à deux rues de leur location, dans son immense maison, habite toujours Monsieur.

Clotilde se demande si libérer sa parole pourrait aider la honte à enfin changer de camp.

Destins coréens

Attiré par un dessin très graphique, une bichromie toute en aplats des plus réussies, j’ai découvert une bande dessinée aux messages d’une grande profondeur.

Em Corée, le statut social repose sur un modèle très strict[e]. Encore aujourd'hui, un homme ne peut prétendre devenir un bon père de famille que s'il a effectué son service militaire et qu'il a un métier. Chan-Wook, qui était toujours étudiant, avait donc, sans surprise, préféré rompre tout contact avec Joy, en apprenant la grossesse de cette dernière.
Destins coréens de Laëtitia Marty et Jung, dessins de Jung
En Corée du Sud, les mères célibataires sont victimes de fortes discriminations et de nombreux enfants nés hors mariage sont proposés à l’adoption. Jung, lui même adopté à l’âge de cinq ans, a réalisé une bande dessinée sur le sujet qui touchera Joy, jeune coréenne au moment où, enceinte, elle se retrouvera devant ce choix.

Un album magnifique tant pour ses qualités esthétiques que pour sa sensibilité à traiter de ce sujet

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Lors d'un séjour en Corée, j'ai fait une de ces rencontres qui ne laissent pas indemne, tant elles questionnent et bouleversent. Cette expérience invraisemblable a affecté mon propre quotidien mais a aussi changé la vie d'une lectrice...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans ce récit de vie inspiré de la réalité, Joy, une jeune Coréenne, tombe enceinte après une relation éphémère.

Hantée par la honte et le poids des regards, elle s'apprête à faire adopter son enfant. Mais en passant devant une librairie, elle découvre la BD autobiographique d'un Coréen adopté. La rencontre avec son auteur bouleverse ses certitudes.