La vallée de la jeunesse

Les choses, les choses… Elles apparaissent et disparaissent dans nos vies. Généralement, nous ne les remarquons pas. Pourtant, certaines nous marquent !

J'aime bien aller en ville avec ma mère. Elle fait les commissions dans les grands magasins de Lausanne. En Roumanie, les magasins étaient nuls. Des fois, je me souviens, j'entrais avec grand-mère dans une épicerie où la seule chose qu'on pouvait acheter, c'était des cornichons dans des grands bocaux. Grand-mère Clarisse en a attrapé un pour examiner l'étiquette.
Ces conserves sont périmées depuis quatre ans ! elle a hurlé. Vous vous fichez du monde, mademoiselle.
─ Non, mais celle-là ! a répondu la jeune fille en bougeant la tête de droite à gauche. Elle se croit à Paris, sur les Champs-Élysées, ma parole.
La vallée de la jeunesse de Eugène
Au travers de vingt objets (pas que, et il y a même des bonus), Eugène raconte son enfance en Roumanie, son arrivée en Suisse, son adolescence et enfin, (grâce à une montre ?) l’âge adulte.

Un conteur drôle et touchant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Me raconte pas ta vie, c'est la mienne » prévenait Prévert aux clients accoudés au zinc, traînant dans les mêmes bistrots que lui à deux heures du matin, du côté de Montparnasse. Et c'est vrai qu'au fond nous sommes pareils. Plus ou moins mariés, plus ou moins riches, plus ou moins heureux au boulot, avec plus ou moins d'un enfant à la maison. Personnellement, j'appartiens à cette grande majorité d'êtres humains n'ayant assassiné aucun être humain, n'ayant jamais traversé de guerre et conduisant une voiture bas de gamme aux sièges qui brûlent en été (genre Peugeot 106, série Roland Garros). Pourtant, il doit bien y avoir quelque chose qui nous rend un peu uniques. Un je-ne-sais-quoi nous transformant en autre chose que des locataires standardisés, entassés dans des clapiers à cinq étages, avec balcon de trois mètres carrés.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Voici un récit autobiographique qui se déroule autour de vingt objets évocateurs des plus beaux moments de l’enfance de l’auteur-narrateur, des moins heureux également. Né en Roumanie, tôt arrivé en Suisse, Eugène revoit les portraits omniprésents de Ceausescu, les magasins vides, les queues interminables qui ont fait tant parler de ce régime. Il évoque aussi ses parents francophiles, les chansons d’Eddy Mitchell, le « rendez-vous incontournable » qu’était « Apostrophe », ou sa première montre suisse gagnée à un concours d’écriture. Il confie une part plus intime de son histoire, racontant cet enfant bègue qu’il était et qui a grandi à l’ombre d’un frère brillant.

Un texte sensible, plein d’humour, dont l’écriture évolue avec la maturité de l’enfant.

Yiyun

Pour celles et ceux qui le suivent depuis ses débuts, cet album est un vrai trésor de nostalgie. Cosey y a posé tous ses amours : l’Asie, bien sûr, mais aussi les montagnes suisses, un poil de politique contre la répression chinoise, de la neige, une romance inaboutie, de la bande dessinée d’après-guerre… et même Jonathan qui vient y faire un petit caméo surprise ! Sans compter quelques surprenants dinosaures ou les découpages au cœur du récit.

Yiyun de Cosey
Une merveille de planches au style si reconnaissable, fourmillantes de références et de clins d’oeil.
Une très belle réussite accompagnée d’une préface sympa de Maou et d’exquises esquisses !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La première fois que je l'ai vue, j'ai cru qu'elle était Miss Wu en personne...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Années 90 au Pays d'Enhaut, Alpes vaudoises. Urs, 14 ans, croit reconnaître, parmi des élèves venus d'Angleterre, Miss Wu la belle chinoise (qui porte un cache-œil) d'une ancienne BD d'aventures. Les tentatives de parler à la jeune sosie de Miss Wu, qui en réalité se prénomme Mei, semblent vouées à l'échec… Jusqu'au moment où Urs parvient à entraîner Mei sur le télésiège au moment de la fermeture. Les deux adolescents se retrouvent bloqués sur l'installation arrêtée pour la nuit. Persuadés de finir congelés avant l'aube, ils se rapprochent de plus en plus… Ils sont retrouvés par les secours quelques instants après leur premier baiser.

L'été suivant, lors d'une randonnée, Urs s'étonne de tomber sur Mei. Elle se montre très distante, pour une raison qu'elle ne peut pas dévoiler.

10 ans plus tard, Urs réalise des découpages qui se vendent à quelques touristes séjournant dans la région. Un jour, à sa grande surprise, un courrier d'une galerie londonienne lui propose une exposition de ses œuvres.

A Londres, la baronne Frida von Fürstendorfkirchen, directrice de la Galerie F&M, lui présente sa compagne : Mei. Urs est étonné en retrouvant la jeune chinoise de ne ressentir ni déception ni frustration ni même désir. Face aux questions d'Urs, Mei retire son cache-œil, révélant ses deux yeux intacts, en précisant qu'il y a à Taïwan une personne qu'Urs connaît bien, qui pourra dévoiler enfin le mystérieux secret…

Le petit saint

Avec ce récit de l’enfance d’un futur peintre, Simenon s’attache surtout à décrire le Paris du début du 20e. Une mère, pauvre qui pousse sa charrette de fruits ou légumes pour nourrir seule ses six enfants. Un livre comme un tableau vivant, la vie de famille, les hommes qui ne restent rarement longtemps et le lit de la mère séparé d’un simple draps des paillasses des enfants. Et la maladie qui en emporte, puis la guerre.

 ─ A quoi penses-tu, Louis ?
 ─ A rien, man.
Elle poussait encore sa charrette sur quelques mètres de pavé, ses beaux yeux bleus fixés droit devant elle.
 ─ Tu es un curieux bonhomme.
Il existait entre eux une intimité faite d'une tendresse vague, qui ne se manifestait jamais par des mots, par des effusions, seulement par des regards furtifs, pudiques, ou par certaines intonations.
Il est vrai qu'il ne se souvenait pas d'avoir été blotti dans ses bras, comme dans ses livres de lecture. Lorsqu'il était bébé, peut-être ? Il gardait une vague image de sa mère tenant Émilie contre sa poitrine, mais c'était pour lui donner le sein.
 ─ Tu ne penses vraiment à rien ?
 ─ Je ne sais pas.
 ─ Il paraît qu'on pense toujours à quelque chose, même quand on ne s'en rend pas compte. Je ne sais plus qui m'a dit ça, quelqu'un qui avait fait des études.
Le petit saint de Georges Simenon
Et là, au milieu, Louis, le petit saint qui deviendra célèbre.

Simenon peintre naturaliste ou ethnographe tente de se rapprocher au plus proche de l’humain, avec ses corvées, travail, saletés et ses maigres instants de bonheurs

Tous les romans durs de Simenon
104. Le petit saint
103. L’homme au petit chien (à lire) 105. Le train de Venise
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il avait entre quatre et cinq ans lorsque le monde commença à vivre autour de lui, lorsqu'il prit conscience d'une vraie scène se jouant entre des êtres humains qu'il était capable de distinguer les uns des autres, de situer dans l'espace, dans un décor déterminé. Il n'aurait pas pu préciser, plus tard, si c'était en été ou en hiver, bien qu'il eût déjà le sens des saisons. Probablement en automne, car une légère buée ternissait la fenêtre sans rideau et la lumière du bec de gaz d'en face, seule à éclairer la chambre, jaunâtre, semblait humide.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ses camarades de classe le surnommaient le petit saint. Si on le battait, il ne ripostait pas et refusait de désigner le coupable. Il ne paraissait pas malheureux et se contentait d'observer les choses et les gens. A la maison, dans la promiscuité et la misère de la rue Mouffetard, il aidait sa mère, marchande de quatre-saisons, et la suivait, émerveillé, sur le carreau des Halles.

Plus tard, devenu l'un des peintres les plus célèbres de Montparnasse, lorsqu'on lui demandait « Maître, qui êtes-vous ? » ; il répondait pudiquement : « Un petit garçon » Simenon a déclaré à plusieurs reprises que « Le petit saint » était son roman préféré, et sans doute le plus personnel. Et lors de sa parution, en 1964, les lecteurs furent intrigués par cette bande-annonce qui disait « Enfin, je l'ai écrit ! ».

Sa majesté des mouches

Ne me souvenant pas vraiment bien de cette histoire lue il y a bien trop longtemps, difficile d’en juger la fidélité de l’adapation. Pour autant, ses planches magnifiques m’ont vraiment donné envie de m’y replonger.

Sa majesté des mouches de Aimée de Jongh, d’après le roman de William Golding

Les graphismes sont superbes, les mises en pages soignées et le tout forme un très bel ouvrage aussi attendrissant qu’à la cruauté révoltante.

Une grosse (oui, au premier degré aussi) réussite !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le garçon blond descendit les derniers rochers et se fraya un chemin vers la lagune.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un avion s'écrase sur une île déserte. Les seuls survivants sont un groupe d'écoliers. Explorateurs de plages splendides le jour, les jeunes garçons sont visités, la nuit, par le spectre d'une créature primitive, et hantés par leurs précieux souvenirs. Orphelins de la civilisation, ils doivent à présent bâtir la leur. Mais le groupe se trouve rapidement divisé et leurs jeux innocents prennent une dangereuse tournure.

Malempin

Pour qui souhaite comprendre la vie en France du début du XXe, les livres de Simenon sont une source impressionnante d’informations sur les usages, la société, les rapports homme-femmes, humains et familiaux…

Au cours d'une de ces paniques périodiques, mes parents ont-ils décidé de se débarrasser de Tesson?
Contrairement à ma propre attente, c'est avec un détachement sincère que je me pose cette question et que j'essaie de la résoudre.
Le crime en lui-même, s'il y a eu crime, ne m'émeut pas et je l'envisage sans horreur.
Ce qui m'a poussé à remuer ces souvenirs est un sentiment complexe, qui ne m'apparaît un peu clairement qu'à mesure que j'avance. C'est parti de Bilot, du regard qu'il laissait peser sur moi et du docteur Malempin que j'ai découvert dans la glace.
Peu importe, d'ailleurs. Je suis maintenant tout engagé dans des racines que je démêle et j'en trouve qui vont toujours plus loin, et plus enchevêtrées.
La question ne se pose pas de savoir si mon père et ma mère avaient intérêt à supprimer le boiteux Tesson. C'est l'évidence. Au village, les gens l'ont senti. Ce qui m'étonne, c'est que les magistrats ne s'en soient pas avisés plus tôt, car, autant que je m'en souvienne, il s'est écoulé des semaines avant que mon père et ma mère fussent appelés à Saint-Jean-d'Angély.
Malempin de Georges Simenon
Pour autant, ce Malempin est tristement ennuyeux.

Au chevet de son fils malade, un homme se souvient, par bribes, des non-dits et des secrets sombres de sa famille, il s’interroge sur sa vie, son couple, ses choix… sans pour autant en tirer de leçons ni de vérités

Un livre lent, un bon somnifère

Tous les romans durs de Simenon
38. Malempin
37. Les inconnus dans la maison 39. Bergelon (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Même de sang-froid, je reste persuadé que cette journée a été plus rapide que les autres et le mot vertigineux me vient naturellement à l'esprit. J'ai, quelque part au fond de la mémoire, un vieux souvenir similaire. Je jouais dans la cour du lycée. Non, ce n'est pas possible, puisqu'il va être question d'un tramway. Peu importe! Dans une rue. Ou sur une place. Plutôt sur une place, car je revois des arbres et je pourrais préciser qu'ils se découpaient sur un mur blanc. Je courais. Je courais à perdre haleine. Pourquoi? Je l'ai oublié.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ils devaient partir en vacances dans le Sud. La maladie subite de leur fils en décide tout autrement. Le père, médecin, veille sur l'enfant et, tandis qu'il reste à son chevet, lui reviennent en mémoire des souvenirs enfouis...
Une histoire, dans sa jeunesse, d'un oncle disparu du jour au lendemain après être passé à la ferme que tenaient ses parents. La mère s'y trouvait seule. L'enfant, dans la maison, n'avait rien vu à l'époque. Il avait trouvé plus tard, sur un tas de débris utilisé par le père, loin dans la campagne, des traces du disparu.
La venue des gendarmes, pour lui qui n'avait qu'un regard de gosse, s'était pourtant teintée de la couleur du non-dit. La mère avait arrangé une vérité. Cette dernière avait par la suite décidé de sa vie...

Et pour rentrer chez moi, je contourne l’ambassade de Chine

Il semblerait qu’Erida Bega sache tout faire ! Du violon, de la guitare, autrice, compositrice, interprète, shopping et… écrire. Et chaque fois avec talent !

Mon voisin de palier est parti comme une flèche, laissant derrière lui sa silhouette sportive. Footballeur, m'étais-je dit. Je n'avais encore jamais rencontré une pareille beauté. Le genre de perfection qui produit un doux hérissement des poils, bloque le souffle. D'un pas vif, il s'est éloigné rapidement de ma vue. J'ai eu l'image d'un paysage inaccessible où l'homme n'a pas encore construit de route. Je ne pouvais que rester sidérée devant une telle beauté, et l'envie de remplacer mon chignon par une robe m'a prise de court. Mes jambes maigrichonnes, écartées d'un bout à l'autre, laissant circuler les courants d'air, je les ai jugées sévèrement, et l'impatience de voir mes seins grossir fut subite.
Et pour rentrer chez moi, je contourne l’ambassade de Chine de Erida Bega
C’est tendre, doux, nostalgique et malicieux. Elle nous parle de l’enfance et de l’attachement. Mais aussi, fatalement, de cet instant où l’on quitte, on déménage, on émigre.

C’est l’enfance en Albanie, vue par les yeux d’une petite fille. Mais aussi de Genève, vue par les yeux d’une femme

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À 19 h, ce jour-là
Souvent, je crains l'arrivée du soir. À 19 h, je ressens un creux à l'estomac. Certainement la faim. Je n'ai qu'une envie: partir du bureau vite, m'échapper. De l'air, de l'air ! Comme si j'avais retenu mon souffle la journée entière.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le compte à rebours arrivait à son terme. Il fallait encore traverser le dernier jour dans des conditions supportables. J’avais vécu ce déménagement comme une milicienne dans des récits de guerre. Des sentiments homériques et audacieux bousculaient mon quotidien. J’imaginais ma grand-mère, jeune et belle, devant cette maudite grenade qui avait emporté sa jambe et sa jeunesse. Alors que je craignais les séquelles dans mon âme face au claquement définitif d’une simple porte.

Tirana, 1988. Alors qu’une jeune fille apprend que sa famille va déménager, c’est tout son équilibre qui vacille. Genève, trente ans plus tard, devenue femme, elle fait une rencontre impromptue à travers laquelle ressurgit l’Albanie communiste de son enfance. Un texte vif et frais, qui questionne avec malice le déracinement ainsi que le poids des souvenirs.

Mes battements

Croquis de voyages et souvenirs d’enfance, anecdotes et amusements, Albin de la Simone ouvre des petites fenêtres sur son intimité, c’est chou, poétique, délicat.

Ce que j'aime le plus dessiner, après mes instruments de musique, ce sont mes instruments de cuisine: mes condiments !
Ici, vinaigres de kaki, de riz, de prune Ume, de calamansi, de Banyuls, de xérès, balsamique blanc, huiles d'olive et de tournesol, sel de Guérande, poivre sanshō-ko et poivre noir.
Et ailleurs, nuoc-mam, yuzukoshō, kabosukoshō, huile de sésame, tsuyu, dashi concentré, ponzu, gingembre, citron vert, petimezi, shiso à l'huile d'olive, purées de piment, toutes sortes de sauces pimentées, miso, yaki niku sauce, mirin, sésame...
J'oubliais cette belle boîte en fer de chocolat en poudre hollandais Haarlem. Je l'ai toujours connue. Sur la face rouge, la sorte de religieuse porte un plateau sur lequel est posée une boîte de ce même chocolat, sur laquelle la sorte de religieuse porte un plateau sur lequel est posée une boîte de ce même chocolat...
Mon esprit d'enfant plongeait dans l'infiniment petit de cette mise en abyme tous les matins.
Mes battements de Albin de la Simone
Et comme pour ses chansons, ces textes courts partagent des instants pour s’évader, rire ou sourire.

Un livre qui s’offre avec une magnifique bande son

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Rome le 30 septembre 2024. Il est 11h du matin. Parti à 4h30 de chez moi, j'arrive à la Villa Médicis qui me fait le beau cadeau de m'inviter en courte résidence pour finir le livre que vous tenez entre les mains. Donc à l'heure où j'écris ces lignes, ce n'est encore qu'un tas de dessins et de textes plus ou moins ordonnés. J'ai du pain sur la planche. Car un premier livre de ce type, comme un premier disque, est un peu constitué d'une vie entière, et quand on a 50 ans passés, il y a du tri à faire. À partir du deuxième, si on a bien fait son boulot dans le premier, on part d'une page blanche ou, au pire, d'une page beige. Nous verrons.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pour Albin de la Simone, avant la musique était le dessin. À la sortie de l'adolescence, l'envie de jouer, de composer, de chanter, a éclipsé tout le reste. Les encres et autres aquarelles ont été réduites au silence. L'éclipse a duré trente ans, jusqu'à ce qu'un nouvel accord se trouve. Aujourd'hui, le chanteur dessine et le dessinateur chante. Il dit son enfance, son chemin ; les couleurs de ses souvenirs, l'âme des lieux qu'il traverse, ce qui fait vibrer sa vie et la rythme.

Mère à l’horizon

Quel passeur d’émotions ! Elle sont toutes là et Jacques Gamblin nous les fait toucher, sentir et en goûter les saveurs.

Après ça je ne dis plus rien et personne ne dit plus rien. Je m'accroche à ma ceinture pour survivre jusqu'à Burcy.
On roule parfois trop vite parfois trop lentement. Je fais les comptes, les minimes courent à 14 heures, il faut que j'y sois à 13 pour m'échauffer. Il y a soixante kilomètres, pas très doué en calcul mental, je conclus qu'avec une moyenne de soixante, on devrait mettre une heure. Je toussote pour regarder discrètement ma montre. 11 h 20. Mimile me dit tu es malade, je réponds non ça va. 
À la place du mort on a une meilleure conscience du danger mais on est moins malade. On ne peut pas tout avoir
Mère à l’horizon de Jacques Gamblin
Plus qu’une autobiographie qui part dans tous les sens, il s’agit plutôt d’un carton de photos qui serait tombé et dont l’auteur nous en rappellerait les souvenirs. L’enfance, la quincaillerie, les débuts à la technique, puis sur les planches et…Tu stockes une demi-douzaine de paquets de thé. À l'épicerie tu ne te souviens plus que tu en as déjà. 
Tu gardes tes croissants pour demain, puis demain tu les gardes pour demain... Ils sont rassis, ils n'ont plus de goût. Tu ne le sais pas puisque tu les gardes pour demain. 
Les fraises et les framboises subissent le même sort. 
Pour demain. 
Tu descends à la boîte aux lettres, prends ton journal, remontes chez toi, t'assois à la table de la cuisine, tournes les pages, attrapes quelques images, quelques titres, feuille à feuille, oubliés. 
Les jours ont-ils encore un sens ? 
C'est dimanche prochain carnaval. Comment tu vas te déguiser ? 
En courant d'air. Et surtout, la famille, la mère et sa mémoire qui s’en va.

Et c’est très touchant, un peu déconstruit, pas très bien fagoté… mais c’est tendre et chou

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Demain on change d'heure.
- Ah oui comment je vais m'y retrouver ?
- Je vais régler ta montre à l'heure de demain. Comme ça quand tu te réveilleras, tu seras à la bonne heure.
- Oui mais... demain il sera quelle heure ?
- Je ne sais pas. Quand tu vas te réveiller. Voilà j'ai réglé ta montre, la pendule, ton réveil... Ils seront à l'heure de demain.
- Oui mais l'heure elle va tourner cette nuit !
- Eh oui et comme ça demain elle sera à la bonne heure de demain.
- Oui mais si tu la mets maintenant à l'heure de demain et qu'elle continue de tourner cette nuit, elle ne sera pas à l'heure demain.
- Maman...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un hommage bouleversant de Jacques Gamblin à sa mère, où le rire n'est pourtant jamais loin, prêt à déferler sur la grève.

Je n'ai plus que la mémoire de l'instant, dit-elle.
Elle reste assise de longues heures, les rideaux à peine ouverts.
Elle veut bien voir le dehors mais que le dehors ne la voie pas.
Elle se met du rouge à lèvres quand elle reçoit une visite.
Son premier baiser, elle l'a donné entre les casseroles et les pinces multiprises.
Elle rêvait de jouer le jazz.
Un jour, elle est montée à la grande échelle.
Comment tu vas te déguiser au prochain carnaval ? Elle répond :
En courant d'air.
Elle a commencé à perdre l'audition il y a quelques années. La mémoire a suivi et couru à sa perte. Sans bruit. Sans choc. Avec la vie qui change de volume.
Pour combler les phrases qu'elle ne prononce plus, j'écris. J'attrape son silence au vol, le fais rebondir, pour l'aimer encore, autrement, pour l'aimer mieux.

Un hommage bouleversant à la mère, où le rire n'est pourtant jamais loin, prêt à déferler sur la grève.

11 quai Branly

Le projet : se retrouver dans un lieu de son enfance. Mazarine M. Pingeot retourne quai Branly.

Et voilà que je vais y retourner. Pour de vrai. Aujourd'hui, on dirait « en présentiel » et ce mot affreux aurait ici du sens. Car revenir physiquement sur les lieux est une expérience. Bientôt il y aura une date. On se met d'accord. Les vacances de février, c'est bien. Un court horizon s'ouvre : nous sommes en décembre. Dans deux mois. Vais-je y réfléchir ? Vais-je faire des pronostics ? Il faut tout noter. Il faudrait retrouver ce que j'en ai écrit dans d'autres livres. Il faudrait se fabriquer une mémoire comme une cuirasse pour ne pas arriver les mains vides. Il faut s'armer de nouvelles résistances. Ou bien toutes les détruire, les unes après les autres, pour revenir vierge et retrouver la première fois. Car il y eut bien une première fois.
Mon père n'a pas été élu en 1974. Et je suis née.
11 quai Branly de Mazarine M. Pingeot
Pas vraiment l’occasion d’un grand bouleversement, mais la possibilité, peut-être, de poser quelques valises.Cette fois, je peux laisser les clés. Il n'est pas donné à tout le monde de recommencer les adieux quand la première fois ils ont été manqués.
Je peux désormais quitter les lieux sans les fuir.L’occasion de quelques pensées et de pas mal de stress aussi.

Un livre qui n’apprend pas grand chose – tant a déjà été dit et écrit – mais certainement une possibilité de se réapproprier son histoire, sa jeunesse

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'ai vécu quai Branly de neuf à seize ans. Ce qui correspond à ce qu'on appelle une adolescence. Ça n'en était pas seulement le décor, mais également le tombeau.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« J'ai vécu avec mes parents quai Branly de neuf à seize ans. Ce qui correspond à ce qu'on appelle une adolescence. Ça n'en était pas seulement le décor, mais également le tombeau.

L'appartement de fonction était vide, et rien ne parvenait à le remplir. Surtout pas moi. Un fantôme. Dont nul ne pouvait connaître la présence en ce lieu qui n'était ni chez elle, ni chez lui, ni chez eux.

J'ai vécu mon adolescence dans un logement de passage où personne ne passait. Chez moi, c'était chez personne. »

En revenant à « l'Alma », Mazarine M. Pingeot revisite une page de sa vie personnelle qui est devenue collective quand d'autres ont raconté à sa place cette jeunesse secrète et « dorée ». Le temps a passé, l'enfance s'est éloignée mais l'autrice peut aujourd'hui la raviver en faisant l'expérience du retour. Est-il possible, bien des années après, de repenser plus justement son enfance et de s'en émanciper ?

Moi, Fadi le frère volé, t.1 : (1986-1994)

Riad Sattouf continue a retourner en enfance, celle de son frère, enlevé par son père, direction Syrie.

Moi, Fadi le frère volé, t.1 : (1986-1994) de Riad Sattouf
Si l’impression de déjà vu est assez forte, limite lassante, son talent de conteur réussit toutefois à toucher juste.
Bienvenue en Syrie et oublie ta maman ! Arrête de pleurer et tiens, prends un bonbon

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je m'appelle Fadi Saltouf, et mon premier souvenir se passe dans le jardin de ma grand-mère au cap Fréhel, en Bretagne. Je dois avoir à peu près 2 ans et j'ai l'impression d'être la lumière qui éclaire le monde !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Ah, c'est ainsi ?
Eh bien, je pars vivre en Syrie, avec mon papa.
Car c'est ce que font les fils, ils suivent leur père. »

Riad Sattouf revient avec une nouvelle série de bandes dessinées, qui replonge le lecteur dans l’univers de sa série à succès L’Arabe du futur.
Ce nouveau projet repose sur les histoires que Riad Sattouf a recueillies en 2011 et 2012 auprès de son frère Fadi Sattouf.
Dans ce récit, c’est Fadi le narrateur : il retrace son parcours hallucinant, de son enfance heureuse en Bretagne auprès de sa mère adorée et de ses grands frères, Riad et Yahya, jusqu’à la Syrie de son père, rude et inconnue pour lui...