Défoncé

Ça tire dans tous les sens, tout le monde se défonce et ça baise pas mal aussi. Il y a des morts par paquets et la police est débordée.

Il n'y eut pas de lumière blanche au bout du tunnel, ni d'embrassades chaleureuses avec ses lointains ancêtres, ou de vol spectral au-dessus des médecins qui s'activaient pour raccommoder son corps endommagé. En matière d'expérience de mort imminente, celle de Miro fut plutôt décevante.
Mais ce ne fut pas non plus une partie de plaisir. Il faillit y rester plus d'une fois : sa pression sanguine chuta et les médecins se mirent à hurler une suite de codes désignant solutions, médicaments et autres merveilles médicales toujours suivies du mot « stat ». Puis ils choquèrent son cœur avec des défibrillateurs. Persuadés d'être dans une série télé, les jeunes médecins frottaient leurs palettes en hurlant : « clear ! ». Ça leur donnait sans doute l'impression d'être des superhéros.
Défoncé de Mark Haskell Smith, traduction de Julien Guérif
Et en plus, c’est bien drôle et même un poil irrévérencieux !

Un cocktail plus que sympa pour s’envoler dans les vapeurs d’une herbe de qualité… Attention ! Pas n’importe quelle daube : de l’Elephant Crush, gagnant de la Cannabis Cup !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une balle peut vraiment foutre votre journée en l'air.
Il sortit de sa maison et pénétra dans le halo de chaleur incandescente. La balle fusa du canon d'un pistolet, jaillit par la vitre ouverte d'un SUV, brûla un trou noir aux contours parfaits dans sa veste (celle qu'il avait achetée dans la friperie de Sunset Boulevard, avec le mot Tigers en lettres orange éclatantes), puis déchiqueta sa chair et enfonça des particules de T-shirt dans sa poitrine.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Miro Basinas, passionné de botanique, cultive ses plants avec amour. Il ne s'agit ni de fleurs ni de fruits et légumes, mais de marijuana.

Comme c'est un artisan doué et consciencieux, il remporta la prestigieuse Cannabis Cup d'Amsterdam, une véritable consécration qui doit lui ouvrir les portes de la gloire. Dès lors, tout ce que l'univers compte de plus défoncé se met en quête de son produit.

Gangsters, mormons, belle Portugaise enceinte, hommes d'affaires douteux : toux n'ont plus d'yeux que pour Miro. Et biens sûr, les ennuis commencent...

L’inconnue du quai de Javel

Lire du Jaenada, c’est accepter de se faire balader par un drôle de conteur (vraiment très drôle), mais qui a quand même le gros défaut de ne savoir faire court. Et, me semble-t-il, ne cesse, publication après publications, de se singer et de grossir (ça se paye sous la douche des hôtels miteux) ses propres excès. Génial biographe, éplucheur de fonds d’archives et baroudeur des lieux de crimes, il préfère par dessus tout raconter par le menu (oui, il mange pas mal !) toutes ses pérégrinations, en oubliant jusqu’au pourquoi de sa démarche (j’exagère, certes, car ce conteur merveilleux n’a de pareil pour retomber sur ses pattes).

Je me rappelle qu'en lisant Maigret à l'école (1954), il y a quelques années, j'avais été jaloux de mon ami le commissaire, qui part enquêter sur un meurtre à Saint-André-sur-Mer (ça n'existe pas, c'est « quelque part dans les Charentes », au nord-ouest de La Rochelle), sans raison valable, sur une impulsion, simplement parce qu'il a un bon souvenir de vin blanc sec et d'huîtres au bord de l'océan, il accepte de suivre l'instituteur qui est venu le chercher pour qu'il s'occupe de l'affaire. Il ne peut résister à l'envie de blanc frais et iodé, à l'idée du plaisir, il prend le train. La chance, je m'étais dit.
L’inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada
Et ici, de plus, il s’adjoint le commissaire Maigret comme grand sage et consultant pour son enquête. Note personnelle : j’avais lu tous les Maigret il y a trois ou quatre ans, c’était bien sympa de le retrouver ici !

L’inconnue du quai de Javel s’appelle Louise Cansot, son meurtrier ne fut jamais inquiété, Philippe s’empare du cold case et part à la chasse de l’assassin

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une blanquette. Voilà ce qui me ferait plaisir à midi, aujourd'hui, 7 septembre (d'habitude, je ne déjeune pas en plus il fait chaud, trop chaud pour septembre et trop chaud pour une blanquette - mais j'ai faim, je me suis levé tôt), près du pont Mirabeau, une bonne blanquette de veau, avec du riz, de la sauce, des oignons, des carottes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, manifestement rhabillée à la hâte puis déposée là par son assassin. Elle est identifiée le lendemain : c’est Louise Cansot, le modèle le plus demandé par les peintres de Montparnasse. Rapidement, quatre suspects se détachent, évidents, presque des archétypes. On dirait le début d’un roman de Simenon, mais l’inspecteur-chef Ferrière n’a pas le talent de Maigret, et doit se résoudre à classer l’affaire au bout de six mois, sans avoir arrêté personne.

Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada reprend l’enquête à partir du dossier retrouvé puis, comme à son habitude, sollicite ses contacts aux archives, exhume tous les documents, arpente tous les lieux – remonte le temps.

Pour ce livre, il a lu les soixante-quinze enquêtes de Maigret, s’inspirant humblement et fidèlement des méthodes du commissaire fictif. Et il va résoudre ce meurtre bien réel, laissant le lecteur subjugué par la dextérité de son investigation et fasciné par cette jeune femme à laquelle il redonne un visage et une histoire.

Les dés

Ziya, jeune Tcherkesse à Istambul doit venger la mort de son frère en tuant son assassin. Mieux vaut mourir que perdre son honneur.

 ─ Sois le bienvenu mon garçon, entre, je t'en prie.
À peine installé, Ziya déclara :
 ─ Je vais tuer le Mat, seulement je ne sais pas comment entrer dans le tribunal.
Comme tous les Tcherkesses, l'officier à la retraite souhaitait voir le Mat mort et son peuple vengé, cependant il doutait fort que ce gamin qui frappait à sa porte au petit matin fût l'homme de la situation.
 ─ Tu en es bien sûr ? lui demanda-t-il.
 ─ Certain.
 ─ Et la suite, tu y as pensé ? C'est ta peau que tu risques.
 ─ Ma peau n'a aucune importance.
L'homme observait attentivement Ziya, qui le dévisageait en retour. L'œil expert du vieil homme reconnut tout de suite que le garçon était déterminé et que sa vie lui était indifférente. Cette indifférence lui donnait une volonté immense, une force effrayante et barbare, son regard ne trompait pas.
Les dés de Ahmet Altan, traduction de Julien Lapeyre de Cabanes
Avec les dés, Ahmet Altan observe la construction d’un jeune homme qui place son honneur au dessus de toutes autres valeurs. Son statut d’homme est en jeu.

Un garçon touchant emporté par des règles qui le dépassent et desquelles il ne lui sera pas possible de sortir.

Une histoire émouvante alors qu’elle déborde violence

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La formation d'une âme comme celle de Ziya, né au monde avec sa part de ténèbres, nécessitait une personnalité qui sorte de l'ordinaire, une admiration dont la violence et le sang traçaient les contours, et des coups durs.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ziya n'a que seize ans lorsqu'il est introduit en secret dans un recoin du tribunal où doit être entendu l'assassin de son frère aîné. Tireur d'exception, ce jeune Tcherkesse abat son ennemi d'une seule balle en pleine audience et gagne par ce geste l'admiration de tous.
Après une année d'incarcération dans une prison ou il découvre le jeu de dés, on l'envoie dans la campagne par-delà les frontières, non loin d'Alexandrie. Là, il rencontre une jeune fille, apprécie sa compagnie sans pour autant comprendre le sentiment qui soudain le trouble d'une étrange manière. De retour en Turquie, il n'oubliera jamais Nora.
Très présent dans les nuits d'Istanbul, il joue beaucoup, aime peu mais celles qui l'approchent sont frappées par son regard inquiétant.
Alors qu'une action d'éclat lui est proposée - il s'agit cette fois de tuer en pleine rue le grand vizir -, Ziya prend les rênes de l'opération. La lumière, toujours la lumière...

Après son inoubliable Madame Hayat, Ahmet Altan explore dans ce roman le caractère ambigu d'un homme qui tout enfant apprend à refouler ses émotions. Pragmatique, avide de justice, réactionnaire, ce personnage insondable incarne l'engagement absolu de ceux qui sont prêts à tout pour défendre les leurs.

La mort de Belle

Écrasé par la suspicion qui pèse sur ses épaules, un homme glisse peu à peu et finit par perdre pied.

Sa serviette sous le bras, il franchit la porte vitrée et marcha vers sa classe en regardant droit devant lui. C'était encore des élèves qu'il avait le plus peur, peut-être parce qu'il se souvenait du regard de Bruce. Il sentait qu'ils n'osaient pas l'observer ouvertement, qu'ils le laissaient passer en ayant l'air de continuer leurs conversations. Ils n'en étaient pas moins impressionnés, et plusieurs devaient avoir la gorge serrée.
Car il n'y avait pas de preuve formelle qu'il fût innocent. A moins qu'on découvre le meurtrier et que celui-ci avoue, il n'existerait jamais de certitude absolue. Et, même alors, il se trouverait des gens pour douter. Ne douterait-on pas de lui, il lui semblait qu'il en garderait quand même comme une souillure.
La mort de Belle de Georges Simenon
Simenon ausculte une petite ville et les effets de groupe qui l’agitent suite à un crime. Le besoin d’un coupable, d’une tête de turc.Comme si elle avait peur qu'il oublie ses jambes, miss Moeller tirait sur sa jupe.
 ─ Asseyez-vous, Mr Ashby...
Christine, comme troublée, restait debout près de la porte de la cuisine.
Pourquoi Bill Ryan cessait-il de l'appeler par son prénom ?Un livre qui suit un homme innocent qui finit par ne plus même croire en lui

Adapté au cinéma par Edouard Molinaro en 1961
Adapté au cinéma par Edouard Molinaro en 1961
Tous les romans durs de Simenon
76. La mort de Belle
75. Marie qui louche 77. Antoine et Julie
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il arrive qu'un homme, chez lui, aille et vienne, fasse les gestes familiers, les gestes de tous les jours, les traits détendus pour lui seul, et que, levant soudain les yeux, il s'aperçoive que les rideaux n'ont pas été tirés et que des gens l'observent du dehors.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L'existence de Spencer Ashby, paisible professeur dans une bourgade de la région new-yorkaise, s'écroule un beau matin lorsqu'on découvre chez lui le cadavre de Belle, la fille d'une amie de sa femme, leur invitée pour quelque temps. Il est le principal suspect... Cet homme naïf, timide, quelque peu complexé, va connaître l'humiliation des interrogatoires policiers, l'ostracisme de ses collègues et l'hostilité de la petite ville. Lorsqu'il apprend qu'aucune charge n'est retenue contre lui, il se croit tiré d'affaires. C'est à ce moment-là pourtant que sa vie va basculer dans la tragédie. Comment un individu peut être profondément traumatisé, au point de devenir le meurtrier qu'on l'a accusé d'être : c'est ce que nous relate, dans l'univers étroit et mesquin de la petite ville, le romancier de Lettre à mon juge et du Petit Homme d'Arkhangelsk.

La neige était sale

La neige était sale m’a semblé être curieux roman dur. Comme si Simenon, en cours d’écriture avait décidé d’en faire une autre histoire.

Frank n'a pas peur. Il ne s'agit pas de peur. C'est infiniment plus subtil. C'est un jeu qu'il a inventé, comme, enfant, il inventait des jeux qu'il était seul à comprendre. Cela se passait le plus souvent le matin, dans son lit, pendant que Mme Porse préparait le petit déjeuner, et, de préférence, quand il y avait du soleil. Les yeux fermés, il pensait, par exemple :
 - Mouche !
Puis il écartait à moitié les paupières, en ne regardant qu'une portion déterminée de la tapisserie. S'il y avait une mouche, il avait gagné. Maintenant, il aurait pu dire :
- Destin !
La neige était sale de Georges Simenon
Dans ce livre en deux parties, on suit d’abord un odieux petit malfrat vivant dans une maison close tenue par sa mère durant l’occupation. Puis, l’histoire bascule avec son arrestation pour un interminable interrogatoire musclé dans une école.

Roman sur l’occupation, les maison closes, les profiteurs de guerre, les interrogatoires et la torture ? Ou plutôt celui d’un jeune homme sans repère qui finit par se comprendre (trop tard ?). Difficile à dire tant ce roman multifacettes peut désorienter par le soin que porte Simenon à ne pas écrire ce qu’il raconte

Adapté au cinéma en 1953 par Luis Saslavsky
Tous les romans durs de Simenon
63. La neige était sale
62. La jument perdue 64. Pedigree
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Sans un événement fortuit, le geste de Frank Friedmaier, cette nuit-là, n'aurait eu qu'une importance relative. Frank, évidemment, n'avait pas prévu que son voisin Gerhardt Holst passerait dans la rue. Or le fait que Holst était passé et l'avait reconnu changeait tout. Mais cela aussi, et tout ce qui devait s'ensuivre, Frank l'accepta.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Frank aurait pu être un héros. S'il est devenu cet être abject, c'est qu'on ne lui a rien appris que l'argent facile.
Le lecteur attentif ne s'y trompera pas, pourtant: Frank ne tient pas à l'argent. II tient à prouver aux autres, et à se prouver à lui-même, qu'il n'a peur de rien, que rien ne saurait le faire reculer. Et c'est parce qu'il se voulait invulnérable et qu'il s'est senti touché par l'amour, c'est pour se punir d'une faiblesse et non point par sadisme qu'il inflige à celle qu'il aime et à son propre cœur le plus cruel, le plus humiliant des supplices.
Peut-être les autres ne s'en sont-ils pas avisés, celle qu'il aime ne s'y trompe pas...

Les rescapés du Télémaque

Une histoire de marins, de codes d’honneur, de frères et d’une sale histoire du temps de leurs parents. Mais avec un mort.

Elle disait ces choses sans hausser la voix, tout naturellement.
 - Je suis allée à son enterrement pour m'assurer qu'il était bien mort. Auparavant, ils étaient quatre. Le quatrième a rejoint les autres et maintenant mon Canut va pouvoir entrer en Paradis...
La bouilloire, sur le feu, crachait de la vapeur. La soupe mijotait sur le coin du fourneau. La maison des Canut était sans une tache de boue, sans un grain de poussière et, dans le salon vide du rez-de-chaussée, trônait un portrait agrandi représentant un homme de vingt-quatre ans, en tenue de marin, qui, la moustache à part, ressemblait à la fois à Pierre et à Charles, mais davantage à Charles qu'à Pierre.
... Pierre qui allait dormir en prison...
Les rescapés du Télémaque de Georges Simenon
Un roman dur plutôt polar avec un des deux frères qui enquête pour tenter d’innocenter l’autre. L’occasion de soulever le voile sur un drame passé.

Un roman à l’ancienne qui se lit facilement sans pour autant marquer par la finesse de ses portraits ou la profondeur de son intrigue

Adapté pour la télévision britanique en 1966 par Rudolph Cartier dans la série Thirteen Against Fate, épisode 9 The Survivors
Tous les romans durs de Simenon
28. Les rescapés du Télémaque
27. Monsieur la Souris 29. Les sœurs Lacroix
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les mêmes causes produisent les mêmes effets et l'arrivée d'un bateau dans un port est précédée d'un certain nombre d'allées et venues invariables, le bateau fût-il, comme dans le cas présent, un chalutier de Fécamp armé à la pêche au hareng.
Cela ne vaudrait donc pas la peine d'en parler si un détail, cette fois, n'avait été différent.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À peine le Centaure, chalutier de Fécamp, est-il arrivé au port que son capitaine, Pierre Canut, est arrêté. Il aurait tué, dix jours plus tôt, juste avant de prendre la mer, un vieil homme retrouvé à son domicile la gorge tranchée. Ce serait une vengeance. La victime, rescapée vingt ans plus tôt des suites d'un naufrage au large du Brésil, aurait été sur la même barque de fortune que le père de Pierre Canut. Les secouristes avaient retrouvé ce dernier mort avec le poignet entaillé par ses camarades qui avaient commencé à le manger...

Chez Krull

Comme il est paradoxal de trouver dans ce livre une phrase aux forts relents antisémites alors que Simenon décrit ici si bien (en 1939 !) les mécanismes d’exclusion et de rejet de l’autre et de l’étranger (en l’occurrence des allemands).

On ne pouvait pas pleurer, personne ! On était sous pression ! On ouvrait la bouche pour dire quelque chose et on ne prononçait pas un mot ! Que se passait-il là-haut ? Pourquoi le silence absolu ? Un silence à n'en plus finir ! 
Un charretier entrait, son fouet sur l'épaule, lançait familièrement :
- Sers-moi un petit marc.
Anna le servit, remplit trop le verre et eut la présence d'esprit de saisir un chiffon pour essuyer le comptoir.
Chez Krull de Georges Simenon
Simenon qui démontre si bien la bêtise (méchante et gratuite) des mouvements de foule et de rejet de l’autre se prendrait-il lui même les pieds dans le tapis.

A bien y regarder, la tirade antisémite est prononcée par Hans, le cynique profiteur des Krull, celui par qui le malheur arrive. Alors, cela reste difficile à lire (et je ne le retranscris pas ici), mais à nouveau, Simenon raconte son époque, sans fards. L’homme, moche qu’il est.

Et la seconde guerre mondiale éclate la même année

Adapté par Jacques Fansten en 1988 sous le titre Le mouchoir de Joseph
Tous les romans durs de Simenon
35. Chez Krull
34. Le bourgmestre de Furnes 36. Le Coup de Vague
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
De la maison Krull, de la famille Krull, ce que Hans ─ qui était un Krull aussi, mais un pur, un Krull d'Allemagne ─ découvrit en premier lieu, avant même d'être descendu de taxi, ce fut une réclame en papier transparent collée sur la porte vitrée de la boutique.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Allemands installés en France depuis plusieurs années, les Krull tiennent une épicerie où les mariniers du canal voisin viennent boire un coup le soir, après le travail. Mais un jour, le corps d'une jeune fille est retrouvé dans le canal. Elle a été violée et étranglée. Or c'est Hans Krull, un cousin arrivé depuis peu, qui l'a découvert. Bientôt de vieilles rancunes refont surface, les accusations se précisent, les langues se délient... Ces Krull, ce sont des étrangers, non ?

La vie secrète des écrivains

Voilà une adaptation fort réussie d’un roman (que je n’ai pas lu, mais qui m’a quand même donné l’envie de lire une fois un Guillaume Musso)

La vie secrète des écrivains de Miles Hyman, d’après le roman de Guillaume Musso
J’avais découvert Miles Hyman avec sa sublime adaptation de La loterie de Shirley Jackson et là encore, le trait est magnifique (bien que fort statique) et l’atmosphère colle parfaitement au sujet.Une histoire d’écrivain reclus et de meurtres non élucidés

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
On appelle cela l'effet Streisand : plus vous cherchez à cacher quelque chose, plus vous attirez la curiosité sur ce que vous souhaitez dissimuler.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Tout le monde a trois vies : une vie privée, une vie publique et une vie secrète... »
Gabriel García Márquez

Après avoir publié trois romans devenus cultes, le célèbre écrivain Nathan Fawles annonce qu’il arrête d’écrire et se retire à Beaumont, une île sauvage et sublime au large des côtes de la Méditerranée.

Vingt ans après, alors que ses romans continuent de captiver les lecteurs, Mathilde Monney, une jeune journaliste, débarque sur l’île, bien décidée à percer son secret. Commence entre eux un dangereux face-à-face, où se heurtent vérités et mensonges, où se frôlent l’amour et la peur...

Une lecture inoubliable, un fascinant roman de Guillaume Musso magistralement adapté par Miles Hyman.

L’homme au petit chien

Ce roman dur fait partie des confessions. Un homme, sentant la fin venir raconte sa vie, pourquoi, aujourd’hui, il en est arrivé là.

Je pue le marc. J'ai l'impression de le suer par tous les pores. Ma bouche est pâteuse, ma main lourde, ma tête pleine de pensées troubles. Je suis ivre. Un vieil homme malade et ivre en train d'écrire sous une lucarne qui laisse parfois tomber une grosse goutte d'eau froide. Je me fous de mon chien, je me fous de tout le monde, je me fous de Mme Annelet, d'Anne-Marie, des enfants, de Monique. Parfaitement ! Je me fous de Monique !
L’homme au petit chien de Georges Simenon
Comme bien souvent, on retrouve la sensation que Simenon s’y dévoile, coincé entre ses peurs, ses fiertés et ses fausses modesties. Que ce soit en clair ou en miroir.

Cette fois-ci, un homme rongé par la jalousie. Et peut-être pire encore, l’envie. L’humiliation de ne pas avoir « été ». Juste avoir traversé la vie, piteusement

L’homme au petit chien, adaptation de François Boyer et Jean-Marie Degèsves avec Gilles Ségal
Tous les romans durs de Simenon
103. L’homme au petit chien
102. La chambre bleue 104. Le petit saint
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Est-ce que l'incident de dimanche a l'importance que je suis tenté de lui attribuer ? On ne peut même pas, sans exagération, parler d'incident. Une rencontre fortuite, dans la rue.
Un couple inconnu dans la foule parisienne.
Un échange de regards.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pour les gens de son quartier, M. Félix est un célibataire de cinquante ans, à l'air prématurément vieilli, le plus tranquille des hommes. Pour d'autres, qui le voient passer à heure fixe en compagnie d'un drôle de caniche, il est l'homme au petit chien...

L’aîné des Ferchaux

Très librement inspirée par la réussite et la fortune des frères Tréchot, colons français au Congo, Simenon raconte la fin de vie peu glorieuse de Dieudonné Ferchaux, poursuivi par la justice française pour le meurtre de trois guides indigènes à la dynamite. Une fuite en Amérique du Sud racontée par son secrétaire, Michel Maudet.

Impossible de tirer un coup de revolver sans alerter les Vuolto qui couchaient à l'étage en dessous.
Le poison aurait été le plus facile, mais Maudet n'y connaissait rien. Si le vieux allait råler et souffrir pendant des heures ? Et où se procurer du poison sans donner l'éveil ou sans risquer, après coup, d'être identifié ?
Non, il n'y avait pas à y échapper, il le savait: il fallait tuer salement, avec ses mains, avec un objet quelconque, un couteau ou un marteau.
Et c'était cela, c'était la pensée du geste à faire qui mettait à tout moment son organisme en déroute.
Or, personne ne s'en aperçut. Vingt fois, cinquante fois il fut tenté de boire, et chaque fois il résista, se contenta d'avaler un peu d'eau pour humecter sa gorge sèche.
Comme par hasard, le vieux dicta jusqu'à midi passé. Parfois, tandis qu'il fermait les yeux pour fouiller dans sa mémoire, Michel laissait tomber sur lui un froid regard par lequel il semblait le mesurer.
Et c'était presque cela, en effet, car Michel pensait aux trois nègres et à la cartouche de dynamite.
L’aîné des Ferchaux de Georges Simenon
Un roman glauque et sale, misérable. Deux hommes liés par un pacte tacite qui se délite inexorablement pour ne laisser que rancune et haine larvée dans une interdépendance malsaine

Adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel, Stefania Sandrelli et Michèle Mercier
Tous les romans durs de Simenon
50. L’aîné des Ferchaux
49. Le rapport du gendarme 51. La fenêtre des Rouet
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le train s'ébranlait d'une secousse brutale et Maudet, interrompu dans sa course, était collé, l'espace d'une seconde, contre la cloison du couloir, près de l'accordéon noir d'un soufflet. Alors, la viscosité de cette cloison, qui semblait suer gras et froid par une nuit pluvieuse d'octobre, lui entra dans les doigts, dans la peau, dans la mémoire; elle devait à tout jamais s'associer pour lui à la notion de train de nuit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dieudonné Ferchaux, vieil homme tyrannique, engage comme secrétaire Michel Maudet, un garçon famélique et avide de vivre. Entre les deux hommes se tissent des liens étroits et ambigus où se mêlent haine et admiration. Traqués par la police, ils fuient à travers l'Amérique du Sud...