Les dés

Ziya, jeune Tcherkesse à Istambul doit venger la mort de son frère en tuant son assassin. Mieux vaut mourir que perdre son honneur.

 - Sois le bienvenu mon garçon, entre, je t'en prie.
À peine installé, Ziya déclara :
 - Je vais tuer le Mat, seulement je ne sais pas comment entrer dans le tribunal.
Comme tous les Tcherkesses, l'officier à la retraite souhaitait voir le Mat mort et son peuple vengé, cependant il doutait fort que ce gamin qui frappait à sa porte au petit matin fût l'homme de la situation.
 - Tu en es bien sûr ? lui demanda-t-il.
 - Certain.
 - Et la suite, tu y as pensé ? C'est ta peau que tu risques.
 - Ma peau n'a aucune importance.
L'homme observait attentivement Ziya, qui le dévisageait en retour. L'œil expert du vieil homme reconnut tout de suite que le garçon était déterminé et que sa vie lui était indifférente. Cette indifférence lui donnait une volonté immense, une force effrayante et barbare, son regard ne trompait pas.
Les dés de Ahmet Altan, traduction de Julien Lapeyre de Cabanes
Avec les dés, Ahmet Altan observe la construction d’un jeune homme qui place son honneur au dessus de toutes autres valeurs. Son statut d’homme est en jeu.

Un garçon touchant emporté par des règles qui le dépassent et desquelles il ne lui sera pas possible de sortir.

Une histoire émouvante alors qu’elle déborde violence

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La formation d'une âme comme celle de Ziya, né au monde avec sa part de ténèbres, nécessitait une personnalité qui sorte de l'ordinaire, une admiration dont la violence et le sang traçaient les contours, et des coups durs.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ziya n'a que seize ans lorsqu'il est introduit en secret dans un recoin du tribunal où doit être entendu l'assassin de son frère aîné. Tireur d'exception, ce jeune Tcherkesse abat son ennemi d'une seule balle en pleine audience et gagne par ce geste l'admiration de tous.
Après une année d'incarcération dans une prison ou il découvre le jeu de dés, on l'envoie dans la campagne par-delà les frontières, non loin d'Alexandrie. Là, il rencontre une jeune fille, apprécie sa compagnie sans pour autant comprendre le sentiment qui soudain le trouble d'une étrange manière. De retour en Turquie, il n'oubliera jamais Nora.
Très présent dans les nuits d'Istanbul, il joue beaucoup, aime peu mais celles qui l'approchent sont frappées par son regard inquiétant.
Alors qu'une action d'éclat lui est proposée - il s'agit cette fois de tuer en pleine rue le grand vizir -, Ziya prend les rênes de l'opération. La lumière, toujours la lumière...

Après son inoubliable Madame Hayat, Ahmet Altan explore dans ce roman le caractère ambigu d'un homme qui tout enfant apprend à refouler ses émotions. Pragmatique, avide de justice, réactionnaire, ce personnage insondable incarne l'engagement absolu de ceux qui sont prêts à tout pour défendre les leurs.

La mort de Belle

Écrasé par la suspicion qui pèse sur ses épaules, un homme glisse peu à peu et finit par perdre pied.

Sa serviette sous le bras, il franchit la porte vitrée et marcha vers sa classe en regardant droit devant lui. C'était encore des élèves qu'il avait le plus peur, peut-être parce qu'il se souvenait du regard de Bruce. Il sentait qu'ils n'osaient pas l'observer ouvertement, qu'ils le laissaient passer en ayant l'air de continuer leurs conversations. Ils n'en étaient pas moins impressionnés, et plusieurs devaient avoir la gorge serrée.
Car il n'y avait pas de preuve formelle qu'il fût innocent. A moins qu'on découvre le meurtrier et que celui-ci avoue, il n'existerait jamais de certitude absolue. Et, même alors, il se trouverait des gens pour douter. Ne douterait-on pas de lui, il lui semblait qu'il en garderait quand même comme une souillure.
La mort de Belle de Georges Simenon
Simenon ausculte une petite ville et les effets de groupe qui l’agitent suite à un crime. Le besoin d’un coupable, d’une tête de turc.Comme si elle avait peur qu'il oublie ses jambes, miss Moeller tirait sur sa jupe.
 ─ Asseyez-vous, Mr Ashby...
Christine, comme troublée, restait debout près de la porte de la cuisine.
Pourquoi Bill Ryan cessait-il de l'appeler par son prénom ?Un livre qui suit un homme innocent qui finit par ne plus même croire en lui

Adapté au cinéma par Edouard Molinaro en 1961
Adapté au cinéma par Edouard Molinaro en 1961
Tous les romans durs de Simenon
76. La mort de Belle
75. Marie qui louche 77. Antoine et Julie
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il arrive qu'un homme, chez lui, aille et vienne, fasse les gestes familiers, les gestes de tous les jours, les traits détendus pour lui seul, et que, levant soudain les yeux, il s'aperçoive que les rideaux n'ont pas été tirés et que des gens l'observent du dehors.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L'existence de Spencer Ashby, paisible professeur dans une bourgade de la région new-yorkaise, s'écroule un beau matin lorsqu'on découvre chez lui le cadavre de Belle, la fille d'une amie de sa femme, leur invitée pour quelque temps. Il est le principal suspect... Cet homme naïf, timide, quelque peu complexé, va connaître l'humiliation des interrogatoires policiers, l'ostracisme de ses collègues et l'hostilité de la petite ville. Lorsqu'il apprend qu'aucune charge n'est retenue contre lui, il se croit tiré d'affaires. C'est à ce moment-là pourtant que sa vie va basculer dans la tragédie. Comment un individu peut être profondément traumatisé, au point de devenir le meurtrier qu'on l'a accusé d'être : c'est ce que nous relate, dans l'univers étroit et mesquin de la petite ville, le romancier de Lettre à mon juge et du Petit Homme d'Arkhangelsk.

La neige était sale

La neige était sale m’a semblé être curieux roman dur. Comme si Simenon, en cours d’écriture avait décidé d’en faire une autre histoire.

Frank n'a pas peur. Il ne s'agit pas de peur. C'est infiniment plus subtil. C'est un jeu qu'il a inventé, comme, enfant, il inventait des jeux qu'il était seul à comprendre. Cela se passait le plus souvent le matin, dans son lit, pendant que Mme Porse préparait le petit déjeuner, et, de préférence, quand il y avait du soleil. Les yeux fermés, il pensait, par exemple :
 - Mouche !
Puis il écartait à moitié les paupières, en ne regardant qu'une portion déterminée de la tapisserie. S'il y avait une mouche, il avait gagné. Maintenant, il aurait pu dire :
- Destin !
La neige était sale de Georges Simenon
Dans ce livre en deux parties, on suit d’abord un odieux petit malfrat vivant dans une maison close tenue par sa mère durant l’occupation. Puis, l’histoire bascule avec son arrestation pour un interminable interrogatoire musclé dans une école.

Roman sur l’occupation, les maison closes, les profiteurs de guerre, les interrogatoires et la torture ? Ou plutôt celui d’un jeune homme sans repère qui finit par se comprendre (trop tard ?). Difficile à dire tant ce roman multifacettes peut désorienter par le soin que porte Simenon à ne pas écrire ce qu’il raconte

Adapté au cinéma en 1953 par Luis Saslavsky
Tous les romans durs de Simenon
63. La neige était sale
62. La jument perdue 64. Pedigree
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Sans un événement fortuit, le geste de Frank Friedmaier, cette nuit-là, n'aurait eu qu'une importance relative. Frank, évidemment, n'avait pas prévu que son voisin Gerhardt Holst passerait dans la rue. Or le fait que Holst était passé et l'avait reconnu changeait tout. Mais cela aussi, et tout ce qui devait s'ensuivre, Frank l'accepta.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Frank aurait pu être un héros. S'il est devenu cet être abject, c'est qu'on ne lui a rien appris que l'argent facile.
Le lecteur attentif ne s'y trompera pas, pourtant: Frank ne tient pas à l'argent. II tient à prouver aux autres, et à se prouver à lui-même, qu'il n'a peur de rien, que rien ne saurait le faire reculer. Et c'est parce qu'il se voulait invulnérable et qu'il s'est senti touché par l'amour, c'est pour se punir d'une faiblesse et non point par sadisme qu'il inflige à celle qu'il aime et à son propre cœur le plus cruel, le plus humiliant des supplices.
Peut-être les autres ne s'en sont-ils pas avisés, celle qu'il aime ne s'y trompe pas...

Les rescapés du Télémaque

Une histoire de marins, de codes d’honneur, de frères et d’une sale histoire du temps de leurs parents. Mais avec un mort.

Elle disait ces choses sans hausser la voix, tout naturellement.
 - Je suis allée à son enterrement pour m'assurer qu'il était bien mort. Auparavant, ils étaient quatre. Le quatrième a rejoint les autres et maintenant mon Canut va pouvoir entrer en Paradis...
La bouilloire, sur le feu, crachait de la vapeur. La soupe mijotait sur le coin du fourneau. La maison des Canut était sans une tache de boue, sans un grain de poussière et, dans le salon vide du rez-de-chaussée, trônait un portrait agrandi représentant un homme de vingt-quatre ans, en tenue de marin, qui, la moustache à part, ressemblait à la fois à Pierre et à Charles, mais davantage à Charles qu'à Pierre.
... Pierre qui allait dormir en prison...
Les rescapés du Télémaque de Georges Simenon
Un roman dur plutôt polar avec un des deux frères qui enquête pour tenter d’innocenter l’autre. L’occasion de soulever le voile sur un drame passé.

Un roman à l’ancienne qui se lit facilement sans pour autant marquer par la finesse de ses portraits ou la profondeur de son intrigue

Adapté pour la télévision britanique en 1966 par Rudolph Cartier dans la série Thirteen Against Fate, épisode 9 The Survivors
Tous les romans durs de Simenon
28. Les rescapés du Télémaque
27. Monsieur la Souris 29. Les sœurs Lacroix
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les mêmes causes produisent les mêmes effets et l'arrivée d'un bateau dans un port est précédée d'un certain nombre d'allées et venues invariables, le bateau fût-il, comme dans le cas présent, un chalutier de Fécamp armé à la pêche au hareng.
Cela ne vaudrait donc pas la peine d'en parler si un détail, cette fois, n'avait été différent.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À peine le Centaure, chalutier de Fécamp, est-il arrivé au port que son capitaine, Pierre Canut, est arrêté. Il aurait tué, dix jours plus tôt, juste avant de prendre la mer, un vieil homme retrouvé à son domicile la gorge tranchée. Ce serait une vengeance. La victime, rescapée vingt ans plus tôt des suites d'un naufrage au large du Brésil, aurait été sur la même barque de fortune que le père de Pierre Canut. Les secouristes avaient retrouvé ce dernier mort avec le poignet entaillé par ses camarades qui avaient commencé à le manger...

Chez Krull

Comme il est paradoxal de trouver dans ce livre une phrase aux forts relents antisémites alors que Simenon décrit ici si bien (en 1939 !) les mécanismes d’exclusion et de rejet de l’autre et de l’étranger (en l’occurrence des allemands).

On ne pouvait pas pleurer, personne ! On était sous pression ! On ouvrait la bouche pour dire quelque chose et on ne prononçait pas un mot ! Que se passait-il là-haut ? Pourquoi le silence absolu ? Un silence à n'en plus finir ! 
Un charretier entrait, son fouet sur l'épaule, lançait familièrement :
- Sers-moi un petit marc.
Anna le servit, remplit trop le verre et eut la présence d'esprit de saisir un chiffon pour essuyer le comptoir.
Chez Krull de Georges Simenon
Simenon qui démontre si bien la bêtise (méchante et gratuite) des mouvements de foule et de rejet de l’autre se prendrait-il lui même les pieds dans le tapis.

A bien y regarder, la tirade antisémite est prononcée par Hans, le cynique profiteur des Krull, celui par qui le malheur arrive. Alors, cela reste difficile à lire (et je ne le retranscris pas ici), mais à nouveau, Simenon raconte son époque, sans fards. L’homme, moche qu’il est.

Et la seconde guerre mondiale éclate la même année

Adapté par Jacques Fansten en 1988 sous le titre Le mouchoir de Joseph
Tous les romans durs de Simenon
35. Chez Krull
34. Le bourgmestre de Furnes 36. Le Coup de Vague
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
De la maison Krull, de la famille Krull, ce que Hans ─ qui était un Krull aussi, mais un pur, un Krull d'Allemagne ─ découvrit en premier lieu, avant même d'être descendu de taxi, ce fut une réclame en papier transparent collée sur la porte vitrée de la boutique.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Allemands installés en France depuis plusieurs années, les Krull tiennent une épicerie où les mariniers du canal voisin viennent boire un coup le soir, après le travail. Mais un jour, le corps d'une jeune fille est retrouvé dans le canal. Elle a été violée et étranglée. Or c'est Hans Krull, un cousin arrivé depuis peu, qui l'a découvert. Bientôt de vieilles rancunes refont surface, les accusations se précisent, les langues se délient... Ces Krull, ce sont des étrangers, non ?

La vie secrète des écrivains

Voilà une adaptation fort réussie d’un roman (que je n’ai pas lu, mais qui m’a quand même donné l’envie de lire une fois un Guillaume Musso)

La vie secrète des écrivains de Miles Hyman, d’après le roman de Guillaume Musso
J’avais découvert Miles Hyman avec sa sublime adaptation de La loterie de Shirley Jackson et là encore, le trait est magnifique (bien que fort statique) et l’atmosphère colle parfaitement au sujet.Une histoire d’écrivain reclus et de meurtres non élucidés

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
On appelle cela l'effet Streisand : plus vous cherchez à cacher quelque chose, plus vous attirez la curiosité sur ce que vous souhaitez dissimuler.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Tout le monde a trois vies : une vie privée, une vie publique et une vie secrète... »
Gabriel García Márquez

Après avoir publié trois romans devenus cultes, le célèbre écrivain Nathan Fawles annonce qu’il arrête d’écrire et se retire à Beaumont, une île sauvage et sublime au large des côtes de la Méditerranée.

Vingt ans après, alors que ses romans continuent de captiver les lecteurs, Mathilde Monney, une jeune journaliste, débarque sur l’île, bien décidée à percer son secret. Commence entre eux un dangereux face-à-face, où se heurtent vérités et mensonges, où se frôlent l’amour et la peur...

Une lecture inoubliable, un fascinant roman de Guillaume Musso magistralement adapté par Miles Hyman.

L’homme au petit chien

Ce roman dur fait partie des confessions. Un homme, sentant la fin venir raconte sa vie, pourquoi, aujourd’hui, il en est arrivé là.

Je pue le marc. J'ai l'impression de le suer par tous les pores. Ma bouche est pâteuse, ma main lourde, ma tête pleine de pensées troubles. Je suis ivre. Un vieil homme malade et ivre en train d'écrire sous une lucarne qui laisse parfois tomber une grosse goutte d'eau froide. Je me fous de mon chien, je me fous de tout le monde, je me fous de Mme Annelet, d'Anne-Marie, des enfants, de Monique. Parfaitement ! Je me fous de Monique !
L’homme au petit chien de Georges Simenon
Comme bien souvent, on retrouve la sensation que Simenon s’y dévoile, coincé entre ses peurs, ses fiertés et ses fausses modesties. Que ce soit en clair ou en miroir.

Cette fois-ci, un homme rongé par la jalousie. Et peut-être pire encore, l’envie. L’humiliation de ne pas avoir « été ». Juste avoir traversé la vie, piteusement

L’homme au petit chien, adaptation de François Boyer et Jean-Marie Degèsves avec Gilles Ségal
Tous les romans durs de Simenon
103. L’homme au petit chien
102. La chambre bleue 104. Le petit saint
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Est-ce que l'incident de dimanche a l'importance que je suis tenté de lui attribuer ? On ne peut même pas, sans exagération, parler d'incident. Une rencontre fortuite, dans la rue.
Un couple inconnu dans la foule parisienne.
Un échange de regards.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pour les gens de son quartier, M. Félix est un célibataire de cinquante ans, à l'air prématurément vieilli, le plus tranquille des hommes. Pour d'autres, qui le voient passer à heure fixe en compagnie d'un drôle de caniche, il est l'homme au petit chien...

L’aîné des Ferchaux

Très librement inspirée par la réussite et la fortune des frères Tréchot, colons français au Congo, Simenon raconte la fin de vie peu glorieuse de Dieudonné Ferchaux, poursuivi par la justice française pour le meurtre de trois guides indigènes à la dynamite. Une fuite en Amérique du Sud racontée par son secrétaire, Michel Maudet.

Impossible de tirer un coup de revolver sans alerter les Vuolto qui couchaient à l'étage en dessous.
Le poison aurait été le plus facile, mais Maudet n'y connaissait rien. Si le vieux allait råler et souffrir pendant des heures ? Et où se procurer du poison sans donner l'éveil ou sans risquer, après coup, d'être identifié ?
Non, il n'y avait pas à y échapper, il le savait: il fallait tuer salement, avec ses mains, avec un objet quelconque, un couteau ou un marteau.
Et c'était cela, c'était la pensée du geste à faire qui mettait à tout moment son organisme en déroute.
Or, personne ne s'en aperçut. Vingt fois, cinquante fois il fut tenté de boire, et chaque fois il résista, se contenta d'avaler un peu d'eau pour humecter sa gorge sèche.
Comme par hasard, le vieux dicta jusqu'à midi passé. Parfois, tandis qu'il fermait les yeux pour fouiller dans sa mémoire, Michel laissait tomber sur lui un froid regard par lequel il semblait le mesurer.
Et c'était presque cela, en effet, car Michel pensait aux trois nègres et à la cartouche de dynamite.
L’aîné des Ferchaux de Georges Simenon
Un roman glauque et sale, misérable. Deux hommes liés par un pacte tacite qui se délite inexorablement pour ne laisser que rancune et haine larvée dans une interdépendance malsaine

Adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel, Stefania Sandrelli et Michèle Mercier
Tous les romans durs de Simenon
50. L’aîné des Ferchaux
49. Le rapport du gendarme 51. La fenêtre des Rouet
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le train s'ébranlait d'une secousse brutale et Maudet, interrompu dans sa course, était collé, l'espace d'une seconde, contre la cloison du couloir, près de l'accordéon noir d'un soufflet. Alors, la viscosité de cette cloison, qui semblait suer gras et froid par une nuit pluvieuse d'octobre, lui entra dans les doigts, dans la peau, dans la mémoire; elle devait à tout jamais s'associer pour lui à la notion de train de nuit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dieudonné Ferchaux, vieil homme tyrannique, engage comme secrétaire Michel Maudet, un garçon famélique et avide de vivre. Entre les deux hommes se tissent des liens étroits et ambigus où se mêlent haine et admiration. Traqués par la police, ils fuient à travers l'Amérique du Sud...

L’horloger d’Everton

Un homme a élevé son fils seul. Un soir, le fils n’est pas rentré.

Il se conduisait un peu comme certains malades qui ont si peur de déclencher une crise qu'ils vivent au ralenti, avec des mouvements prudents, ne parlant que d'une voix éteinte. Au fond, il n'avait pas été surpris par la vue des deux policiers. Il n'avait pas cru sérieusement non plus que Ben avait eu un accident. D'ailleurs, s'il s'était agi d'un accident, ils le lui auraient dit tout de suite. Depuis qu'il était revenu la veille dans l'appartement vide, il savait que c'était plus grave et il rentrait les épaules pour donner moins de prise au destin. Peu importait ce qui était arrivé, il lui fallait protéger son fils. Jamais il n'avait senti aussi nettement, aussi charnellement, le lien qui existait entre eux. Ce n'était pas une autre personne qui était en détresse quelque part, Dieu sait où — c'était une partie de lui-même.
L’horloger d’Everton de Georges Simenon
Simenon raconte un père dans la détresse, de n’avoir rien vu venir, désemparé de ne pouvoir aider, démuni face à l’irréparable.

Avec une grande empathie, Simenon tente de décrire le désarroi et l’amour inconditionnel d’un parent

Adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1974 (L’horloger de Saint Paul) avec Philippe Noiret et Jean Rochefort
Tous les romans durs de Simenon
82. L’horloger d’Everton
81. Le grand Bob 83. La boule noire
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Jusque minuit, voire jusqu'à une heure du matin, il suivit la routine de tous les soirs, ou plus exactement des samedis, qui étaient un peu différents des autres jours.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La fugue, la délinquance, le meurtre : en quelques jours, pour une amourette avec une fille de son âge, Ben Galloway, à seize ans, a commis l'irréparable. C'est dans la prison d'Indianapolis que son père, Dave, modeste horloger d'un village de l'Etat de New York, le retrouve. Mais le garçon se mure dans un silence hostile que n'entameront ni le procès, ni la condamnation à la prison perpétuelle. Comment ce fils qu'il a élevé seul a-t-il pu devenir à ce point un étranger ? Qu'adviendra-t-il de l'enfant qui naîtra de la brève union de Ben et de Lilian ?
Un roman poignant aux résonances dramatiquement actuelles, dont s'est inspiré Bertrand Tavernier pour son film L’Horloger de Saint-Paul.

La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.