C’était ça ou mourir

Impossible de lire ce livre sans repenser à cette polémique : Thélyson Orélien ou AI ? Et comme nous n’aurons certainement jamais de réponse, comme le sceau du doute restera toujours sur ce livre (et pire, sur son auteur), il me semble nécessaire de revenir au livre ! Et, quel livre !

Je le jure, ce jour-là, j'ai vraiment cru que c'était enfin fini. Que j'avais franchi la ligne. Que j'étais devenu un homme normal dans un pays normal avec des papiers normaux. J'avais passé la grille, le soleil de Matamoros avait été remplacé par la fraîcheur sèche de Brownsville. L'air lui-même avait changé de goût. Il sentait le plastique neuf, le café tiède, la climatisation réglée trop bas les chaussures fermées. Oui, même les chaussures des gens ont une autre odeur une fois que tu passes cette frontière. Je me suis demandé si l'Amérique désinfectait ses semelles avant de nous recevoir.
C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien
Un livre pour entendre la douleur de l’exil, la violence du voyage, l’inhumanité des procédures, la brutalité des frontières, le dénuement total, la perte d’identité, la guerre, la misère, l’abus de faiblesse, la monétisation de la fragilité…

Et dépendre finalement de l’humeur d’un douanier ou du code d’un algorithme

MàJ à 21h après la confirmation de la maison d’édition canadienne de l’utilisation d’outils d’AI. : Ben zut alors ! Un si bon roman, une telle histoire… C’est nul Monsieur Orélien, votre histoire est bien montée, elle est pareille à un témoignage sur tout ce que traversent les migrants. Si c’eut été une bluette sentimentale, j’aurais compris. Mais là, c’est doublement dommage.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vous jure, ce jour-là, j'ai ri. Oui, moi, Jonas Dorléon, fils de Marthe la couturière et de Dieudonné le pêcheur fainéant, né à Carrefour-Feuilles, élevé au goût du sel, du rhum clair et de l'école publique, j'ai ri comme un idiot, un imbécile fini, un fou à l'élastique trop tendu. Pas un rire joyeux ni même un rire nerveux comme celui qu'on pousse quand on évite une bouse de vache dans la rue. Un rire sec, maigre, tordu comme un arbre qui a grandi dans une ruelle sans soleil. J'ai ri pendant que ma maison flambait, pendant que la voisine lançait des seaux d'eau dans le vide, pendant que les petits criaient « Manman ! », comme si leur mère avait le pouvoir d'arrêter les balles qui fusaient tout autour. J'ai ri, parce que je savais que, si je ne riais pas, j'allais hurler, me pisser dessus, ou courir droit vers une balle, pour en finir une fois pour toutes. Et j'étais trop lâche pour mourir dignement.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand dans les rues de Carrefour-Feuilles les coups de feu et les flammes le somment de partir, Jonas Dorléon n’emporte presque rien : son diplôme, un cahier de poèmes, une photo de sa mère et un slip propre. Sa vie entière dans un sac de plastique.
Se réfugiant d’abord du côté dominicain de la frontière, il attend dans l’antichambre d’Haïti que les choses se calment. Sauf que les choses ne se calment pas. Il faut marcher, encore, toujours. Devenir un migrant. Du Brésil au Mexique, il enfile les kilomètres, serrant toujours son sac de plastique contre lui, tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt dans les profondeurs de la jungle avec d’autres sans-papiers qui, autour de lui, tombent les uns après les autres. Quand enfin il atteint la frontière des États-Unis, ce sont les agents de l’ICE qui l’attendent. Jonas n’a plus qu’un objectif : quitter ce pays qui n’a rien de « great again » et gagner le Canada par le chemin Roxham, cette voie salutaire dont il a tant entendu parler.
La plume foisonnante et poétique de Thélyson Orélien fait jaillir la beauté dans les zones les plus sombres de l’expérience humaine. Il parle la langue de l’exil, cette langue qui s’apprend « sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau ». Surtout, il révèle une Amérique terrible et violente sur laquelle notre regard doit s’attarder.

Championne

Championne impressionne immédiatement par son style, ses phrases longues comme la page, son rythme effréné, dans le cardio, tout du long.

Vous savez, j'ai appris durant ma petite vie, de l'enfance à ma jeunesse, que les mots, le langage pouvaient aussi être un abri, que savoir dire dans sa tête ce que l'on ressent avec les mots justes, avec la grammaire juste, avec l'image juste, image que je compare à de l'or, à une poudre d'or ajoutée à la structure d'une phrase, d'une pensée, l'image donne de la magie à un discours je trouve, elle le poétise, elle invite le ciel dans son fil, je disais donc que savoir dire est savoir protéger, que le langage peut être un abri et il peut être une arme aussi, si l'on a les mots on peut rendre les coups, les mots ne laissent pas de bleus sur la peau mais ils peuvent gifler le cœur, gifler l'esprit, je veux signifier qu'un simple mot peut mettre à terre son ennemi, peut le dissuader aussi de vous faire à nouveau du mal ; moi j'ai les mots en moi, pour moi mais ils ne parviennent pas à sortir quand ma famille me fait du mal parce que je suis encore liée à eux en raison de la culpabilité, de la soumission parfois et aussi par des petits filaments d'amour qui sont restés, je ne parviens pas à les couper parce qu'ils sont difficiles à couper mais je sais que je vais y arriver et surtout je sais qu'il faut les couper, pour me libérer, pour me sauver.
Championne de Nina Bouraoui
L’histoire d’une jeune fille confrontée à la violence du père et à l’amour bancal de la mère. Et qui frappe les balles de tennis contre le mur pour canaliser la colère et la violence.

Les balles suffiront-elles ?

Un récit hypnotique entre colère et culpabilité qui revient sans cesse sur lui-même et tente désespérément de trouver une issue

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vais vous raconter comment je vais devenir championne, comment je m'entraîne, comment je frappe contre un mur pendant des heures, comment mes mouvements sont des obsessions, de la raquette à la balle, de la balle au mur qui la renvoie, et comment je répète, je redresse, je corrige à l'infini jusqu'à la presque perfection puisque la perfection n'existe pas, cela me rend triste, très triste, l'espoir de la perfection rendrait mon existence plus heureuse, plus facile, cela voudrait dire qu'un jour cessera l'entraînement et la honte de ne pas être la meilleure ; la perfection reviendrait à me libérer, mais comme elle n'existe pas, cette perfection, ma vie risque de ne pas changer, de s'enliser, de m'emporter dans ses torrents de boue, ses torrents de défaite, ses torrents de déception, ses torrents de non-amour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jeune fille, au pied de son immeuble, s’entraîne contre un mur. Elle frappe la balle avec sa raquette, inlassablement, pour fuir la folie de son pays et de sa famille, pour échapper à la colère de son père, à l’amour en désordre de sa mère, à la pâleur de sa soeur. Elle frappe et en elle les mots se bousculent : elle butte contre une faute qu’il lui faut avouer pour grandir et rêver à la femme qu’elle deviendra, qui s’aimera et aimera, qui se sera gagnée, elle.
Nina Bouraoui signe un roman ensorcelant, hypnotique, la confession d’une jeune fille en feu, qui a le don des mots et un regard qui saisit chaque sentiment pour l’explorer, chaque geste pour dire le désir et la beauté.

La Louve

Ce roman jeunesse est un livre de colère et de révolte. Contre l’injustice faite aux hommes, femmes, animaux, forêt, nature… Cette violence incessante qui lève des impôts, rase les forêt, massacre et broie toute résistance.

Réveille-toi, Forêt.
Montre les crocs.
Louves, ourses,
Renardes, pics,
Rapaces, sangliers,
Esprits de la forêt.
Fâchés.
Colèrez-vous.
Colèrez-moi.
La Louve de Antonin Sabot
La Louve et l’ourse vont tenter de s’opposer et lutter. Mais le prix risque d’être exorbitant. Et… ? Que peut on faire contre l’armée des puissants ?
La Louve n'imaginait pas le bruit que ça peut faire, des os qui craquent lorsqu'on les brise d'un seul coup. Une colonne vertébrale broyée par les mâchoires d'une ourse. En comparaison, le cri de celui qui meurt paraît presque ridicule. Un gargouillis rauque. Elle en aurait presque ri si elle n'avait pas elle-même été en train d'ouvrir la gorge d'un soldat.Une histoire racontée par plusieurs voix, dont celle fort poétique de la Louve, une jeune fille des bois pourtant muette.

Un appel à la résistance au 17e siècle d’une actualité brûlante

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Elle n'était que deux yeux brillants au travers du feuillage. Des yeux humains et fauves à la fois. Elle n'était qu'un visage que l'on apercevait à peine, aux contours rendus flous par les tremblements des arbustes dans lesquels elle s'était dissimulée. Femme-buisson, son corps demeurait invisible aux hommes qu'elle observait.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
1667, dans les Cévennes À seize ans, celle qu’on appelle La Louve en raison de la peau d’animal dont elle est vêtue vit seule dans la forêt.
Comme elle, d’autres « Exilés » ont fui leur village, leur famille pour se réfugier dans les bois. Leur mode de vie rude, mais libre, est menacé par les autorités qui veulent exploiter la forêt et mettre au pas ces rebelles.
Menés par La Louve, les Exilés choisissent de se battre pour défendre l’existence d’une forêt indépendante et sauvage.

Million dollar baby

F.X. Toole a bossé dans le monde de la boxe et ça se ressent immédiatement. En 5 nouvelles il nous dresse le panorama d’un sport gangréné par l’argent et où la violence est omniprésente.

Quand Billy se relève Maggie a encore des problèmes de vue mais elle maintient la pression sur la Russe, lui infligeant des enchaînements qui la sonnent durement et mettent l'assistance en délire. L'arbitre allait arrêter le combat lorsque la cloche sonne.
Au milieu du ring, Maggie vient de caser quatre coups bien appuyés et elle s'apprête à achever Billy d'un crochet du gauche à la mâchoire quand elle entend la cloche. Elle se retient de frapper et se tourne sur sa droite une seconde pour regarder de son œil valide Frankie en train de glisser le tabouret sous les cordes. Elle baisse la garde.
L'Ourse tenait sa droite prête, et contrairement à Maggie elle se moque de la cloche. Calculant qu'avec son œil gauche elle ne verra pas le coup arriver, elle avance d'un pas et frappe à la volée, attrapant Maggie à la tempe gauche.
Million dollar baby de F. X. Toole, traduction de Bernard Cohen
Et si la nouvelle qui donne son titre au recueil ainsi qu’au film d’Eastwood est bouleversante, les autres textes qui l’accompagnent ne sont pas en reste de puissance.

Un livre d’une grande humanité avec des hommes et des femmes souvent dépassés par les événements dans un monde brutal. Bousculés et brutalisés ils tentent, coups après coups, de se relever

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'arrête le sang.
Entre deux rounds, j'empêche le sang de couler pour que les boxeurs puissent continuer à combattre.
Certains gars perdent leurs moyens dès qu'ils saignent. C'était le cas de Sonny Liston, qu'il repose en paix. C'était un dur, et pourtant il s'effondrait à la vue de son propre sang.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La boxe n'a rien de naturel, murmurait la voix. Comprends-moi bien là-dessus, petit. Tout ce que tu fais en boxe, c'est le contraire de ce que tu ferais dans la vie. Par exemple, tu veux aller à gauche ? Eh bien tu ne bouges pas ton pied gauche, tu pousses sur tes orteils droits. Comme ça. Et pour bouger à droite, pareil. Au lieu de fuir la douleur, ce qui est la réaction naturelle, en boxe tu vas la chercher, tu comprends ?

Plongée unique dans un monde difficile à comprendre pour le profane, mais qui a fasciné Jack London, Ernest Hemingway ou encore Joyce Carol Oates, Million Dollar Babya été porté à l'écran par Clint Eastwood et a remporté quatre Oscars.

Les dés

Ziya, jeune Tcherkesse à Istambul doit venger la mort de son frère en tuant son assassin. Mieux vaut mourir que perdre son honneur.

 ─ Sois le bienvenu mon garçon, entre, je t'en prie.
À peine installé, Ziya déclara :
 ─ Je vais tuer le Mat, seulement je ne sais pas comment entrer dans le tribunal.
Comme tous les Tcherkesses, l'officier à la retraite souhaitait voir le Mat mort et son peuple vengé, cependant il doutait fort que ce gamin qui frappait à sa porte au petit matin fût l'homme de la situation.
 ─ Tu en es bien sûr ? lui demanda-t-il.
 ─ Certain.
 ─ Et la suite, tu y as pensé ? C'est ta peau que tu risques.
 ─ Ma peau n'a aucune importance.
L'homme observait attentivement Ziya, qui le dévisageait en retour. L'œil expert du vieil homme reconnut tout de suite que le garçon était déterminé et que sa vie lui était indifférente. Cette indifférence lui donnait une volonté immense, une force effrayante et barbare, son regard ne trompait pas.
Les dés de Ahmet Altan, traduction de Julien Lapeyre de Cabanes
Avec les dés, Ahmet Altan observe la construction d’un jeune homme qui place son honneur au dessus de toutes autres valeurs. Son statut d’homme est en jeu.

Un garçon touchant emporté par des règles qui le dépassent et desquelles il ne lui sera pas possible de sortir.

Une histoire émouvante alors qu’elle déborde violence

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La formation d'une âme comme celle de Ziya, né au monde avec sa part de ténèbres, nécessitait une personnalité qui sorte de l'ordinaire, une admiration dont la violence et le sang traçaient les contours, et des coups durs.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ziya n'a que seize ans lorsqu'il est introduit en secret dans un recoin du tribunal où doit être entendu l'assassin de son frère aîné. Tireur d'exception, ce jeune Tcherkesse abat son ennemi d'une seule balle en pleine audience et gagne par ce geste l'admiration de tous.
Après une année d'incarcération dans une prison ou il découvre le jeu de dés, on l'envoie dans la campagne par-delà les frontières, non loin d'Alexandrie. Là, il rencontre une jeune fille, apprécie sa compagnie sans pour autant comprendre le sentiment qui soudain le trouble d'une étrange manière. De retour en Turquie, il n'oubliera jamais Nora.
Très présent dans les nuits d'Istanbul, il joue beaucoup, aime peu mais celles qui l'approchent sont frappées par son regard inquiétant.
Alors qu'une action d'éclat lui est proposée - il s'agit cette fois de tuer en pleine rue le grand vizir -, Ziya prend les rênes de l'opération. La lumière, toujours la lumière...

Après son inoubliable Madame Hayat, Ahmet Altan explore dans ce roman le caractère ambigu d'un homme qui tout enfant apprend à refouler ses émotions. Pragmatique, avide de justice, réactionnaire, ce personnage insondable incarne l'engagement absolu de ceux qui sont prêts à tout pour défendre les leurs.

American spirits

American spirit c’est les États-Unis sous Trump I. Un pays s’effaçant sous un vernis MAGA qui cache à peine une absence sidérale de sens commun et où la violence reste le dernier argument (si ce n’est le premier).

 ─ Doug, comme bêtise je crois que t'en as jamais imaginé de plus grosse.
 ─ Parfois, un truc idiot, c'est la seule chose à faire.
 ─ Je ne vais pas laisser Max y aller avec toi.
 ─ Quoi ? Pour ce qui est d'apprendre à ce garçon la chasse, c'est à moi de dire quand il est prêt. C'est l'apprentissage de toute une vie, et c'est maintenant que ça commence pour lui. Il est prêt à rabattre les cerfs ou, en tout cas, à regarder comment on fait. Il ne portera pas de fusil avant quatre ans, mais il y a plein de trucs qu'il peut apprendre d'ici là. Moi, tu sais, j'ai tenu un fusil bien plus jeune que ça. Évidemment, c'était avant que le gouvernement commence à grignoter le Deuxième amendement, ajouta-t-il.
 ─ Je t'en prie, ne commence pas, dit-elle. Et si Zingerman...?
 ─ Si Zingerman quoi ? Ce qu'il peut faire, au pire, c'est téléphoner à la police d'État. Mais avant qu'ils arrivent on sera déjà de retour ici, à la maison, en train de dépecer un cerf, et on dira qu'on l'a abattu dans la cour, depuis la terrasse et en pantoufles.
American spirits de Russell Banks, traduction de Pierre Furlan
Drames noirs dans une petite ville dans l’état de New-York, proche de la frontière du Canada.

Trois histoires aux constructions remarquables et aux dénouements sordides, d’une tristesse consternante

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
D'après ce que l'on m'a dit, tout a commencé un samedi matin où Doug essayait de faire la grasse matinée pour résorber l'excès d'alcool auquel il avait une fois de plus cédé le vendredi soir au Spread Eagle. Pendant ce temps-là, au sous-sol, Debbie veillait à ce que les gosses ne fassent pas de bruit. Debbie et les gamins décoraient les boîtes « merci-pour-votre-engagement » qui allaient être envoyées aux réservistes de Fort Pierce stationnés en Afghanistan.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des électeurs de Trump et des armes, des situations qui dérapent, échappent aux protagonistes et font la une du journal local, trois histoires de famille et de voisins, une montée en puissance exceptionnelle à mesure que la tension grimpe : voilà les ingrédients de cet opus final, qui frappe par la finesse des profils dessinés et l’art de la nuance.
Palpitant, haletant et d’une remarquable maîtrise, « American Spirits » explore les hostilités souterraines qui minent les communautés rurales américaines, ainsi que les dérives de la politique nationale. En nous entraînant dans le Nord de l’État de New York, au cœur du bourg de Sam Dent, Russell Banks signe une œuvre magistrale, qui s’inscrit avec éclat au panthéon de la grande littérature américaine.

Passeur(s)

Passeur(s) raconte le voyage de clandestins originaires de Syrie, partis de Izmir en Turquie et souhaitant se rendre au Royaume-Uni. Il raconte la violence des passeurs, les conditions du transport et la soumission des migrants, totalement à la merci de leurs convoyeurs.

Passeur(s) de Damien Perez et Fréderic Loore, dessins et couleurs de Fernando Baldo
Un album violent, rude. Aux dessins froids et monochromes totalement raccords avec l’inhumanité de ce trafic.

Une belle réussite suivie d’un petit dossier explicatif sur la traite et le trafic d’êtres humains

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Tu viens d'où, toi ?
─ De Sfireh, près d'Alep.
─ « De Sfireh, près d'Alep », Hein...
─ Mais putain de bouffon, va.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Payer des passeurs, c'est quand même plus simple. Surtout qu'ils font crédit. »

Cynique et désabusé, Awar convoie des migrants de la Syrie vers l'Angleterre, traversant une bonne partie de l'Europe. Lorsqu'Esrin, une jeune Kurde portant le foulard des combattantes YPJ, réveille en lui de sombres souvenirs, le passeur doit choisir. Renoncer à ce job lucratif pour sauver l'adolescente des mains d'un terrible mafieux ou museler son humanité ? Après tout, ça ne serait pas la première fois...

Fondé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frédéric Loore, Passeur(s) offre un regard inédit et sans concession sur le trafic d'êtres humains vu à travers les yeux de ceux qui l'organisent.

Un récit oscillant entre violence, solidarité, quête de survie et espoir d'une nouvelle vie.

Le buffle blanc

Dans cette fable, Vasudeva va connaitre devant l’injustice, une colère sanglante. Mais après bien des morts, que lui restera-t-il ?

Un jour, Vasudeva reprit son arc et son bâton. Autant rentrer chez lui, car aucun signe n'était venu lui montrer le chemin. Alors qu'il faisait ses adieux au Saint muré dans son mutisme, ce dernier posa sa vieille main sur le bras du jeune homme agité. Sa lourde voix dit : « Celui qui porte dans ses mains le pouvoir et la richesse trébuche. Et, dans sa chute, il fait verser le sang. Il ploie sous un poids, ses genoux chancellent, car il porte ce qui importe: la vie.
 ─ Et qui marche sans entraves, l'Ancien ?
 ─ Celui qui abandonne tout, les désirs, les envies, les aspirations, la vie justement. Car rien d'autre que cela n'est la vie. »
Le buffle blanc de Ernst Wiechert, trad. de Sylvaine Duclos
Il commence alors une quête personnelle qui, face l’injustice de la mise à mort d’un buffle blanc, le mènera jusqu’au roi.

Une fable sur la justice et le pouvoir qui tire aussi sa puissance de son origine. Ernst Wiechert l’ayant écrite en 1936, elle fut censurée pour ne paraître que dix ans plus tard, après la guerre et la chute du pouvoir nazi.

Une fable un peu gentillette (le genre veut ça), mais qui reste toujours pertinente aujourd’hui

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bien avant qu'un drapeau de l'Occident ne flottât sur les plages aux confins de l'Inde orientale, un petit village sur les rives du Gange vit naître un garçon que ses parents nommèrent Vasudeva.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À l’instant même où la mort emporte le patriarche d’un village au bord du Gange, naît Vasudeva. Bon ou mauvais présage ? Peut-être que cet enfant délivrera enfin les siens de la tyrannie des puissants ou peut-être butera-t-il sans succès contre l’injustice du monde. Mais dans un sens comme dans l’autre se dessine un destin hors-norme.
Située dans une nature luxuriante, cette fable humaniste entraîne le lecteur dans des aventures trépidantes où la vie ne se laisse jamais abattre par la mort. Par la splendeur de ses décors et par son attention aux êtres, ce texte intemporel réveille ce qui nous lie aux autres.

Un violent désir de chaleur humaine

Tania de Montaigne poursuit son analyse du racisme avec une version plus personnelle suite à la réception de messages haineux sur les réseaux sociaux.

Cest pas moi, c'est lui.
C'est pas moi, c'est elle.
La faute de l'Autre.
Tout le monde veut être parfait, un vrai petit ange. N'est-ce pas? C'est le bouc émissaire qui fait tenir debout ce bel édifice de perfection. Il permet à la société de rendre réels les mythes de vertu et de pureté. Tout le monde veut être vertueux. Non? Il y a d'un côté la société saine, angélique, et de l'autre le bouc, élément impur, nuisible, diabolique, coupable. Forcément coupable. Regarde, depuis la nuit des temps les discours, les programmes, les dictatures, les autocrates, tous adossés au bouc émissaire. Le bouc est à lui seul la solution et la cause de tous les problèmes. Il ne demande aucune réflexion, grâce à lui plus besoin de penser. Il est la maladie et le médicament, le poison et le remède, le pharmakon. C'est parce qu'il est là que tout va mal, mais c'est parce qu'il est là qu'on peut affirmer qu'après lui, tout ira bien.
Un violent désir de chaleur humaine de Tania de Montaigne
Elle y soulève quelques évidences, certes, mais qui méritent d’être répétées !
Si l'on admet que ça n'est pas le réseau qui a fait l'Homme mais que c'est bien l'Homme qui a créé et alimente les réseaux, c'est que quelque chose de nous-mêmes doit être réfléchi.
Notre rapport à la violence.Le triste constat d’une société individualiste, rongée par la haine et les injonctions qui font le succès et l’argent des GAFAM et autres TikTok.

Un appel à retrouver notre vitale humanité

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Et puis, j'ai posté une photo de moi un peu floue prise sur un bateau-mouche avec ce commentaire, « Quel plaisir de retrouver les amis ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger… »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s’est brisé. Il ne s’agit plus d’un malaise ni d’un combat entre le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d’enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?

Je ne suis pas celle que je suis : psychanalyse I

Ces deux livres (Je ne suis pas celle que je suis et La dernière séance) sont surprenants. Que je ne les aie pas lus dans le bon sens n’y change pas grand-chose. Pourquoi avoir écrit deux fois la même histoire, mais différemment, mais pas tout à fait ?

Nul besoin d'être un opposant politique sous le régime théocratique de l'Iran pour que votre vie quotidienne soit pavée de tortures psychiques. Vous vivez, dès l'enfance, à l'école, sous l'influence d'une idéologie qui vous inculque l'infériorité du sexe féminin, l'impureté du corps, l'obscénité du désir, le péché du plaisir.
Je ne suis pas celle que je suis : psychanalyse I de Chahdortt Djavann
Si l’histoire de Donya ressemble beaucoup à celle de Chahdortt (enfance en Iran, Isatambul, Paris, études, tentative de suicide, analyse…), elle se défend d’en avoir fait une autobiographie. Et d’ailleurs, quelle version garder ? ─ Je n'arriverai jamais à faire la paix avec les femmes que je suis...
Le psy pensa que la formule résumait parfaitement sa situation.
Elle reprit:
 ─ Plus la vie a été dure avec moi, plus elle m'a rendue cruelle avec moi-même. Je me disais que je devais être plus forte que les autres pour pouvoir endurer le mal qu'ils me faisaient...Mais, passé la surprise, reste deux témoignages bouleversants sur la violence de la théocraties iranienne, son hypocrisie, la condition de femme et sur les blessures qu’une telle violence peut laisser durablement.Que des mensonges... Je les connais par cœur.
...Ils prétendent que les familles iraniennes sont merveilleuses, chaleureuses, solidaires, affectueuses, bonnes, unies, aimantes, bienveillantes... Elles sont surtout despotiques, hypocrites et étouffantes. Il y a une expression populaire qui dit: « On doit se donner des gifles pour avoir les joues roses devant les autres. »
Tout est une question de dissimulation. Vous ne voyez pas? Ils ont un régime corrompu, mafieux, intégriste et totalitaire, et ils prétendent tous être des gens de bien. Ils se vantent encore de l'antique civilisation perse. Ce sont tous des malades mentaux. Des hypocrites. Des collabos. Je les hais.
Elle le paya et rentra à pied chez elle comme une boule de feu.Deux livres d’une femme perdue à la recherche d’elle-même

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Longtemps j'ai cru en Dieu, pas au Dieu de tous les hommes mais au mien, mon protecteur qui veillait sur moi et allait changer, j'en étais sûre, un jour prochain, mon destin. Candidement et à mon insu, alors que je me défendais de toute croyance religieuse et me proclamais athée, au fil des années, un espoir celé s'était blotti dans mon cœur, vain, comme toute illusion, mais qui élevait ma capacité d'endurance.
Ma première grande faiblesse fut de vouloir devenir une héroïne, épique et stoïque, ma deuxième faiblesse fut d'échouer, et la troisième de recommencer, sans cesse; mon opiniâtreté refusait l'abandon d'un tel projet. C'est ainsi que je devins une insubmersible héroïne déchue.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des vies différentes dans des villes différentes, et une même femme. Deux histoires entrelacées. L'une, picaresque, nous fait voyager en compagnie de l'héroïne, qui traverse mille et une épreuves, de Téhéran au golfe Persique, de Dubaï aux rives du Bosphore. Et l'autre, intime, à Paris, se construit dans le cabinet d'un psy. Pour la première fois une psychanalyse nous est dépeinte, séance par séance, comme un tableau impressionniste. Le rapport au père, à la mère, aux hommes, la prison, la torture, le viol, la prostitution, la solitude, l'exil et la langue française dont il faut s'emparer pour faire le récit d'une vie, pour se réconcilier avec la vie sont les thèmes de ce livre.