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N’ayant pas lu le livre de Jean Echenoz, il m’est difficile de juger de la qualité de l’adaptation de ce roman paru en 1988. Pourtant, cet album m’ayant fortement donné envie de le lire, il me semble que cela doit être un fort bon signe.L’occupation des sols de Guy Delisle, d’après l’oeuvre de Jean EchenozL’histoire du deuil de deux hommes ayant perdu une épouse pour l’un, la mère pour l’autre, disparue dans le feu d’une maison.
Une histoire subtilement mise en images par Guy Delisle avec sa ligne claire si talentueuse
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Comme tout avait brulé -la mère, les meubles et les photographies de la mère -, pour Fabre et le fils Paul c'était tout de suite beaucoup d'ouvrage : toute cette cendre et ce deuil, déménager, courir et se refaire dans les grandes surfaces.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Ainsi débute la nouvelle de Jean Echenoz parue en 1988. La seule image survivante de la mère est un incongru portrait publicitaire géant, peint à même la façade d'un immeuble parisien. Mais à mesure que la ville se construit, le plan d'occupation des sols menace la pérennité de l'icône et du lieu de recueillement. Le père se lance alors dans une opération de la dernière chance... Guy Delisle enrichit et ponctue de sa ligne claire ce récit best-seller à la fois fataliste et piquant sur l'irrationnalité du deuil, le temps qui passe et la vie qui va.
Six jeunes étudiant.e.s de l’école supérieure de la bande dessinée et d’illustration de Genève sont réunis dans ce petit recueil autour de la ville et des chats et c’est vraiment réussi ! Un chat dans la ville : Quand le chat fait mouche de Max HeerSix styles, six approches, six sensibilités et autant de messages doux, militants, amusés, mignons, sensibles.
Un chat dans la ville : L’amour de la ville de Azriel BarrientosUn très bel album à déguster sur une terrasse ou devant une cheminée avec un chat sur les genoux
Un chat dans la ville : Les miettes du bonheur de Léa DebossensDifficile de choisir quels exemples insérer pour illustrer au mieux ces talents très divers…
Un chat dans la ville : L’écrivaine de Amandine Profichet
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ma ville
Mon quartier
Mes rues
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La ville racontée par six jeunes talents de la scène artistique et de la bande dessinée francophone.
Si un cadre ne cesse de fasciner, c’est bien celui de la ville. Sa seule évocation renvoie à un imaginaire riche et varié, aussi universel que propre à chacun·e. Lieu de tous les possibles ou encore toile de fond à de fabuleuses rencontres, la ville est perçue comme le miroir idéalisé de nos fantasmes. Mais l’on oublie parfois que ce sont l’ordinaire et les petits riens qui font, au quotidien, sa grandeur. Et c’est justement ce qu’explorent les six histoires du recueil graphique, Un chat dans la ville.
Comme dans un film de Klapisch, une figure récurrente traverse ces nouvelles graphiques, un chat, l’animal urbain par définition. Héros du premier récit, présence secondaire ou invisible dans les autres, il imprègne l’ensemble du recueil. Son esprit d’indépendance en lutte avec son besoin d’affection caractérise l’ensemble des personnages. Du jeune homme qui approche uniquement le monde à travers le prisme de sa caméra à l’adolescente qui gratifie chaque passant·e d’un salut pour leur offrir un moment d’humanité, toutes et tous négocient avec l’espace dans lequel ils·elles évoluent. Un espace social où la solitude pèse parfois bien plus lourd qu’ailleurs et où le moindre geste vers l’autre a un impact toujours plus grand que l’on n’imagine.
La ville est aussi une zone géographique à apprivoiser. Le recueil graphique se clôt sur l’histoire d’un jeune homme qui apprend à se repérer dans le dédale urbain et surtout à en apprécier les charmes et les opportunités. Et ce grâce à une main tendue. Parce que la solidarité, en ville, plus qu’ailleurs, est la règle numéro un de survie. Même les chats de gouttière le savent !
Un écrivain au succès passé se prend une belle série de bonnes grosses claques et décide de partir, fuir sur son bateau.Tourner la page de ZepUne première partie plutôt amusante sur le milieu littéraire, cruel et impitoyable. N’existe que le succès ! La suite est un poil plus abracadabrantesque.
Un album aux aquarelles soignées, même si la palette de couleurs m’a laissé quelque peu dubitatif
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Voilà mon histoire.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Seize ans après avoir remporté le prix Femina pour Le Voyage parallèle, l'écrivain Lambert Delville disparaît tragiquement dans la mer Égée. C`est un drame national, les ventes de ses livres s'envolent, les hommages pleuvent, son éditrice célèbre sa mémoire « Un grand auteur ne meurt jamais, ses mots sont éternels ». Lambert est hilare devant sa télévision. Retiré sur une île grecque oubliée, il savoure le spectacle de sa propre mort, décidé à enterrer son ego sous le soleil et à profiter de cette seconde vie, subventionnée par une valise de billets providentielle. Enfin, jusqu'au jour où son ancien assistant tente de s'approprier ses œuvres et que les propriétaires des fameux billets, posent le pied sur l`île...
Mais qui a bien pu avoir l’idée chez l’Âge d’homme de republier ce truc en 1993 ? Et pire encore, dans cette version totalement remaniée de l’édition originale de 1908 ?Notes sur l’amour de Claude Anet, illustrations de Pierre BonnardIl n’en reste qu’un livret d’à peine 70 pages d’où on peine à discerner l’humour qui (espère-t-on) devrait en parsemer les chapitres peu ragoutants aux pages qui tentent de nous enseigner comment choisir femme ou maîtresse, qu’elles aiment les coups ou encore l’art de la rupture…
Un petit (heureusement) ouvrage qu’il peut être intéressant d’oublier. Quant à la version de 1908, il est possible de juger sur pièce grâce au généreux travail de la BNF et Gallica.
Notes sur l’amour de Claude Anet – E. Fasquelle, 1908
Bouarf, vite, j’ai oublié ce machin qui plaira fort aux mascus qui rêvent d’un bon vieux temps bien pourri
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Aimer, c'est difficile. Être aimé, c'est fatigant.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Claude Anet est à compter parmi ces Suisses qui, tel Victor Tissot ou Blaise Cendrars, ont trouvé leur vérité sous des cieux étrangers. Né à Morges en 1868 et mort en 1931, Jean Schopfer c'est son patronyme exact - fit de longs séjours en Perse en en rapporta des connaissances et des sensations qui firent le succès de ses livres orientaux, Les Roses d'Ispahan, La Perse en automobile, Les Feuilles persanes, La Rive d'Asie, ou encore la traduction des 144 quatrains d'Omar Khayyam. Correspondant à Saint-Pétersbourg du Journal, il suivit au front les troupes russes, assista aux grands bouleversements provoqués par la Révolution d'Octobre et en donna de vivants comptes rendus rassemblés dans les quatre volumes de La Révolution russe. Sa bonne connaissance de l'âme slave fait la qualité de son roman, Ariane, jeune fille russe ou de son essai, L'Amour en Russie. Après avoir été publié par Cendrars aux Editions de la Sirène, il devint entre les deux guerres un des auteurs choyés de la maison Grasset. Son meilleur titre de gloire reste peut-être d'avoir évoqué, dans Mayerling, le double suicide de l'archiduc Rodolphe et de la baronne Marie Vetsera, récit qui se trouva aussitôt, grâce au film qu'en tira Anatole Litvak, avec Danielle Darrieux et Charles Boyer, hissé à une dimension merveilleusement impériale, réalisant un des plus inoubliables mythes modernes de l'amour fou. Les romans de Claude Anet, qu'ils se situent en Perse, en Russie ou dans la province française, témoignent d'une observation délicate ou amusée de la vie sentimentale - qui se retrouve dans ces jolies Notes sur l'amour, que le grand Pierre Bonnard, on ne sait dans quelles circonstances, prit plaisir à illustrer.
Une romance comme si vous y étiez (si vous êtes un homme)
C’est tendre, doux et sensible, et ça goûte comme la vraie vie vue à la télé. Délicieusement kitsch et superbement interprété.Dans mes yeux de Bastien VivèsUn petit moment de poésie (peut-être un poil survolé), un instant de vie, une rencontre dans les yeux du narrateur.
Des points de vue intimes aux superbes crayonnés
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Qu'est-ce qu'il y a ?
Je sais pas, tu me regardes...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il la rencontre, un soir, dans une bibliothèque universitaire. Elle est étudiante, elle est séduisante, elle l’émeut immédiatement. Il va entreprendre de la conquérir, sans brusquerie, à pas comptés…
De lui, on ne saura rien, ou presque. Mais l’on saura tout, en revanche, de la manière dont il la découvre et l’observe, dont il la désire, et de sa manière à elle de s’exposer, parfois plus et parfois moins, à ce regard masculin saisi par le sentiment amoureux. Car toute la narration de Dans mes yeux ─ et c’est là l’un des tours de force de cet album véritablement bluffant, tant dans la forme que dans le fond ─ est menée de A à Z en caméra subjective et à hauteur d’homme, comme pour mieux convoquer le lecteur au cœur même de cette patiente, lente et profonde entreprise de séduction, du point de vue de ce narrateur silencieux dont on ne verra jamais le visage, dont on n’entendra jamais les mots. Tous les menus événements ordinaires d’une vie de jeune adulte d’aujourd’hui s’y égrènent tranquillement ─ l’inviter au restaurant, au cinéma, l’écouter se raconter, subir ses copains rencontrés au détour d’un trottoir, aller ensemble à une soirée d’anniversaire… ─ portés par une inventivité graphique et une justesse d’observation peu communes.
Y a-t-il encore des grizzlys dans le Colorado ? Comme un dernier village d’irréductibles gaulois assiégés de partout mais… sans aucune potion magique à leur disposition pour lutter contre l’envahisseur !Les derniers grizzlys de Rick Bass, traduction de Gérard MeudalComme Tesson avec la panthère des neiges, Rick Bass accompagne des amis à la recherche de traces et indices.
Du nature writing à l’état pur, au milieu des bois sur les flancs des rocheuses, un bol d’air frais teinté de désespoir face à l’inexorable avancée de… nous
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Les étoiles brillent d'un éclat froid dans le ciel d'automne quand je quitte les bois de ma vallée du Yaak, dans le nord du Montana. Je ne suis pas certain que mon vieux camion tiendra jusqu'au sud du Colorado, mais je vais tenter le coup.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les grizzlys parcourent-ils les montagnes des San Juan, dans le Colorado, où ils sont depuis longtemps considérés comme éteints ?
Sur la foi d'une improbable rumeur, Rick Bass accompagne le légendaire Doug Peacock (héros du mythique Gang de la clef à molette d'Edward Abbey) et son ami le biologiste Dennis Sizemore sur la piste de ces animaux fabuleux, traquant la moindre empreinte de patte ou trace de griffe.
Tandis que s'enchaînent les péripéties, les trois hommes sont de plus en plus hantés par la présence de l'animal insaisissable. Ce grand récit d'aventures à l'écriture intense est aussi une quête initiatique à la recherche de la part de mystère et de sauvagerie qui demeure au plus profond de chacun d'entre nous.
Séparé en trois parties très distinctes, ce monument de la littérature française est… un peu chiant (oui, désolé) mais absolument magnifique, au style inimitable et à la tenue rigoureuse. Impressionnant !
Si la première partie, Combray, est probablement la plus connue, celle des souvenirs d’enfance et ses fameuses madeleines, la seconde, Un amour de Swann, revient dans le passé et s’attache à la passion de Charles Swann pour Odette et m’a semblé la plus intéressante, comme la galerie de photographies d’un amour insidieusement gangrené par la jalousie.A la recherche du temps perdu : Du côté de chez Swann de Marcel ProustLe livre se termine sur une troisième partie, Noms de pays : le nom, beaucoup plus courte autour des voyages et des rêveries.
Une écriture splendide pour des portraits tendres et malicieux
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le Narrateur se souvient de l'enfant qu'il fut. L'attente du baiser maternel du soir, les déjeuners du dimanche chez tante Léonie, les cadeaux de la grand-mère. Il est fasciné par M. Swann, un ami de ses parents, amoureux fou d'une femme qui aime tout le monde sauf lui. Il tombe amoureux de sa fille, Gilberte, qui ne le rendra pas plus heureux. A travers ces scènes de vies ─ intimes ou mondaines, tragiques ou comiques ─ passent des impressions, des parfums, des visions. Des nymphéas à la surface d'une rivière, une madeleine oubliée dans une tasse de thé, des catleyas dans les cheveux d'une femme aimée, une bille d'agate offerte en gage d'amitié... Mais, une fois adulte, comment demeurer cet enfant émerveillé dans un monde que l'on ne reconnait plus, où l'amour est souffrance, où le désir est jalousie, où « le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant » ? Réminiscences de l'enfance perdue, roman d'amour impossible, satire de la haute société emprisonnée dans l'éphémère de la mode, mais aussi étude philosophique sur la mémoire involontaire : Du côté de chez Swann est tout cela à la fois.
Qu'est-ce qu'un chef-d'oeuvre ? Un palais du souvenir, aux mille portes d'entrée, où chaque lecteur éprouve une émotion singulière, toujours renouvelée.
Ça tire dans tous les sens, tout le monde se défonce et ça baise pas mal aussi. Il y a des morts par paquets et la police est débordée.Défoncé de Mark Haskell Smith, traduction de Julien GuérifEt en plus, c’est bien drôle et même un poil irrévérencieux !
Un cocktail plus que sympa pour s’envoler dans les vapeurs d’une herbe de qualité… Attention ! Pas n’importe quelle daube : de l’Elephant Crush, gagnant de la Cannabis Cup !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Une balle peut vraiment foutre votre journée en l'air.
Il sortit de sa maison et pénétra dans le halo de chaleur incandescente. La balle fusa du canon d'un pistolet, jaillit par la vitre ouverte d'un SUV, brûla un trou noir aux contours parfaits dans sa veste (celle qu'il avait achetée dans la friperie de Sunset Boulevard, avec le mot Tigers en lettres orange éclatantes), puis déchiqueta sa chair et enfonça des particules de T-shirt dans sa poitrine.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Miro Basinas, passionné de botanique, cultive ses plants avec amour. Il ne s'agit ni de fleurs ni de fruits et légumes, mais de marijuana.
Comme c'est un artisan doué et consciencieux, il remporta la prestigieuse Cannabis Cup d'Amsterdam, une véritable consécration qui doit lui ouvrir les portes de la gloire. Dès lors, tout ce que l'univers compte de plus défoncé se met en quête de son produit.
Gangsters, mormons, belle Portugaise enceinte, hommes d'affaires douteux : toux n'ont plus d'yeux que pour Miro. Et biens sûr, les ennuis commencent...
Kev nous parle d’Alice, professeure en histoire de l’art devant superviser un doctorant travaillant sur une sculpture de Louise Bourgeois. Mais plus que de l’oeuvre ou de l’artiste, c’est plutôt de la psyché de la professeure dont il est sujet ici. Cumul I de Kev LambertUne femme qui semble fragile dans une société qui se radicalise, pleine de doutes et de culpabilités pas toujours fondées.
Un livre qui s’égare, se retrouve, se disperse et qui m’a perdu parfois
Louise Bourgeois (1911, France – 2010, États-Unis) Cumul I [1968] Cette sculpture hybride témoigne du va-et-vient de Bourgeois entre des pôles opposés : féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrie. Cumul 1 fait partie d’une série de sculptures en marbre réalisée en Italie. Formées d’excroissances sphériques, leur aspect biomorphique et sensuel peut faire penser à des seins ou à des phallus. Cependant, le titre de l’œuvre fait référence au mot « cumulus » qui désigne la formation de nuages ronds et évoque pour l’artiste quelque chose de paisible. Les formes ovoïdes émergent d’un voile souple et fin dont les multiples plis sont inspirés des drapés baroques du sculpteur Le Bernin (1598-1680), que Bourgeois a pu admirer en Italie.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La nuit a ramené sur les rives du matin un crime inconnu. Dans la chambre bleue au fond de l'appartement, Alice est tirée du lit par un son qui résonne contre le bureau, le plancher, la valise ouverte. Une certitude trouble la happe, ses nerfs déclenchent des signaux. Elle déguste la saveur âpre laissée par l'horreur sur la langue.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La collection (un seul art), créée par Charles Dantzig, est publiée en coédition avec le Centre Pompidou. Durant les cinq ans de fermeture du Centre pour travaux, dix œuvres appartenant aux collections du musée continueront à vivre autrement, sous la plume d’un écrivain. Chacun s’en voit confier une pour en tirer, en écho, en miroir, en communion, une œuvre littéraire. Il n’existe pas de différence fondamentale entre les arts. Tous ne sont que des manières diverses d’abord au sensible et au caché.
Dans Cumul I, Kev Lambert imagine une fiction autour de l’œuvre du même titre de Louise Bourgeois (1911-2010), sculpture hybride de marbre et de bois, dont les formes évoquent aussi bien des phallus que des seins. Et voici donc Alice, qui enseigne l’histoire de l’Art à l’Université, pleine de succès mais tiraillée entre ce qu’elle est et ce qu’elle voudrait être. Ce matin, elle est tracassée par une mauvaise note qu’elle a donnée à un étudiant dont elle a accepté de diriger un travail sur Louise Bourgeois. Cette note la harcèle toute la journée. Elle la met en danger. Elle pense qu’elle manifeste une duplicité en elle. En quoi Alice serait-elle double ? L’angoisse la cerne. Dans le monde violemment opposé aux minorités sexuelles qui vient de se réveiller en rugissant, trouvera-t-elle encore des hormones pour poursuivre son traitement ?
Un bref roman dense, tragique, qui est un éloge de la vulnérabilité.
En commençant cette histoire par la fin, Adeline Dieudonné nous plonge immédiatement dans un malaise qui ne se dissipera pas avant la dernière page tournée… Et bien après encore.Dans la jungle de Adeline DieudonnéCar juste après cette sordide conclusion, commence ce drame que l’on sait inéluctable. Pourtant, les signes sont infimes, la progression insidieuse, et les red-flags ne pourraient sembler évidents qu’à postériori.
Et toute la puissance de ce livre tient dans cette lente progression et dans la faiblesse des signaux.
Une démonstration
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Si le notaire est ému, il n'en laisse rien paraître. Décontraction mesurée, pantalon beige, chemise à carreaux, lunettes à monture légère, la cinquantaine tonique, il descend l'escalier de marbre qui mène à sa salle d'attente la mine affable, concentrée. Il salue d'une poignée de main les deux femmes qui viennent d'entrer, les invite à le suivre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Une jolie villa dans le Brabant wallon, l’été à la mer, l’hiver au ski, deux enfants : Aurélie et Arnaud se sont construit une vie qui leur ressemble. Pourtant, un soir d’été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider.
Adeline Dieudonné rembobine le film de l’histoire de ce couple, du premier regard à la mise en place d’un quotidien bourgeois. À chaque étape, la mécanique prend forme sous nos yeux, insidieuse, inéluctable.
Chronique d’une mise à mort annoncée, ce roman haletant nous entraîne au cœur de la bourgeoisie belge, où il est courant de tutoyer son banquier et où la violence se dissimule derrière les façades de briques blanches.