Un rendez-vous particulier

En 2022, Martina enchainait les Rendez-vous. En 2025, c’est LE rendez-vous ! Toujours accompagnée par ce cher Monsieur qui propose de trouver la force dans des œuvres d’art.

Un rendez-vous particulier de Martina Chyba
L’occasion de rire avec elle de nos paradoxes et de persévérer encore et encore dans cette cinquantaine qui n’est pas tendre, même si elle n’est pas vraiment ferme non plus

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'urologue de mon ami Max est une personne adorable.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À Paris, sur les marches du Sacré-Cœur, j’ai rencontré un homme. Grâce à une erreur sur un site de rencontres. J’ai eu peur que cet inconnu me découpe en rondelles, et que l’on ne retrouve jamais mon corps. Mais j’ai couché avec lui le premier soir et aujourd’hui nous formons un couple. Enfin, nous essayons.

Dans les contes de fées ou les comédies romantiques, les personnages surmontent des obstacles, se rejoignent, cela se termine par un baiser, ils furent heureux et tout et tout. Mais dans la réalité, c’est exactement à ce moment-là que les emmerdements commencent. N’est-ce pas ?

La preuve : un jour, l’homme des marches du Sacré-Cœur me redonne rendez-vous au même endroit et me demande de l’épouser. Je me trouve aspirée dans une histoire faite d’événements follement joyeux, mais aussi infiniment tragiques.

Nous, les quinquas, sommes une génération qui croit qu’elle a toujours 30 ans. Nous vivons en baskets, mais aussi en état de crise. En amour, comme au boulot, nous nous retrouvons parfois sur le marché, alors que nous ne sommes pas encore des légumes. Et terrorisés de finir au compost.

Heureusement, il y a des soirées soupe et des amis. Et pour m’aider, j’ai un psy pas comme les autres. Déjà, il est jeune et beau. Et il ne prescrit pas d’antidépresseurs. Mon thérapeute à moi ne prescrit que des œuvres d’art.

Et vous savez quoi ? Ça marche.

L’héroïne, inspirée du vécu de l’auteure, cumule les rôles et les défis, entre amis, travail, enfants, deuils, années qui passent, soucis de santé et amours compliquées. Avec un seul objectif : rester vivante, toujours. Ce livre, plein d’humour et sans tabous, nous aide à déculpabiliser tout en explorant le pouvoir guérisseur de l’art.

Alyte

Après être passé (un peu péniblement, je l’avoue) sur la gamme chromatique, j’ai réussi à entrer dans cet album qui m’a rapidement emporté. Une histoire où la vie côtoie la mort dans un cycle qui pourrait sembler naturel… s’il n’y avait léthalyte, la route et ses voitures.

Alyte de Jérémie Moreau
Un conte qui remet un peu les pieds sur terre en rappelant la dure réalité des chaînes alimentaires et l’emprise toujours grandissante de l’humain sur son environnement.

Et pourtant, aussi brutale et implacable soit elle, Jérémie Moreau arrive à mettre beaucoup de poésie (un poil mièvre) à cette démonstration

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est temps de retrouver Lymphore, mes enfants.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Soudain, un vacarme vrombissant déchire le crépuscule. Lorsque revient le silence, un crapaud gît sur le bitume. Regroupant ses dernières forces, il porte son chapelet d'oeufs jusqu'aux eaux salvatrices de l'étang - et du seul oeuf indemne éclot un têtard orphelin : Alyte est un survivant. A peine né, et déjà il faut se battre ! échapper aux oiseaux, aux ours et autres dieux du monde de la rivière. Heureusement, un saumon lui montre comment se servir des courants et déjouer les pièges. Ce saumon s'appelle Iode, c'est son premier ami. Plus tard, Alyte rencontrera un chevreau et un aigle ; un hibou, et enfin Axon, le plus vieil arbre de la forêt. Chacun d'eux lui parlera du monde à sa façon, l'éveillant à ses beautés. Et bientôt viendra le temps pour Alyte de prendre soin, à son tour, d'un nouveau chapelet d'oeufs. Il lui faudra alors, comme son père avant lui, franchir la léthalyte. Cette ligne droite qui traverse la forêt et gronde à l'approche des animaux. Cette ligne noire qui les fauche sans raison, face à laquelle le minuscule Alyte n'a presque rien à opposer, sinon son immense soif de vie. Après Le Discours de la panthère, Jérémie Moreau continue son exploration du sauvage qui vit à nos côtés, aussi proche qu'invisible. Parmi la multitude de drames qui s'y jouent, il choisit de mettre en scène le plus redoutable : celui de la confrontation avec un monde humain absurde et aveugle, sa violence mortifère, sans but et sans égards. Avec Alyte, un Jérémie Moreau toujours plus virtuose invite son lecteur à changer son rapport au vivant et entrer, comme ce valeureux crapaud, en résistance.

Indésirable

Sam n’est ni homme ni femme, ou alors et femme et homme. Et lorsqu’iel s’installe dans un petit village de France… ça passe difficilement.

La main à la pâte
Les clés. Ce n'est pas grand-chose, des clés. On en manipule tous les jours, on n'y fait même plus attention, sauf à les perdre ou les oublier. Or les clés que maître Boisrond vient de pousser vers elui sur son immense bureau, Sam ne les considérera jamais comme de simples morceaux de métal dentelés.
Iel n'oubliera jamais ce moment.
Durant le court trajet entre l'étude et la Maison du Disparu, Sam peine à démêler le lacis de sensations qui læ parcourt.
La main à plat sur le mur, iel fait le tour du bâtiment. Puis, d'un geste solennel, ouvre la porte d'entrée. Entre. Chez elui.
Referme la porte.
 ─ Bonjour, la maison.
Indésirable de Erwan Larher
Une histoire pleine de retournements, de renversements… Mais surtout, une écriture géniale qui permet enfin à la langue française de s’adresser à celleux qui ne se retrouvent pas dans une vision par trop binaire.

Un roman qui se lit d’une traite mais qui pêche toutefois par une fin qui m’a semblé inutilement tarabiscotée, comme si l’auteur n’avait, au dernier moment, pas assumé son intention première

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'érotisme des vieilles pierres
Paysage bucolique à tendance bocagère, relief vallonné, revêtement routier récent ─ à l'oreille, probablement un béton bitumineux drainant. Comme sur la plupart des voies carrossables hors agglomération, la vitesse maximale autorisée insulte la puissance, la tenue de route et les équipements de sécurité des automobiles récentes. Ces vingt dernières minutes, Sam a failli se faire flagrant délinquer deux fois par des radars mobiles de type Vitronic PoliScan F1 HP. Et maintenant que le moindre quidam à penchants délateurs peut prêter serment pour moucharder ses semblables, rien ne dit qu'un radar embarqué, dont sont friands les collecteurs de taxes, n'ait pas croisé sa trajectoire infractionnelle.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand Sam Zabriski s'installe à Saint-Airy, dans la maison dite «du Disparu», le destin de ce village rural au riche passé historique bascule.
Ici, on se méfie un peu des étrangers. Ici, on décatit très bien entre-soi. Ici, on a des certitudes, dont celle que l'humanité se compose d'hommes et de femmes. Or impossible de deviner à quel genre appartient Sam, par ailleurs énigmatique quant à son passé. L'incertitude et l'inconnu dérangent, les passion s'exaltent, les tensions s'aiguisent. Après quelques escarmouches, la guerre est bientôt déclarée. Personne n'en sortira indemne.
Roman noir, roman politique, étude de mœurs, Indésirable déroule cinq années de la vie d'un microcosme perturbé par l'arrivée d'un corps étranger. Et forge une langue pour exprimer le dissemblable.

De bouche à bouches

Est-ce à cause des couleurs un peu froides de la couverture ou de son personnage guère attachant ? Cette appétissante histoire ne m’a pas vraiment emporté et je n’ai pas vraiment réussi à en goûter toutes ses alléchantes recettes.

De bouche à bouches de Chantal Pelletier
Une histoire pour les gourmets. Celle d’une femme qui a perdu le goût et ne cesse de tenter de retrouver les saveurs de la vie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Tu n'aurais pas dû !
Crispé sur son volant, il ressassait ça sur la petite route des crêtes en faisant la gueule au pare-brise.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jeune photographe égoïste et immature perd le goût à la suite d'un accident. Bouleversée, elle abandonne ce qui faisait jusqu'alors sa vie et se sauve au bout du monde. Arpentant les étals des marchés, elle palpe, inspecte, renifle les délices qui s'offrent à elle et finit par s'initier à la cuisine, et, surtout, au bonheur de nourrir. En emplissant le ventre des autres de plats qu'elle invente et mitonne sans relâche, elle apprend à donner et à recevoir, à désirer et à aimer.
Chantal Pelletier évoque avec audace les plaisirs des sens dans ce roman qui met l'eau à la bouche.

Une brève introduction à la conscience : réflexion sur le soi, le libre-arbitre et l’expérience du monde

Voilà un bien un bouquin qui m’a fait réfléchir un peu plus loin que prévu pour finir par me perdre un peu… avec beaucoup de plaisir.

Une brève introduction à la conscience : réflexion sur le soi, le libre-arbitre et l’expérience du monde de Annaka Harris, trad. de Anne Lemoine
Car si la conscience est absolument indéniable (je la vis et la ressens présentement !), elle est pourtant bien moins palpable et évidente que la matière.

Qui suis-je ? Qu’en est-il de mon libre arbitre ? Ma conscience ne sert-elle qu’à valider, justifier et apporter un peu de cohérence ?

Et les animaux sont-ils les seuls détenteurs d’une conscience ? Les vers de terre ? Et les mousses, les unicellulaires, le non-vivant, l’univers ?

Mais alors ? C’est quoi ?

Vertigineux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Notre expérience de la conscience est profondément intrinsèque à ce que nous sommes, au point que nous remarquons rarement le mystère qui se joue en nous.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Qu’est-ce que la conscience ?
Comment apparaît-elle ?
Pourquoi existe-t-elle ?
Est-elle une illusion ou, au contraire, une propriété de la matière ?
L’existence même de la conscience soulève des questions innombrables et profondes.

Nous considérons souvent la conscience comme une aptitude exclusivement humaine qui nous permet de faire l’expérience du monde. Mais pourrait-elle être en réalité inhérente à tout être vivant ? Un tournesol, par exemple, fait-il preuve de conscience lorsqu’il suit la course du Soleil ? Cette faculté se limite-t-elle à la capacité de perception d’un stimulus ou est-elle davantage que cela ? Pourrait-elle émerger d’une intelligence artificielle ? Est-ce déjà le cas ?

Dans ce petit livre accessible à tous, Annaka Harris nous guide à travers les théories et les découvertes scientifiques les plus récentes qui tentent de percer le mystère de la conscience. Elle revient notamment sur la question du panpsychisme, selon lequel toute matière serait imprégnée de conscience. Ce best-seller traduit en 8 langues questionne nos idées reçues sur la conscience, et nous invite à y réfléchir librement, pour autant que nous en soyons capables.

Je laisserai le lit défait

Avec ces quelques petites histoires qui vont du chaud au tiède, Léna nous raconte quelques aventures et passions qui l’ont marquée. Comme un journal, pour s’en souvenir, revivre encore.

Je laisserai le lit défait de Léa Grosson (Léa Celle qui aimait)
Libre et joueuse elle nous raconte une sexualité sans tabous, joyeuse et entraînante.

Premier tome d’une trilogie, Je laisserais le lit défait, marque le début d’une autrice qui performe sur les réseaux sociaux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Bouge, bouge, bouge ! Léna ! On va être en retard !
─ OUI ! Deux secondes putain.

Mes potes me saoulent, toujours à me hurler dessus, quelle idée d'être la seule fille de la bande. Je suis speed, mais j'arrive quand même à mettre du mascara sans déborder.

Je me regarde dans le miroir, va savoir pourquoi il y a des jours où je me trouve belle. J'ouvre un peu ma chemise pour offrir une jolie vue sur la dentelle de mon body noir, j'enfile mes bottines et allons-y. On débaroule à toute vitesse dans la cage d'escalier, on n'est vraiment pas en avance.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Entre le recueil de nouvelles et le roman, dans ce livre, c'est Léna qui vous embarque avec elle dans ses aventures, à la rencontre de 5 personnes qui ont éveillé et construit sa sexualité. "Je laisserai le lit défait" est le premier tome de cette trilogie érotique.

Léa Grosson est une autrice érotique. Son écriture est empreinte de réalisme, parfois très crue, Léa n'a pas peur des mots. Ses nouvelles comportent toujours un message qui permet de remettre en question son rapport à la sexualité, aux fantasmes, aux corps et à l'amour. Selon elle, la lecture érotique est un voyage rempli de découvertes où l'on voit naître en soi des désirs insoupçonnés.

Comtesse

Premier tome de la collection BD-Cul des Requins marteaux, cette Comtesse est absolument charmante.

Comtesse de Aude Picault
Une petite bd à l’allure d’un pulp qui à pourtant la délicatesse d’un fruit tropical juste sucré par le soleil.Un album qui illustre à la perfection que parfois un dessin remplace cent-mille mots

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est des terres chaudes et humides où je mettrais bien le doigt.
Ferdinand Magellan


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La Comtesse est une jeune femme ignorante des mystères du sexe.
C’est toute fraîche et vierge qu’elle s’apprête à passer sa nuit de noces.
Son mari, vieux, moche et rabougri la laisse au matin écœurée à jamais du plaisir en chambre…
À jamais ? 
C’est sans compter sur la fougue de son personnel de maison !
Dès que son époux quitte le château, le valet, de ses assauts répétés, ramènera bien vite le rouge aux joues de la Comtesse

Touriste de bananes

Paradoxalement, la fatigue est un fréquent moteur de l’action chez Simenon. La fatigue d’un couple, des responsabilités, de la pauvreté… ou même parfois, juste l’ennui.

Donadieu se raidissait. Il s'était raidi toute sa vie, contre sa faiblesse physique quand il était gamin, contre le vertige quand il travaillait au barrage, puis contre le dégoût quand il avait été plongé de force dans le drame qui avait détruit sa famille.
Pourquoi n'y avait-il pas quelqu'un, un seul homme, pour lui parler simplement et pour comprendre son espoir ?
Non ! il n'avait pas de compte en banque et il ne pouvait espérer qu'on lui enverrait de l'argent. Mais il n'espérait pas non plus qu'il allait vivre nu dans un paradis terrestre où il n'aurait qu'à se baisser pour trouver sa nourriture.
Il voulait fuir les hommes et vivre d'une vie simple, labourer peut-être, apprendre comme les indigènes, à capturer les poissons au harpon...
Il possédait encore cinq mille francs. Qu'est-ce qui l'empêcherait d'acheter une petite terre et de la mettre en valeur ?
Touriste de bananes de Georges Simenon
Et Oscar est épuisé, il ne souhaite plus que fuir, seul, sur une île et y vivre de la pêche et de ses récoltes. Y trouverait-il le repos ?

Une suite du Testament Donnadieu qui signe la fin de la désagrégation de cette famille

Tous les romans durs de Simenon
31. Touriste de bananes
30. Le suspect 32. Les trois crimes de mes amis
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y avait trente-sept jours que le bateau, qui s'appelait l’Île-de-Ré, avait quitté Marseille ; on était parti qu'il gelait et tous les passagers, sauf deux, avaient été malades en sortant de Gibraltar ; après la monotonie des houles de l'Atlantique, on s'était ébroué dans les bals Doudou de la Guadeloupe et le missionnaire des secondes classes lui-même avait revêtu un costume civil pour accompagner la famille Nicou à Panama, les dames avaient acheté des parfums qui y sont meilleur marché que partout, et on avait déjeuné sur le pont en traversant le canal, car c'est la tradition ; on approchait des antipodes ; on avait aperçu de loin les Galapagos, photographié des pélicans et des poissons volants ; Muselli, l'administrateur de première classe qui jouait de la guitare hawaïenne, avait acheté une tête d'Indien réduite à la grosseur d'un poing d'enfant ; on était à l'autre bout du monde, à cisailler patiemment, avec un ronron de machine-outil, l'eau trop lisse et trop brillante du Pacifique qui forçait à porter des verres fumés ; le trait qui, sur la carte, dans le salon des premières, s'allongeait chaque jour, toucherait bientôt aux points minuscules des Marquises ; il y avait trente-sept jours qu'on n'était plus en France, ni nulle part.
Et pourtant c'était dimanche.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Oscar, vingt-cinq ans, fils d'une grande famille laminée par un drame, arrive à Papeete pour, croit-il, s'isoler dans une nature vierge des hypocrisies du monde. Il est un « touriste de bananes », l'un de ces idéalistes méprisés des Blancs locaux et que l'on retrouve un jour desséché dans la jungle.
A Tahiti comme ailleurs, on s'arrange, on s'amuse, on trahit et l'on raille. Des hommes tuent, d'autres meurent. Oscar qui fuyait va croiser son destin. Il se trouve dans une chambre, près d'une femme, au Relais des Méridiens...

Le roman Touriste de bananes prolonge la tragique saga de la famille Donadieu, richissimes armateurs de La Rochelle, entamée dans Le testament Donadieu.

L’assignation : les Noirs n’existent pas

Difficile d’écrire à chaud une critique de ce petit essai-récit. D’autant plus difficile en tant qu’homme blanc, hétéro-cis n’ayant jamais à subir quelque discrimination en raison de ma religion, couleur, sexualité, genre, sexe, apparence ou appartenance.

« Qui est cette Noire au nom de Blanc ? »
Avec un nom comme le mien, on se retrouve souvent dans des situations où l'interlocuteur qui vous fait face doit trouver des raisons cachées pour justifier de ne pas vous louer l'appartement qui, pourtant, au téléphone, vous semblait promis. Avec un nom comme le mien, il faut qu'un employeur déploie des trésors d'invention pour justifier de ne pas vous embaucher alors que la lettre de motivation, à laquelle vous n'aviez pas joint de photo, semblait parfaitement correspondre au poste. Avec un nom comme le mien, il arrive souvent que l'on dise : « Ah, c'est drôle, je ne vous voyais pas comme ça. »
L’assignation : les Noirs n’existent pas de Tania de Montaigne
Mais qu’est-ce que cette assignation dont parle Tania de Montaigne ? Si ce n’est ce réflexe de mettre toutes et tous dans le même panier en fonction d’un unique critère, au choix : les Femmes, les Noirs, les Juifs, les Musulmans, les Homosexuels…

Un texte court, mais point trop n’en faut pour être clair et ouvrir une porte à un peu plus de réflexion sur le racisme et de l’un de ses pendants récent, la question de l’appropriation culturelle. A qui appartient une culture ? Comment pourrais-je, par ma couleur de peau, mon genre, sexe ou ma religion… automatiquement être assigné à une culture ?

Bien des questions qui vont me démanger encore un moment

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Et vous, en tant que Noire, qu'est-ce que vous en pensez ?
Été 2016. Une journaliste française souhaite avoir mon avis sur un sujet brûlant: Katy Perry, chanteuse pop américaine blanche, interprète du fameux I Kissed A Girl, s'est fait des tresses africaines. Katy Perry s'est fait des tresses. Il s'agit là d'un cas manifeste « d'appropriation culturelle », du moins c'est ce qu'en pensent des associations qui se sont senties profondément choquées par ce choix « déplacé et irrespectueux à l'égard de la culture Noire ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans ce récit bref, puissant et personnel, Tania de Montaigne revient sur son parcours pour interroger une société où le racisme et l'antiracisme se répondent désormais avec le même langage.

« Trois jeunes femmes étaient assises, non loin de moi, dans un restaurant. L'une a dit : "Je n'ai jamais couché avec un...enfin tu vois...un Jaune". "Moi, c'est avec un Noir que je n'ai jamais couché" a dit la seconde. "Faut dire qu'ils sont équipés!" a renchéri la troisième, "Les Noires, elles, elles peuvent, elles ont des grands vagins." "Ah bon ?" a dit la seconde. "Bah, oui, c'est comme pour les femmes... enfin... les Asiatiques, elles ont des sexes plus courts, c'est prévu pour." Ce jour-là, j'ai donc appris que, comme toutes les Noires, j'avais un grand sexe.

Oui, mais qu'est-ce qu'une Noire ?

J'essaie de me souvenir du temps où je n'étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Un adjectif, pas un nom. Une simple couleur. Je passe en revue les souvenirs, la cité, l'école, les premiers boulots...Mais dans toutes ces images, je suis déjà Noire.
Alors, qu'est-ce qu'une Noire? D'ailleurs, est-ce que ça existe ?

Et si les Noirs (et tous ceux dont on peut parler en ayant l'illusion qu'en mettant une majuscule on a tout dit d'eux) n'existaient pas ? »

Les anneaux de Bicêtre

Un homme fait un avc et se retrouve hémiplégique à l’hôpital pour de longues semaines de convalescence et de rééducation. L’occasion pour lui de tirer un bilan de sa vie, bien remplie mais de laquelle il semble désormais totalement se dissocier.

Il n'y a rien d'autre ce jour-là. Rien que la mention qu'il a écrite avec application dans l'agenda :
Pourtant, ils vivent!
Il vit aussi. Cette nuit, il n'aura pas Joséfa à côté de son lit, seulement un bouton à portée de la main pour le cas où il serait saisi de panique. Car il est susceptible de panique. Deux fois dans sa vie, il s'est senti en harmonie avec la nature. Deux fois, il s'est presque fondu en elle.
Il en était imprégné. Il en faisait partie.
Les deux fois, il a eu peur !
La première fois, c'était sur les bords de la Loire, dans le décor le plus doux et le plus rassurant qui soit, la seconde dans une Méditerranée de carte postale, lumineuse et limpide.
Sur la Loire, où un homme coiffé d'un chapeau de paille pêchait à la ligne, il a suffi d'un nuage et d'un courant d'air frais. A Porquerolles, rien que de regarder le rivage qui semblait s'éloigner avait suffi pour que sa gorge se serre et qu'il ne pense plus qu'à fuir.
Est-ce cela qu'Hélène a compris jadis ?
 ─ Bonsoir, mon petit René...
Ses camarades, au lycée Guy-de-Maupassant, lui criaient :
 ─ Couillon!
Il a cinquante-quatre ans et en s'endormant, ce soir, il se demandera si on devient jamais une grande personne.
Les anneaux de Bicêtre de Georges Simenon
Alors, oui, c’est bien écrit, je peux même comprendre les bonnes critiques… Mais c’est long, il ne se passe rien, c’est plat, fade.

Certes, c’est possiblement ce que voulait faire passer Simenon, mais à trop bien réussir, il en a fait un livre écrasant d’ennui

Tous les romans durs de Simenon
101. Les anneaux de Bicêtre
100. La porte (à lire) 102. La chambre bleue
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Huit heures du soir. Pour des millions d'humains, chacun dans sa case, dans le petit monde qu'il s'est créé ou qu'il subit, une journée bien déterminée s'achève, froide et brumeuse, celle du mercredi 3 février.
Pour René Maugras, il n'y a pas d'heure ni de jour et ce n'est que plus tard que la question du temps écoulé le tracassera. Il est encore tout au fond d'un trou aussi obscur que les abysses des océans, sans contact avec l'univers extérieur. Son bras droit, pourtant, à son insu, commence à s'agiter d'une façon spasmodique, cependant que sa joue se gonfle comiquement à chaque expiration.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Introspection et rédemption

René Maugras, un des magnats de la presse parisienne, tombe foudroyé après un déjeuner au Grand Véfour où, chaque mois, il retrouve les amis de ses débuts, tous également devenus des célébrités dans leur domaine. Maugras, paralysé et privé de l'usage de la parole, est hospitalisé à Bicêtre sous la surveillance du grand neurologue Audoire...