C’était ça ou mourir

Impossible de lire ce livre sans repenser à cette polémique : Thélyson Orélien ou AI ? Et comme nous n’aurons certainement jamais de réponse, comme le sceau du doute restera toujours sur ce livre (et pire, sur son auteur), il me semble nécessaire de revenir au livre ! Et, quel livre !

Je le jure, ce jour-là, j'ai vraiment cru que c'était enfin fini. Que j'avais franchi la ligne. Que j'étais devenu un homme normal dans un pays normal avec des papiers normaux. J'avais passé la grille, le soleil de Matamoros avait été remplacé par la fraîcheur sèche de Brownsville. L'air lui-même avait changé de goût. Il sentait le plastique neuf, le café tiède, la climatisation réglée trop bas les chaussures fermées. Oui, même les chaussures des gens ont une autre odeur une fois que tu passes cette frontière. Je me suis demandé si l'Amérique désinfectait ses semelles avant de nous recevoir.
C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien
Un livre pour entendre la douleur de l’exil, la violence du voyage, l’inhumanité des procédures, la brutalité des frontières, le dénuement total, la perte d’identité, la guerre, la misère, l’abus de faiblesse, la monétisation de la fragilité…

Et dépendre finalement de l’humeur d’un douanier ou du code d’un algorithme

MàJ à 21h après la confirmation de la maison d’édition canadienne de l’utilisation d’outils d’AI. : Ben zut alors ! Un si bon roman, une telle histoire… C’est nul Monsieur Orélien, votre histoire est bien montée, elle est pareille à un témoignage sur tout ce que traversent les migrants. Si c’eut été une bluette sentimentale, j’aurais compris. Mais là, c’est doublement dommage.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vous jure, ce jour-là, j'ai ri. Oui, moi, Jonas Dorléon, fils de Marthe la couturière et de Dieudonné le pêcheur fainéant, né à Carrefour-Feuilles, élevé au goût du sel, du rhum clair et de l'école publique, j'ai ri comme un idiot, un imbécile fini, un fou à l'élastique trop tendu. Pas un rire joyeux ni même un rire nerveux comme celui qu'on pousse quand on évite une bouse de vache dans la rue. Un rire sec, maigre, tordu comme un arbre qui a grandi dans une ruelle sans soleil. J'ai ri pendant que ma maison flambait, pendant que la voisine lançait des seaux d'eau dans le vide, pendant que les petits criaient « Manman ! », comme si leur mère avait le pouvoir d'arrêter les balles qui fusaient tout autour. J'ai ri, parce que je savais que, si je ne riais pas, j'allais hurler, me pisser dessus, ou courir droit vers une balle, pour en finir une fois pour toutes. Et j'étais trop lâche pour mourir dignement.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand dans les rues de Carrefour-Feuilles les coups de feu et les flammes le somment de partir, Jonas Dorléon n’emporte presque rien : son diplôme, un cahier de poèmes, une photo de sa mère et un slip propre. Sa vie entière dans un sac de plastique.
Se réfugiant d’abord du côté dominicain de la frontière, il attend dans l’antichambre d’Haïti que les choses se calment. Sauf que les choses ne se calment pas. Il faut marcher, encore, toujours. Devenir un migrant. Du Brésil au Mexique, il enfile les kilomètres, serrant toujours son sac de plastique contre lui, tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt dans les profondeurs de la jungle avec d’autres sans-papiers qui, autour de lui, tombent les uns après les autres. Quand enfin il atteint la frontière des États-Unis, ce sont les agents de l’ICE qui l’attendent. Jonas n’a plus qu’un objectif : quitter ce pays qui n’a rien de « great again » et gagner le Canada par le chemin Roxham, cette voie salutaire dont il a tant entendu parler.
La plume foisonnante et poétique de Thélyson Orélien fait jaillir la beauté dans les zones les plus sombres de l’expérience humaine. Il parle la langue de l’exil, cette langue qui s’apprend « sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau ». Surtout, il révèle une Amérique terrible et violente sur laquelle notre regard doit s’attarder.

Fille de

Voilà un premier roman fort prometteur. Un page turner bien difficile à poser qui se dévore en un souffle.

Richard avait raison, il ne pouvait pas en être autrement. Christian Monnay avait écrit d'autres grands romans qui dormaient à présent dans son ordinateur. C'est peut-être cette conviction qui m'a donné le courage de lui poser la question. C'était le moment d'aller au bout de tout ça.
« Et s'il n'y avait rien ?
 - Que veux-tu dire ?
 - S'il ne t'avait rien donné pendant toutes ces années parce qu'il n'écrivait plus? »
Richard a éclaté de rire. « Et qu'est-ce qu'il faisait, alors, enfermé dans son bureau ? Et nos conversations tellement vivantes, stimulantes ?
J'ai ri moi aussi.
« Mais imaginons », ai-je insisté. Richard a retrouvé son sérieux.
« Dans ce cas, au mieux, vous ne pourriez pas garder la maison. »
J'ai compris que je ne contrôlais plus la situation.
Fille de de Anne Pitteloud
L’histoire d’un héritage bien difficile à gérer. Celui d’un père écrivain laissant des pages vides et des dettes avec une mère qui perd la tête et un couple en difficultés.

Une fuite en avant dès les premières pages

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vais tout arrêter.
Quinze heures. La pluie enveloppe la vieille maison d'une bulle de douceur et j'ai enfin terminé. Tour à l'heure, je posterai cette confession et puis j'irai parler à Richard pour qu'il se prépare à répondre aux journalistes. Je lui dois bien ça. Par moments, il a un tiroir-caisse à la place du cœur, mais il a du flair et c'est un bon lecteur. Donc un bon éditeur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le légendaire écrivain Christian Monnay s’est éteint, laissant derrière lui trente ans de silence et une pile de manuscrits inédits. Pour sa veuve aveugle, ils sont la promesse d’une ultime rencontre avec le génie de son mari.
Mais en ouvrant ces manuscrits, leur fille Chloé est atterrée. Ils sont vides ! Pour éviter de briser le cœur de sa mère, elle commet l’irréparable : elle lui lit son propre roman, celui qu’elle écrit en secret, en le faisant passer pour celui du grand homme. Le piège se referme lorsque l’œuvre, jugée magistrale, est publiée. Chloé devient alors le fantôme de son propre talent, dépossédée de son identité et de son œuvre. Est-elle condamnée à rester à jamais la « fille de » ?
Dans ce premier roman à l’intrigue tendue, Anne Pitteloud fait le récit saisissant d’un héritage toxique. Réflexion sur la création et le poids de l’imposture, Fille de est l’histoire poignante d’une femme en quête de sa propre voix.

Carnes

Un livre sur le corps, le sexe, la jeunesse et la solitude où le besoin se confond avec le désir.

Pour le fuir, il faut lever la tête, regarder vers les dieux, le seul moyen d'anéantir le bruit canin. Pour le fuir, il faut croire. Une fois dépassé, il ne reste de cet homme qu'un dernier cadeau, le franchement tié belle, le verso du chien : la franchise.
Aimer Marseille, c'est aimer l'homme qui ne s'écarte pas de ton chemin, celui qui te fonce dessus, refuse ostensiblement de se décaler pour toi. Aimer celui qui t'indique, en te rentrant dedans, car il va droit, tout droit, que quand il veut, il écrase, il tue, que contourner, c'est renoncer à ce qu'il a de plus franc. Sa queue.
Carnes de Esther Teillard
Une lecture pénible, âpre, dans la viande.

Carnes c’est la confrontation des sexes comme un combat aux ressorts économiques : je prends, je donne. Mais c’est aussi des règles qui changent selon les lieux ou les milieux sociaux… Les rues de Marseille ne ressemblent pas aux couloirs de la Sorbonne

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Crachats, fientes et taches de sperme, le boulevard de la Villette est un flux continu de dégueulasseries. Il est plat, taillé pièce pour les vieilles putes chinoises qui tapinent 24/24, goudronné rien que pour elles. Elles ont la même tenue, toutes, sans exception, jupe patineuse, doudoune cintrée sans manches et cuissardes en hiver, robe fleurie en été. Elles ont les cheveux longs, du rouge à lèvres cerise, des lunettes de vue carrées. Elles sont vieilles, les plus jeunes doivent avoir dans les quarante-cinq.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Le désir humilie et traverse les âges. Il te harcelait au collège. Il attend que tu te pendes dans ta chambre pour lui échapper. Pas de mot pour les proches, juste la corde et le cou cassé. »

Acceptée aux Beaux-Arts de Cergy, la narratrice de Carnes quitte son Marseille natal pour le Nord-Ouest parisien. Un nouveau monde lui tend les bras, plus sororal, moins volcanique, où les débats sur l’inclusivité ont remplacé les sifflets misogynes.
Mais où va se nicher la violence quand elle craint de dire son nom ?
Cagoles, prostituées chinoises, étudiantes vénéneuses et amants insensibles : Carnes dresse un état des lieux brûlant de la vulgate féministe bourgeoise et de la manière dont la violence patriarcale subsiste derrière les postures de vertu.

Saman

Saman semble parler de tant de sujets qu’il a fini par me perdre. De la brutalité de l’argent et du pouvoir tant sur des plateformes pétrolières, de l’appropriation des terres des paysans, de la corruption de la police et de la justice, des tabous religieux et sexuels, du désir et du patriarcat…

Quant à moi, il m'avait exilée dans cette ville. Et ici, la nuit, il m'a attachée au lit et donné mes deux premières leçons d'amour. Voici ses enseignements: Premièrement. Seul l'homme est autorisé à approcher la femme. Une femme qui court après un homme est à coup sûr une putain. Deuxièmement. La femme offrira son corps à l'homme qui en est digne, et cet homme l'entretiendra avec ses biens propres. C'est ce qu'on appelait le mariage. Plus tard, à l'âge adulte, le mariage m'apparaîtrait comme le comble de l'hypocrisie, de la prostitution qui ne dit pas son nom.
Saman de Ayu Utami, traduction de Élisabeth D. Inandiak
La liberté est-elle possible ici ?

Laila, Yasmin et Tala espèrent encore.

Un livre un peu brouillon qui, à tout vouloir embrasser, disperse son propos

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Dans ce parc, je suis un oiseau. Qui a volé des miles et des miles loin d'un pays qui ne connaît pas les saisons, un oiseau migrateur à la recherche du printemps, là où l'on peut sentir le parfum de l'herbe et des arbres dont jamais nous ne saurons ni le nom, ni l'âge.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Vivre et aimer librement, est-ce possible pour Laila, Yasmin et Tala, trois jeunes Indonésiennes déterminées à prendre leur destin et leur pays en main ? Tout commence par un accident dramatique sur une plate-forme pétrolière. Laila, Yasmin et Saman, un jeune prêtre, se battent pour que les responsables soient jugés. Et soudain, alors que la révolte s'organise, Saman disparaît, victime d'un complot et d'enjeux qui le dépassent. Quant à Laila, lors de la tragédie sur la plate-forme, elle découvre l'amour. Pour être libre, elle part à New York, chez Tala, qui a déjà choisi d'émigrer. Loin de ses repères, Laila va faire face aux doutes et aux obstacles. Pour elle, comme pour Tala et Yasmin, concilier son désir de femme et la dure réalité des hommes s'avère un défi acharné. Un roman puissant, envoûtant, sans tabous religieux, politiques ou sexuels. Les parcours croisés de ces femmes sont autant de visages de jeunes Indonésiennes modernes, imprégnées par leurs traditions mais passionnément éprises de liberté.

La vie secrète des arbres

Peter Wohlleben connait bien les arbres. Et bien les connaître, c’est en savoir un peu plus. C’est aussi leurs relations souterraines, leur vie intime, leurs collaborations avec les champignons, la forêt… Un arbre n’est jamais seul.

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben, scénario de Fred Bernard, Illustrations de Benjamin Flao, traduction de Corinne Tresca
Cette superbe adaptation en bande dessinée de Fred Bernard met en valeur un texte (que j’avoue ne pas encore avoir lu) qui permet de mieux saisir l’importance de comprendre la forêt pour mieux la protéger… de nous

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La forêt...
Sa beauté m'a toujours fasciné. Étrange mélange de puissance et de délicatesse, monde végétal plein de recoins et de mystères...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Peter Wohlleben est le forestier le plus célèbre du monde, auteur du best-seller La Vie secrète des arbres, traduit dans plus de quarante langues. Ce livre est son histoire.
Avec un formidable talent de conteur, il nous plonge dans l'intimité des arbres, jusqu'à leurs racines. Au fil des pages, il nous entraîne à la découverte de l'extraordinaire fonctionnement de la forêt : comment les arbres interagissent, communiquent, se déplacent et se défendent.
La Vie secrète des arbres nous donne accès à un monde merveilleux mais fragile.
Protéger les arbres, c'est protéger l'humanité tout entière.

Acki

Dieter et Volker partent en weekend retrouver Acki dans ce qui ressemble fortement à une attente de Godot.

Acki de Max Baitinger, traduction de Elisabeth Willenz
Ce roman graphique présente une histoire bien légère mais brille par ses graphismes monochromes. Un album en mouvement avec des trouvailles ingénieuses mais qui pêche malgré tout par son manque de contenu

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Kepepepep !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dietz, la quarantaine, père de famille, est ingénieur et prof de Judo. Un été, il embarque Volker, musicien apathique et cleptomane notoire, dans un road trip direction Leipzig pour rejoindre Acki. Dès le début, le tant attendu week-end de retrouvailles déraille quand leur vieux copain d’enfance demeure introuvable.

Depuis leur chambre d’hôtel, les recherches s’organisent. La visite au musée dérive vers la tournée des bars, le duo insolite vagabonde dans le dédale des rues de Leipzig à la recherche d’Acki, mais ils n’ont pas son adresse actuelle et celui-ci reste aux abonnés absents.

Dans sa nouvelle bande dessinée, Max Baitinger questionne la survivance de l’amitié dans la durée, l’absurdité et la fragilité des choses qui nous lient. Dietz incarne la ténacité de ceux qui s’accrochent au passé, insensible au temps qui passe et change les relations. Le personnage, en voulant réunir le triangle amical original, poursuit une chimère, un doux rêve, qui ne le fera pourtant pas revenir à ses jeunes années.

Acki est porté par des dialogues facétieux et une certaine poésie de l’errance. Le style Baitinger, insiste sur la fluidité des mouvements, la distorsion des corps et la vitesse du monde. Ce livre confirme, s’il le fallait encore, que son auteur appartient à une nouvelle génération allemande qui fait, littéralement, bouger les lignes.

Championne

Championne impressionne immédiatement par son style, ses phrases longues comme la page, son rythme effréné, dans le cardio, tout du long.

Vous savez, j'ai appris durant ma petite vie, de l'enfance à ma jeunesse, que les mots, le langage pouvaient aussi être un abri, que savoir dire dans sa tête ce que l'on ressent avec les mots justes, avec la grammaire juste, avec l'image juste, image que je compare à de l'or, à une poudre d'or ajoutée à la structure d'une phrase, d'une pensée, l'image donne de la magie à un discours je trouve, elle le poétise, elle invite le ciel dans son fil, je disais donc que savoir dire est savoir protéger, que le langage peut être un abri et il peut être une arme aussi, si l'on a les mots on peut rendre les coups, les mots ne laissent pas de bleus sur la peau mais ils peuvent gifler le cœur, gifler l'esprit, je veux signifier qu'un simple mot peut mettre à terre son ennemi, peut le dissuader aussi de vous faire à nouveau du mal ; moi j'ai les mots en moi, pour moi mais ils ne parviennent pas à sortir quand ma famille me fait du mal parce que je suis encore liée à eux en raison de la culpabilité, de la soumission parfois et aussi par des petits filaments d'amour qui sont restés, je ne parviens pas à les couper parce qu'ils sont difficiles à couper mais je sais que je vais y arriver et surtout je sais qu'il faut les couper, pour me libérer, pour me sauver.
Championne de Nina Bouraoui
L’histoire d’une jeune fille confrontée à la violence du père et à l’amour bancal de la mère. Et qui frappe les balles de tennis contre le mur pour canaliser la colère et la violence.

Les balles suffiront-elles ?

Un récit hypnotique entre colère et culpabilité qui revient sans cesse sur lui-même et tente désespérément de trouver une issue

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vais vous raconter comment je vais devenir championne, comment je m'entraîne, comment je frappe contre un mur pendant des heures, comment mes mouvements sont des obsessions, de la raquette à la balle, de la balle au mur qui la renvoie, et comment je répète, je redresse, je corrige à l'infini jusqu'à la presque perfection puisque la perfection n'existe pas, cela me rend triste, très triste, l'espoir de la perfection rendrait mon existence plus heureuse, plus facile, cela voudrait dire qu'un jour cessera l'entraînement et la honte de ne pas être la meilleure ; la perfection reviendrait à me libérer, mais comme elle n'existe pas, cette perfection, ma vie risque de ne pas changer, de s'enliser, de m'emporter dans ses torrents de boue, ses torrents de défaite, ses torrents de déception, ses torrents de non-amour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jeune fille, au pied de son immeuble, s’entraîne contre un mur. Elle frappe la balle avec sa raquette, inlassablement, pour fuir la folie de son pays et de sa famille, pour échapper à la colère de son père, à l’amour en désordre de sa mère, à la pâleur de sa soeur. Elle frappe et en elle les mots se bousculent : elle butte contre une faute qu’il lui faut avouer pour grandir et rêver à la femme qu’elle deviendra, qui s’aimera et aimera, qui se sera gagnée, elle.
Nina Bouraoui signe un roman ensorcelant, hypnotique, la confession d’une jeune fille en feu, qui a le don des mots et un regard qui saisit chaque sentiment pour l’explorer, chaque geste pour dire le désir et la beauté.

Solo tu

Ouvrir Solo tu c’est comme se retrouver en un instant en Italie. Après un petit séjour dans le monde alcoolisé de la nuit romaine, c’est embrasser la chaleur et le soleil des Pouilles et plonger dans la mer adriatique.

Lorsque, au réveil, il se voit dans le miroir, les poches sous les yeux sont gonflées et violacées. Ses lèvres pleines n'ont plus l'intensité rouge brillant de la jeunesse, prêtes à embrasser n'importe qui, et ses cheveux sont ternes et gras.
À l'aube des années 1980, Gianni a perdu de sa splendeur. Les beaux habits n'arrangent rien. L'odeur de sa sueur alcoolisée ne part pas au lavage. Les parfums aspergés ne masquent plus le désastre qui s'est emparé de son corps. Il serait temps pour lui de quitter la scène.
Solo tu de Philippe Fusaro
Et la cuisine !

Un voyage avec la chemise ouverte et les cheveux au vent, une histoire d’amitié et de rencontres.

Un livre émouvant porté par une écriture délicate

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le Piper Club, via Tagliamento 9, demeure inchangé depuis ses débuts en 1965. D'autres boîtes de nuit ont poussé dans Rome, copié son style ou tenté de le dépasser, mais le Piper reste le Piper. Un roi en son domaine. La file devant le club s'étend le long du trottoir sur des centaines de mètres et ne s'épuise qu'à deux ou trois heures du matin.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Rome, début des années 1980. Le mythique Piper Club, où se sont produits les plus grands chanteurs italiens, n’est plus ce qu’il était. Gianni, un dandy fatigué, devenu, au fil des années, un élément du décor, y traîne son désenchantement. Au point de laisser Carmela, la pétulante compagne du bassiste punk se produisant ce soir-là, lui confier son petit Giacomo le temps du concert, alors qu’il déteste le punk… et n’est pas supposé savoir y faire avec les enfants.
Mais, quand la jeune femme lui propose de les retrouver pour boire un café le lendemain, avant leur départ dans les Pouilles, il ne dit pas non. Et ne décline pas non plus son invitation d’aller les voir en septembre : « il fera bon et la mer sera encore chaude, lui dit-elle. Cela te fera du bien. Avec Giacomo, nous allons te remettre sur pied. » Et se remettre sur pied, il en a bien besoin : ses réveils, dans les brumes de l’alcool, sont de plus en plus difficiles, de même que ses regrets sont lancinants, d’avoir raté un nouveau départ avec Nico, une fille solaire, qu’il n’a pas su aimer.
Le voilà à Polignano a Mare, balcon sur l’Adriatique, dans la lumière éclatante d’un été qui semble ne jamais vouloir finir. Giacomo l’a accueilli en se jetant à son cou, Carmela – qui à Rome avait spontanément accordé sa confiance au fêtard invétéré dont la réputation le précédait – lui ouvre grand les portes de sa maison suspendue sur la mer. Le père du petit garçon a fait ses valises, et les nouveaux colocataires vont bien vite trouver leur place dans le trio indéfectible qu’ils vont former, tissé de complicité, de tendresse et d’une grande pudeur. Ils sont bientôt rejoints par Corrado, le libraire de la petite ville, un merveilleux autodidacte avec qui l’entente est immédiate. Les rires, les cafés du matin, les dîners tardifs, les plongeons dans la grande bleue rythment les journées, le temps s’étire. Et si Gianni finit par rentrer à Rome, pour « régler des affaires », il promet de revenir.
Quand, trois saisons plus tard, il retrouve ses comparses, un vent mauvais s’est levé, et il faudra bien la force de leurs liens pour l’affronter.
Avec une remarquable intelligence de ses personnages et une extrême délicatesse, Philippe Fusaro nous entraîne alors vers un dénouement aussi poignant qu’inattendu, qui nous laisse sur la crête de l’émotion, au diapason de ce lieu âpre et lumineux qu’on rêve de ne jamais quitter.

Une bonne chose de faite

Une nouvelle qui sent le vécu. Un stage de fabrication de ruche-tronc au milieu des bois avec quelques personnages plutôt bien croqués.

La fatigue de la veille et de la mauvaise nuit se fait vite sentir. Damian s'accorde une pause et s'assied sur un rondin. Ses bras sont gourds, ses mains douloureuses. Le découragement de mi-parcours lui tombe dessus d'un coup. Regarder la forêt qui les entoure est reposant. Les arbres se tiennent debout, indifférents à l'agitation du chantier et des recherches. Les fougères sont là, les pives, les champignons aussi. Une feuille morte tombe d'un érable.
Une bonne chose de faite de Jérémie Gindre
Un stage où l’on dort dans des sacs de couchage et dont on revient avec l’odeur du feu de bois qui reste collée à la peau durant 3 semaines.

Une amusante nouvelle illustrée par l’auteur où l’on découvre que les plus sauvages ne se trouvent pas forcément dans les ruches

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Au Moyen Age, celui qui coupait un arbre habité par les abeilles risquait la peine de mort. Dans le Saint-Empire romain germanique, l'apiculteur avait le droit de s'armer d'une arbalète pour visiter ses ruches, et jouissait du privilège de porter les couleurs royales. Puis les choses ont évolué. Les ruches sont descendues des arbres. Les abeilles ont quitté la forêt pour les champs, les vergers. L'apiculture moderne s'est imposée, avec ses modules standardisés, son calendrier réglé, ses maladies, sa chimie.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Stagiaire le temps d’un weekend dans les bois, Damian apprend à construire une ruche-tronc, avec l’espoir que les abeilles ensauvagées s’approprient d’elles-mêmes le billot creusé, sans besoin de spray « attrape-essaim ». En attendant, c’est sous une forme inattendue que la nature s’invite, mettant à l’épreuve la bonne volonté des protagonistes.

Humour pince-sans-rire et intrigue jubilatoire, ce récit esquisse au passage l’histoire de l’apiculture.

La Louve

Ce roman jeunesse est un livre de colère et de révolte. Contre l’injustice faite aux hommes, femmes, animaux, forêt, nature… Cette violence incessante qui lève des impôts, rase les forêt, massacre et broie toute résistance.

Réveille-toi, Forêt.
Montre les crocs.
Louves, ourses,
Renardes, pics,
Rapaces, sangliers,
Esprits de la forêt.
Fâchés.
Colèrez-vous.
Colèrez-moi.
La Louve de Antonin Sabot
La Louve et l’ourse vont tenter de s’opposer et lutter. Mais le prix risque d’être exorbitant. Et… ? Que peut on faire contre l’armée des puissants ?
La Louve n'imaginait pas le bruit que ça peut faire, des os qui craquent lorsqu'on les brise d'un seul coup. Une colonne vertébrale broyée par les mâchoires d'une ourse. En comparaison, le cri de celui qui meurt paraît presque ridicule. Un gargouillis rauque. Elle en aurait presque ri si elle n'avait pas elle-même été en train d'ouvrir la gorge d'un soldat.Une histoire racontée par plusieurs voix, dont celle fort poétique de la Louve, une jeune fille des bois pourtant muette.

Un appel à la résistance au 17e siècle d’une actualité brûlante

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Elle n'était que deux yeux brillants au travers du feuillage. Des yeux humains et fauves à la fois. Elle n'était qu'un visage que l'on apercevait à peine, aux contours rendus flous par les tremblements des arbustes dans lesquels elle s'était dissimulée. Femme-buisson, son corps demeurait invisible aux hommes qu'elle observait.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
1667, dans les Cévennes À seize ans, celle qu’on appelle La Louve en raison de la peau d’animal dont elle est vêtue vit seule dans la forêt.
Comme elle, d’autres « Exilés » ont fui leur village, leur famille pour se réfugier dans les bois. Leur mode de vie rude, mais libre, est menacé par les autorités qui veulent exploiter la forêt et mettre au pas ces rebelles.
Menés par La Louve, les Exilés choisissent de se battre pour défendre l’existence d’une forêt indépendante et sauvage.