Pourquoi avons-nous peur ?

Est-ce l’influence de sa formation scientifique qui voudrait que ce qui s’explique clairement doit se résoudre simplement ? Toujours est-il que les livres de Sébastien Bohler retrouvent souvent (je ne les ai pas tous lus) la même structure : 250 pages pour expliquer la situation, la problématique… bref : le problème. Et moins de 50 pages pour esquisser une solution… que dis-je ! : quelques pistes d’améliorations et d’hypothèses…

Mais voilà, Sébastien Bohler n’est pas un donneur de leçon ni un magicien sortant de joyeux lapins blancs de son chapeau.

Pourquoi avons-nous peur ? de Sébastien Bohler
Pour autant, ces essais sont passionnants. Et même sans jamais avoir jamais tenu un scalpel dans les mains ni approché un binoculaire de près, on se sent rapidement dans la peau d’un neuroscientifique… juste avant d’avoir jeté un œil aux multiples références en fin d’ouvrage (histoire de mieux saisir ce qui nous échappe encore).

Et sinon ? Tout est dans le titre

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quand j'étais petit, ma plus grande peur était de traverser la propriété de mes grands-parents à la nuit tombée pour aller chercher un outil ou un panier de pommes oublié au pied d'un arbre. Je n'en disais rien, mais j'étais pétrifié. Dès l'instant où je m'enfonçais sous la voûte sombre des arbres, le long du chemin qui descendait vers les futaies, je perdais toutes mes forces.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Il y a 7 millions d'années, nos gènes ont muté à un rythme 1 000 fois supérieur à celui des autres espèces. Grâce à notre faculté d'adaptation et d'anticipation, nous sommes peu à peu devenus l'espèce la plus intelligente, mais aussi la plus craintive du règne animal. Aujourd'hui, 60% des 18-35 ans disent souffrir d'éco-anxiété et 1 personne sur 10 est concernée par des phobies maladives.

La peur est la plus ancestrale de nos émotions. Elle existe chez tous les vertébrés depuis la nuit des temps. Une glande, nommée amygdale, en déclenche l'activité. Face à l'imminence d'un danger, l'amygdale, tel un signal de détection, lance l'alerte.

Face à cette peur, le corps s'immobilise, fuit ou entre en lutte. Ainsi en est-il pour tous les vertébrés, espèce humaine comprise, qui, grâce à ce comportement de défiance, a pu assurer sa survie.

Le problème est que, si nous avons domestiqué de grandes peurs – depuis la peur d'un troupeau de mammouths jusqu'à la peur de la foudre – d'autres sont apparues aujourd'hui. Peur de déclassement, peur d'un conflit planétaire, peur climatique. L'ère contemporaine a réactivé la peur. Pourquoi ?

En nous éloignant du vivre-ensemble, nous cultivons un individualisme sans repères. Livré à lui-même, l'individu combat ses peurs par des projections fantastiques et des comportements addictifs, deux traits caractéristiques de notre modernité.

Il est possible de reprendre le contrôle sur nos peurs en nous évertuant à mieux exercer notre faculté de raisonner, en cherchant à donner plus d'ambition à nos projets collectifs et en reconnectant nos corps à la nature et aux autres.

Fille paumée et perroquet

Cette fille et son perroquet sont amusants… un peu. Certes, l’humour n’est pas universel ! Peut-être ne suis-je pas dans la cible ?

J'étais comme une énorme marmite laissée longtemps à mijoter et quelqu'un venait de débarquer avec une cuillère en bois pour décoller du fond les morceaux d'oignon et d'ail cramés, voire les vermicelles gluants. Ces petits résidus de nourriture carbonisée flottaient maintenant à la surface de la soupe et ils représentaient, pensais-je, mes sentiments pour Lars. Est-ce que je l'aimais?
Je l'ai appelé sur son portable et après les salutations d'usage (salut, comment ça va, est-ce que ta sœur peut encore bouger la main), je lui ai demandé s'il pensait vraiment ce qu'il avait dit.
« Euh, à quel moment?
 - Quand tu as dit que je te manquais et que tu voulais me faire une clé de ton appartement. »
Il y a eu un blanc. « En fait, après t'avoir vue te jeter sur Adrianna avec ce couteau à désosser, je me dis que j'avais peut-être sous-estimé l'étendue de nos problèmes. » Un autre blanc, durant lequel s'est élevé, comme sorti d'une profonde tranchée, un mur de pierres dans lequel il ne serait pas simple d'ouvrir une brèche. J'ai eu un flash de moi, le couteau à la main un impressionnant travail de maçonnerie, mentalement parlant.
Fille paumée et perroquet de Sara Levine, traduction de Charles Bonnot
La couverture (un tableau de Frederick Sandys – Love’s Shadow) inversé) est superbe et le titre plutôt juste même si l’original (Treasure Island !!!) met plus clairement en avant l’obsession de l’héroïne pour le roman de Stevenson qui guide toutes ses décisions.

Une jeune femme fuyant toutes ses responsabilités en se cachant derrière Jim Hawkins, le héros de l’île au trésor

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'ai décidé, à l'issue de mon aventure, d'en livrer un récit complet, en commençant par ma découverte de L'Île au trésor, et de ne rien dissimuler, pas même les noms des amis et des membres de ma famille dont les problèmes m'ont assaillie; ainsi donc, alors même que j'adorerais passer dans la pièce d'à côté pour poignarder quelqu'un avec un couteau de cuisine, je prends la plume : un chouette stylo à pointe fine qui avait été mal rebouché et qui aurait séché si je ne l'avais pas retrouvé juste à temps pour rétablir l'étanchéité de son capuchon.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Audace. Détermination. Indépendance. Fanfaronnade. Voici les quatre vertus cardinales que notre narratrice, 25 ans, jeune diplômée et paumée, attribue à Jim Hawkins, héros de L'Ile au trésor de Stevenson, qu'elle découvre un jour d'oisiveté sur son canapé de New York. À la lecture de ce " livre pour jeunes garçons ", elle a une illumination et décide d'appliquer à elle-même ces préceptes de vie. Avec pour tout compagnon un perroquet agaçant prénommé Little Richard, notre héroïne n'est pas au bout des embûches qu'elle sème sur son propre parcours...
Fille paumée et perroquet est l'histoire de l'obsession littéraire d'une fille bien décidée à fuir ses responsabilités : n'est-ce pas le rêve de tous ?

Em

Après une première partie plus historique remarquable, Em m’a un peu perdu dans les méandres générationnels et sur les chemins de l’exil avec un propos moins percutant. Mais pour mieux me rattraper en toute fin.

Debout entre un arbre centenaire et l'objectif du photographe, la nourrice a le visage terrifié, comme si elle voyait déjà la mort foncer sur eux. Son fils enlace sa mère de tout son corps alors que sa jeune épouse s'agrippe à leur enfant tout en attachant le dernier bouton de sa blouse. Sur la photo, on voit le triangle de sa peau juste au-dessus du nombril ; son visage anormalement calme, incliné vers le bas, le regard concentré ; les cheveux fraîchement attachés ; les vêtements froissés et recouverts de poussière. Longtemps après, le photographe se demandera si le déclic de son appareil n'avait pas entraîné la décharge de la mitraillette du soldat. D'un ton mesuré et lent, il témoignera que la jeune femme avait été violée et qu'elle était en train de se rhabiller lorsqu'elle s'est écroulée sous les balles. Ses doigts tentaient en vain d'appuyer sur le bouton-pression alors que les jambes de son bébé tiraient de côté sa blouse. Elle était tombée avant d'avoir eu le temps de lever la tête et de fixer l'objectif.
Em de Kim Thúy
Un roman sur les atrocités coloniales et celles de la guerre du Vietnam, la séparation d’un peuple et finalement l’exil pour certains avec la possibilité d’une reconstruction

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La guerre, encore. Dans toute zone de conflit, le bien se faufile et trouve une place jusque dans les fissures du mal. La trahison complète l'héroïsme, l'amour flirte avec l'abandon. Les ennemis avancent les uns vers les autres dans un seul et même but, celui de vaincre. Dans cet exercice qui leur est commun, l'humain se révélera à la fois fort, fou, lâche, loyal, grand, grossier, innocent, ignorant, croyant, cruel, courageux... Voilà pourquoi la guerre. Encore.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La vérité de cette histoire est morcelée, incomplète, inachevée dans le temps et dans l’espace. Elle passe par les colons implantés en Indochine pour y exploiter les terres et les forêts. Par les hévéas transplantés et incisés afin de produire l’indispensable caoutchouc. Par le sang et les larmes versés par les coolies qui saignaient les troncs. Par la guerre appelée « du Vietnam » par les uns et «américaine» par les autres. Par les enfants métis arrachés à Saïgon par un aigle volant avant d’être adoptés sur un autre continent. C’est une histoire d’amour qui débute entre deux êtres que tout sépare et se termine entre deux êtres que tout réunit; une histoire de solidarité aussi, qui voit des enfants abandonnés dormir dans des cartons et des salons de manucure fleurir dans le monde entier, tenus par d’anciens boat people.

Marzili

Ebloui par Nani, j’ai été un peu décontenancé par cette histoire (par ces histoires même, tant ce Marzili en déroule plusieurs en même temps). Un roman moins clair, plus subtil mais non dénué de qualités.

Alex a suspendu sa collaboration avec les médias il y a une vingtaine d'années. Si être nuit et jour sur le qui-vive pour débarquer en primeur sur les lieux d'un drame et bénéficier de quelque exclusivité sensationnelle l'a, dans ses débuts, grisé, petit à petit ça l'a épuisé. Photographier à l'aube le vestige d'un suicide collectif où une vingtaine de corps calcinés — dont plusieurs enfants — sont alignés en rang d'oignons sur le sol, a achevé sa carrière de presse.
Que cherche le monde,
à se nourrir de merde ?
Marzili de Mélanie Richoz
Au travers de l’image (photos d’Alex ou dessins de Cécile), Marzili parle de la puissance de l’image, sa puissance créatrice comme celle évocatrice.

Un roman court qui va me trotter quelques temps dans la tête tant je sens qu’il ne m’a pas encore tout raconté

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Adossé au mur, Alex, vêtu d'un sweat noir à capuche, se tient à l'écart des convives. II les observe trinquer au champagne Fleur de Miraval dont la bulle aérienne et les notes fruitées aux épices douces et aux amandes grillées rafraîchissent le gosier.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cécile s’offre tout entière en se camouflant dans ses modèles. Comme quand elle était petite où, au jeu de cache-cache, elle se fondait dans le décor et que, malgré l’évidence, personne ne la trouvait. Alex la démasque puisque lui aussi, par la photo, épouse les recoins de l’inconscient.

On est si bien au creux de l’autre. On se croit à l’abri de soi.
Mais non.
Nous ne sommes jamais plus nous-mêmes que lorsque nous regardons l’autre.

Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?

Le titre est un chef d’œuvre (qui a d’ailleurs gagné le prix du meilleur titre 2026 décerné par Titiou Lecoq) et l’histoire n’est pas en reste.

La rue où avait vécu mon grand-père n'avait pas changé. Rien de nouveau n'y avait été construit et les façades n'avaient pas été repeintes. Mon grand-père était mort, j'avais eu sept appartements, cinq boulots, appris deux langues, cassé trois ordinateurs portables, rempli six carnets de listes de choses à ne pas oublier, accumulé des factures, beaucoup d'amants et d'amis, fait sept ans d'études, mais ici, tout était comme avant.
Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? de Lucie Rico
Car derrière une enquête plutôt loufoque menée par une Jennifer un peu confuse, se cachent des questions bien plus profondes.

Un livre drôle, et drôlement bien foutu !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La touche point de mon clavier ne répondait plus.
Je ne pouvais pas achever mes phrases. J'allais chercher la ponctuation ailleurs. Je demandais à Google :
points
installer ponctuation
corriger absence fin de phrase
activer touche manquante
syntaxe automatique urgence


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jennifer a une vie qui la satisfait quand, au détour d’une panne de clavier d’ordinateur, une phrase surgit, inachevée, qui fait déraper l’apparente logique de son existence. « Devant Autant en emporte le vent, Vivien Leigh et Clark Gable vont s’embrasser quand quelqu’un appuie sur pause et ». Et rien. Un blanc après ce et qui envahit la page, troue sa mémoire. Jennifer se lance alors dans une enquête hilarante et inquiétante. Seuls indices : Perpignan, la ville de son enfance, une scène de baiser dans le célèbre film, la présence de son grand-père, une tache de sang sur le petit pull jaune qu’elle portait à l’époque. Elle décide de reconstituer la scène, et pour cela de reconstruire à Perpignan l’appartement de son grand-père dans les moindres détails. Entreprise rocambolesque pour recréer un décor qui devient l’archive supposée d’un trauma. Mais lequel ? Plus Jennifer tente obsessionnellement, et de façon burlesque, de restaurer la scène perdue, plus la mémoire lui joue des tours. Son comportement affole ses proches. Il y a chez Jennifer une petite fille amnésique, traumatisée, et trompée par des récits d’autant plus séduisants qu’ils la protègent d’une vérité impossible à dire.

C’était ça ou mourir

Impossible de lire ce livre sans repenser à cette polémique : Thélyson Orélien ou AI ? Et comme nous n’aurons certainement jamais de réponse, comme le sceau du doute restera toujours sur ce livre (et pire, sur son auteur), il me semble nécessaire de revenir au livre ! Et, quel livre !

Je le jure, ce jour-là, j'ai vraiment cru que c'était enfin fini. Que j'avais franchi la ligne. Que j'étais devenu un homme normal dans un pays normal avec des papiers normaux. J'avais passé la grille, le soleil de Matamoros avait été remplacé par la fraîcheur sèche de Brownsville. L'air lui-même avait changé de goût. Il sentait le plastique neuf, le café tiède, la climatisation réglée trop bas les chaussures fermées. Oui, même les chaussures des gens ont une autre odeur une fois que tu passes cette frontière. Je me suis demandé si l'Amérique désinfectait ses semelles avant de nous recevoir.
C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien
Un livre pour entendre la douleur de l’exil, la violence du voyage, l’inhumanité des procédures, la brutalité des frontières, le dénuement total, la perte d’identité, la guerre, la misère, l’abus de faiblesse, la monétisation de la fragilité…

Et dépendre finalement de l’humeur d’un douanier ou du code d’un algorithme

MàJ à 21h après la confirmation de la maison d’édition canadienne de l’utilisation d’outils d’AI. : Ben zut alors ! Un si bon roman, une telle histoire… C’est nul Monsieur Orélien, votre histoire est bien montée, elle est pareille à un témoignage sur tout ce que traversent les migrants. Si c’eut été une bluette sentimentale, j’aurais compris. Mais là, c’est doublement dommage.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vous jure, ce jour-là, j'ai ri. Oui, moi, Jonas Dorléon, fils de Marthe la couturière et de Dieudonné le pêcheur fainéant, né à Carrefour-Feuilles, élevé au goût du sel, du rhum clair et de l'école publique, j'ai ri comme un idiot, un imbécile fini, un fou à l'élastique trop tendu. Pas un rire joyeux ni même un rire nerveux comme celui qu'on pousse quand on évite une bouse de vache dans la rue. Un rire sec, maigre, tordu comme un arbre qui a grandi dans une ruelle sans soleil. J'ai ri pendant que ma maison flambait, pendant que la voisine lançait des seaux d'eau dans le vide, pendant que les petits criaient « Manman ! », comme si leur mère avait le pouvoir d'arrêter les balles qui fusaient tout autour. J'ai ri, parce que je savais que, si je ne riais pas, j'allais hurler, me pisser dessus, ou courir droit vers une balle, pour en finir une fois pour toutes. Et j'étais trop lâche pour mourir dignement.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand dans les rues de Carrefour-Feuilles les coups de feu et les flammes le somment de partir, Jonas Dorléon n’emporte presque rien : son diplôme, un cahier de poèmes, une photo de sa mère et un slip propre. Sa vie entière dans un sac de plastique.
Se réfugiant d’abord du côté dominicain de la frontière, il attend dans l’antichambre d’Haïti que les choses se calment. Sauf que les choses ne se calment pas. Il faut marcher, encore, toujours. Devenir un migrant. Du Brésil au Mexique, il enfile les kilomètres, serrant toujours son sac de plastique contre lui, tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt dans les profondeurs de la jungle avec d’autres sans-papiers qui, autour de lui, tombent les uns après les autres. Quand enfin il atteint la frontière des États-Unis, ce sont les agents de l’ICE qui l’attendent. Jonas n’a plus qu’un objectif : quitter ce pays qui n’a rien de « great again » et gagner le Canada par le chemin Roxham, cette voie salutaire dont il a tant entendu parler.
La plume foisonnante et poétique de Thélyson Orélien fait jaillir la beauté dans les zones les plus sombres de l’expérience humaine. Il parle la langue de l’exil, cette langue qui s’apprend « sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau ». Surtout, il révèle une Amérique terrible et violente sur laquelle notre regard doit s’attarder.

Fille de

Voilà un premier roman fort prometteur. Un page turner bien difficile à poser qui se dévore en un souffle.

Richard avait raison, il ne pouvait pas en être autrement. Christian Monnay avait écrit d'autres grands romans qui dormaient à présent dans son ordinateur. C'est peut-être cette conviction qui m'a donné le courage de lui poser la question. C'était le moment d'aller au bout de tout ça.
« Et s'il n'y avait rien ?
 - Que veux-tu dire ?
 - S'il ne t'avait rien donné pendant toutes ces années parce qu'il n'écrivait plus? »
Richard a éclaté de rire. « Et qu'est-ce qu'il faisait, alors, enfermé dans son bureau ? Et nos conversations tellement vivantes, stimulantes ?
J'ai ri moi aussi.
« Mais imaginons », ai-je insisté. Richard a retrouvé son sérieux.
« Dans ce cas, au mieux, vous ne pourriez pas garder la maison. »
J'ai compris que je ne contrôlais plus la situation.
Fille de de Anne Pitteloud
L’histoire d’un héritage bien difficile à gérer. Celui d’un père écrivain laissant des pages vides et des dettes avec une mère qui perd la tête et un couple en difficultés.

Une fuite en avant dès les premières pages

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vais tout arrêter.
Quinze heures. La pluie enveloppe la vieille maison d'une bulle de douceur et j'ai enfin terminé. Tour à l'heure, je posterai cette confession et puis j'irai parler à Richard pour qu'il se prépare à répondre aux journalistes. Je lui dois bien ça. Par moments, il a un tiroir-caisse à la place du cœur, mais il a du flair et c'est un bon lecteur. Donc un bon éditeur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le légendaire écrivain Christian Monnay s’est éteint, laissant derrière lui trente ans de silence et une pile de manuscrits inédits. Pour sa veuve aveugle, ils sont la promesse d’une ultime rencontre avec le génie de son mari.
Mais en ouvrant ces manuscrits, leur fille Chloé est atterrée. Ils sont vides ! Pour éviter de briser le cœur de sa mère, elle commet l’irréparable : elle lui lit son propre roman, celui qu’elle écrit en secret, en le faisant passer pour celui du grand homme. Le piège se referme lorsque l’œuvre, jugée magistrale, est publiée. Chloé devient alors le fantôme de son propre talent, dépossédée de son identité et de son œuvre. Est-elle condamnée à rester à jamais la « fille de » ?
Dans ce premier roman à l’intrigue tendue, Anne Pitteloud fait le récit saisissant d’un héritage toxique. Réflexion sur la création et le poids de l’imposture, Fille de est l’histoire poignante d’une femme en quête de sa propre voix.

Carnes

Un livre sur le corps, le sexe, la jeunesse et la solitude où le besoin se confond avec le désir.

Pour le fuir, il faut lever la tête, regarder vers les dieux, le seul moyen d'anéantir le bruit canin. Pour le fuir, il faut croire. Une fois dépassé, il ne reste de cet homme qu'un dernier cadeau, le franchement tié belle, le verso du chien : la franchise.
Aimer Marseille, c'est aimer l'homme qui ne s'écarte pas de ton chemin, celui qui te fonce dessus, refuse ostensiblement de se décaler pour toi. Aimer celui qui t'indique, en te rentrant dedans, car il va droit, tout droit, que quand il veut, il écrase, il tue, que contourner, c'est renoncer à ce qu'il a de plus franc. Sa queue.
Carnes de Esther Teillard
Une lecture pénible, âpre, dans la viande.

Carnes c’est la confrontation des sexes comme un combat aux ressorts économiques : je prends, je donne. Mais c’est aussi des règles qui changent selon les lieux ou les milieux sociaux… Les rues de Marseille ne ressemblent pas aux couloirs de la Sorbonne

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Crachats, fientes et taches de sperme, le boulevard de la Villette est un flux continu de dégueulasseries. Il est plat, taillé pièce pour les vieilles putes chinoises qui tapinent 24/24, goudronné rien que pour elles. Elles ont la même tenue, toutes, sans exception, jupe patineuse, doudoune cintrée sans manches et cuissardes en hiver, robe fleurie en été. Elles ont les cheveux longs, du rouge à lèvres cerise, des lunettes de vue carrées. Elles sont vieilles, les plus jeunes doivent avoir dans les quarante-cinq.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Le désir humilie et traverse les âges. Il te harcelait au collège. Il attend que tu te pendes dans ta chambre pour lui échapper. Pas de mot pour les proches, juste la corde et le cou cassé. »

Acceptée aux Beaux-Arts de Cergy, la narratrice de Carnes quitte son Marseille natal pour le Nord-Ouest parisien. Un nouveau monde lui tend les bras, plus sororal, moins volcanique, où les débats sur l’inclusivité ont remplacé les sifflets misogynes.
Mais où va se nicher la violence quand elle craint de dire son nom ?
Cagoles, prostituées chinoises, étudiantes vénéneuses et amants insensibles : Carnes dresse un état des lieux brûlant de la vulgate féministe bourgeoise et de la manière dont la violence patriarcale subsiste derrière les postures de vertu.

Saman

Saman semble parler de tant de sujets qu’il a fini par me perdre. De la brutalité de l’argent et du pouvoir tant sur des plateformes pétrolières, de l’appropriation des terres des paysans, de la corruption de la police et de la justice, des tabous religieux et sexuels, du désir et du patriarcat…

Quant à moi, il m'avait exilée dans cette ville. Et ici, la nuit, il m'a attachée au lit et donné mes deux premières leçons d'amour. Voici ses enseignements: Premièrement. Seul l'homme est autorisé à approcher la femme. Une femme qui court après un homme est à coup sûr une putain. Deuxièmement. La femme offrira son corps à l'homme qui en est digne, et cet homme l'entretiendra avec ses biens propres. C'est ce qu'on appelait le mariage. Plus tard, à l'âge adulte, le mariage m'apparaîtrait comme le comble de l'hypocrisie, de la prostitution qui ne dit pas son nom.
Saman de Ayu Utami, traduction de Élisabeth D. Inandiak
La liberté est-elle possible ici ?

Laila, Yasmin et Tala espèrent encore.

Un livre un peu brouillon qui, à tout vouloir embrasser, disperse son propos

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Dans ce parc, je suis un oiseau. Qui a volé des miles et des miles loin d'un pays qui ne connaît pas les saisons, un oiseau migrateur à la recherche du printemps, là où l'on peut sentir le parfum de l'herbe et des arbres dont jamais nous ne saurons ni le nom, ni l'âge.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Vivre et aimer librement, est-ce possible pour Laila, Yasmin et Tala, trois jeunes Indonésiennes déterminées à prendre leur destin et leur pays en main ? Tout commence par un accident dramatique sur une plate-forme pétrolière. Laila, Yasmin et Saman, un jeune prêtre, se battent pour que les responsables soient jugés. Et soudain, alors que la révolte s'organise, Saman disparaît, victime d'un complot et d'enjeux qui le dépassent. Quant à Laila, lors de la tragédie sur la plate-forme, elle découvre l'amour. Pour être libre, elle part à New York, chez Tala, qui a déjà choisi d'émigrer. Loin de ses repères, Laila va faire face aux doutes et aux obstacles. Pour elle, comme pour Tala et Yasmin, concilier son désir de femme et la dure réalité des hommes s'avère un défi acharné. Un roman puissant, envoûtant, sans tabous religieux, politiques ou sexuels. Les parcours croisés de ces femmes sont autant de visages de jeunes Indonésiennes modernes, imprégnées par leurs traditions mais passionnément éprises de liberté.

La vie secrète des arbres

Peter Wohlleben connait bien les arbres. Et bien les connaître, c’est en savoir un peu plus. C’est aussi leurs relations souterraines, leur vie intime, leurs collaborations avec les champignons, la forêt… Un arbre n’est jamais seul.

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben, scénario de Fred Bernard, Illustrations de Benjamin Flao, traduction de Corinne Tresca
Cette superbe adaptation en bande dessinée de Fred Bernard met en valeur un texte (que j’avoue ne pas encore avoir lu) qui permet de mieux saisir l’importance de comprendre la forêt pour mieux la protéger… de nous

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La forêt...
Sa beauté m'a toujours fasciné. Étrange mélange de puissance et de délicatesse, monde végétal plein de recoins et de mystères...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Peter Wohlleben est le forestier le plus célèbre du monde, auteur du best-seller La Vie secrète des arbres, traduit dans plus de quarante langues. Ce livre est son histoire.
Avec un formidable talent de conteur, il nous plonge dans l'intimité des arbres, jusqu'à leurs racines. Au fil des pages, il nous entraîne à la découverte de l'extraordinaire fonctionnement de la forêt : comment les arbres interagissent, communiquent, se déplacent et se défendent.
La Vie secrète des arbres nous donne accès à un monde merveilleux mais fragile.
Protéger les arbres, c'est protéger l'humanité tout entière.