Je laisserai le lit défait

Avec ces quelques petites histoires qui vont du chaud au tiède, Léna nous raconte quelques aventures et passions qui l’ont marquée. Comme un journal, pour s’en souvenir, revivre encore.

Je laisserai le lit défait de Léa Grosson (Léa Celle qui aimait)
Libre et joueuse elle nous raconte une sexualité sans tabous, joyeuse et entraînante.

Premier tome d’une trilogie, Je laisserais le lit défait, marque le début d’une autrice qui performe sur les réseaux sociaux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Bouge, bouge, bouge ! Léna ! On va être en retard !
─ OUI ! Deux secondes putain.

Mes potes me saoulent, toujours à me hurler dessus, quelle idée d'être la seule fille de la bande. Je suis speed, mais j'arrive quand même à mettre du mascara sans déborder.

Je me regarde dans le miroir, va savoir pourquoi il y a des jours où je me trouve belle. J'ouvre un peu ma chemise pour offrir une jolie vue sur la dentelle de mon body noir, j'enfile mes bottines et allons-y. On débaroule à toute vitesse dans la cage d'escalier, on n'est vraiment pas en avance.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Entre le recueil de nouvelles et le roman, dans ce livre, c'est Léna qui vous embarque avec elle dans ses aventures, à la rencontre de 5 personnes qui ont éveillé et construit sa sexualité. "Je laisserai le lit défait" est le premier tome de cette trilogie érotique.

Léa Grosson est une autrice érotique. Son écriture est empreinte de réalisme, parfois très crue, Léa n'a pas peur des mots. Ses nouvelles comportent toujours un message qui permet de remettre en question son rapport à la sexualité, aux fantasmes, aux corps et à l'amour. Selon elle, la lecture érotique est un voyage rempli de découvertes où l'on voit naître en soi des désirs insoupçonnés.

Comtesse

Premier tome de la collection BD-Cul des Requins marteaux, cette Comtesse est absolument charmante.

Comtesse de Aude Picault
Une petite bd à l’allure d’un pulp qui à pourtant la délicatesse d’un fruit tropical juste sucré par le soleil.Un album qui illustre à la perfection que parfois un dessin remplace cent-mille mots

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est des terres chaudes et humides où je mettrais bien le doigt.
Ferdinand Magellan


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La Comtesse est une jeune femme ignorante des mystères du sexe.
C’est toute fraîche et vierge qu’elle s’apprête à passer sa nuit de noces.
Son mari, vieux, moche et rabougri la laisse au matin écœurée à jamais du plaisir en chambre…
À jamais ? 
C’est sans compter sur la fougue de son personnel de maison !
Dès que son époux quitte le château, le valet, de ses assauts répétés, ramènera bien vite le rouge aux joues de la Comtesse

Touriste de bananes

Paradoxalement, la fatigue est un fréquent moteur de l’action chez Simenon. La fatigue d’un couple, des responsabilités, de la pauvreté… ou même parfois, juste l’ennui.

Donadieu se raidissait. Il s'était raidi toute sa vie, contre sa faiblesse physique quand il était gamin, contre le vertige quand il travaillait au barrage, puis contre le dégoût quand il avait été plongé de force dans le drame qui avait détruit sa famille.
Pourquoi n'y avait-il pas quelqu'un, un seul homme, pour lui parler simplement et pour comprendre son espoir ?
Non ! il n'avait pas de compte en banque et il ne pouvait espérer qu'on lui enverrait de l'argent. Mais il n'espérait pas non plus qu'il allait vivre nu dans un paradis terrestre où il n'aurait qu'à se baisser pour trouver sa nourriture.
Il voulait fuir les hommes et vivre d'une vie simple, labourer peut-être, apprendre comme les indigènes, à capturer les poissons au harpon...
Il possédait encore cinq mille francs. Qu'est-ce qui l'empêcherait d'acheter une petite terre et de la mettre en valeur ?
Touriste de bananes de Georges Simenon
Et Oscar est épuisé, il ne souhaite plus que fuir, seul, sur une île et y vivre de la pêche et de ses récoltes. Y trouverait-il le repos ?

Une suite du Testament Donnadieu qui signe la fin de la désagrégation de cette famille

Tous les romans durs de Simenon
31. Touriste de bananes
30. Le suspect 32. Les trois crimes de mes amis
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y avait trente-sept jours que le bateau, qui s'appelait l’Île-de-Ré, avait quitté Marseille ; on était parti qu'il gelait et tous les passagers, sauf deux, avaient été malades en sortant de Gibraltar ; après la monotonie des houles de l'Atlantique, on s'était ébroué dans les bals Doudou de la Guadeloupe et le missionnaire des secondes classes lui-même avait revêtu un costume civil pour accompagner la famille Nicou à Panama, les dames avaient acheté des parfums qui y sont meilleur marché que partout, et on avait déjeuné sur le pont en traversant le canal, car c'est la tradition ; on approchait des antipodes ; on avait aperçu de loin les Galapagos, photographié des pélicans et des poissons volants ; Muselli, l'administrateur de première classe qui jouait de la guitare hawaïenne, avait acheté une tête d'Indien réduite à la grosseur d'un poing d'enfant ; on était à l'autre bout du monde, à cisailler patiemment, avec un ronron de machine-outil, l'eau trop lisse et trop brillante du Pacifique qui forçait à porter des verres fumés ; le trait qui, sur la carte, dans le salon des premières, s'allongeait chaque jour, toucherait bientôt aux points minuscules des Marquises ; il y avait trente-sept jours qu'on n'était plus en France, ni nulle part.
Et pourtant c'était dimanche.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Oscar, vingt-cinq ans, fils d'une grande famille laminée par un drame, arrive à Papeete pour, croit-il, s'isoler dans une nature vierge des hypocrisies du monde. Il est un « touriste de bananes », l'un de ces idéalistes méprisés des Blancs locaux et que l'on retrouve un jour desséché dans la jungle.
A Tahiti comme ailleurs, on s'arrange, on s'amuse, on trahit et l'on raille. Des hommes tuent, d'autres meurent. Oscar qui fuyait va croiser son destin. Il se trouve dans une chambre, près d'une femme, au Relais des Méridiens...

Le roman Touriste de bananes prolonge la tragique saga de la famille Donadieu, richissimes armateurs de La Rochelle, entamée dans Le testament Donadieu.

L’assignation : les Noirs n’existent pas

Difficile d’écrire à chaud une critique de ce petit essai-récit. D’autant plus difficile en tant qu’homme blanc, hétéro-cis n’ayant jamais à subir quelque discrimination en raison de ma religion, couleur, sexualité, genre, sexe, apparence ou appartenance.

« Qui est cette Noire au nom de Blanc ? »
Avec un nom comme le mien, on se retrouve souvent dans des situations où l'interlocuteur qui vous fait face doit trouver des raisons cachées pour justifier de ne pas vous louer l'appartement qui, pourtant, au téléphone, vous semblait promis. Avec un nom comme le mien, il faut qu'un employeur déploie des trésors d'invention pour justifier de ne pas vous embaucher alors que la lettre de motivation, à laquelle vous n'aviez pas joint de photo, semblait parfaitement correspondre au poste. Avec un nom comme le mien, il arrive souvent que l'on dise : « Ah, c'est drôle, je ne vous voyais pas comme ça. »
L’assignation : les Noirs n’existent pas de Tania de Montaigne
Mais qu’est-ce que cette assignation dont parle Tania de Montaigne ? Si ce n’est ce réflexe de mettre toutes et tous dans le même panier en fonction d’un unique critère, au choix : les Femmes, les Noirs, les Juifs, les Musulmans, les Homosexuels…

Un texte court, mais point trop n’en faut pour être clair et ouvrir une porte à un peu plus de réflexion sur le racisme et de l’un de ses pendants récent, la question de l’appropriation culturelle. A qui appartient une culture ? Comment pourrais-je, par ma couleur de peau, mon genre, sexe ou ma religion… automatiquement être assigné à une culture ?

Bien des questions qui vont me démanger encore un moment

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Et vous, en tant que Noire, qu'est-ce que vous en pensez ?
Été 2016. Une journaliste française souhaite avoir mon avis sur un sujet brûlant: Katy Perry, chanteuse pop américaine blanche, interprète du fameux I Kissed A Girl, s'est fait des tresses africaines. Katy Perry s'est fait des tresses. Il s'agit là d'un cas manifeste « d'appropriation culturelle », du moins c'est ce qu'en pensent des associations qui se sont senties profondément choquées par ce choix « déplacé et irrespectueux à l'égard de la culture Noire ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans ce récit bref, puissant et personnel, Tania de Montaigne revient sur son parcours pour interroger une société où le racisme et l'antiracisme se répondent désormais avec le même langage.

« Trois jeunes femmes étaient assises, non loin de moi, dans un restaurant. L'une a dit : "Je n'ai jamais couché avec un...enfin tu vois...un Jaune". "Moi, c'est avec un Noir que je n'ai jamais couché" a dit la seconde. "Faut dire qu'ils sont équipés!" a renchéri la troisième, "Les Noires, elles, elles peuvent, elles ont des grands vagins." "Ah bon ?" a dit la seconde. "Bah, oui, c'est comme pour les femmes... enfin... les Asiatiques, elles ont des sexes plus courts, c'est prévu pour." Ce jour-là, j'ai donc appris que, comme toutes les Noires, j'avais un grand sexe.

Oui, mais qu'est-ce qu'une Noire ?

J'essaie de me souvenir du temps où je n'étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Un adjectif, pas un nom. Une simple couleur. Je passe en revue les souvenirs, la cité, l'école, les premiers boulots...Mais dans toutes ces images, je suis déjà Noire.
Alors, qu'est-ce qu'une Noire? D'ailleurs, est-ce que ça existe ?

Et si les Noirs (et tous ceux dont on peut parler en ayant l'illusion qu'en mettant une majuscule on a tout dit d'eux) n'existaient pas ? »

Les anneaux de Bicêtre

Un homme fait un avc et se retrouve hémiplégique à l’hôpital pour de longues semaines de convalescence et de rééducation. L’occasion pour lui de tirer un bilan de sa vie, bien remplie mais de laquelle il semble désormais totalement se dissocier.

Il n'y a rien d'autre ce jour-là. Rien que la mention qu'il a écrite avec application dans l'agenda :
Pourtant, ils vivent!
Il vit aussi. Cette nuit, il n'aura pas Joséfa à côté de son lit, seulement un bouton à portée de la main pour le cas où il serait saisi de panique. Car il est susceptible de panique. Deux fois dans sa vie, il s'est senti en harmonie avec la nature. Deux fois, il s'est presque fondu en elle.
Il en était imprégné. Il en faisait partie.
Les deux fois, il a eu peur !
La première fois, c'était sur les bords de la Loire, dans le décor le plus doux et le plus rassurant qui soit, la seconde dans une Méditerranée de carte postale, lumineuse et limpide.
Sur la Loire, où un homme coiffé d'un chapeau de paille pêchait à la ligne, il a suffi d'un nuage et d'un courant d'air frais. A Porquerolles, rien que de regarder le rivage qui semblait s'éloigner avait suffi pour que sa gorge se serre et qu'il ne pense plus qu'à fuir.
Est-ce cela qu'Hélène a compris jadis ?
 ─ Bonsoir, mon petit René...
Ses camarades, au lycée Guy-de-Maupassant, lui criaient :
 ─ Couillon!
Il a cinquante-quatre ans et en s'endormant, ce soir, il se demandera si on devient jamais une grande personne.
Les anneaux de Bicêtre de Georges Simenon
Alors, oui, c’est bien écrit, je peux même comprendre les bonnes critiques… Mais c’est long, il ne se passe rien, c’est plat, fade.

Certes, c’est possiblement ce que voulait faire passer Simenon, mais à trop bien réussir, il en a fait un livre écrasant d’ennui

Tous les romans durs de Simenon
101. Les anneaux de Bicêtre
100. La porte (à lire) 102. La chambre bleue
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Huit heures du soir. Pour des millions d'humains, chacun dans sa case, dans le petit monde qu'il s'est créé ou qu'il subit, une journée bien déterminée s'achève, froide et brumeuse, celle du mercredi 3 février.
Pour René Maugras, il n'y a pas d'heure ni de jour et ce n'est que plus tard que la question du temps écoulé le tracassera. Il est encore tout au fond d'un trou aussi obscur que les abysses des océans, sans contact avec l'univers extérieur. Son bras droit, pourtant, à son insu, commence à s'agiter d'une façon spasmodique, cependant que sa joue se gonfle comiquement à chaque expiration.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Introspection et rédemption

René Maugras, un des magnats de la presse parisienne, tombe foudroyé après un déjeuner au Grand Véfour où, chaque mois, il retrouve les amis de ses débuts, tous également devenus des célébrités dans leur domaine. Maugras, paralysé et privé de l'usage de la parole, est hospitalisé à Bicêtre sous la surveillance du grand neurologue Audoire...

Bergelon

Médecin, Bergelon craque et prend la fuite. A cause d’une erreur médicale, d’une famille trop pesante, d’un train-train étouffant, de menaces de mort de la part du mari qui vient de perdre sa femme à cause de lui, d’une vie professionnelle médiocre… Un peu tout ça, un peu rien…

Quelle est la minute exacte à laquelle on s’aperçoit qu’un vêtement est devenu trop étroit ? Pourquoi pas la veille ? Pourquoi pas le lendemain ?

Au centre, un bar était entouré d'hommes qui avaient l'air de parler tous ensemble, tant était puissante la rumeur qui émanait d'un aussi petit groupe. Deux soldats portaient l'uniforme kaki, les bandes molletières et le képi noir des troupes coloniales. Un autre, en bleu, mal habitué à son costume, devait retourner pour la première fois dans sa campagne.
L'air sentait le tabac refroidi et le cassoulet qu'on réchauffe, et dans un réduit on apercevait un garçon malingre, au tablier crasseux, aux cheveux qui lui tombaient dans la figure, occupé à fricoter sur un réchaud ce qu'on lui commandait.
Bergelon de Georges Simenon
Un de ces romans durs où pas grand chose ne se passe, un portrait triste, une vie sans sens ni pourquoi

Tous les romans durs de Simenon
39. Bergelon
38. Malempin 40. Cour d’assises
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n'était pas besoin d'être médecin pour établir ce diagnostic-là : Bergelon avait la gueule de bois.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À la suite d'une terrible erreur médicale dont il se sent responsable, le docteur Élie Bergelon s'enfuit. Des plages corses à Anvers, il fuit sa femme et ses enfants qui, pense-t-il, le jugent ; il fuit le mari de la malheureuse morte en couches par sa faute, qui a juré de se venger ; il fuit une vie marquée par la médiocrité et l'échec... Mais le petit docteur va apprendre qu'il arrive toujours un moment où il faut faire face et expier, il va apprendre que parfois certaines punitions sont pires que la mort.

L’amulette

Du sang, des morts, du surnaturel… tout est réuni pour un bon McDowell.

Un craquement gratifiant retentit lorsque la pointe du pic à glace transperça le crâne. Thelma retira alors ses mains du manche et les croisa au-dessus de l'amulette.
James fut parcouru d'une douleur effroyable, qui commençait à peine à s'intensifier lorsqu'il mourut. Elle avait enfoncé le pic à glace jusqu'à la garde.
Le corps de son mari se tordit au niveau de la taille et glissa du matelas. Un mince flot de sang jaillissait de son oreille en faisant des bulles. Thelma se pencha pour essayer de le hisser de nouveau sur le lit, mais dérapa sur l'eau renversée. Ses jambes partirent en arrière et elle tomba face contre sol. Les bords irréguliers du verre brisé se plantèrent dans sa gorge,
tranchant sa jugulaire. Le sang remplit sa bouche si vite qu'elle n'eut pas le temps de crier avant de mourir, elle aussi.
L’amulette de Michael McDowell, trad. de Laurent Vannini
Une histoire de vengeance aveugle en Alabama suite à un bête accident de fusil qui explose au moment du tir, emportant la moitié du visage du pauvre Dean. Une histoire en pleine guerre du Vietnam, théoriquement un peu après la fin de la ségrégation (mais est-elle même vraiment terminée ?).

Un roman bien gore, bien comme il faut

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En mars 1965, Fort Rucca ─ dans le coin sud-est de l'Alabama ─ était une zone populeuse et animée.
Les nouvelles recrues de l'armée y faisaient leurs classes et étaient, en outre, formées au pilotage et à la maintenance des hélicoptères. On savait désormais quelle terrible guerre se livrait dans la jungle du Vietnam, et à quel point nos soldats étaient mal préparés à ce feuillage tropical recelant des pistes de ravitaillement invisibles depuis les airs, où pouvaient se déplacer des milliers d'hommes et des convois entiers de machines et d'armes. Les premiers vétérans étaient revenus et ─ les difficultés du terrain ennemi à l'esprit ─ formaient frénétiquement toujours plus de conscrits.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Alabama, 1980. Alors que Dean Howell fait ses classes avant d'être envoyé au Vietnam, un accident le laisse dans un état végétatif. Sa femme Sarah voit alors sa morne vie devenir un enfer : après de longues journées à l'usine, elle doit s'occuper de son mari léthargique, tout en supportant son odieuse belle-mère, Jo, qui accuse la ville entière du sort de son fils. Lorsque celle-ci offre une étrange amulette à l'homme qu'elle tient pour responsable, se met en branle une implacable danse macabre.

Et tandis que meurtres inexplicables et morts accidentelles s’enchaînent, Sarah doit faire face à l'impossible réalité : cette amulette joue peut-être un rôle dans cette hécatombe et elle doit à tout prix mettre la main dessus.

La cucina

Pour les amateurs de la cuisine sicilienne, cette cucina est un pur régal qui titille sensuellement les papilles des antipasti jusqu’aux dolci.

Je suis allongée sur la table, nue, la chair généreuse de ma croupe et de mes cuisses épousant la surface lisse et fraîche du chêne. Ce soir, c'est le sommet, la dernière leçon. A la lueur des bougies, j'observe les gestes souples de l'Inglese qui s'active dans les profondeurs obscures de la cuisine, tandis que, dans la nuit d'été, le braiement d'un âne ou le bourdonnement d'un moustique viennent de temps à autre faire écho au remue-ménage de ses casseroles.
La cucina de Lily Prior, trad. de Marie-France Girod
Mais en Sicile, quand la passion s’emmêle, tout n’est pas forcément simple. Mafia, église, famille et qu’en dira-t-on guettent le moindre faux pas et la vie dans les village peux vite devenir étouffante.J'insérai un couteau bien aiguisé dans les entrailles du poulet et fus ravie de sentir le contact délicat du foie entre mes doigts. Je le fis sauter dans du beurre, ainsi que le cœur et le gésier. L'arôme exquis qu'ils épandirent fit se påmer les passants dans la rue.
J'entendis la voix du signor Manzini sous ma fenêtre. « C'est peut-être une pute, disait-il, mais quelle cuisinière ! »Une histoire qui fera saliver les gourmands sans pour autant franchement combler les plus gourmets

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Dépose un tas de farine sur la table, la vieille table de chêne qui nous vient de Nonna Calzino, patinée par des années d'usage quotidien. Il en faut juste assez, ni trop, ni trop peu. De la fine farine de blé dur du moulin de Papa Grazzi à Mascali. Ajoute une bonne pincée de sel. Fais un puits et casses-y des œufs entiers extra-frais, plus quelques jaunes, puis incorpore un filet d'huile d'olive premier choix et quelques cuillerées d'eau froide.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sexe et gastronomie, passion et désillusion, le tout saupoudré de mafia sicilienne : tels sont les ingrédients du premier roman sensuel et envoûtant de Lily Prior. Chant d'amour pour l'Italie, La Cucina est une célébration de la vie. Un roman irrésistible de parodie et de satire, farci d'images captivantes, de couleurs, d'odeurs et de saveurs intenses. Toutes les splendeurs d'une Sicile magique et troublante.

Entre toutes les femmes

Autogenèse se terminait plutôt brillamment et Erwan Larher, très à propos, en a profité.

Mais je n'écris pas ! Je ne veux pas écrire ! Je n'ai pas confiance en les livres et pourtant, Dieu sait que j'aime lire. La parole flotte et s'oublie, comme la vie. Le livre se veut immortel. Il est trop ambitieux, trop frimeur. Il traverse peut-être les époques mais emporte avec lui les mensonges, contre-vérités, absurdités qui y sont imprimés. Croyez-moi, on ne peut pas se fier aux livres.
Entre toutes les femmes de Erwan Larher
Et il a fort bien fait !
Alors, certes, il y a toujours des longueurs et Erwan ne cesse d’en faire des caisses avec ses mots, mais cette Cybèle est magnétique !
J'ai essayé d'être la plus généreuse possible, la plus gentille... non, même pas, je me mens. Je n'ai rien essayé du tout. J'ai fermé les yeux quand le spectacle me déplaisait et j'ai tâché de m'en tirer au meilleur compte possible en chaque situation. J'ai planqué mes miches et sauvé ma peau. J'ai fait le dos rond, des câlins aux orphelins, des bises aux vieillards de l'hospice, « Cybèle a si bon cœur », un sommeil de plomb, celui du juste, conscience tranquille, ce n'est pas ma faute le chaos autour.
Vous comprenez, son existence n'a pas été facile, elle a bien le droit de s'amuser, la pauvre; et puis ces gros seins, ces yeux violets, hein, c'est pas une vie, je voudrais bien vous y voir !Si la lecture du premier Livre n’est pas indispensable, elle m’a semblé bien utile pour pleinement apprécier ce tome dynamique et enlevé avec une héroïne bien plus piquante et attirante que ne le fut l’Arsène

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ils ont peur.
Au début, ils n'y croyaient pas. Ils ricanaient ouverte-ment. Sur les écrans s'étalait le sentiment de supériorité que leur donnaient des décennies de domination; les articles relayaient leur scepticisme goguenard. Bien que tout juste battu par Arsène Nimale, François Copain, le président de la République sortant, n'en était pas moins braillard. Il est Feuillant, mais les Montagnards, l'autre parti politique du paysage, étaient tout aussi belliqueux. Parce qu'en définitive, ils défendent le même monde. Un monde qu'Arsène Nimale a commencé de chambouler.
Alors ils ont peur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sur les ondes, chaque semaine, elle est La Voix, magnétique conteuse adulée par tous les sujets de l'empire. Le reste du temps, Cybèle Ibarruri traverse l'existence avec une insouciante gaîté. Jusqu'à ce qu'un inconnu soit assassiné sous ses yeux alors qu'il lui remet une lettre lui enjoignant de raconter l'épopée d'Arsène Nimale.

Cet homme, lit-elle, faillit changer le cours de l'Histoire quatre siècles plus tôt, juste avant la Grande Catastrophe.

Pourquoi alors n'y a-t-il aucune trace de lui dans les livres ni sur le réseau ? Pourquoi un petit groupe s'active-t-il en cachette de l'impitoyable pouvoir impérial pour écrire son destin et retranscrire son message ? Et surtout, Pourquoi Cybèle a-t-elle l'impression, en s'emparant de l'intrigue, que sa vie bascule ?

Dans une langue riche et inventive, ce récit initiatique haletant aux airs de roman noir et de saga d'anticipation interroge sans concession notre présent.

Autogenèse

Lorsqu’on lit Erwan Larher, il est utile de se munir d’un petit dictionnaire, enfin, d’un gros, car ses mots ne se trouvent pas toujours dans ceux de poche. On y croise des vultueux, clabauder, eccéité, compendieusement, ubac et adret, stercoral, pulvérulent, tératogène, intumescence, diffluent ou dégonder… Erwan aime les mots.

 ─ Alors vous avez choisi d'habiter seul, dans cette maison isolée, retiré, et de ne plus parler à personne...
Mais cette solitude, c'est un choix aussi, non ?
 ─ Oui. Le choix ultime. Le choix du renoncement à tous les autres choix possibles.
 ─ Et pourquoi pas la mort ?
 ─ Je suis humain. Donc lâche. Tiens, prends un peu de faisan. C'est bon, non ? Je les chasse, les fume et les sale moi-même.
Autogenèse de Erwan Larher
Cette autogenèse m’a un peu rappelé Vernon Subutex, l’histoire d’un mec (en l’occurrence amnésique), au magnétisme social impressionnant qui, au cours de ses pérégrinations, se retrouve petit à petit entouré d’une bande de fidèles. ─ Le vôtre, de passé, il est comment ?
 ─ Du genre fardeau.
 ─ Si vous aviez le choix, vous opteriez pour l'oubli ?
La jeune femme acquiesça lentement. Jolie, réalisa Arsène en posant les deux tasses sur la table basse en carton. Un très léger strabisme convergent, qui ne se remarquait que quand elle vous fixait, conférait à son regard une captivante densité. Cheveux très courts, allure garçonne, pas de maquillage, et des gestes acérés qui tranchaient l'espace sans bavures. Elle lui plaisait bien, cette Aura. La rigueur de son maintien lui semblait refléter une droiture bienvenue.
 ─ Que vous est-il arrivé ? demanda doucement Arsène.
 ─ Bah, rien d'extraordinaire. J'ai été cabossée, comme tout le monde. En grande partie parce que je n'avais pas été préparée aux coups. J'ai longtemps pensé que tout le monde vivait normalement dans un monde normal. gouverné par la raison. Pas de pulsions, pas de faux-semblants, pas de vices cachés : chacun choisit et décide.
 ─ D'après ce que j'ai pu constater, c'est en effet un peu plus complexe que cela.Une dystopie aux messages socio-éco-politiques un peu candides mais non dénuée d’un bon-sens implacable.  ─ Mais tu me connais. Tu sais tout de moi. Je ne cache rien.
 ─ Alors ça manque sacrément de profondeur.
 ─ Parce que je ne suis que surface, je suppose. Je suis horizontal.
 ─ C'est tellement décevant...
 ─ Je crois qu'il faut prendre les gens comme ils sont, et pas comme on voudrait qu'ils soient. Sinon, tout le monde est malheureux.Un roman avec bien des longueurs et des « pourquoi » mais qui invite à regarder plus loin que la fin

Un livre qui se prolonge d’ailleurs avec Entre toutes les femmes

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il se réveilla nu dans un lit inconnu, dans une chambre inconnue, avec, au bout de jambes inconnues, des pieds ordinaires.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Il se réveille, nu, dans une maison isolée.
Il ne se souvient plus de rien. Il se lance dans le monde, à la recherche de son passé et de son identité. C'est un destin qu'il trouvera, agrémenté d'une mystérieuse ange gardien à la gâchette facile, d'un journaliste schizophrène, d'un bienfaiteur sans scrupule. Dans son turbulent sillage, les trajectoires se déjettent, pas toujours en douceur. D'exclu amnésique, jouet du hasard, nom de code Icare, il devient maître du jeu.

Mais certains n'ont pas l'intention de le laisser faire... Roman picaresque et politique, Autogenèse interroge sur la folie et la grandeur des hommes, entrelaçant parcours singuliers et Histoire en marche. Peut-on (se) construire en misant sur le bon sens contre les passions, les émotions ? Peut-on (se) bâtir sans mémoire ?

Et qui est ce diable d'Icare ?