Les dents de la mer

Si les dents de la mer font partie de l’imaginaire collectif (de ma génération, certes) grâce au film de Spielberg, je n’avais jamais plongé dans le livre qui l’avait inspiré. Et ce fut une très bonne surprise de constater que l’adaptation était globalement plutôt fidèle.

Les dents de la mer de Peter Benchley, traduction de Alexis Nolent
A l’exception pourtant de deux pans de l’histoire qui ne se déroulent pas vraiment dans l’eau, mais plutôt dans un lit ou à l’abri des regards…

Une très bonne surprise, un page-turner qui ne se laisse pas poser avant de l’avoir complètement dévoré

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le grand poisson avançait en silence dans les eaux nocturnes, propulsé par les courts battements de sa queue en forme de croissant. Sa bouche à peine ouverte, juste assez pour permettre à l'eau de passer par ses branchies. Rien d'autre ne bougeait : une correction de sa trajectoire apparemment erratique, de temps en temps, en baissant ou levant légèrement une de ses nageoires pectorales - comme un oiseau change de direction en inclinant une aile ou l'autre. Ses yeux étaient aveugles dans le noir, et ses autres sens ne transmettaient rien de particulier à son petit cerveau primitif.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une nuit, le corps mutilé d'une jeune femme s'échoue sur la côte d'Amity, petite cité balnéaire du Massachusetts. Martin Brody, le chef de la police, en est convaincu : un requin rôde dans les parages. Et maintenant qu'il a goûté à la chair humaine, il ne s'arrêtera plus. L'accès aux plages doit être interdit, mais le maire et une partie de la population s'y opposent. En pleine saison estivale, c'est l'économie de la ville qui en dépend. Lorsque deux nouveaux cadavres sont découverts, un pêcheur local est chargé de traquer le requin. Il en sera la quatrième victime. Le temps est venu, pour Brody, de prendre les choses en main. Une lutte à mort s'engage alors, qui n'aura que deux issues possibles : l'anéantissement du requin, ou celui de l'équipage.

Ce qui est arrivé à la célèbre actrice blonde

Mais que lui est-il arrivé, à cette (très belle) artiste blonde ? Sans trop en dire, on peut quand même avancer que c’est une histoire plutôt loufoque, une aventure fantastique contemporaine et plein d’humour.

Ce qui est arrivé à la célèbre actrice blonde de Stephane Carlier
Il y a comme un glitch dans la matrice, dirait-on…

Et la célèbre artiste blonde aura bien du mal à corriger le bug.

Un petit livre vite avalé, sans autres prétentions que de proposer un bon moment. Et en se tenant à ça, c’est plutôt une réussite

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Au réveil, il lui faut sans doute un instant pour se rappeler qui elle est, où elle se trouve, quel monde l'entoure. Que ressent-elle alors au chaud de ses draps ? Ses pensées s'organisent-elles joyeusement autour de son nom, de sa blondeur, de sa célébrité ou, au contraire, lui arrive-t-il de vouloir s'alléger de ce qui lui apparaît comme un fardeau
et vivre, ne serait-ce qu'une journée, une autre vie que la sienne ? Personne ne le sait, personne d'autre qu'elle - aucun journaliste, à ma connaissance, ne lui ayant demandé « Que ressentez-vous au réveil quand vous réalisez que vous êtes qui vous êtes ? ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Elle avait lu des centaines de scénarios dans sa vie, aucun ne racontait une histoire aussi folle que ce qui lui arrivait.

Ce matin-là, la plus célèbre actrice française a le sentiment que quelque chose lui échappe. Chez elle, son employée de maison l'évite. Dans la rue, on ne se retourne pas sur son passage... Et si c'était plus qu'une impression - le début d'une aventure prodigieuse ?

Eurotrash

Dans ce road trip surréaliste avec un sac en plastique plein de billets de mille, Christian et sa mère parcourent la Suisse avec l’intention de tout donner.

Les autoroutes suisses se trouvaient depuis cinquante ans dans un état de réparation permanent, il y avait toujours quelque part un rétrécissement de la chaussée, on voyait ici et là quelques petits cônes en plastique orange, il y avait un engin de chantier en apparence abandonné et une bétonnière qui n'avait pas servi depuis des années. On installait tout cela à cet endroit, puis, sous le couvert de la nuit, on le transportait ailleurs afin de suggérer qu'on travaillait ou du moins qu'on faisait quelque chose. Sur la petite section d'autoroute entre le tunnel de Milchbuck et l'aéroport de Zurich, par exemple, cela faisait quarante-quatre ans qu'on travaillait, on commençait sur une des voies, puis on passait à l'autre, et alors on réinstallait les petits cônes et on continuait prétendument à creuser, à interdire l'accès, à rebétonner, c'était comme ça depuis des décennies, comme ça depuis près d'un demi-siècle.
Eurotrash de Christian Kracht, traduction de Corinna Gepner
L’occasion de tirer le portrait du pays et de ses habitants en même temps que celui d’une vielle dame alcoolique et d’une famille à la richesse pas très propre… La Suisse, quoi.Nous reprimes notre place à l'arrière du taxi et le chauffeur démarra. J'avais toujours eu Genève en exécration, cette ville protestante abominable, mensongère, glaciale, pleine de frimeurs, de vantards et de pinailleurs. Nous l'avions surnommée Calvingrad. Je préférais cent mille fois Zurich.Un périple très drôle, piquant, triste et tendre, joyeusement désespéré. Et si cette autofiction a de petits airs de Mars de Fritz Zorn dans les débuts, l’humour et l’autodérision rendent ces deux voyageurs fort attendrissants

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Et donc j'ai dû retourner quelques jours à Zurich. Ma mère voulait me parler de toute urgence. Elle avait appelé, m'avait prié de venir sans délai, cet échange téléphonique avait été très angoissant. Et sous l'effet de la nervosité, je m'étais senti si mal durant tout ce week-end prolongé que j'avais souffert d'une forte constipation. Par ailleurs, il faut que je dise qu'il y a un quart de siècle j'avais écrit une histoire que, pour une raison qui ne me revient malheureusement pas, j'avais intitulée Faserland. Elle s'achève à Zurich, pour ainsi dire au beau milieu du lac, de façon plutôt traumatisante.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Comment résister à une vieille dame qui implore votre visite ? En bon fils, Christian se rend à Zurich, ville qu’il exècre, afin de rejoindre le luxueux domicile de son octogénaire de mère, particulièrement acariâtre et portée sur l’alcool.

Accueilli par une salve de reproches, il décide, à son propre étonnement, de l’embarquer pour un road trip à travers la Suisse. La dernière occasion pour ces deux cœurs accidentés de revenir sur une histoire familiale atypique, faite de culpabilité et de honte héritées. Le sarcasme en bandoulière, Christian et Frau Kracht se livrent un combat sans merci pour peut-être, enfin, se trouver.

Les incroyables pouvoirs de la nature

Juste histoire de remettre les choses à leur place : le monde vivant n’a pas attendu les humains pour communiquer, évoluer, s’adapter, croître ou se défendre… Alliés, concurrents ou juste voisins, les végétaux, champignons, animaux, unicellulaires et autres virus évoluent ensemble depuis plus de trois milliards d’années sans avoir eu besoin de nous.

Les incroyables pouvoirs de la nature de Hugues Demeude, illustrations de Yann Wehrling
Cette bande dessinée rend hommage à quelques intelligences naturelles remarquables, des arbres aux coraux, des koala aux vers de terre… De tous petits exemples, mais qui illustrent bien les impressionnantes compétences du monde vivant.

Avec un dessin parfois tout crado et pourtant tout chou, cette BD documentaire ne manque pas de faire réfléchir

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Fut un temps, des scientifiques et des philosophes nous expliquaient que les animaux n'avaient pas d'ÂME.
Parce qu'ils ne parlent pas comme nous, les animaux et les plantes devraient être considérés comme des « machines » sans émotions ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À la découverte des prodigieuses capacités du monde vivant.

Chaque jour, sur notre planète, animaux, végétaux, champignons - trois mondes étroitement reliés - développent des trésors d'ingéniosité pour répondre à leurs besoins vitaux : se reproduire, croître, se nourrir, se déplacer, apprendre, se défendre, guérir, communiquer... C'est ainsi que l'hippocampe mâle est "mis enceint" pour mieux protéger ses petits ; la tortue olivâtre détermine le sexe de son embryon ; le poisson-éléphant, grâce à son sixième sens électrique, se déplace par électrolocation ; le koala possède un génome adapté à l'eucalyptus toxique ; l'embryon de seiche est capable d'apprendre dans son oeuf ; ou encore, l'anodin ver de terre se révèle un fabuleux laboureur, fertilisateur et guérisseur.
Ce livre vous emportera au coeur des pouvoirs insoupçonnés du vivant.

Départ

Avec un style magnifique, Départ raconte la chute d’un homme. Travail, famille, confiance en soi, capacité à se projeter… il ne reste rien, un homme déchu.

tu demandes : c'est quoi là, sur la tempe - le début d'une cicatrice, je dis. Puis j'entends le clac clac de tes sabots qui repartent, qui s'éloignent. Tes jambes souples de danseuse de ballet.
Tu sais Christine, en amour je suis décevant
médiocre même si Regina au début prétendait
tu es un dieu,
je sais
mes cigarettes et lunettes noires produisent leur petit effet mais,
te fais pas d'illusion, Christine.
La vie m'a démoli.
Départ de Claire Genoux
Un homme cassé.

Un petit livre où la forme épouse le fond avec beaucoup de tendresse

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Regina me laisse mes caleçons, quelques chemises,
lorsqu'elle dit
dehors
tu habites plus ici,
un matin elle me met à la porte, je buvais mon café sur la table, des toasts et du beurre, pour les petits des céréales, je fumais ma cigarette et ouste.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Trois femmes dans la vie d'un homme en chute libre

Un homme installé dans un quotidien un peu gris mais sans histoire se retrouve chassé de chez lui par son épouse, confronté au prévisible éloignement de ses enfants devenus grands, et propulsé dans l'âpre réalité du travail sur un chantier après la perte de son emploi de bureau. Dès lors, le protagoniste navigue entre la méditation sur son passé et la difficile reconstruction de sa vie. Subissant les événements, notamment avec les femmes, son épouse et sa cheffe de chantier, il échoue à s'engager auprès de la figure potentiellement rédemptrice qui croise son chemin. Partant d'une situation ordinaire d'incertitude, c'est tout l'art de Claire Genoux de nous conduire de cet ordinaire vers l'envoûtement ; et cela au moyen d'une langue tantôt rugueuse, tantôt poétique, éminemment sensuelle, toujours dans une recherche parfaite d'équilibre entre le sens et le style.

Gustave

Mais qui est Gustave ?
Un crocodile, oui, certes !
Mais qui est vraiment Gustave ?

J'ai l'arrogance du calme après la tempête, l'audace du soleil qui revient se coucher sur une mer d'huile. Sans enlever mes écouteurs, je dépasse la terrasse et avant de disparaître dans une rue parallèle qui mène au lac, je m'arrête une dernière fois.
Je m'assieds contre le bord d'une fenêtre. Gustave s'endort, les paumes retournées vers le ciel. J'ouvre la bouche pour laisser entrer l'air, le soleil se dépose sur ma salive.
J'attrape son visage entre mes mains. Ses yeux peinent à s'ouvrir, sa tête est lourde, je la pose sur mon genou. Je lui caresse les oreilles et je le laisse s'endormir silencieusement. Je me retire comme on donne un bébé à son berceau.
Je m'attarde une dernière fois sur le bout de son nez relevé, un signe débile pour lui dire au revoir et je disparais sur la droite.
Je cours entre les passants. Je ne transpire pas, je crée la brise qui me rafraîchit et je laisse Radiohead éponger la sueur des maux de ventre.
Gustave de Marlo Karlen
C’est l’histoire d’un départ à Barcelone avec Salomé… Mais Gustave ne supporterait pas le voyage… Et partir, c’est aussi quitter !

Une histoire aussi chou que surréaliste et aussi tendre que le sourire de Gustave

Toi aussi, tu veux un Gustave qui te suit partout ?
Découpe la page de gauche, glisse-la simplement dans ton porte-monnaie, et le tour est joué.
Un livre avec un cadeau à la fin
Une toute petite lecture d’une grande poésie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Depuis le hublot, les moutons sur l'eau dessinent des nuages.
Un ciel qu'on regarde la tête en bas.
Salomé a oublié sa main sur la mienne, sa tête sur mon épaule. Ses cheveux sentent le shampoing qu'on a laissé à la douane.
Ma bouche se contracte sur mes dents, je crois que c'est de la joie.
Si un jour je l'oublie, au moins ce sera écrit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Gustave raconte l’histoire d’un départ. Avec son amoureuse Salomé, le narrateur prend la grande décision de quitter Genève pour Barcelone. L’occasion pour le narrateur de se séparer de son crocodile de compagnie, Gustave, qui le suit depuis l’adolescence. C’est un crocodile peureux, maladroit, qui ne supporte pas le monde dans le tram et le changement de température dans les magasins. Ensemble, ils aiment quand le soleil ramollit au-dessus du Rhône, quand le temps coule sans qu’on cherche à l’occuper, quand ils ne font rien d’autre que rêvasser.

T’es pas ma mère

Il faut s’accrocher un peu pour cette lecture. Non pas que le livre tombe des mains, mais il me semble impossible de ne pas sortir bouleversé par cette histoire de naissance sous X et d’adoption.

Le 19 octobre
Bon, avant-hier je me suis arrêtée au milieu de ma lettre. Je t'en voulais tellement que j'ai tout cassé dans l'appartement.
Les vitres, les portes, le balcon.
Je ressentais comme le jour où j'avais voulu te trancher la gorge avec le sabre de papi. John, qui ne m'avait jamais vue dans cet état-là, n'en revenait pas. Il m'a emmenée de force dans la crique la plus proche et m'a jetée à l'eau tout habillée. L'eau était glacée. Mon jean lourd et collant me gênait pour nager. Mais ça m'a calmée.
T’es pas ma mère de Prune Berge
Pourtant, si ce tout petit roman épistolaire pêche probablement, c’est par la violence de son implacable piège émotionnel.

Dès les premières pages, impossible de ne pas se laisser emporter par une déferlante mélo qui ne s’apaisera pas avant d’avoir refermé la couverture.

Parfait, brillant, impressionnant… Mais too much

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ma fille,
Sans doute n'ai-je pas le droit de t'appeler ainsi. Mais tu existes, je viens de l'apprendre, tu as vingt ans. Je ne sais pas encore si j'écris cette lettre pour toi, pour moi, ou comme pour tisser des fils entre deux océans.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Adoptée à la naissance. Stéphanie a vingt ans quand elle reçoit une lettre de sa mère, qui a accouché sous X.

En lisant le récit des circonstances de sa conception et de sa naissance, la jeune femme, qui se croyait en rupture de lignage, découvre qu'elle doit compter à présent avec une autre mère et qu'il lui faudra concilier deux familles, avec leurs territoires génétiques et leurs pays dans la peau. Mais deux mères, cela demande « deux mers » à traverser, afin de pouvoir soi même mettre au monde un enfant sur une rive qui porte un nom.

Dans ce texte épistolaire sur le thème de l'adoption, la simplicité de l'écriture nourrit une émotion dont la force ne prétend qu'à celle du témoignage.

L’inconnue du quai de Javel

Lire du Jaenada, c’est accepter de se faire balader par un drôle de conteur (vraiment très drôle), mais qui a quand même le gros défaut de ne savoir faire court. Et, me semble-t-il, ne cesse, publication après publications, de se singer et de grossir (ça se paye sous la douche des hôtels miteux) ses propres excès. Génial biographe, éplucheur de fonds d’archives et baroudeur des lieux de crimes, il préfère par dessus tout raconter par le menu (oui, il mange pas mal !) toutes ses pérégrinations, en oubliant jusqu’au pourquoi de sa démarche (j’exagère, certes, car ce conteur merveilleux n’a de pareil pour retomber sur ses pattes).

Je me rappelle qu'en lisant Maigret à l'école (1954), il y a quelques années, j'avais été jaloux de mon ami le commissaire, qui part enquêter sur un meurtre à Saint-André-sur-Mer (ça n'existe pas, c'est « quelque part dans les Charentes », au nord-ouest de La Rochelle), sans raison valable, sur une impulsion, simplement parce qu'il a un bon souvenir de vin blanc sec et d'huîtres au bord de l'océan, il accepte de suivre l'instituteur qui est venu le chercher pour qu'il s'occupe de l'affaire. Il ne peut résister à l'envie de blanc frais et iodé, à l'idée du plaisir, il prend le train. La chance, je m'étais dit.
L’inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada
Et ici, de plus, il s’adjoint le commissaire Maigret comme grand sage et consultant pour son enquête. Note personnelle : j’avais lu tous les Maigret il y a trois ou quatre ans, c’était bien sympa de le retrouver ici !

L’inconnue du quai de Javel s’appelle Louise Cansot, son meurtrier ne fut jamais inquiété, Philippe s’empare du cold case et part à la chasse de l’assassin

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une blanquette. Voilà ce qui me ferait plaisir à midi, aujourd'hui, 7 septembre (d'habitude, je ne déjeune pas en plus il fait chaud, trop chaud pour septembre et trop chaud pour une blanquette - mais j'ai faim, je me suis levé tôt), près du pont Mirabeau, une bonne blanquette de veau, avec du riz, de la sauce, des oignons, des carottes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, manifestement rhabillée à la hâte puis déposée là par son assassin. Elle est identifiée le lendemain : c’est Louise Cansot, le modèle le plus demandé par les peintres de Montparnasse. Rapidement, quatre suspects se détachent, évidents, presque des archétypes. On dirait le début d’un roman de Simenon, mais l’inspecteur-chef Ferrière n’a pas le talent de Maigret, et doit se résoudre à classer l’affaire au bout de six mois, sans avoir arrêté personne.

Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada reprend l’enquête à partir du dossier retrouvé puis, comme à son habitude, sollicite ses contacts aux archives, exhume tous les documents, arpente tous les lieux – remonte le temps.

Pour ce livre, il a lu les soixante-quinze enquêtes de Maigret, s’inspirant humblement et fidèlement des méthodes du commissaire fictif. Et il va résoudre ce meurtre bien réel, laissant le lecteur subjugué par la dextérité de son investigation et fasciné par cette jeune femme à laquelle il redonne un visage et une histoire.

Le journal d’une femme de chambre

Voilà un journal bien plus intéressant par son contenu (presque un docu-fiction sans avoir peur des anachronismes…) et ce qu’il raconte de la bourgeoisie du 19e au travers du regard d’une femme de ménage, que par son rythme, ses longueurs ou ses promesses vaguement émoustillantes.

De ce premier contact avec mes nouveaux maitres je n'ai pu recueillir des indications précises et formelles... Mais j'ai senti que le ménage ne va pas, que Monsieur n'est rien dans la maison, que c'est Madame qui est tout, que Monsieur tremble devant Madame, comme une petit enfant... Ah ! il ne doit pas rire tous les jours, le pauvre homme... Sûrement, il en voit, en entend, en subit de toutes les sortes... J'imagine que j'aurai, parfois, du bon temps à être là...
Au dessert, Madame, qui durant le repas n'avait cessé de renifler mes mains, mes bras, mon corsage, a dit d'une voix nette et tranchante :
 ─ Je n'aime pas qu'on se mette des parfums... Comme je ne répondais pas, faisant semblant d'ignorer que cette phrase s'adressât à moi :
 ─ Vous entendez, Célestine ?
 ─ Bien, Madame.
Le journal d’une femme de chambre de Octave Mirbeau
Condition de la femme, exploitation, hypocrisie, mépris de classe, droit de cuissage, religion de façade, complaisance du clergé et des autorités… Tout y est décrit et semble sinon plausible, tellement vraisemblable !

Un excellent ouvrage pour qui veut soulever un peu le tapis et découvrir toutes les saletés que l’argent et le statut social peuvent permettre, le tout raconté avec beaucoup d’humour et d’autodérision… et bien des longueurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Aujourd'hui, 14 septembre, à trois heures de l'après-midi, par un temps doux, gris et pluvieux, je suis entrée dans ma nouvelle place. C'est la douzième en deux ans. Bien entendu, je ne parle pas des places que j'ai faites durant les années précédentes. Il me serait impossible de les compter. Ah ! je puis me vanter que j'en ai vu des intérieurs et des visages, et de sales âmes... Et ça n'est pas fini... A la façon, vraiment extraordinaire, vertigineuse, dont j'ai roulé, ici et là, successivement, de maisons en bureaux et de bureaux en maisons, du Bois de Boulogne à la Bastille, de l'Observatoire à Montmartre, des Ternes aux Gobelins, partout, sans pouvoir jamais me fixer nulle part, faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant !... C'est à ne pas croire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La bourgeoisie vue par le petit trou de la serrure et l'œil de ses domestiques, qui ne valent pas mieux qu'elle. Si les maîtres sont des pantins, Célestine, la femme de chambre, est une catin, d'ailleurs assez gentille, et Joseph, le jardinier cocher, une fripouille antisémite. Ajoutez à cela quelques épices 1900, les étreintes passionnées de Célestine avec un jeune tuberculeux, un viol, un vieillard fétichiste (la fameuse scène des bottines si bien enlevée dans le film de Bunuel), et vous avez le chef-d'œuvre de notre terrible Octave, « un personnage extraordinaire, disait Léautaud, d'une fougue, d'une hardiesse, d'un anarchisme littéraire et artistique unique à cette époque. »

Des filles comme il faut

Ça commence comme de la chick-lit, léger, parfois un poil acide, mais souvent très drôle. Une femme avec un petit souci d’alcool, qui perd son boulot dans la com suite à un accouchement difficile mais qui a quand même un mari sympa… Tous les ingrédients sont là.

Les hommes sont si prévisibles. Ils passent leur temps à se plaindre de ne pas comprendre les femmes, comme si on était des créatures très sophistiqués et qu'il leur fallait des instruments pour évaluer notre valeur sur le marchés des pierres précieuses. On ne peut pas leur retourner le compliment. Eux sont comme ce petit galet gris et lisse qu'on ramasse quand on se promène, qu'on tient au creux de la main, qu'on examine dans l'espoir de découvrir qu'il s'agit d'un diamant rare, avant de le laisser retomber sur le chemin. La plupart du temps, c'est juste un caillou.
Des filles comme il faut de Nadia Daam
Puis, insidieusement, le ton change même s’il reste léger, et le sujet gagne en profondeur.

Adélaïde retire son pull et dévoile des avant-bras déliés dont l'un est orné d'un large tatouage. Les yeux de Milan s'affolent et quittent plusieurs fois la route. Il finit par lui demander ce qui habille son biceps depuis l'épaule. J'ai envie de répondre Bah c'est un oiseau, ducon, j'le vois d'ici. De fait, ce n'est pas un oiseau ordinaire qu'Adélaïde s'est fait tatouer, mais un corbeau de trente bons centimètres. Elle en compte six autres ailleurs sur le corps, à des endroits qu'elle énumère: l'épaule, l'arrière du coude, l'aine, le poignet, derrière l'oreille. Dans un gloussement, elle refuse de dire où se situe le dernier. (J'ai tellement levé les yeux au ciel que je me suis auto-énucléée.) Milan, lui, se découvre une passion nouvelle pour les corvidés et l'assaille de questions. Je gobe mes confiseries au chocolat, écoutant cette parade nuptiale en Scenic d'une oreille distraite.…et les petits soucis deviennent des vrais problèmes. Des filles comme il faut qui n’ont pas dit leur dernier mot, pleines de force, d’humour et d’intelligence

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est quoi une « femme disparue » au juste ? Quand sait-on qu'elle a disparu ? À partir
de combien d'heures ? De jours ? Quel âge a-t-elle pour être considérée comme telle et par qui ? Par la police ? Par BFM ? Par Twitter ? Une femme disparue. Pas une enfant de sept ans en pyjama feutré par les lessives à quatre-vingt-dix degrés probablement kidnappée par un père divorcé, amer, propriétaire d'une Fiat Punto et qu'on espère discerner sur les images de vidéosurveillance d'une station-service d'Alicante.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Blanche a trente ans, un enfant, un amoureux sans intérêt et une capacité inouïe à échouer.
Licenciée après un accouchement traumatique, elle est bien déterminée à pleurer sur sa bière et sur sa médiocrité, quand elle croise une ancienne connaissance, star des médias au féminisme affirmé et photogénique. À sa grande surprise, celle-ci la prend sous son aile et lui confie un projet de podcast sur les disparitions volontaires. Un défi providentiel pour cette jeune femme velléitaire, accro à l'alcool et au regard masculin.

Blanche part mener l'enquête dans sa ville natale, sur les traces d'une professeure de lycée évaporée du jour au lendemain. Saisira-t-elle sa chance ? Trouvera-t-elle enfin sa place du côté des puissantes ? Pas sûr. Mais elle aura fait une découverte encore plus exaltante : les filles comme il faut, il ne faut pas trop les chercher.