Gustave

Mais qui est Gustave ?
Un crocodile, oui, certes !
Mais qui est vraiment Gustave ?

Gustave de Marlo Karlen
C’est l’histoire d’un départ à Barcelone avec Salomé… Mais Gustave ne supporterait pas le voyage… Et partir, c’est aussi quitter !

Une histoire aussi chou que surréaliste et aussi tendre que le sourire de Gustave
Une toute petite lecture d’une grande poésie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Depuis le hublot, les moutons sur l'eau dessinent des nuages.
Un ciel qu'on regarde la tête en bas.
Salomé a oublié sa main sur la mienne, sa tête sur mon épaule. Ses cheveux sentent le shampoing qu'on a laissé à la douane.
Ma bouche se contracte sur mes dents, je crois que c'est de la joie.
Si un jour je l'oublie, au moins ce sera écrit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Gustave raconte l’histoire d’un départ. Avec son amoureuse Salomé, le narrateur prend la grande décision de quitter Genève pour Barcelone. L’occasion pour le narrateur de se séparer de son crocodile de compagnie, Gustave, qui le suit depuis l’adolescence. C’est un crocodile peureux, maladroit, qui ne supporte pas le monde dans le tram et le changement de température dans les magasins. Ensemble, ils aiment quand le soleil ramollit au-dessus du Rhône, quand le temps coule sans qu’on cherche à l’occuper, quand ils ne font rien d’autre que rêvasser.

T’es pas ma mère

Il faut s’accrocher un peu pour cette lecture. Non pas que le livre tombe des mains, mais il me semble impossible de ne pas sortir bouleversé par cette histoire de naissance sous X et d’adoption.

Le 19 octobre
Bon, avant-hier je me suis arrêtée au milieu de ma lettre. Je t'en voulais tellement que j'ai tout cassé dans l'appartement.
Les vitres, les portes, le balcon.
Je ressentais comme le jour où j'avais voulu te trancher la gorge avec le sabre de papi. John, qui ne m'avait jamais vue dans cet état-là, n'en revenait pas. Il m'a emmenée de force dans la crique la plus proche et m'a jetée à l'eau tout habillée. L'eau était glacée. Mon jean lourd et collant me gênait pour nager. Mais ça m'a calmée.
T’es pas ma mère de Prune Berge
Pourtant, si ce tout petit roman épistolaire pêche probablement, c’est par la violence de son implacable piège émotionnel.

Dès les premières pages, impossible de ne pas se laisser emporter par une déferlante mélo qui ne s’apaisera pas avant d’avoir refermé la couverture.

Parfait, brillant, impressionnant… Mais too much

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ma fille,
Sans doute n'ai-je pas le droit de t'appeler ainsi. Mais tu existes, je viens de l'apprendre, tu as vingt ans. Je ne sais pas encore si j'écris cette lettre pour toi, pour moi, ou comme pour tisser des fils entre deux océans.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Adoptée à la naissance. Stéphanie a vingt ans quand elle reçoit une lettre de sa mère, qui a accouché sous X.

En lisant le récit des circonstances de sa conception et de sa naissance, la jeune femme, qui se croyait en rupture de lignage, découvre qu'elle doit compter à présent avec une autre mère et qu'il lui faudra concilier deux familles, avec leurs territoires génétiques et leurs pays dans la peau. Mais deux mères, cela demande « deux mers » à traverser, afin de pouvoir soi même mettre au monde un enfant sur une rive qui porte un nom.

Dans ce texte épistolaire sur le thème de l'adoption, la simplicité de l'écriture nourrit une émotion dont la force ne prétend qu'à celle du témoignage.

L’inconnue du quai de Javel

Lire du Jaenada, c’est accepter de se faire balader par un drôle de conteur (vraiment très drôle), mais qui a quand même le gros défaut de ne savoir faire court. Et, me semble-t-il, ne cesse, publication après publications, de se singer et de grossir (ça se paye sous la douche des hôtels miteux) ses propres excès. Génial biographe, éplucheur de fonds d’archives et baroudeur des lieux de crimes, il préfère par dessus tout raconter par le menu (oui, il mange pas mal !) toutes ses pérégrinations, en oubliant jusqu’au pourquoi de sa démarche (j’exagère, certes, car ce conteur merveilleux n’a de pareil pour retomber sur ses pattes).

Je me rappelle qu'en lisant Maigret à l'école (1954), il y a quelques années, j'avais été jaloux de mon ami le commissaire, qui part enquêter sur un meurtre à Saint-André-sur-Mer (ça n'existe pas, c'est « quelque part dans les Charentes », au nord-ouest de La Rochelle), sans raison valable, sur une impulsion, simplement parce qu'il a un bon souvenir de vin blanc sec et d'huîtres au bord de l'océan, il accepte de suivre l'instituteur qui est venu le chercher pour qu'il s'occupe de l'affaire. Il ne peut résister à l'envie de blanc frais et iodé, à l'idée du plaisir, il prend le train. La chance, je m'étais dit.
L’inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada
Et ici, de plus, il s’adjoint le commissaire Maigret comme grand sage et consultant pour son enquête. Note personnelle : j’avais lu tous les Maigret il y a trois ou quatre ans, c’était bien sympa de le retrouver ici !

L’inconnue du quai de Javel s’appelle Louise Cansot, son meurtrier ne fut jamais inquiété, Philippe s’empare du cold case et part à la chasse de l’assassin

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une blanquette. Voilà ce qui me ferait plaisir à midi, aujourd'hui, 7 septembre (d'habitude, je ne déjeune pas en plus il fait chaud, trop chaud pour septembre et trop chaud pour une blanquette - mais j'ai faim, je me suis levé tôt), près du pont Mirabeau, une bonne blanquette de veau, avec du riz, de la sauce, des oignons, des carottes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, manifestement rhabillée à la hâte puis déposée là par son assassin. Elle est identifiée le lendemain : c’est Louise Cansot, le modèle le plus demandé par les peintres de Montparnasse. Rapidement, quatre suspects se détachent, évidents, presque des archétypes. On dirait le début d’un roman de Simenon, mais l’inspecteur-chef Ferrière n’a pas le talent de Maigret, et doit se résoudre à classer l’affaire au bout de six mois, sans avoir arrêté personne.

Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada reprend l’enquête à partir du dossier retrouvé puis, comme à son habitude, sollicite ses contacts aux archives, exhume tous les documents, arpente tous les lieux – remonte le temps.

Pour ce livre, il a lu les soixante-quinze enquêtes de Maigret, s’inspirant humblement et fidèlement des méthodes du commissaire fictif. Et il va résoudre ce meurtre bien réel, laissant le lecteur subjugué par la dextérité de son investigation et fasciné par cette jeune femme à laquelle il redonne un visage et une histoire.

Le journal d’une femme de chambre

Voilà un journal bien plus intéressant par son contenu (presque un docu-fiction sans avoir peur des anachronismes…) et ce qu’il raconte de la bourgeoisie du 19e au travers du regard d’une femme de ménage, que par son rythme, ses longueurs ou ses promesses vaguement émoustillantes.

De ce premier contact avec mes nouveaux maitres je n'ai pu recueillir des indications précises et formelles... Mais j'ai senti que le ménage ne va pas, que Monsieur n'est rien dans la maison, que c'est Madame qui est tout, que Monsieur tremble devant Madame, comme une petit enfant... Ah ! il ne doit pas rire tous les jours, le pauvre homme... Sûrement, il en voit, en entend, en subit de toutes les sortes... J'imagine que j'aurai, parfois, du bon temps à être là...
Au dessert, Madame, qui durant le repas n'avait cessé de renifler mes mains, mes bras, mon corsage, a dit d'une voix nette et tranchante :
 ─ Je n'aime pas qu'on se mette des parfums... Comme je ne répondais pas, faisant semblant d'ignorer que cette phrase s'adressât à moi :
 ─ Vous entendez, Célestine ?
 ─ Bien, Madame.
Le journal d’une femme de chambre de Octave Mirbeau
Condition de la femme, exploitation, hypocrisie, mépris de classe, droit de cuissage, religion de façade, complaisance du clergé et des autorités… Tout y est décrit et semble sinon plausible, tellement vraisemblable !

Un excellent ouvrage pour qui veut soulever un peu le tapis et découvrir toutes les saletés que l’argent et le statut social peuvent permettre, le tout raconté avec beaucoup d’humour et d’autodérision… et bien des longueurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Aujourd'hui, 14 septembre, à trois heures de l'après-midi, par un temps doux, gris et pluvieux, je suis entrée dans ma nouvelle place. C'est la douzième en deux ans. Bien entendu, je ne parle pas des places que j'ai faites durant les années précédentes. Il me serait impossible de les compter. Ah ! je puis me vanter que j'en ai vu des intérieurs et des visages, et de sales âmes... Et ça n'est pas fini... A la façon, vraiment extraordinaire, vertigineuse, dont j'ai roulé, ici et là, successivement, de maisons en bureaux et de bureaux en maisons, du Bois de Boulogne à la Bastille, de l'Observatoire à Montmartre, des Ternes aux Gobelins, partout, sans pouvoir jamais me fixer nulle part, faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant !... C'est à ne pas croire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La bourgeoisie vue par le petit trou de la serrure et l'œil de ses domestiques, qui ne valent pas mieux qu'elle. Si les maîtres sont des pantins, Célestine, la femme de chambre, est une catin, d'ailleurs assez gentille, et Joseph, le jardinier cocher, une fripouille antisémite. Ajoutez à cela quelques épices 1900, les étreintes passionnées de Célestine avec un jeune tuberculeux, un viol, un vieillard fétichiste (la fameuse scène des bottines si bien enlevée dans le film de Bunuel), et vous avez le chef-d'œuvre de notre terrible Octave, « un personnage extraordinaire, disait Léautaud, d'une fougue, d'une hardiesse, d'un anarchisme littéraire et artistique unique à cette époque. »

Des filles comme il faut

Ça commence comme de la chick-lit, léger, parfois un poil acide, mais souvent très drôle. Une femme avec un petit souci d’alcool, qui perd son boulot dans la com suite à un accouchement difficile mais qui a quand même un mari sympa… Tous les ingrédients sont là.

Les hommes sont si prévisibles. Ils passent leur temps à se plaindre de ne pas comprendre les femmes, comme si on était des créatures très sophistiqués et qu'il leur fallait des instruments pour évaluer notre valeur sur le marchés des pierres précieuses. On ne peut pas leur retourner le compliment. Eux sont comme ce petit galet gris et lisse qu'on ramasse quand on se promène, qu'on tient au creux de la main, qu'on examine dans l'espoir de découvrir qu'il s'agit d'un diamant rare, avant de le laisser retomber sur le chemin. La plupart du temps, c'est juste un caillou.
Des filles comme il faut de Nadia Daam
Puis, insidieusement, le ton change même s’il reste léger, et le sujet gagne en profondeur.

Adélaïde retire son pull et dévoile des avant-bras déliés dont l'un est orné d'un large tatouage. Les yeux de Milan s'affolent et quittent plusieurs fois la route. Il finit par lui demander ce qui habille son biceps depuis l'épaule. J'ai envie de répondre Bah c'est un oiseau, ducon, j'le vois d'ici. De fait, ce n'est pas un oiseau ordinaire qu'Adélaïde s'est fait tatouer, mais un corbeau de trente bons centimètres. Elle en compte six autres ailleurs sur le corps, à des endroits qu'elle énumère: l'épaule, l'arrière du coude, l'aine, le poignet, derrière l'oreille. Dans un gloussement, elle refuse de dire où se situe le dernier. (J'ai tellement levé les yeux au ciel que je me suis auto-énucléée.) Milan, lui, se découvre une passion nouvelle pour les corvidés et l'assaille de questions. Je gobe mes confiseries au chocolat, écoutant cette parade nuptiale en Scenic d'une oreille distraite.…et les petits soucis deviennent des vrais problèmes. Des filles comme il faut qui n’ont pas dit leur dernier mot, pleines de force, d’humour et d’intelligence

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est quoi une « femme disparue » au juste ? Quand sait-on qu'elle a disparu ? À partir
de combien d'heures ? De jours ? Quel âge a-t-elle pour être considérée comme telle et par qui ? Par la police ? Par BFM ? Par Twitter ? Une femme disparue. Pas une enfant de sept ans en pyjama feutré par les lessives à quatre-vingt-dix degrés probablement kidnappée par un père divorcé, amer, propriétaire d'une Fiat Punto et qu'on espère discerner sur les images de vidéosurveillance d'une station-service d'Alicante.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Blanche a trente ans, un enfant, un amoureux sans intérêt et une capacité inouïe à échouer.
Licenciée après un accouchement traumatique, elle est bien déterminée à pleurer sur sa bière et sur sa médiocrité, quand elle croise une ancienne connaissance, star des médias au féminisme affirmé et photogénique. À sa grande surprise, celle-ci la prend sous son aile et lui confie un projet de podcast sur les disparitions volontaires. Un défi providentiel pour cette jeune femme velléitaire, accro à l'alcool et au regard masculin.

Blanche part mener l'enquête dans sa ville natale, sur les traces d'une professeure de lycée évaporée du jour au lendemain. Saisira-t-elle sa chance ? Trouvera-t-elle enfin sa place du côté des puissantes ? Pas sûr. Mais elle aura fait une découverte encore plus exaltante : les filles comme il faut, il ne faut pas trop les chercher.

La sentinelle qu’on ne relève jamais

Dans ce témoignage, dalie Farah nous parle de son autisme, de ses stratégies d’adaptations pour vivre en société et, à 50 ans, de l’épuisement de ses ressources et d’un burn-out autistique.

Pour dénier l'autisme en moi pendant cinquante ans, aura-t-il suffi que je travaille à porter des masques toute ma vie ?
C'est une des hypothèses médicales, appelée masking, camouflage social en français. La recherche anglo-saxonne et américaine domine la française, quand on cause autisme, on cause english. Le masking serait une capacité de suradaptation, cause des burn-out autistiques, notamment féminins. Malgré le nombre de personnes autistes qui le subissent, le monde scientifique s'y intéresse depuis peu. Le burn-out autistique n'est pas lié au travail, il n'est pas psychologique, il s'agit d'un état d'épuisement intense face aux défis sensoriels et sociaux. A force de faire semblant de ne pas être autiste, on craque, à force de chasser le naturel, on finit par se crasher en soi.
La sentinelle qu’on ne relève jamais de dalie Farah
Un livre très touchant, une porte d’entrée pour qui ne connait pas les troubles autistiques et souhaiterait comprendre un peu mieux leurs impacts, le manque d’adaptations de la société et du monde professionnel, de formation du personnel de santé…

Mais aussi un livre intime qui parle de violence et de racisme… mais d’amour aussi

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je sens. Tout.
Je suis une sensation et je disparais.

Les contours de mon corps sont floutés, je n'existe pas. Je n'ai jamais autant eu mal d'exister, autant de mal à ressentir. Tout. Bruit, odeur, contact. Une foule dans un couloir est un étranglement, le rayonnement d'un néon, des aiguilles pénétrantes, une sonnerie imprévue, unedouleurunsursaut.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À 50 ans, dalie Farah se découvre porteuse d’autisme. Elle subit l’environnement social et sensoriel, supporte une crise douloureuse après l’autre. La sentinelle qu’on ne relève jamais, c’est elle. Que lui arrive-t-il ?

Très vite, l’enquête intime devient collective. dalie Farah raconte les familles désemparées, les autistes célèbre, les nombreuses femmes diagnostiquées tardivement. Depuis cette différence invisible, sa condition singulière, elle nous interroge : ne sommes-nous pas tous semblables, à percevoir et penser le monde par nos sens et nos corps ? Être soi, n’est-ce pas obéir à ce que l’on est ?

L’intensité vibrante de ses mots nous fait éprouver physiquement son ressenti ; son récit dessine un chemin bouleversant où la joie d’écrire éclate à chaque page.

Les dés

Ziya, jeune Tcherkesse à Istambul doit venger la mort de son frère en tuant son assassin. Mieux vaut mourir que perdre son honneur.

 ─ Sois le bienvenu mon garçon, entre, je t'en prie.
À peine installé, Ziya déclara :
 ─ Je vais tuer le Mat, seulement je ne sais pas comment entrer dans le tribunal.
Comme tous les Tcherkesses, l'officier à la retraite souhaitait voir le Mat mort et son peuple vengé, cependant il doutait fort que ce gamin qui frappait à sa porte au petit matin fût l'homme de la situation.
 ─ Tu en es bien sûr ? lui demanda-t-il.
 ─ Certain.
 ─ Et la suite, tu y as pensé ? C'est ta peau que tu risques.
 ─ Ma peau n'a aucune importance.
L'homme observait attentivement Ziya, qui le dévisageait en retour. L'œil expert du vieil homme reconnut tout de suite que le garçon était déterminé et que sa vie lui était indifférente. Cette indifférence lui donnait une volonté immense, une force effrayante et barbare, son regard ne trompait pas.
Les dés de Ahmet Altan, traduction de Julien Lapeyre de Cabanes
Avec les dés, Ahmet Altan observe la construction d’un jeune homme qui place son honneur au dessus de toutes autres valeurs. Son statut d’homme est en jeu.

Un garçon touchant emporté par des règles qui le dépassent et desquelles il ne lui sera pas possible de sortir.

Une histoire émouvante alors qu’elle déborde violence

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La formation d'une âme comme celle de Ziya, né au monde avec sa part de ténèbres, nécessitait une personnalité qui sorte de l'ordinaire, une admiration dont la violence et le sang traçaient les contours, et des coups durs.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ziya n'a que seize ans lorsqu'il est introduit en secret dans un recoin du tribunal où doit être entendu l'assassin de son frère aîné. Tireur d'exception, ce jeune Tcherkesse abat son ennemi d'une seule balle en pleine audience et gagne par ce geste l'admiration de tous.
Après une année d'incarcération dans une prison ou il découvre le jeu de dés, on l'envoie dans la campagne par-delà les frontières, non loin d'Alexandrie. Là, il rencontre une jeune fille, apprécie sa compagnie sans pour autant comprendre le sentiment qui soudain le trouble d'une étrange manière. De retour en Turquie, il n'oubliera jamais Nora.
Très présent dans les nuits d'Istanbul, il joue beaucoup, aime peu mais celles qui l'approchent sont frappées par son regard inquiétant.
Alors qu'une action d'éclat lui est proposée - il s'agit cette fois de tuer en pleine rue le grand vizir -, Ziya prend les rênes de l'opération. La lumière, toujours la lumière...

Après son inoubliable Madame Hayat, Ahmet Altan explore dans ce roman le caractère ambigu d'un homme qui tout enfant apprend à refouler ses émotions. Pragmatique, avide de justice, réactionnaire, ce personnage insondable incarne l'engagement absolu de ceux qui sont prêts à tout pour défendre les leurs.

Svastika

Svastika, comme la croix qui tourne (et qui n’a strictement rien à voir avec sa récupération nazie, le livre ayant été écrit entre 1929 et 1930 au Japon), raconte une histoire qui s’emmêle et tourne en rond, de plus en plus vite et dans une ronde manipulatrice infernale.

 ─ Tue-moi, tue-moi! Je veux être tuée par toi ! Et son souffle tiède effleurait mon visage. Des ruisseaux de larmes roulaient sur ses joues. Nous nous tenions enlacées, les bras de l'une autour de la taille de l'autre et nous buvions nos larmes.
Svastika de Junichirô Tanizaki, traduction de René de Ceccatty et Ryôji Nakamura
C’est la confession d’une romance sensuelle entre deux femmes, qui tourne au sordide.

Mais si cette passion dans le Japon du début du 20e électrise la première partie, les multiples retournements de situations ont fini par m’agacer quelque peu

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Monsieur, j'avais l'intention aujourd'hui de vous mettre au courant de tout, mais est-ce que je ne vous dérange pas dans votre travail ? Si j'entrais dans les moindres détails, cela risquerait d'être assez long et si j'écrivais avec un peu plus de facilité, j'aurais tout noté dès le début à propos de ce qui nous occupe et je l'aurais même présenté sous forme romanesque, en le soumettant à votre jugement...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A l'image du svastika - une croix qui tourne - les quatre protagonistes de cette histoire tirent tour à tour les ficelles d'une véritable machination amoureuse et diabolique. Sonoko est follement éprise de Mitsuko, jeune bourgeoise ravissante, et entraîne dans cette passion son mari, Mister Husband, et Watanuki, pâle prétendant de Mitsuko. Sonoko rapporte ici tous les détails du complot à un grand écrivain, dans un immense monologue qui constitue le roman lui-même.

Les œuvres complètes de Sally Mara

Dans la première partie écrite à postériori, Raymond Queneau s’amuse à donner vie à Sally Mara en lui créant un journal intime. Ici, pas de morts, mais le même esprit coquin s’amusant d’une jeune fille d’une grande candeur entourée de vieux lubriques.

5 juin
Ce soir, de nouveau, il n'y avait pas de hareng au gingembre comme entrée. J'ai râlé. Maman a baissé le nez, Mrs. Killarney aussi sans pouvoir donner d'explications. Je me demande ce qu'elles ont.
J'ai reçu une nouvelle invitation, une party chez les Ex'Grégor O'Grégor, que je ne connais d'ailleurs pas. De la part de Pelagia. Je me suis aussitôt acheté trois nouvelles paires de bas, un autre porte-jarretelles, deux flacons de parfum, l'un pour la chevelure et l'autre pour les aisselles et une seconde paire d'escarpins de bal, pas à trop hauts talons. Ça me grandissait un peu beaucoup.
Tiens, j'allais oublier ; hier, Tim m'a dépucelée.
Journal intime de Sally Mara
Puis c’est au tour de Gertie Girdle de passer à la moulinette dans cette histoire de bureau de poste assiégé par des révolutionnaires irlandais rapidement dépassés par les événements. Une histoire qui tient toute seule, très drôle et coquine. Un petit chef d’œuvre parodique.

John Mac Cormack, d'un coup de pied, enfonça la porte.
 ─ Dieu sauve le Roi! déclara le receveur principal des Postes avec la fermeté des héros inconnus.
Il la boucla presto, d'ailleurs, car John Mac Cormack venait de lui fissurer le coffre de cinq balles doum-doum vachement et anatomiquement distribuées.
On est toujours trop bon avec les femmes : Un roman irlandais de Sally Mara de Raymond Queneau
Finalement, suivent quelques pages inutiles et pas très drôles de calambours et jeux de mots inaboutis. Zut, la fête était belle

Sérénité : Il est grand taon d'oublier les piqûres d'antan.
Sally plus intime
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Journal intime
13 janvier
Il est parti.
Le bateau s'en va, soufflant sa fumée monotone sur l'écran du ciel. II siffle. Il suffoque. Il va. Et il emporte Monsieur Presle, mon professeur de langue française.

On est toujours trop bon avec les femmes : un roman irlandais de Sally Mara
- Dieu sauve le Roi ! s'écria l'huissier qui avait été valet de lord dans le Sussex pendant trente-six ans, puis son maître disparut dans le naufrage du Titanic sans laisser d'héritier, ni de sterling, pour entretenir le « kasseul », comme on dit de l'autre côté du canal Saint-George.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
On est toujours trop bon avec les femmes paraissait en 1947 sous la signature de Sally Mara. Ce récit burlesque et un peu salace d'une insurrection irlandaise fut suivi d'un second ouvrage, en 1950, le Journal intime de Sally Mara. Mais les mystifications littéraires n'ayant qu'un temps, on publia, en 1962, les Œuvres complètes de Sally Mara sous la signature de Raymond Queneau.

American spirits

American spirit c’est les États-Unis sous Trump I. Un pays s’effaçant sous un vernis MAGA qui cache à peine une absence sidérale de sens commun et où la violence reste le dernier argument (si ce n’est le premier).

 ─ Doug, comme bêtise je crois que t'en as jamais imaginé de plus grosse.
 ─ Parfois, un truc idiot, c'est la seule chose à faire.
 ─ Je ne vais pas laisser Max y aller avec toi.
 ─ Quoi ? Pour ce qui est d'apprendre à ce garçon la chasse, c'est à moi de dire quand il est prêt. C'est l'apprentissage de toute une vie, et c'est maintenant que ça commence pour lui. Il est prêt à rabattre les cerfs ou, en tout cas, à regarder comment on fait. Il ne portera pas de fusil avant quatre ans, mais il y a plein de trucs qu'il peut apprendre d'ici là. Moi, tu sais, j'ai tenu un fusil bien plus jeune que ça. Évidemment, c'était avant que le gouvernement commence à grignoter le Deuxième amendement, ajouta-t-il.
 ─ Je t'en prie, ne commence pas, dit-elle. Et si Zingerman...?
 ─ Si Zingerman quoi ? Ce qu'il peut faire, au pire, c'est téléphoner à la police d'État. Mais avant qu'ils arrivent on sera déjà de retour ici, à la maison, en train de dépecer un cerf, et on dira qu'on l'a abattu dans la cour, depuis la terrasse et en pantoufles.
American spirits de Russell Banks, traduction de Pierre Furlan
Drames noirs dans une petite ville dans l’état de New-York, proche de la frontière du Canada.

Trois histoires aux constructions remarquables et aux dénouements sordides, d’une tristesse consternante

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
D'après ce que l'on m'a dit, tout a commencé un samedi matin où Doug essayait de faire la grasse matinée pour résorber l'excès d'alcool auquel il avait une fois de plus cédé le vendredi soir au Spread Eagle. Pendant ce temps-là, au sous-sol, Debbie veillait à ce que les gosses ne fassent pas de bruit. Debbie et les gamins décoraient les boîtes « merci-pour-votre-engagement » qui allaient être envoyées aux réservistes de Fort Pierce stationnés en Afghanistan.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des électeurs de Trump et des armes, des situations qui dérapent, échappent aux protagonistes et font la une du journal local, trois histoires de famille et de voisins, une montée en puissance exceptionnelle à mesure que la tension grimpe : voilà les ingrédients de cet opus final, qui frappe par la finesse des profils dessinés et l’art de la nuance.
Palpitant, haletant et d’une remarquable maîtrise, « American Spirits » explore les hostilités souterraines qui minent les communautés rurales américaines, ainsi que les dérives de la politique nationale. En nous entraînant dans le Nord de l’État de New York, au cœur du bourg de Sam Dent, Russell Banks signe une œuvre magistrale, qui s’inscrit avec éclat au panthéon de la grande littérature américaine.