La vie secrète des écrivains

Voilà une adaptation fort réussie d’un roman (que je n’ai pas lu, mais qui m’a quand même donné l’envie de lire une fois un Guillaume Musso)

La vie secrète des écrivains de Miles Hyman, d’après le roman de Guillaume Musso
J’ai découvert Miles Hyman avec sa sublime adaptation de La loterie de Shirley Jackson et là encore, le trait est magnifique (bien que fort statique) et l’atmosphère colle parfaitement au sujet.Une histoire d’écrivain reclus et de meurtres non élucidés

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
On appelle cela l'effet Streisand : plus vous cherchez à cacher quelque chose, plus vous attirez la curiosité sur ce que vous souhaitez dissimuler.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Tout le monde a trois vies : une vie privée, une vie publique et une vie secrète... »
Gabriel García Márquez

Après avoir publié trois romans devenus cultes, le célèbre écrivain Nathan Fawles annonce qu’il arrête d’écrire et se retire à Beaumont, une île sauvage et sublime au large des côtes de la Méditerranée.

Vingt ans après, alors que ses romans continuent de captiver les lecteurs, Mathilde Monney, une jeune journaliste, débarque sur l’île, bien décidée à percer son secret. Commence entre eux un dangereux face-à-face, où se heurtent vérités et mensonges, où se frôlent l’amour et la peur...

Une lecture inoubliable, un fascinant roman de Guillaume Musso magistralement adapté par Miles Hyman.

On était des anges, 1/2

Dans les années 90, c’est la zone pour les jeunes à Isheim. Il n’y a pas grand-chose pour eux. Au mieux, une boum et une mob.

On était des anges, 1/2 de Anne-Caroline Pandolfo, dessins et couleurs de Terkel Risbjerg
C’est les années punk et new wave à l’âge désillusionné des hormones qui bouleversent.Le dessin est d’un magnifique charbonneux, le scénario tient la route et surtout, accroche parfaitement pour s’impatienter de la venue du tome deux… trente ans plus tard

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Foook !
Fook !
Feuk !
Pas « Feuk », « feuk », ça fait minette. C'est nul, « feuk ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Années 1990. Un groupe de jeunes désœuvrés traîne son ennui dans une petite ville pavillonnaire du Grand Est. Isheim est peut-être un endroit où les parents trouvent leur compte de tranquillité après le travail mais, à seize ans, la tranquillité ne fait pas partie des rêves que l'on peut avoir. Certains, comme Chris, Magou ou Tralala, font avec... aussi parce qu'il faut bien quelqu'un pour s'occuper des petits frères et sœurs. Mais Hervé et Vivi, eux, ne pensent qu'à partir. Où ? « N'importe où ! Loin de ce trou. » En attendant, ça débat sur la bonne prononciation de fuck, ça organise des boums à coup de Goldman et Jeanne Mas - une vraie « fanfare de punks » pour les voisins -, ça se retrouve la nuit en cachette...

Il faut parfois une étincelle pour amorcer le mouvement. Pour Vivi, ce sera Persille - celle qui danse toute seule dans les champs, qui fait du patin à roulettes sous les lampadaires, la « folle », qui a encore moins de raisons que les autres de rester à Isheim. Et les yeux noirs de Vivi sont fascinés par la blondeur de Persille...

Justesse des situations, humour des dialogues... À se demander si Anne-Caroline Pandolfo n'a pas connu certains des huit ados ! Tout comme le beau dessin charbonneux de Terkel Risbjerg semble n'avoir attendu que les Cure et cette mode des années 1980 pour s'épanouir...

Très brève théorie de l’enfer : contes de l’indigène et du voyageur

Lire Jérome Ferrari est une expérience multiple. La forme est peut-être ce qui impressionne le plus avec un style travaillé et une écriture sublime. Le fond ensuite, avec ici une histoire d’expatriés et d’émigrés, de mélange de cultures et de coexistence de différentes origines sociales qui ne se mélangent pas toujours.

Très brève théorie de l’enfer : contes de l’indigène et du voyageur de Jérôme Ferrari
Mais finalement, ce sont les émotions qui emportent tout dans ce drame qui se joue ailleurs, un ailleurs qui ne sera jamais chez soi

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Sache, ô Roi du Temps, Roi très aimé, que dans les vastes étendues de l'enfer, où souffle un vent de Pestilence et d'Effroi, se trouve, bien au-delà de la septième porte, une demeure souterraine dont Satan lui-même, dit-on, ne peut se rappeler l'emplacement.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré – deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre.

Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l’examen lucide de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus déchirant des « Contes de l’indigène et du voyageur ».

Salut Jeanno !

On s’était connus avec La Suisse lave plus blanc puis La Suisse, l’or et les morts. C’était l’époque de la Commission Bergier et des secrets de polichinelles qui tombaient les uns après les autres. Le voile se levait sur une sale époque (est-elle terminée ?) mais qui fut bien lucrative pour tous les profiteurs.

Jean Zigler

Qu’en dire ? Si ce n’est que nous sommes gentiment passés de l’hypocrisie au cynisme !

Salut Jean, et merci

L’homme qui plantait des arbres : d’après l’oeuvre de Jean Giono

L’histoire de Giono est belle, magnifique, poétique. Elle fait rêver d’une humanité réconciliée avec sa terre.

L’homme qui plantait des arbres : d’après l’oeuvre de Jean Giono de Florence Lebonvallet, dessin de Daniel Casanave, couleurs de Claire Champion, d’après l’oeuvre de Jean Giono
L’adaptation est splendide. La poésie des arbres, du temps et du sirocco se partage à chaque page.

Et la guerre ? Oui, il y a la guerre.

Mais passé le temps des obus, le vent revient caresser les feuilles des chênes au soleil et Elzéard Bouffier plante les arbres de demain

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y a environ une quarantaine d'années...
Je faisais une longue course à pieds sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Elzéard Bouffier, berger solitaire des Alpes arides et venteuses de Haute-Provence, comprend un jour que son pays meurt par manque d'arbres. Il se donne alors une mission d'une simplicité qui confine au merveilleux: planter des arbres.
Des centaines de milliers d'arbres.

Je sommes plusieurs : sur les personnalités multiples

Pierre Bayard est fascinant par ses questions à l’air impertinent et, plus encore, par le soin qu’il porte à y répondre.

Je sommes plusieurs : sur les personnalités multiples de Pierre Bayard
Ici, commençant par poser des bases littéraires (Dr Jeckill et Mr Hyde), psychiatriques (Freud) ou cinématographiques, il continue avec les grands noms de la littérature qui écrivirent sous pseudo. Anaïs Nin, Romain Gary ou Pessoa… et touche à des questions plutôt insolites.

Quand bien même, le suis-je nous tous ? Pourrait-on lui répondre

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'idée de ce livre m'est venue d'une réflexion formulée par ma femme alors que nous visitions, il y a quelques années, une exposition consacrée à Picasso.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Plutôt que de présenter l’être humain comme déchiré entre des pulsions contradictoires, ne serait-il pas plus simple d’admettre que chacun·e d’entre nous abrite différentes personnes, qui parfois ne se connaissent même pas ?

Une telle évolution théorique, qui devrait logiquement nous inciter à prendre plusieurs noms, contribuerait à apaiser la vie en société, puisqu’il n’y aurait plus de sens à reprocher aux politiciens de changer d’avis, à accuser son conjoint d’adultère ou à condamner les malfaiteurs pour des actes qu’ils ont commis à leur insu.

Mémoires d’un garçon agité

Il y a comme un air de Sempé dans ces images, dans la poésie enfantine de cette histoire aussi. En plus triste pourtant.

Mémoires d’un garçon agité de Vincent Zabus, dessins et couleurs de Valérie Vernay
Et si c’est très réussi, l’histoire plonge finalement dans un mélo irrattrapable.

Et en partant des petits deuils de l’enfance, ces mémoires finissent par devenir bien sombres

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est dans la courbe.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Âgé d'une dizaine d'années, Germain est un garçon sensible qui décide un jour d'écrire ses mémoires. Persuadé d'être responsable de la mort de sa petite sœur, il éprouve une culpabilité profonde et il se réfugie alors dans l'écriture, essayant maladroitement d'exprimer ce sentiment de culpabilité qui ne le quitte pas car, chaque jour, il pense à elle. Une histoire d'une sensibilité rare qui évoque la question du deuil et de l'enfance.

La belette

Publié trois ans après Silence, cette bande dessinée reprend des lieux similaires et la même sensation d’oppression s’en dégage. Entre sorcellerie et religion, les nouveaux venus ne sont guère bien accueillis.

La belette de Didier Comès
Comès accentue ici le trait et les visages en pâtissent en même temps que le scénario se montre moins créatif.

Une suite (qui n’en est pas vraiment une) moins heureuse que le noir et brillant Silence mais qui, avec lui, annoncent les débuts du roman graphique

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
... Non ! Non ! ...
Rien à faire, elle ne me plaît pas !
... Je la sens hostile !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
En quelques sortes, un prolongement de « Silence ». La sorcellerie est toujours le vecteur de ce très bel album. Plusieurs éléments se côtoient dans ce roman qui a pour cadre la région natale de Comès. La fécondité et Démeter, la déesse mère avec Anne, Pierre son fils autiste et la Belette face à la religion représentée par le curé Schonbroodt sans oublier la nouvelle religion : la télévision représentée par Gérald, réalisateur venu de la ville. Les tensions et les rivalités du petit village Amercoeur sont dépeintes avec beaucoup de sensibilité.

Silence

Bande dessinée marquante de mon enfance, on ne disait pas encore « roman graphique » (… il faudra d’ailleurs qu’on m’explique), j’ai rouvert Silence comme un grimoire magique avec la crainte que son pouvoir ait disparu.

Silence de Didier Comès
Alors certes, il s’est quand même émoussé. Mais tout est encore là. Le trait, les aplats, le scénario, les planches (au découpage quand même très tradi), le rythme, l’atmosphère poétique. Tout est encore là.Une BD phare des années 80 pleine de magie rurale, d’injustice et d’une grâce surréelle

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je mapel Silence é je sui genti


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je mapel Silence é je sui genti ».
Ainsi les lecteurs de la revue (A Suivre) découvrent-ils, début 1979, l'ouvrier agricole mutique et désarmant auquel a donné naissance Didier Comès. C'est un choc. Une fois lue cette somptueuse histoire, personne n'oubliera de sitôt cet extraordinaire personnage lumineux exploité par un paysan prospère de son village... Interprété dans un noir et blanc irradiant de virtuosité, le maître-livre de Comès - à bien des égards l'un des premiers romans graphiques francophones - demeure une référence majeure de la bande dessinée contemporaine.

Passeur(s)

Passeur(s) raconte le voyage de clandestins originaires de Syrie, partis de Izmir en Turquie et souhaitant se rendre au Royaume-Uni. Il raconte la violence des passeurs, les conditions du transport et la soumission des migrants, totalement à la merci de leurs convoyeurs.

Passeur(s) de Damien Perez et Fréderic Loore, dessins et couleurs de Fernando Baldo
Un album violent, rude. Aux dessins froids et monochromes totalement raccords avec l’inhumanité de ce trafic.

Une belle réussite suivie d’un petit dossier explicatif sur la traite et le trafic d’êtres humains

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Tu viens d'où, toi ?
─ De Sfireh, près d'Alep.
─ « De Sfireh, près d'Alep », Hein...
─ Mais putain de bouffon, va.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Payer des passeurs, c'est quand même plus simple. Surtout qu'ils font crédit. »

Cynique et désabusé, Awar convoie des migrants de la Syrie vers l'Angleterre, traversant une bonne partie de l'Europe. Lorsqu'Esrin, une jeune Kurde portant le foulard des combattantes YPJ, réveille en lui de sombres souvenirs, le passeur doit choisir. Renoncer à ce job lucratif pour sauver l'adolescente des mains d'un terrible mafieux ou museler son humanité ? Après tout, ça ne serait pas la première fois...

Fondé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frédéric Loore, Passeur(s) offre un regard inédit et sans concession sur le trafic d'êtres humains vu à travers les yeux de ceux qui l'organisent.

Un récit oscillant entre violence, solidarité, quête de survie et espoir d'une nouvelle vie.