Qu’avez-vous fait de moi ?

Découvert avec beaucoup de plaisir l’année passée, je me suis dit que j’allais guigner du côté des premiers romans de Erwan Larher. Et grand bien m’en a fait !

La petite salle du haut est bondée. Beaucoup de rires très sonores, d'exclamations extasiées, de fumée, on parle de tout et de rien, surtout de rien, faisons semblant de nous amuser, oublions que nos vies sonnent creux, qu'elles ont une fin mais pas de but, aucune utilité pour quiconque, juste un troupeau de mammifères coruscants, au moins aussi décérébrés que ceux composant l'autre partie du troupeau, celle qui admire, celle qui envie, pas l'intelligence et la générosité, pas la capacité à faire le bien ou à faire évoluer l'humanité, non, qui admire et envie la médiatisation de ses semblables privilégiés, voilà le rêve commun, l'idéal, pas être quelqu'un de bon, de digne, non, être connu, même pas reconnu pour un talent quelconque, juste connu, comme ça, dans le vide, sans raison, la médiatisation se suffit à elle-même, pas besoin de légitimation, l'humanité se divise en deux, les inconnus et les connus, quasiment tous les bipèdes qui s'entassent au Select Club ce soir appartenant à cette dernière catégorie.
Qu’avez-vous fait de moi ? de Erwan Larher
Ce premier roman est une sorte de thriller conspirationniste avec un antihéros assez particulier pris dans un engrenage qui le dépasse totalement.

C’est écrit avec des mots (oui, Erwan a des mots (ou un dictionnaire avec beaucoup de pages, qu’en sais-je)) et on y trouve quelques raretés qui m’ont plusieurs fois coincé… Que peut bien faire Nogret lorsqu’il s’amuït ? J’ai dû chercher un peu, je l’avoue.

Un scénario un peu cucul mais fort sympa avec style littéraire plutôt soutenu (un poil frimeur), un premier roman fort enlevé. Très sympa !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme la pratique en plein air du badminton, qui ne tolère pas de conditions météorologiques approximatives, mon petit déjeuner ne supporte pas l'à-peu-près.

Que la minuterie ne mette pas la cafetière en marche à l'heure prévue, que la chaîne stéréo ne se déclenche pas simultanément, que j'aie omis de mettre une brique de lait au frais et la mauvaise humeur prend, soudaine, calcinant l'enchevêtrement fragile de ma garrigue intérieure ; je n'enrayerai le sinistre que plusieurs heures plus tard, pour peu que rien ne soit venu l'attiser entre-temps. Mon bol de café chaud m'attend, les enceintes éructent du gros son, environnement familier, je maîtrise mon retour quotidien à la surface du monde, démiurge détendu, quand survient l'incident.

Plus de clopes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je suis une bombe...
Fragmenté de frustrations.
Vous m’avez gavé de savoirs, vous m’avez infiltré de connaissances, puis vous m’avez jeté sur votre marché du travail, lesté de bagages mais sans rien ni personne pour me guider, avec en guise de boussole un impératif sans cesse instillé par vos médiatiques nervis : réussir.
Je me suis perdu, il va de soi.
Je ne me suis même peut-être jamais trouvé.
Maintenu en dehors de votre monde – à la lisière tout d’abord, puis imperceptiblement de plus en plus loin à la périphérie –, je me suis mis à le haïr. Vous avez fait de moi un rebelle au lieu d’un petit soldat.
Je voulais bien jouer le jeu mais tous les rôles étaient déjà distribués. Alors je m’en suis écrit un.
S’il n’y a plus de révolutions, j’en inventerai.
Je suis une bombe...
Fragmenté de frustrations.
Et j’ai rencontré des artificiers. »
Léopold Fleury

Entre fantasme et réalité, Léopold découvre un abîme où il va basculer. Pris dans un engrenage infernal, il décide de livrer un combat héroïque. Mais comment démêler le vrai du faux sans laisser de corps au bord du chemin, ni plaider coupable ?...