T’es pas ma mère

Il faut s’accrocher un peu pour cette lecture. Non pas que le livre tombe des mains, mais il me semble impossible de ne pas sortir bouleversé par cette histoire de naissance sous X et d’adoption.

Le 19 octobre
Bon, avant-hier je me suis arrêtée au milieu de ma lettre. Je t'en voulais tellement que j'ai tout cassé dans l'appartement.
Les vitres, les portes, le balcon.
Je ressentais comme le jour où j'avais voulu te trancher la gorge avec le sabre de papi. John, qui ne m'avait jamais vue dans cet état-là, n'en revenait pas. Il m'a emmenée de force dans la crique la plus proche et m'a jetée à l'eau tout habillée. L'eau était glacée. Mon jean lourd et collant me gênait pour nager. Mais ça m'a calmée.
T’es pas ma mère de Prune Berge
Pourtant, si ce tout petit roman épistolaire pêche probablement, c’est par la violence de son implacable piège émotionnel.

Dès les premières pages, impossible de ne pas se laisser emporter par une déferlante mélo qui ne s’apaisera pas avant d’avoir refermé la couverture.

Parfait, brillant, impressionnant… Mais too much

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ma fille,
Sans doute n'ai-je pas le droit de t'appeler ainsi. Mais tu existes, je viens de l'apprendre, tu as vingt ans. Je ne sais pas encore si j'écris cette lettre pour toi, pour moi, ou comme pour tisser des fils entre deux océans.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Adoptée à la naissance. Stéphanie a vingt ans quand elle reçoit une lettre de sa mère, qui a accouché sous X.

En lisant le récit des circonstances de sa conception et de sa naissance, la jeune femme, qui se croyait en rupture de lignage, découvre qu'elle doit compter à présent avec une autre mère et qu'il lui faudra concilier deux familles, avec leurs territoires génétiques et leurs pays dans la peau. Mais deux mères, cela demande « deux mers » à traverser, afin de pouvoir soi même mettre au monde un enfant sur une rive qui porte un nom.

Dans ce texte épistolaire sur le thème de l'adoption, la simplicité de l'écriture nourrit une émotion dont la force ne prétend qu'à celle du témoignage.