Championne

Championne impressionne premièrement par son style, ses phrases longues comme la page, son rythme effréné, dans le cardio, tout du long.

Vous savez, j'ai appris durant ma petite vie, de l'enfance à ma jeunesse, que les mots, le langage pouvaient aussi être un abri, que savoir dire dans sa tête ce que l'on ressent avec les mots justes, avec la grammaire juste, avec l'image juste, image que je compare à de l'or, à une poudre d'or ajoutée à la structure d'une phrase, d'une pensée, l'image donne de la magie à un discours je trouve, elle le poétise, elle invite le ciel dans son fil, je disais donc que savoir dire est savoir protéger, que le langage peut être un abri et il peut être une arme aussi, si l'on a les mots on peut rendre les coups, les mots ne laissent pas de bleus sur la peau mais ils peuvent gifler le cœur, gifler l'esprit, je veux signifier qu'un simple mot peut mettre à terre son ennemi, peut le dissuader aussi de vous faire à nouveau du mal ; moi j'ai les mots en moi, pour moi mais ils ne parviennent pas à sortir quand ma famille me fait du mal parce que je suis encore liée à eux en raison de la culpabilité, de la soumission parfois et aussi par des petits filaments d'amour qui sont restés, je ne parviens pas à les couper parce qu'ils sont difficiles à couper mais je sais que je vais y arriver et surtout je sais qu'il faut les couper, pour me libérer, pour me sauver.
Championne de Nina Bouraoui
L’histoire d’une jeune fille confrontée à la violence du père et à l’amour bancal de la mère. Et qui frappe les balles de tennis contre le mur pour canaliser la colère et la violence.

Les balles suffiront-elles ?

Un récit hypnotique entre colère et culpabilité qui revient sans cesse sur lui-même et tente désespérément de trouver une issue

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vais vous raconter comment je vais devenir championne, comment je m'entraîne, comment je frappe contre un mur pendant des heures, comment mes mouvements sont des obsessions, de la raquette à la balle, de la balle au mur qui la renvoie, et comment je répète, je redresse, je corrige à l'infini jusqu'à la presque perfection puisque la perfection n'existe pas, cela me rend triste, très triste, l'espoir de la perfection rendrait mon existence plus heureuse, plus facile, cela voudrait dire qu'un jour cessera l'entraînement et la honte de ne pas être la meilleure ; la perfection reviendrait à me libérer, mais comme elle n'existe pas, cette perfection, ma vie risque de ne pas changer, de s'enliser, de m'emporter dans ses torrents de boue, ses torrents de défaite, ses torrents de déception, ses torrents de non-amour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jeune fille, au pied de son immeuble, s’entraîne contre un mur. Elle frappe la balle avec sa raquette, inlassablement, pour fuir la folie de son pays et de sa famille, pour échapper à la colère de son père, à l’amour en désordre de sa mère, à la pâleur de sa soeur. Elle frappe et en elle les mots se bousculent : elle butte contre une faute qu’il lui faut avouer pour grandir et rêver à la femme qu’elle deviendra, qui s’aimera et aimera, qui se sera gagnée, elle.
Nina Bouraoui signe un roman ensorcelant, hypnotique, la confession d’une jeune fille en feu, qui a le don des mots et un regard qui saisit chaque sentiment pour l’explorer, chaque geste pour dire le désir et la beauté.