L’assignation : les Noirs n’existent pas

Difficile d’écrire à chaud une critique de ce petit essai-récit. D’autant plus difficile en tant qu’homme blanc, hétéro-cis n’ayant jamais à subir quelque discrimination en raison de ma religion, couleur, sexualité, genre, sexe, apparence ou appartenance.

« Qui est cette Noire au nom de Blanc ? »
Avec un nom comme le mien, on se retrouve souvent dans des situations où l'interlocuteur qui vous fait face doit trouver des raisons cachées pour justifier de ne pas vous louer l'appartement qui, pourtant, au téléphone, vous semblait promis. Avec un nom comme le mien, il faut qu'un employeur déploie des trésors d'invention pour justifier de ne pas vous embaucher alors que la lettre de motivation, à laquelle vous n'aviez pas joint de photo, semblait parfaitement correspondre au poste. Avec un nom comme le mien, il arrive souvent que l'on dise : « Ah, c'est drôle, je ne vous voyais pas comme ça. »
L’assignation : les Noirs n’existent pas de Tania de Montaigne
Mais qu’est-ce que cette assignation dont parle Tania de Montaigne ? Si ce n’est ce réflexe de mettre toutes et tous dans le même panier en fonction d’un unique critère, au choix : les Femmes, les Noirs, les Juifs, les Musulmans, les Homosexuels…

Un texte court, mais point trop n’en faut pour être clair et ouvrir une porte à un peu plus de réflexion sur le racisme et de l’un de ses pendants récent, la question de l’appropriation culturelle. A qui appartient une culture ? Comment pourrais-je, par ma couleur de peau, mon genre, sexe ou ma religion… automatiquement être assigné à une culture ?

Bien des questions qui vont me démanger encore un moment

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Et vous, en tant que Noire, qu'est-ce que vous en pensez ?
Été 2016. Une journaliste française souhaite avoir mon avis sur un sujet brûlant: Katy Perry, chanteuse pop américaine blanche, interprète du fameux I Kissed A Girl, s'est fait des tresses africaines. Katy Perry s'est fait des tresses. Il s'agit là d'un cas manifeste « d'appropriation culturelle », du moins c'est ce qu'en pensent des associations qui se sont senties profondément choquées par ce choix « déplacé et irrespectueux à l'égard de la culture Noire ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans ce récit bref, puissant et personnel, Tania de Montaigne revient sur son parcours pour interroger une société où le racisme et l'antiracisme se répondent désormais avec le même langage.

« Trois jeunes femmes étaient assises, non loin de moi, dans un restaurant. L'une a dit : "Je n'ai jamais couché avec un...enfin tu vois...un Jaune". "Moi, c'est avec un Noir que je n'ai jamais couché" a dit la seconde. "Faut dire qu'ils sont équipés!" a renchéri la troisième, "Les Noires, elles, elles peuvent, elles ont des grands vagins." "Ah bon ?" a dit la seconde. "Bah, oui, c'est comme pour les femmes... enfin... les Asiatiques, elles ont des sexes plus courts, c'est prévu pour." Ce jour-là, j'ai donc appris que, comme toutes les Noires, j'avais un grand sexe.

Oui, mais qu'est-ce qu'une Noire ?

J'essaie de me souvenir du temps où je n'étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Un adjectif, pas un nom. Une simple couleur. Je passe en revue les souvenirs, la cité, l'école, les premiers boulots...Mais dans toutes ces images, je suis déjà Noire.
Alors, qu'est-ce qu'une Noire? D'ailleurs, est-ce que ça existe ?

Et si les Noirs (et tous ceux dont on peut parler en ayant l'illusion qu'en mettant une majuscule on a tout dit d'eux) n'existaient pas ? »