Avec ce récit de l’enfance d’un futur peintre, Simenon s’attache surtout à décrire le Paris du début du 20e. Une mère, pauvre qui pousse sa charrette de fruits ou légumes pour nourrir seule ses six enfants. Un livre comme un tableau vivant, la vie de famille, les hommes qui ne restent rarement longtemps et le lit de la mère séparé d’un simple draps des paillasses des enfants. Et la maladie qui en emporte, puis la guerre.
Simenon peintre naturaliste ou ethnographe tente de se rapprocher au plus proche de l’humain, avec ses corvées, travail, saletés et ses maigres instants de bonheurs
Il avait entre quatre et cinq ans lorsque le monde commença à vivre autour de lui, lorsqu'il prit conscience d'une vraie scène se jouant entre des êtres humains qu'il était capable de distinguer les uns des autres, de situer dans l'espace, dans un décor déterminé. Il n'aurait pas pu préciser, plus tard, si c'était en été ou en hiver, bien qu'il eût déjà le sens des saisons. Probablement en automne, car une légère buée ternissait la fenêtre sans rideau et la lumière du bec de gaz d'en face, seule à éclairer la chambre, jaunâtre, semblait humide.
Ses camarades de classe le surnommaient le petit saint. Si on le battait, il ne ripostait pas et refusait de désigner le coupable. Il ne paraissait pas malheureux et se contentait d'observer les choses et les gens. A la maison, dans la promiscuité et la misère de la rue Mouffetard, il aidait sa mère, marchande de quatre-saisons, et la suivait, émerveillé, sur le carreau des Halles.
Plus tard, devenu l'un des peintres les plus célèbres de Montparnasse, lorsqu'on lui demandait « Maître, qui êtes-vous ? » ; il répondait pudiquement : « Un petit garçon » Simenon a déclaré à plusieurs reprises que « Le petit saint » était son roman préféré, et sans doute le plus personnel. Et lors de sa parution, en 1964, les lecteurs furent intrigués par cette bande-annonce qui disait « Enfin, je l'ai écrit ! ».
