Très brève théorie de l’enfer : contes de l’indigène et du voyageur

Lire Jérome Ferrari est une expérience multiple. La forme est peut-être ce qui impressionne le plus avec un style travaillé et une écriture sublime. Le fond ensuite, avec ici une histoire d’expatriés et d’émigrés, de mélange de cultures et de coexistence de différentes origines sociales qui ne se mélangent pas toujours.

Et elle se rend à son travail, comme elle devra le faire tous les jours, pour retrouver d'autres enfants qu'elle ne verra pas grandir, d'autres jeunes femmes tristes qu'elle ne saura pas consoler, jusqu'à ce qu'elle n'en ait plus la force. Assise dans le bus, elle regarde défiler les immeubles de verre et d'acier éblouissant, elle voit la mer d'émeraude pâle s'étendre, inerte et brûlante, sous les rayons du soleil de la grande ville qu'elle ne quittera jamais pour rentrer chez elle, dans un foyer chimérique qu'elle a perdu il y a bien longtemps. Et elle ne croit plus à la promesse fallacieuse et cruelle que lui fit jadis une ombre errant dans la nuit d'un rêve, au pied d'un bouddha de pierre, car elle sait désormais que, pour celui qui prend les chemins de l'exil ou des enfers, il n'est pas de retour possible.
Très brève théorie de l’enfer : contes de l’indigène et du voyageur de Jérôme Ferrari
Mais finalement, ce sont les émotions qui emportent tout dans ce drame qui se joue ailleurs, un ailleurs qui ne sera jamais chez soi

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Sache, ô Roi du Temps, Roi très aimé, que dans les vastes étendues de l'enfer, où souffle un vent de Pestilence et d'Effroi, se trouve, bien au-delà de la septième porte, une demeure souterraine dont Satan lui-même, dit-on, ne peut se rappeler l'emplacement.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré – deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre.

Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l’examen lucide de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus déchirant des « Contes de l’indigène et du voyageur ».

Quartier nègre

Coincé en Amérique du Sud après la faillite de l’entreprise qui les y a envoyé, le couple Dupuche peine à réagir. Pise en main par les expats français Germaine arrive à peu près à s’en sortir alors que Jo s’enfonce dans l’alcool de mauvaise qualité et s’en va vivre avec une (très) jeune femme noire.

Qui est-ce qui aurait pu comprendre ces choses-là comme lui ? Il ne se fâchait jamais. Il n'en voulait à personne, même s'il pensait à la rue ensoleillée d'Amiens où il traçait des cercles à la craie sur le mur de l'école pour tirer avec un fusil à air comprimé.
M. Philippe non plus ne disait jamais rien. Il avait les mêmes yeux qui semblaient vides, parce qu'ils regardaient en dedans !
Quand Dupuche avait bu ses deux verres de chicha, il traversait la voie du chemin de fer, à côté de la gare. Il subsistait une bande de sable entre le talus et la mer, à cent mètres à peine de la rue bétonnée et des grands bazars.
Et là, il y avait des huttes, quatre exactement, des huttes pareilles à celles du centre de l'Afrique.
On n'était plus à Panamá, ni en Amérique centrale. On n'était nulle part: en plein air, parmi l'herbe et le sable gris, de vieilles caisses devenaient des tables et des enfants tout nus se traînaient par terre.
Quartier nègre de Georges Simenon
Un roman des années 30, du temps des colons, du racisme, des castes et des classes.

Une histoire sans fards, moche, sale, puante. Et pourtant, comme à son habitude, Simenon dépeint avec le plus de réalisme possible ce qu’il voit. Une veule humanité

Adapté en téléfilm par Pierre Koralnik en 1990 avec Tom Novembre, Fabienne Babe, Jean-Paul Roussillon et Jacques Denis
Tous les romans durs de Simenon
18. Quartier nègre
17. Long cours 19. L’assassin
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Je ne vois que des nègres, avait murmuré Germaine, alors que le navire manœuvrait encore et que, du haut du pont-promenade, elle voyait se rapprocher lentement un quai où attendaient deux rangs de dockers noirs.
Et son mari avait murmuré sans conviction :
─ Évidemment !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L'Amérique du Sud, cela peut faire rêver. Le canal de Panama... les Antilles... la jeune puissance américaine qui grandit, la fortune possible et l'exotisme des paysages, l'excitation de l'aventure, le risque de croiser d'anciens forçats de Cayenne...
Cela peut aussi devenir l'enfer : une mort lente sous tropiques. Joseph, fiancé depuis deux et marié depuis peu, débarque à Panama la zone du Canal. Il croyait faire escale se retrouve bloqué. La compagnie qui l'embauchait a fait faillite.
Plus de ressources. d'argent. Joseph ne sait plus que faire. Son épouse, si jeune, le regarde autrement. Que sait-il d'elle finalement ? Que sait-elle de ? Entre espoir, survie et quartier réservé aux putes à matelots, quelle sera la fin ?