Il y a plusieurs types de romans dur, des polars (plutôt rares), des tranches de vie (généralement sombres et aux problématiques inextricables), des fuites en avant, des familles qui se déchirent et, comme ici, des bilans de vies. Un homme (généralement) qui, au seuil de la mort, se souvient, infatué, de ses glorioles et de ses échecs.
Un récit un peu « vieille France », une stature dont nombre de politiques se rêvent certainement en début de carrière avant de goûter à l’ivresse du pouvoir
| Tous les romans durs de Simenon 91. Le président |
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| 90. Le passage de la ligne | 92. Strip-tease |
Il y avait plus d'une heure qu'il ne bougeait pas, assis dans le vieux fauteuil Louis-Philippe au dossier presque droit, au cuir noir usé, qu'il avait traîné pendant quarante ans de ministère en ministère et qui était devenu légendaire.
Dans sa propriété normande des Ebergues, Augustin, ancien président du Conseil, vit désormais retiré, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu'il apprend que son ancien chef de cabinet, Philippe Chalamont, est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s'il n'a plus guère d'illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d'élever la voix.
Chalamont ─ il le sait, il en détient l'aveu signé ─ n'est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l'Etat pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme...
Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l'anéantissement.
Une oeuvre grave, tendue, dépouillée comme une tragédie classique, sur le thème éternel du pouvoir et de ses vanités.
