Em

Après une première partie plus historique remarquable, Em m’a un peu perdu dans les méandres générationnels et sur les chemins de l’exil avec un propos moins percutant. Mais pour mieux me rattraper en toute fin.

Debout entre un arbre centenaire et l'objectif du photographe, la nourrice a le visage terrifié, comme si elle voyait déjà la mort foncer sur eux. Son fils enlace sa mère de tout son corps alors que sa jeune épouse s'agrippe à leur enfant tout en attachant le dernier bouton de sa blouse. Sur la photo, on voit le triangle de sa peau juste au-dessus du nombril ; son visage anormalement calme, incliné vers le bas, le regard concentré ; les cheveux fraîchement attachés ; les vêtements froissés et recouverts de poussière. Longtemps après, le photographe se demandera si le déclic de son appareil n'avait pas entraîné la décharge de la mitraillette du soldat. D'un ton mesuré et lent, il témoignera que la jeune femme avait été violée et qu'elle était en train de se rhabiller lorsqu'elle s'est écroulée sous les balles. Ses doigts tentaient en vain d'appuyer sur le bouton-pression alors que les jambes de son bébé tiraient de côté sa blouse. Elle était tombée avant d'avoir eu le temps de lever la tête et de fixer l'objectif.
Em de Kim Thúy
Un roman sur les atrocités coloniales et celles de la guerre du Vietnam, la séparation d’un peuple et finalement l’exil pour certains avec la possibilité d’une reconstruction

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La guerre, encore. Dans toute zone de conflit, le bien se faufile et trouve une place jusque dans les fissures du mal. La trahison complète l'héroïsme, l'amour flirte avec l'abandon. Les ennemis avancent les uns vers les autres dans un seul et même but, celui de vaincre. Dans cet exercice qui leur est commun, l'humain se révélera à la fois fort, fou, lâche, loyal, grand, grossier, innocent, ignorant, croyant, cruel, courageux... Voilà pourquoi la guerre. Encore.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La vérité de cette histoire est morcelée, incomplète, inachevée dans le temps et dans l’espace. Elle passe par les colons implantés en Indochine pour y exploiter les terres et les forêts. Par les hévéas transplantés et incisés afin de produire l’indispensable caoutchouc. Par le sang et les larmes versés par les coolies qui saignaient les troncs. Par la guerre appelée « du Vietnam » par les uns et «américaine» par les autres. Par les enfants métis arrachés à Saïgon par un aigle volant avant d’être adoptés sur un autre continent. C’est une histoire d’amour qui débute entre deux êtres que tout sépare et se termine entre deux êtres que tout réunit; une histoire de solidarité aussi, qui voit des enfants abandonnés dormir dans des cartons et des salons de manucure fleurir dans le monde entier, tenus par d’anciens boat people.

Une sortie honorable

Après une brève description de l’enfer colonial qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux atrocités commises par Léopold II au Congo, rappelées dans Le coeur des ténèbres, en Algérie ou qu’on retrouve dans Exterminez toutes ces brutes !, Eric Vuillard raconte avec force anecdotes la guerre d’Indochine.

Une sortie honorable de Éric Vuillard

Et comme à son habitude, il use d’effets, de projections, de circonvolutions et de bons mots (un peu beaucoup d’ailleurs, et cela nuirait presque à l’efficacité de son argumentaire).

Mais à la fin, il retombe sur ces pattes et cette sortie honorable démontre qu’elle ne le fut en rien. Les profiteurs de guerre dans leurs beaux salons s’en sont rempli les poches dans leurs beaux costumes une fine et un cigare à la main. Les incapables en uniformes de parade ont fait leur job à la perfection en décimant tant et plus ne laissant que désolation et terres brulées.

Qui, bien au chaud, gouverne, à qui profitent ces crimes et les puants sont-ils dans les cachots ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
ANNEXE TRÈS CONFIDENTIELLE À UN RAPPORT DE L'INSPECTION DU TRAVAIL
« Il faut voyager », écrivait Montaigne. « Cela rend modeste », ajoutait Flaubert. « On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées », renchérissait Taine.
Et si c'était tout le contraire. Dans un guide de voyage sur l'Indochine de 1923, après une page de publicité pour la maison Ridet & Cie, armurier au centre de Hanoi, fournissant "armes et munitions de chasse et de guerre, tous accessoires pour chasseurs et touristes, pistolets automatiques ou carabines", avant même que ne soit évoquée "la partie la plus pittoresque du Haut-Tonkin où se trouvent quantité de curiosités naturelles", on tombe sur un petit lexique, manuel de conversation à l'usage des vacanciers, dont voici en français les premiers rudiments: "va chercher un pousse, va vite, va doucement, tourne à droite, tourne à gauche, retourne en arrière, relève la capote, baisse la capote, attends-moi là un moment, conduis-moi à la banque, chez le bijoutier, au café, au commissariat, à la concession". C'était là le vocabulaire de base du touriste français en Indochine.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Et si je vous en donnais deux ?, lui lança-t-il.
- Deux quoi ? », répondit le ministre français, interloqué, incapable de faire le lien entre la conversation diplomatique, somme toute assez classique qu'il menait à propos de Diên Biên Phu, et cette question à la tournure tout à fait saugrenue.
« Deux bombes atomiques... », précisa le secrétaire d'Etat américain.
É.V.

L’imprudence

Ça commence, chaud comme la braise et puis… hop, je n’y ai plus compris grand chose. Une confrontation à ses origines, un dialogue difficile avec un frère, un deuil, un retour aux racines…

L’imprudence de Loo Hui Phang

Dommage, j’ai pas trouvé le chemin de ce livre qui m’a vite perdu.

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
C'est une instinctive : elle observe, elle sent, elle saisit, elle invite, elle donne, elle jouit. Photographe, elle vit intensément, dans l'urgence de ses projets, de ses rêves, de ses désirs. Lorsque survient le décès de sa grand-mère au Laos, quitté à l'âge d'un an, elle prend l'avion pour Savannakhet, comme sa mère et son frère.

Là-bas, elle est étrangère. Pas tant en apparence qu'intimement : grandir en France lui a permis une indépendance, une liberté qui auraient été inconcevables pour une Vietnamienne du Laos. Son frère aîné brisé par l'exil peut-il comprendre cela ? Dans la maison natale, les objets ont une mémoire, le grand-père libère ses souvenirs, le récit familial se dévoile peu à peu. Plongée dans une histoire qui n'est pas la sienne, qui pourtant lui appartient, la jeune femme réapprend ce qu'elle est, comprend d'où elle vient et les différentes ardeurs qui la travaillent, qui l'animent.

Ce premier roman sensuel et audacieux, qui allie la délicatesse du style à l'acuité du regard, désigne la transgression des prophéties familiales comme une nécessité vitale et révèle le corps comme seul réel territoire de liberté