La reine du Mardi-gras : suivi de « Un vitrail de plus »

Une reine se présente dans une autobiographie aussi réaliste que surréaliste. Solaire et lunaire.

On riait dans les caves, dans les entrepôts, on murmurait à l'ombre des musiques, on était calme en attendant la vie et la mort, on se gorgeait, on se purifiait avec l'eau de lavande. On se cognait, on se terrait, on rejaillissait, on faisait le jet d'eau, le soleil levant. On s'étonnait encore, on bruissait. On rêvait un peu, en tåtant de la langue les morceaux de gencives dénudées par les extractions dentaires. On s'allumait aux lampes, aux gyrophares de passage. On craquait, on jetait sa gourme à la poubelle. On aurait bien hurlé, mais trop polis. On serait bien parti à l'aventure, mais trop peureux.
Parfois, on se reposait pendant dix ans avant qu'un nouveau genre de bataille s'engage. Alors on sortait toute la journée et, quand on rentrait fourbu vers trois heures du matin, on trouvait chez soi des passionnés du poker embarqués dans une partie à mort, avec leurs gonzesses sifflant la vodka et le jus de groseille. On se couchait comme on pouvait, après un dernier verre, on se réveillait dans le merdier, on téléphonait une heure et on ressortait après une douche cinglante. On oubliait la misère humaine, et on mangeait des sandwiches au poulet dans les bars américains aux comptoirs rutilants.
On n'était plus très jeune, mais toujours jeune. Pas trop maigre, fallait pas, après on flottait dans sa peau à la télévision et on a des blessures narcissiques.
La reine du Mardi-gras de Brigitte Fontaine
Dans ces quelques pages à l’écriture magnifique, étincelante, Brigitte se raconte, s’amuse de ses tourments en faisant danser les mots.

C’est très court, mais peut-être que point trop n’en fallait.

Une reine suivie d’un vitrail, tout aussi lumineux

Elle se coucha nue sur le balcon et attendit peu de temps que l'astre s'abaisse vers elle avec sa corne de croissant, la caresse et la pénètre toute, comme une crème enchantée qui l'envoya vers un paradis inouï, et elle s'évanouit de délices.
Un vitrail de plus

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La Reine du Mardi-gras était à la fois une mégère douteuse et une fée de soie. Elle était inspirée par Dieu, comme George Bush Jr dont elle était d'ailleurs jadis la pire ennemie avec Oussama Ben Laden. Mais ce n'était pas du même dieu qu'il s'agissait, et Dieu était bien plus grand que tout cela. Plus grand bien sûr que la Reine du Mardi-gras, mais elle en faisait partie, comme tout le monde. D'ailleurs la Reine du Mardi-gras était comme tout le monde. C'était une souillon miraculeuse qui faisait éclore dans ses doigts bagués d'éblouissantes écharpes d'Isis et de merveilleuses chemises de Vénus.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« La Reine du Mardi-gras était à la fois une mégère douteuse et une fée de soie. […] C’était une souillon miraculeuse qui faisait éclore dans ses doigts bagués d’éblouissantes écharpes d’Isis et de merveilleuses chemises de Venus… »

Comment ne pas voir dans ce conte philosophique plus qu’une histoire pour enfants peu sages ?

Brigitte Fontaine nous livre une nouvelle quasi autobiographique où l’icône punk et poète se dévoile autant qu’elle se cache. Avec toujours la même fougue de vivre et la même créativité fantasque qu’on lui connaît sur scène comme à la ville.