Est-ce l’influence de sa formation scientifique qui voudrait que ce qui s’explique clairement doit se résoudre simplement ? Toujours est-il que les livres de Sébastien Bohler retrouvent souvent (je ne les ai pas tous lus) la même structure : 250 pages pour expliquer la situation, la problématique… bref : le problème. Et moins de 50 pages pour esquisser une solution… que dis-je ! : quelques pistes d’améliorations et d’hypothèses…
Mais voilà, Sébastien Bohler n’est pas un donneur de leçon ni un magicien sortant de joyeux lapins blancs de son chapeau.
Et sinon ? Tout est dans le titre
Quand j'étais petit, ma plus grande peur était de traverser la propriété de mes grands-parents à la nuit tombée pour aller chercher un outil ou un panier de pommes oublié au pied d'un arbre. Je n'en disais rien, mais j'étais pétrifié. Dès l'instant où je m'enfonçais sous la voûte sombre des arbres, le long du chemin qui descendait vers les futaies, je perdais toutes mes forces.
Il y a 7 millions d'années, nos gènes ont muté à un rythme 1 000 fois supérieur à celui des autres espèces. Grâce à notre faculté d'adaptation et d'anticipation, nous sommes peu à peu devenus l'espèce la plus intelligente, mais aussi la plus craintive du règne animal. Aujourd'hui, 60% des 18-35 ans disent souffrir d'éco-anxiété et 1 personne sur 10 est concernée par des phobies maladives.
La peur est la plus ancestrale de nos émotions. Elle existe chez tous les vertébrés depuis la nuit des temps. Une glande, nommée amygdale, en déclenche l'activité. Face à l'imminence d'un danger, l'amygdale, tel un signal de détection, lance l'alerte.
Face à cette peur, le corps s'immobilise, fuit ou entre en lutte. Ainsi en est-il pour tous les vertébrés, espèce humaine comprise, qui, grâce à ce comportement de défiance, a pu assurer sa survie.
Le problème est que, si nous avons domestiqué de grandes peurs – depuis la peur d'un troupeau de mammouths jusqu'à la peur de la foudre – d'autres sont apparues aujourd'hui. Peur de déclassement, peur d'un conflit planétaire, peur climatique. L'ère contemporaine a réactivé la peur. Pourquoi ?
En nous éloignant du vivre-ensemble, nous cultivons un individualisme sans repères. Livré à lui-même, l'individu combat ses peurs par des projections fantastiques et des comportements addictifs, deux traits caractéristiques de notre modernité.
Il est possible de reprendre le contrôle sur nos peurs en nous évertuant à mieux exercer notre faculté de raisonner, en cherchant à donner plus d'ambition à nos projets collectifs et en reconnectant nos corps à la nature et aux autres.
