L’aîné des Ferchaux

Très librement inspirée par la réussite et la fortune des frères Tréchot, colons français au Congo, Simenon raconte la fin de vie peu glorieuse de Dieudonné Ferchaux, poursuivi par la justice française pour le meurtre de trois guides indigènes à la dynamite. Une fuite en Amérique du Sud racontée par son secrétaire, Michel Maudet.

Impossible de tirer un coup de revolver sans alerter les Vuolto qui couchaient à l'étage en dessous.
Le poison aurait été le plus facile, mais Maudet n'y connaissait rien. Si le vieux allait råler et souffrir pendant des heures ? Et où se procurer du poison sans donner l'éveil ou sans risquer, après coup, d'être identifié ?
Non, il n'y avait pas à y échapper, il le savait: il fallait tuer salement, avec ses mains, avec un objet quelconque, un couteau ou un marteau.
Et c'était cela, c'était la pensée du geste à faire qui mettait à tout moment son organisme en déroute.
Or, personne ne s'en aperçut. Vingt fois, cinquante fois il fut tenté de boire, et chaque fois il résista, se contenta d'avaler un peu d'eau pour humecter sa gorge sèche.
Comme par hasard, le vieux dicta jusqu'à midi passé. Parfois, tandis qu'il fermait les yeux pour fouiller dans sa mémoire, Michel laissait tomber sur lui un froid regard par lequel il semblait le mesurer.
Et c'était presque cela, en effet, car Michel pensait aux trois nègres et à la cartouche de dynamite.
L’aîné des Ferchaux de Georges Simenon
Un roman glauque et sale, misérable. Deux hommes liés par un pacte tacite qui se délite inexorablement pour ne laisser que rancune et haine larvée dans une interdépendance malsaine

Adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel, Stefania Sandrelli et Michèle Mercier
Tous les romans durs de Simenon
50. L’aîné des Ferchaux
49. Le rapport du gendarme 51. La fenêtre des Rouet
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le train s'ébranlait d'une secousse brutale et Maudet, interrompu dans sa course, était collé, l'espace d'une seconde, contre la cloison du couloir, près de l'accordéon noir d'un soufflet. Alors, la viscosité de cette cloison, qui semblait suer gras et froid par une nuit pluvieuse d'octobre, lui entra dans les doigts, dans la peau, dans la mémoire; elle devait à tout jamais s'associer pour lui à la notion de train de nuit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dieudonné Ferchaux, vieil homme tyrannique, engage comme secrétaire Michel Maudet, un garçon famélique et avide de vivre. Entre les deux hommes se tissent des liens étroits et ambigus où se mêlent haine et admiration. Traqués par la police, ils fuient à travers l'Amérique du Sud...