Les orphelins : une histoire de Billy the Kid

À son habitude, Eric Vuillard s’empare d’un fait ou d’un personnage historique, gratouille un peu la légende et s’intéresse d’un peu de plus près « à qui profite le crime » .

Après la reddition de Lee, et la fin du Sud, Quantrill continua à battre la campagne dans l'espoir de rançonner quelques soldats perdus et de tuer quelques Noirs. Le 10 mai 1865, une embuscade tourna mal. Touché en pleine poitrine par une balle, puis s'étant
pris un coup de baïonnette dans le derrière, il fut transporté à demi mort à l'hôpital de la prison militaire de Louisville. Là, on lui servit à la cuillère sa soupe de fayots et on lui fit boire chaque matin son café dans une vieille boîte de conserve. Un mois plus tard, il fut emporté par la fièvre. Il fut alors jeté dans une tombe anonyme.
On l'oublia.
Les orphelins : une histoire de Billy the Kid de Éric Vuillard
Inutile de chercher bien loin pour les motivations : l’argent, le pouvoir, les terres ! Et des pauvres types qui règlent les basses besognes et qu’on laisse tomber dès que le temps de la respectabilité est arrivé.Il neigea encore et encore. Il n'y avait à . présent plus de route, plus de repère, plus rien. Seulement du blanc. La poésie morte, les volcans éteints. Le Kid et ses compagnons se replièrent dans les collines, la troupe de Garrett avait repris la traque. La neige s'étalait sur leurs barbes incultes, les gros nez froids, comme s'ils avaient reçu la vérité petit à petit dans le visage.
Billy était couvert de neige, et dès qu'il se tournait vers le soleil, il entendait une voix qui lui parlait, douce, perdue. Ses yeux brillaient dans son petit visage de vieillard, il avait faim, il agitait sa tête en ricanant. Le cuir des cartouchières gelait. Charlie marmonnait, les chevaux soufflaient, la bouche tordue par le blizzard.Histoire de la crédulité au service de la cupidité dans les violentes périodes de la création des États-Unis, de l’accaparation des terres, de la guerre de sécession, de la loi du plus fort, du colt et du dollar.

Une écriture magnifique au service des petites crapules (derrière qui se cachent les grosses)

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À dix-sept ans, il tua son premier homme. C'est alors que sa vie commence. Les circonstances sont incertaines. Il paraît que l'homme s'appelait Cahill et travaillait comme forgeron à Camp Grant. Le lendemain, le juge de paix fut appelé pour enregistrer par écrit la déposition que voici : « Moi, Frank Cahill, convaincu que je vais mourir, je fais ce dernier témoignage. Mon nom est Frank P. Cahill. Je suis né dans le comté et le village de Galway, Irlande ; hier, 17 août 1877, j'ai eu une dispute avec Henry Antrim, qu'on appelle également le Kid, durant laquelle il m'a tiré dessus. Je l'ai traité de maquereau et il m'a appelé fils de pute ; nous nous sommes alors bagarrés, je ne l'ai pas frappé ; je l'ai vu essayer de prendre son arme et j'ai tenté de la saisir, mais je n'ai pas pu et il m'a tiré dans le ventre. »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et, à cette minute, il sut qu’il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche, toute proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s’évaporèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu'à l’arme, et il tira.