Trois chambres à Manhattan

Une romance de Simenon, c’est un truc un peu moche, désabusé, terne et résigné. Avec de l’alcool et plus trop d’illusions. Une passion avec de la vaisselle sale dans l’évier, des habits de la veille au pied du lit et les cendriers débordant de cigarettes écrasées.

Était-ce l'alcool qui la poussait à parler de la sorte ? Il y avait des moments où il jugeait froidement :
« C'est la femme de trois heures du matin, celle qui ne peut pas se décider à se coucher, qui a besoin d'entretenir coûte que coûte son excitation, de boire, de fumer, de parler, pour tomber enfin, à bout de nerfs, dans les bras de l'homme. »
Et il ne s'en allait pas! Il n'avait aucune velléité de la quitter. A mesure que sa lucidité grandissait, il se rendait davantage compte que Kay lui était indispensable et il était résigné.
C'était le mot exact. Il était résigné. Il n'aurait pas pu dire à quel moment sa décision avait été prise, mais il était décidé à ne plus lutter, quoi qu'il pût apprendre désormais.
Pourquoi ne se taisait-elle pas ? C'eût été si simple! Il l'aurait entourée de ses bras. Il aurait murmuré :
 ─ Peu importe tout cela, puisqu'on recommence.
Recommencer une vie à zéro. Deux vies. Deux vies à zéro.
De temps en temps, elle s'interrompait :
 ─ Tu ne m'écoutes pas.
 ─ Mais si.
 ─ Tu m'écoutes, mais, en même temps, tu penses à autre chose.
Il pensait à lui, à elle, à tout. Il était lui-même, et spectateur de lui-même. Il l'aimait et il la regardait en juge implacable.
Trois chambres à Manhattan de Georges Simenon
Personne n’y croit vraiment, mais faute de mieux, on se laisse emporter.

Un roman d’amour triste, bien foutu mais guère enthousiasmant

Tous les romans durs de Simenon
55. Trois chambres à Manhattan
54. Les noces de Poitiers 56. Le clan des Ostendais
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'était relevé brusquement, excédé, à trois heures du matin, s'était rhabillé, avait failli sortir sans cravate, en pantoufles, le col du pardessus relevé, comme certaines gens qui promènent leur chien le soir ou le matin de bonne heure. Puis, une fois dans la cour de cette maison qu'il ne parvenait pas, après deux mois, à considérer comme une vraie maison, il s'était aperçu, en levant machinalement la tête, qu'il avait oublié d'éteindre sa lumière, mais il n'avait pas eu le courage de remonter.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lorsqu'ils se rencontrent au milieu de la nuit dans un bar de Manhattan, Kay et Franck sont deux êtres à la dérive. Lui, acteur naguère célèbre, proche de la cinquantaine, tente d'oublier que sa femme l'a quitté pour un homme plus jeune. Elle, chassée de la chambre qu'elle partageait avec une amie, n'a plus même un endroit pour dormir... Mais si l'attirance entre eux est réciproque, peut-elle suffire à leur faire oublier les blessures de la vie? Redoutant de la perdre, jaloux de son passé et des hommes qu'elle a connus, aussi peu sûr d'elle que de lui, Franck sera bien près de saccager cet amour qui est peut-être sa nouvelle chance...
Georges Simenon nous guide au cœur de la grande ville, dans l'ombre de ces deux errants, avec la vérité et l'humanité qui lui ont attaché des millions de lecteurs et lui confèrent une des toutes premières places parmi les romanciers du XXe siècle.