Le président

Il y a plusieurs types de romans dur, des polars (plutôt rares), des tranches de vie (généralement sombres et aux problématiques inextricables), des fuites en avant, des familles qui se déchirent et, comme ici, des bilans de vies. Un homme (généralement) qui, au seuil de la mort, se souvient, infatué, de ses glorioles et de ses échecs.

Alors, bordé jusqu'au menton, recroquevillé sur lui-même, dans le silence total, dans une solitude où il n'y aurait plus, pour l'accompagner, que son pouls faiblissant, il s'en irait lentement, sans amertume, un peu mélancolique, et, très vite, libéré de la honte comme de l'orgueil, il réglerait ses derniers comptes.
Je vous demande pardon...
A qui ? Cela n'avait pas d'importance, il l'avait découvert. Il n'y avait pas besoin de nom.
J'ai fait ce que j'ai pu, avec toute l'énergie d'un homme et toutes les faiblesses d'un homme...
Verrait-il autour de lui les visages attentifs de Xavier Malate, de Philippe Chalamont, de son père, d'autres encore, celui d'Eveline Archambault, de Marthe, du chef de gare et de la petite fille au bouquet ?
Je reconnais que cela n'a pas été beau...
Le président de Georges Simenon
Un ex-président (de la France) comprend qu’il n’est bientôt plus et que sa gloire s’estompe en même temps que son influence politique.

Un récit un peu « vieille France », une stature dont nombre de politiques se rêvent certainement en début de carrière avant de goûter à l’ivresse du pouvoir

Tous les romans durs de Simenon
91. Le président
90. Le passage de la ligne 92. Strip-tease
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y avait plus d'une heure qu'il ne bougeait pas, assis dans le vieux fauteuil Louis-Philippe au dossier presque droit, au cuir noir usé, qu'il avait traîné pendant quarante ans de ministère en ministère et qui était devenu légendaire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans sa propriété normande des Ebergues, Augustin, ancien président du Conseil, vit désormais retiré, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu'il apprend que son ancien chef de cabinet, Philippe Chalamont, est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s'il n'a plus guère d'illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d'élever la voix.
Chalamont ─ il le sait, il en détient l'aveu signé ─ n'est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l'Etat pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme...
Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l'anéantissement.
Une oeuvre grave, tendue, dépouillée comme une tragédie classique, sur le thème éternel du pouvoir et de ses vanités.