La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.