Hadji Mourat

Histoire d’hommes, d’honneur et de guerre, de trahison et de raison d’état, de manigances et de cruauté.

Notre miel est bon. Cette année est une année bénie pour le miel. Il y en a beaucoup et il est bon, dit le vieillard, visiblement satisfait de voir Hadji Mourat manger de son miel.
 - Merci, dit Hadji Mourat, et il s'arrêta. Eldar avait encore envie de manger, mais, comme son maître, il s'arrêta, et présenta à Hadji Mourat la cuvette et la cruche d'eau.
Sado savait qu'en recevant Hadji Mourat il risquait sa vie, du moment qu'à la suite de sa rupture avec Chamil un édit menaçait de mort les habitants de Tchétchénie qui l'accueilleraient. Il savait qu'à chaque minute les gens de l'aoul pouvaient avoir vent de sa présence là et exiger qu'il fût livré. Mais cette pensée ne troublait pas Sado; bien plus, elle le rendait heureux. Sado considérait comme son devoir de protéger son hôte, dût ce geste lui coûter la vie, et il était heureux, il était fier de faire son devoir.
 - Tant que tu seras dans ma maison, tant que ma tête sera sur mes épaules, personne ne te fera rien, répéta-t-il à Hadji Mourat.
Hadji Mourat le regarda dans les yeux, ses yeux brillants, comprit que c'était la vérité et dit sur un ton un peu solennel :
 - Puisses-tu recevoir la joie et la vie !
Hadji Mourat de Léon Tolstoï, traduction de Jean Fontenoy et Brice Parain
Au travers d’Hadji Mourat se dessine une fresque qui dépasse les hommes qui la composent, un bien triste tableau ou les figurants sont interchangeables.

Une peinture, un peu vieillotte quand même, qui ressemble quand même fort à un tableau d’aujourd’hui. Bien triste est le sort des hommes d’honneur lorsqu’ils sont devenus inutiles

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'était à la fin de l'année 1851. Par un soir froid de novembre, Hadji Mourat arriva dans l'aoul de Mahket, village rebelle de Tchétchénie, enfumé par l'argol.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Hadji Mourat est un chef caucasien dont Tolstoï a fait le héros d'une ultime grande œuvre. Malgré ses dimensions modestes, elle nous présente un vaste et saisissant tableau de la « guerre de pacification » du Caucase, à laquelle le romancier avait lui-même pris part un demi-siècle plus tôt et dont il avait rapporté Les Cosaques. Le choix d'un tel personnage est profondément révélateur : sa mort héroïque en fait un symbole de la vie même dans ce qu'elle a de plus irréductible.

Ce récit, que Tolstoï n'a cessé de récrire pour le rendre parfait, n'a rien perdu de son actualité : il permet de déchiffrer la cruelle histoire contemporaine.