Tony

J’avais lu une fois qu’il fallait pouvoir s’identifier à l’un des personnages pour apprécier un roman. Ici, ce n’est clairement pas le cas, et pourtant, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre.

Tony de Rumena Bužarovska, traduction de Chloé Billon
Car, quand même, quelle plaie ce Tony ! Égocentrique sans la moindre empathie, ce gros macho n’est rien sans les femmes qui l’entourent et pourtant, il ne voit que lui, ne pense qu’à lui, ne vit que pour lui !
Impressionnant.

Une grosse réussite que ce portrait d’un gros cradingue repoussant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'estomac de Tony criait famine. L'heure du déjeuner était passée depuis longtemps, mais sa copine et son enfant barbotaient encore dans la mer, chaude comme de l'urine. Chaque fois qu'il l'appelait publiquement sa copine, il lui semblait sentir un fil claquer dans son cerveau, lui signifiant que Tamara ne pouvait en aucun cas être sa copine à son âge. Mais il l'appelait intentionnellement ainsi sa copine. Ça donnait l'impression qu'ils étaient jeunes tous les deux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tony, la cinquantaine, est persuadé d’abriter une âme de rock star dans un corps de rêve, en dépit de son régime alimentaire essentiellement composé de kebabs et de bières. Lorsqu’il revient habiter chez sa mère, il ne s’estime pas une seconde responsable du désastre qu’est sa vie privée : n’est-il pas bien plus simple de se croire victime des événements et des autres ?

Après deux recueils de nouvelles très remarqués, Rumena Bužarovska imagine dans ce premier roman décapant un antihéros à la médiocrité abyssale qui nous scandalise autant qu’il nous amuse. Réflexion féroce sur les représentations masculines et sur nos responsabilités individuelles comme collectives, Tony entrelace critique sociale et humour ravageur avec un brio irrésistible.