Le printemps peut-être

C’est avec une écriture impressionniste que Léna Furlan nous raconte cette histoire. Avec des touches de couleurs et de lumières qui vues de trop près peuvent sembler erratiques mais qui finissent par donner un tableau très réussi lorsqu’on regarde l’ensemble.

Je me suis levée, j'ai mangé deux tranches de pain déjà sec. Je l'avais pourtant acheté la veille. 
Je me suis douchée, j'ai fait un masque pour les cheveux, j'ai oublié de chronométrer et j'ignore si je l'ai laissé trop ou pas assez long temps. Il sent l'amande et la vanille, ça m'écœure.
Le printemps peut-être de Léna Furlan
Une histoire de soeurs un peu fusionnelles et de leurs amours.

Des amours pas vraiment heureux… Et qui laissent des traces qui durent

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quand j'étais petite, je voyais beaucoup d'incendies au bord de l'autoroute.
Il y avait des maisons qui brûlaient. Des usines. Au milieu des champs.
J'appuyais mon front contre la vitre et je regardais la fumée noire s'échapper dans le ciel.
J'imaginais les sirènes des pompiers.
L'agitation.
Pourtant tout avait l'air immobile. Figé


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Le minuscule cahier est devenu réservoir. Et sous mes yeux, là, s’allonge ce qu’il y avait dans ma tête, sous ma poitrine, au fond de ma gorge. Les mots viennent seuls, je n’ai pas besoin d’y penser qu’ils sont déjà écrits. J’en ai presque peur, je ne peux plus m’arrêter. Toutes ces choses que je ne savais pas. Elles sont désormais là. Elles n’appartiennent pas à quelqu’un d’autre, ce sont les miennes. »

Dans une écriture d’ellipses et d’instantanés, où présent et souvenirs se mêlent et s’entrecroisent, Le printemps peut-être dévoile le lien intense entre deux soeurs et, en parallèle, une relation amoureuse où la violence s’insinue.

La valise noire

A l’occasion d’un voyage à Québec, la narratrice ressent une présence, des objets se déplacent. Et les souvenirs de Sélim au Caire affluent.

Souvenirs, présence, la réalité reste incertaine.

Quand je me réveille, la valise a bougé. Elle n'est plus debout à côté de l'armoire, là où je l'avais rangée mais au milieu de la pièce, face à la porte. Une bête furtive mais énergique, une souris, l'un de ces rongeurs qui affluent vers les immeubles de Montréal à l'approche de l'hiver, a dû la pousser là. Ou alors un esprit, celui qui déplace les objets d'un endroit à l'autre, celui qui les transfère ou les cache. L'esprit de la valise, peut-être - Sélim.
La valise noire de Maylis de Kerangal
Une nouvelle subtile, toute de dentelle tissée. Un peu trop légère pour moi qui n’ai pas vraiment croché, malgré un ouchebti tout à fait intéressant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La nuit est tombée depuis longtemps sur l'Amérique du Nord. L'aérogare est dépeuplée. Les passagers sont rassemblés autour du carrousel à bagages, ils attendent, la plupart retiennent d'une main des chariots encore vides qui valsent au moindre choc, des annonces vocales multilingues diffusent des vœux de bienvenue mais la fatigue d'un vol long-courrier se fait sentir, on en a marre, on voudrait partir d'ici, arriver vraiment.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L’instant d’après, dans la salle du petit-déjeuner de l’hôtel où je suis descendue, j’ouvre mon livre et une image tombe sur la table, une image que Sélim a visiblement oubliée entre ces pages, ou plutôt, maintenant que j’y pense, qu’il a laissée là à dessein : elle lui aura certainement servi de marque-pages.

Les féministes t’encouragent à quitter ton mari, tuer tes enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir trans-pédé-gouine

Hé ben voilà qui est ébouriffant, mazette !

Misandrie ordinaire
Longtemps tu as aimé les mec-cis-het pour de mauvaises raisons. 
Peut-on être une féministe qui aime les hommes 
oui 
un temps 
Peut-on les estimer assez pour penser qu'ils puissent changer 
oui 
le temps de réaliser qu'en fait 
non.
Les féministes t’encouragent à quitter ton mari, tuer tes enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir trans-pédé-gouine de Alex Tamécylia
Dans cet essai poétique, Alex Tamécylia se lâche pour un petit livre rose absolument hors normes. Créatif autant que combatif, ce manifeste dégomme à-tout-va !Jouir sans entrave d'accord mais quand est-ce qu'on dort. Si tu tombes en amour de qui te fait jouir branle-toi beaucoup. Mieux vaut être ton amie que ton amant_e ça dure plus longtemps. 
Pas besoin du couple pour orgasmer et bouloter l'écran en pilou pilou tu gères ça solo le bonheur qui serait meilleur en commun pas d'accord en termes de mousse chocolat à l'ancienne une seule petite cuillère suffit. 
La joie est dans le calme des solitudes choisies. 
C'est quand il faut s'étaler la crème solaire au milieu du dos que ça devient dur le célibat.Et les mecs-hét-sys s’en prennent bien dans les… et avec eux, c’est toute la société et ses dysfonctionnements qui sont désignés, preuves et démonstrations à l’appui.

Génial et brutal !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Peut-être que c'est un cri. Mais le souffle qui le porte s'avère tellement puissant qu'il pulvérise autant qu'il galvanise. Une tendresse radicale, une ironie jouissive; le goût du vitriol et de la lucidité. Un cri capable de transmuter la colère en gestes qui déconstruisent et en éclats de rire. Articulant sa charge autant que ses réflexions dans une langue inventive, corrosive, poétique et frontale à la fois.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Un souffle tellement puissant qu’il pulvérise autant qu’il galvanise... Le goût du vitriol et de la lucidité. » Chloé Delaume

« Tu ne seras ni social justice guérillère ni caution féministe pour ligne budgétaire. »

alex~tamécylia a 37 ans. Autrice, poétexsse et performeureuse, ielle anime à Paris les ateliers d’écriture féministe Langue de Lutte dans divers lieux dont La Mutinerie et la librairie Violette and Co ; ielle a confié son manuscrit au nouvel attila par admiration pour Michelle Lapierre-Dallaire.

Trash anxieuse

Devant un monde invraisemblablement incohérent qui court (et vite !) à sa perte, en pleine séparation de ses parents et expérience des premiers amours, une jeune femme sombre.

J'm'use comme une peau de bébé qu'on papier-de-sablerait. Je gratte ma chair sécheresse jusqu'à l'hémorragie. Sur mon corps des plaques m'encroûtent et me sclérosent. 
Le jour, j'tiens sans arrêt un crayon entre mes dents pour sourire. La nuit, j'me greye la bouche de duct tape. Plus tu souris, plus le bonheur trouve un moyen d'entrer en toi. C'est scientifiquement prouvé. Sauf que j'finis par fatiguer d'la face et par plus dormir pantoute. 
Entretenir l'allégresse m'épuise. Ma force s'ankylose.
Trash anxieuse de Sarah Lalonde
Et tente pourtant de surnager, crier, agir…

Un cri d’écoanxiété, un appel au secours et à une prise de conscience. Réveillez-vous !

Comme un manifeste, bien plus tout public que les mentions jeunesse ne le laissent supposer.

Une rage rafraîchissante qu’on espérerait mobilisante. Ah, l’espoir…

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
à toi
qui t'apprêtes à marcher sur un chemin parsemé d'embûches
persévère


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L’empreinte carbone de la planète explose. Les médias sociaux dérapent.

Perdue dans sa fuckaille intérieure , l’adolescente de ce roman atypique se heurte à l’écoanxiété et aux contradictions morales de notre époque. Entêtée, elle avance, elle se dépêtre dans la période de turbulence qu’elle traverse. L’écriture lui sera salutaire.

Oscillant entre l’acidité et la tendresse, la crudité et la sensibilité, la revendication et l’indulgence, mêlant dans une narration éclatée dialogues caustiques, scénarios de sitcom et poésie, la voix de Sarah Lalonde nous écorche et nous console tout à la fois.

Le cercle des Mahé

Le Dr Mahé s’ennuie dans sa morne vie. Avec une mère quelque peu autoritaire, une femme un peu absente et des enfants qui ne semblent guère le préoccuper.

Qu'il en soit délivré une bonne fois, lui, car cela ne pouvait pas continuer ainsi. 
Il n'était même pas amoureux. S'il avait été amoureux, le problème aurait sans doute été beaucoup plus simple. 
C'était une hantise, voilà le mot. Et cela avait commencé dès le premier jour, mais faiblement, insidieusement, comme les maladies incurables dont on ne s'aperçoit que quand il n'est plus temps de les soigner. 
Ce n'était pas une femme, ni de la chair. C'était deux jambes maigres sortant d'un chiffon rouge, un petit tas crispé près d'une femme morte, dans un décor ignoble, deux yeux bleus, clairs et secs, une espèce de pantin raide et indifférent qui conduisait une petite fille par la main chez les bonnes sœurs ou qui, au port, s'avançait sans frémir vers un homme pour lui prendre l'argent qu'il cachait dans ses poches.
Le cercle des Mahé de Georges Simenon
Et lors de vacances sur l’île de Porquerolles il aperçoit une petite pauvresse en robe rouge…

L’histoire d’une obsession, lente et méthodique qui insidieusement occupe toute la place. Un roman plutôt vide… tout autant que l’esprit du Dr Mahé

Tous les romans durs de Simenon
53. Le cercle des Mahé
52. La fuite de Monsieur Monde 54. Les noces de Poitiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il fronçait les sourcils ; peut-être, tel un écolier, tirait-il un bout de langue ? Les lèvres boudeuses, le regard sournois, il épiait Gène et s'appliquait à copier ses gestes aussi exactement que possible.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand, à trente-cinq ans, le docteur Mahé perd sa mère qui a toujours tout choisi pour lui, il décide de changer de vie, de vivre sans effort, et de retrouver à Porquerolles une adolescente maigre dont l'image hante ses nuits.

Cet homme frustré d'autorité a une idée fixe : se faire aimer d'une petite pauvresse qui lui devrait tout...

Le passager du Polarlys

Un roman noir à l’ancienne, un huis-clos sur un navire qui remonte vers les îles Lofoten avec un passager mystérieux à son bord.

Le capitaine franchit le reste du chemin en courant. Arrivé à la porte, il s'arrêta, net, les poings serrés, les mâchoires dures. 
Est-ce qu'il ne s'était pas attendu à quelque chose de semblable? 
La couverture avait glissé du lit sur le sol. Le matelas était de travers, les draps roulés en boule, tachés de sang. Il y en avait un sur le visage de Sternberg, comme si l'on eût voulu le faire taire. 
Et, au milieu de la poitrine découverte par le pyjama déboutonné, deux ou trois entailles, des taches rouges, des traces de doigts sanglants. 
Un pied nu dépassait du lit, livide, que Petersen n'eut besoin que de frôler pour avoir la certitude de la mort.
Le passager du Polarlys de Georges Simenon
Puis un mort. Et les problèmes s’accumulent pour le capitaine qui tente de conserver le cap…

Un polar(lys) un peu vieillot qui manque franchement de ressort

Tous les romans durs de Simenon
3. Le passager du Polarlys
2. L’âne rouge 4. Le coup de lune
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est une maladie qui s'attaque aux bateaux, dans toutes les mers du globe, et dont les causes appartiennent au grand domaine inconnu qu'on appelle le Hasard.

Si ses débuts sont parfois bénins, ils ne peuvent échapper à l'oeil d'un marin. Tout à coup, sans raison, un hauban éclate comme une corde de violon et arrache le bras d'un gabier. Ou bien le mousse s'ouvre le pouce en épluchant les pommes de terre et, le lendemain, le « mal blanc » le fait hurler.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le Polarlys, parti de Hambourg pour le nord de la Norvège, est le théâtre de l'assassinat d'un policier, embarqué à la dernière minute. Le capitaine apprend, grâce à un journal découvert dans la cabine de la victime, que son navire abrite un criminel en cavale. Passagers et membres d'équipage sont autant de suspects. Qui, parmi eux, est coupable ? Le mystérieux Ericksen que personne n'a vu ? Cette jeune femme aux nerfs fragiles ? Cet individu antipathique ? Le troisième officier, frais émoulu de l'école navale ? Ou l'intrigant soutier, qui disparaît et sur lequel pèsent tous les soupçons ?

Les bouchères

Géniales bouchères ! C’est léger, drôle et carnassier. Et si le sujet est grave, le traitement est jubilatoire.

Michèle planta le couteau en plein dans l'artère. Elle avait déjà tout appris, une sacrée professionnelle, avait pensé Anne qui s'était précipitée pour baisser le rideau de fer.
Le porc était mort sur le coup, dans une mare de sang.
Un court moment de stupeur. Un silence que rompit Michèle :
 - Il ne mangera plus d'entrecôtes, fit-elle.
 - C'est sûr que tu lui as définitivement coupé l'appétit... ironisa Anne.
Stacey s'était mise à sangloter, comme une petite fille, prise de honte et de culpabilité ; c'était à cause d'elle si Michèle avait tué cet homme. Michèle la consolait et l'entourait de ses bras. Elle lui assurait qu'elle n'y était pour rien.
- Je l'ai fait aussi pour moi, Stacey ; pour ma dignité.
Anne était partie chercher le calva a la cave pour remettre tout le monde d'aplomb.
- Les filles, il va falloir se dépêcher... On parlera après !
Les bouchères de Sophie Demange
Les bouchères c’est l’union fait la force, la sororité en puissance, le refus de la soumission ! Girl Power !

Un roman enlevé qui ne craint pas les clichés ou les raccourcis faciles, mais qui y gagne en efficacité pour proposer un pur plaisir de lire

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'était une soirée de début d'été. L'heure où les clients rentrent chez eux préparer la côte de bœuf ou faire griller les brochettes et les saucisses au barbecue. On profite davantage de la vie en été.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À Rouen, dans ce quartier bourgeois, impossible de manquer la devanture rose des Bouchères. Depuis la rue, on peut entendre l'aiguisage des couteaux, les masses qui cognent la viande et les rires des trois femmes qui tiennent la boutique. Derrière le billot, elles arborent fièrement leurs ongles pailletés et leurs avant-bras musclés. Mais elles seules savent ce qui les lie : une enfance estropiée, une adolescence rageuse et un secret.

Lorsque plusieurs notables du quartier s'évaporent sans laisser de traces, les habitants s'affolent et la police enquête. En quelques semaines, les bouchères deviennent la cible des ragots et des menaces...

Un roman féministe explosif et jubilatoire où chaque page se dévore jusqu'au rebondissement final !

Les indignes

Ce récit post apocalyptique contient un petit avertissement concernant des scènes de violence explicite… Alors : ouais !

Mariel tremblait. Nous avons vu les aiguilles plantées, nous avons vu les filets rouges, presque noirs. Discrètement, certaines ont posé les mains sur leurs seins pour les protéger (comme si elles pouvaient vraiment les protéger ainsi).
La Sœur Supérieure aime faire durer l'attente, que jamais vous ne sachiez quand s'abattra sur vous le premier coup, quand il faudra expier vos fautes par le sang. Elle veut nous éduquer à l'art de l'agonie.
Un : le bruit du fouet a été léger, presque imperceptible, mais il a laissé une marque à vif dans la chair du dos de Mariel, d'où sont tombées les premières gouttes de sang.
Trois : blessures ouvertes, au fer rouge.
Six : les cris stridents de Mariel nous étourdissaient, mais en arrière-fond, nous pouvions entendre la respiration de la Sœur Supérieure changer de manière subtile, s'accélérer, se transformer. En gémissement.
Huit.
Dix. L'expiation.
Les indignes de Agustina Bazterrica
Bienvenue à la Maison de la Sororité Sacrée, une secte de femmes où la Sœur supérieure (et …?) règne avec sadisme sur les différentes castes asservies.

Ici, tout semble invraisemblablement extrême, abject, arbitraire et cruel. Et la soumission de ces femmes en devient incompréhensible.

Incompréhensible, vraiment ? Pures inventions ou simple inspiration des dérives religieuses passées (passées, vraiment ?)

Un choc écœurant, peut-être pour y voir plus clair. Brillant !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quelqu'un crie dans l'obscurité. J'espère que c'est Lourdes.
J'ai mis des cafards dans son oreiller et j'ai cousu la taie pour qu'ils aient du mal à en sortir, pour qu'ils grouillent sous sa tête ou sur son visage (pourvu qu'ils rentrent dans ses oreilles et fassent leur nid dans ses tympans, qu'elle sente leurs larves lui grignoter le cerveau).


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Au sein de la Maison de la Sororité Sacrée, les coups de fouet de la redoutable Soeur Supérieure rythment le quotidien strictement réglé des « indignes ». Pétries de jalousie, elles se tendent des pièges cruels dans l'attente de savoir qui sera la prochaine heureuse élue à rejoindre les « Illuminées ». C'est le voeu le plus cher de la jeune femme qui raconte cette histoire, au fil d'un journal dans lequel elle s'épanche nuit après nuit, au péril de sa vie. Peu à peu lui reviennent en mémoire les souvenirs d'avant l'effondrement du monde, avant que la Maison de la Sororité Sacrée ne s'impose comme l'ultime refuge.

Un jour, elle découvre une errante aux abois et l'aide à intégrer la communauté. Alors qu'un lien étroit se noue entre elles, il apparaît vite que Lucía est spéciale. Et que son arrivée apporte enfin une lueur d'espoir dans un monde de ténèbres.

À travers cette nouvelle dystopie aussi envoûtante que glaçante, Agustina Bazterrica nous interroge sur les croyances, les règles et les hiérarchies que nous mettons en place pour faire société, et offre une vision vertigineuse de notre humanité.

Mère à l’horizon

Quel passeur d’émotions ! Elle sont toutes là et Jacques Gamblin nous les fait toucher, sentir et en goûter les saveurs.

Après ça je ne dis plus rien et personne ne dit plus rien. Je m'accroche à ma ceinture pour survivre jusqu'à Burcy.
On roule parfois trop vite parfois trop lentement. Je fais les comptes, les minimes courent à 14 heures, il faut que j'y sois à 13 pour m'échauffer. Il y a soixante kilomètres, pas très doué en calcul mental, je conclus qu'avec une moyenne de soixante, on devrait mettre une heure. Je toussote pour regarder discrètement ma montre. 11 h 20. Mimile me dit tu es malade, je réponds non ça va. 
À la place du mort on a une meilleure conscience du danger mais on est moins malade. On ne peut pas tout avoir
Mère à l’horizon de Jacques Gamblin
Plus qu’une autobiographie qui part dans tous les sens, il s’agit plutôt d’un carton de photos qui serait tombé et dont l’auteur nous en rappellerait les souvenirs. L’enfance, la quincaillerie, les débuts à la technique, puis sur les planches et…Tu stockes une demi-douzaine de paquets de thé. À l'épicerie tu ne te souviens plus que tu en as déjà. 
Tu gardes tes croissants pour demain, puis demain tu les gardes pour demain... Ils sont rassis, ils n'ont plus de goût. Tu ne le sais pas puisque tu les gardes pour demain. 
Les fraises et les framboises subissent le même sort. 
Pour demain. 
Tu descends à la boîte aux lettres, prends ton journal, remontes chez toi, t'assois à la table de la cuisine, tournes les pages, attrapes quelques images, quelques titres, feuille à feuille, oubliés. 
Les jours ont-ils encore un sens ? 
C'est dimanche prochain carnaval. Comment tu vas te déguiser ? 
En courant d'air. Et surtout, la famille, la mère et sa mémoire qui s’en va.

Et c’est très touchant, un peu déconstruit, pas très bien fagoté… mais c’est tendre et chou

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Demain on change d'heure.
- Ah oui comment je vais m'y retrouver ?
- Je vais régler ta montre à l'heure de demain. Comme ça quand tu te réveilleras, tu seras à la bonne heure.
- Oui mais... demain il sera quelle heure ?
- Je ne sais pas. Quand tu vas te réveiller. Voilà j'ai réglé ta montre, la pendule, ton réveil... Ils seront à l'heure de demain.
- Oui mais l'heure elle va tourner cette nuit !
- Eh oui et comme ça demain elle sera à la bonne heure de demain.
- Oui mais si tu la mets maintenant à l'heure de demain et qu'elle continue de tourner cette nuit, elle ne sera pas à l'heure demain.
- Maman...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un hommage bouleversant de Jacques Gamblin à sa mère, où le rire n'est pourtant jamais loin, prêt à déferler sur la grève.

Je n'ai plus que la mémoire de l'instant, dit-elle.
Elle reste assise de longues heures, les rideaux à peine ouverts.
Elle veut bien voir le dehors mais que le dehors ne la voie pas.
Elle se met du rouge à lèvres quand elle reçoit une visite.
Son premier baiser, elle l'a donné entre les casseroles et les pinces multiprises.
Elle rêvait de jouer le jazz.
Un jour, elle est montée à la grande échelle.
Comment tu vas te déguiser au prochain carnaval ? Elle répond :
En courant d'air.
Elle a commencé à perdre l'audition il y a quelques années. La mémoire a suivi et couru à sa perte. Sans bruit. Sans choc. Avec la vie qui change de volume.
Pour combler les phrases qu'elle ne prononce plus, j'écris. J'attrape son silence au vol, le fais rebondir, pour l'aimer encore, autrement, pour l'aimer mieux.

Un hommage bouleversant à la mère, où le rire n'est pourtant jamais loin, prêt à déferler sur la grève.

Je me regarderai dans les yeux

Woaw ! Comment faire aussi drôle et aussi fort ?

Tout devenait limpide pour moi ce soir-là. Les masques étaient tous tombés d'un coup, leur vernis s'était écaillé. La colère commençait à céder la place à une forme de pitié abattue, de pitié pour des bourreaux qui sont autant victimes que leurs victimes. J'ai su que, désormais, je construirais mon éthique moi-même, selon mes propres critères dès lors que j'aurais les moyens de mon autonomie. J'ai compris qu'un tabou pourrait être ainsi défini : zone d'ombre morale qui bénéficie à une injustice.
Et puis, j'ai juste fumé une clope, moi.
Je me regarderai dans les yeux de Rim Battal
Rim Battal nous parle du poids des traditions au Maroc, de l’obligation de virginité pour les futures épouses et des mères qui perpétuent ces traditions en devenant elles-même tortionnaires alors qu’elles en furent les victimes.

Un livre magnifique plein de légèreté, d’amour, de violence et d’une fantastique et réjouissante rage de vivre sa vie.

Un livre à offrir et partager sans trop en dire !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Cela n'a pas duré plus de cinq minutes mais j'eus l'impression de passer une journée entière les jambes écartées et nues sur cette table d'examen médical. Les chevilles coincées dans les étriers en métal, livrée à moi-même, je scannais les murs de la petite salle à la recherche d'une image à laquelle me raccrocher, un dessin anatomique, une campagne de prévention du cancer du sein ou du papillomavirus, n'importe quoi qui aurait pu me permettre de me dissocier, un trou de ver pour sortir de mon corps, pour ne plus entendre les murmures de ma tante et de la gynéco dans le bureau attenant.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À dix-sept ans, à l’âge des romans à l’eau de rose, des serments d’amitié et des poèmes de Rimbaud, une jeune fille fume une cigarette à la fenêtre de sa chambre. Cette transgression déclenche la violente fureur de sa mère – puis, comme un envol effaré, la fugue de la narratrice. Un ultimatum lui est alors posé : elle devra produire un certificat de virginité. L’examen gynécologique forcé sera sa « première fois ». Comment sortir de l’enfance quand tous les adultes nous trahissent ? Comment aimer quand ceux qui nous aiment nous détruisent ? Porté par une écriture puissante qui n’oublie ni l’ardeur ni la drôlerie, le récit de Rim Battal dit les premières fois, le désir, la générosité et la force qui président à la naissance d’une femme et d’une écrivaine.