Cher corps, petit salopard

Parfois, on fait des plans, on prend des résolutions, on se dit que les conneries ça suffit et qu’il est temps de réaligner. Mais après… la vie !

Il se passe quelque chose, je le sens, et ça me rend tarée de ne pas comprendre. Je dois le rejoindre demain pourtant, j'ai tant besoin de lui. Je mets les pieds dans le plat. Parle-moi. Parle-moi.
La seule chose qu'il finit par répondre c'est que, oui, il faut qu'il me parle mais là aujourd'hui il a trop de boulot il n'y arrive pas, il a un coup de blues il se pose des questions et il pense que ce n'est pas une bonne idée que je vienne demain comme prévu.
Quelqu'un aspire mon cœur avec une paille, bruyamment. Mon sang devient très froid.
Cher corps, petit salopard de Zoé Vintimille
L’autrice du génial Il est 14h, j’enlève ma culotte nous propose le journal de l’année de ses 46 ans. Une année qui commence pleine de bonnes résolutions, bien vite enflammées ! Et voilà qu’une belle saloperie vient squatter son sein gauche.

Un petit livre qui m’a forcément rappelé Le mal joli de Emma Becker. Mais si apparemment les similitudes semblent nombreuses (dans la première moitié du livre), j’ai paradoxalement trouvé Zoé Vintimille plus sincèrement intime alors qu’il s’agirait d’un pseudo ?!?

Un journal à l’écriture légère et pimentée et qui aborde sans pathos des sujets plus durs. Le cancer et les nouvelles formes relations homme-femmes à l’heure des réseaux.

… Et vite Zoé, on attend avec impatience votre histoire de méduse

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je viens d'avoir quarante-six ans.
Petite fille, jamais je ne m'étais imaginée à cet âge. À partir de trente ans et jusqu'à soixante, tout ça était extrêmement flou. À vrai dire je suis plutôt à l'aise dans mes pompes et assez fière du chemin parcouru. Mon corps est sympa avec moi, certes la peau se détend et le cul n'est plus aussi ferme, les cervicales se coincent régulièrement mais, jusqu'ici, ça va plutôt bien. Les dix dernières années ont été éprouvantes et je me suis éparpillée, beaucoup de sexe beaucoup de fuite. J'ai besoin de rassembler les morceaux. Je voudrais que quelque chose arrive, tout en lui laissant le temps d'arriver. Un amour, un roman, des personnages de fiction.
Quelque chose est arrivé, mais pas tout à fait comme prévu.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« J'avais décidé de me calmer un peu sur les mecs. Ça faisait partie de mes résolutions de début d'année : je voulais du temps pour écrire, sur d'autres vies que la mienne, et aussi je voulais tomber amoureuse. Vraiment amoureuse. Pour ça, j'étais prête à attendre. Au printemps un homme est arrivé, il avait les cheveux en bataille et des yeux qui riaient. Et c'est là, juste après, que la vie a dû se prendre les pieds dans le tapis, car dans le lot il y avait bien l'amour, mais aussi une sale petite tumeur dans le sein gauche. »

Après Il est 14h, j'enlève ma culotte et Ceci n'est pas un roman érotique, Zoé Vintimille poursuit l'exploration de sa vie de femme et de ses désirs, souvent contradictoires. Elle livre ici le journal de sa quarante-sixième année, de janvier à décembre, avec toute la sincérité, l'ironie et la sensibilité qui la caractérisent.

Le Cheval blanc

On s’arrange, on fait comme on peut, avec ses casseroles, ses désirs, ses frustrations. Parfois, ça casse, d’autres fois ça tient encore… jusqu’à quand.

L'oncle s'éveillait, voyait au soleil qu'il n'était pas l'heure et restait sur son grabat, les yeux ouverts, à renifler son odeur de vieil homme.
Le Cheval blanc de Georges Simenon
Simenon excelle à peindre ces vies qui passent à côté de leurs rêves. Couples ratés, misères pourries, petits arrangements… Tant qu’on n’y regarde pas de trop près.Elle aurait pu parler de ça à la patronne du Cheval Blanc. Elles se seraient comprises. Mais, même si elles en avaient eu l'occasion, elles ne l'auraient probablement pas fait.
On n'en parle pas...
On s'arrange...
On fait tout ce qu'on peut...
Ainsi, soudain livré à lui-même, Arbelet redevenait rêveur.Un roman guère palpitant, limite fatiguant. Des tristes portraits lamentables

Tous les romans durs de Simenon
25. Le Cheval blanc
24. Chemin sans issue 26. L’homme qui regardait passer les trains
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Tu devrais le poser par terre, Maurice...
Pourquoi cette phrase-là plutôt qu'une autre ? Et pourquoi cette minute-là plutôt que n'importe laquelle des minutes de ce dimanche de Pentecôte ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Au bord de la nationale, à l'auberge du Cheval Blanc, la cuisine est renommée et la vie paraît agréable, simple et ensoleillée. Mais le patron exerce ses prérogatives sur les petites bonnes de seize ans, et le veilleur de nuit est un criminel relâché depuis peu, gonflé de graisse molle, lui-même persuadé qu'un jour il tuera de nouveau. Sans doute l'un de ces représentants de commerce arrogants qui le réveillent à toute heure. Peut-être le patron, la cuisinière, un joueur de cartes, une cliente, au hasard, sur un coup de sang… Le drame couve. Le veilleur sait tout des affaires sordides des uns et des saloperies des autres. Un jour, se dit-il en frottant dans le garage aux heures blêmes les carrosseries noires des voitures, un jour… « I faudra bien que j'en tue un… »

Les trois crimes de mes amis

Voilà un roman dur bien atypique. En est-ce d’ailleurs vraiment un ?
Deux hommes qui ont passé la quarantaine et l'âge de la séduction.
Laquelle des deux femmes va vouloir s'affranchir la première ?
Lequel des deux tuera le premier ?Simenon raconte ici sa jeunesse interlope et celle de trois de ses amis d’alors. Proxénètes, mythomanes, manipulés ou manipulateurs, suicidés ou meurtriers.

Ma mère disait :
 - C'est une « mauvaise maison »...
Mauvaise maison parce qu'on y louait des chambres meublées à des étudiants riches. Tout le quartier, certes, louait des chambres aux étudiants, mais il existait deux catégories de maisons celles où les locataires ne pouvaient pas recevoir de femmes et celles où ils avaient, comme on disait, « entrée libre ».
Or, là où nous sonnions, l'entrée était libre, très libre, et on voyait de la lumière aux fenêtres jusque tard dans la nuit tandis que de la musique filtrait par-dessous les portes.
On nous introduisait dans un appartement spacieux qui sentait l'eau de Cologne et, dès le premier coup d'œil, je prenais pied dans un monde nouveau.
D'abord cette femme en peignoir de soie qui nous pilotait et qui, à chaque pas, laissait entrevoir ses jambes jusque bien au-dessus des bas...
Les trois crimes de mes amis de Georges Simenon
Autobiographie ou roman ? Probablement un peu des deux. L’occasion pour l’auteur de se questionner sur la destinée. Pourquoi eux, pourquoi moi ? Quels furent nos choix, à quel moment furent-ils décisifs ?Alors, j'ai presque envie de demander à chacun :
- Combien d'assassins, combien d'assassins manqués comme les Deux Frères, avez-vous connus pendant votre enfance ?
N'ai-je reçu en partage que la proportion normale ? Est-ce le déchet naturel d'une société ?
Sinon, pourquoi, en si peu d'années, en un lieu déterminé, ai-je vu mourir le petit K..., ai-je connu Hyacinthe Danse et ai-je collaboré avec Deblauwe, tandis que je tutoyais les Deux Frères ?Un roman un peu vide, à l’instar de ces questions dont on ne réussi à trouver de réponse

Tous les romans durs de Simenon
32. Les trois crimes de mes amis
31. Touriste de bananes 33. La Marie du port
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est déroutant ! Tout à l'heure, que dis-je, il y a un instant encore, en écrivant mon titre, j'étais persuadé que j'allais commencer mon récit comme on commence un roman et que la seule différence consisterait dans la véracité.

Or, voilà que je découvre soudain ce qui fait l'artifice du roman, ce qui fait qu'il ne peut jamais être une image de la vie : un roman a un commencement et une fin !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je ne me doutais de rien et mes amis étaient des assassins ! Je ne me doutais de rien quelques années plus tard quand je commençais à écrire des romans policiers, c'est-à-dire des récits de faux crimes, tandis que ceux avec qui j'avais vécu jadis, qui avaient respiré la même atmosphère que moi, partagé les mêmes joies, les mêmes distractions, discuté les mêmes sujets, se mettaient à tuer pour de bon. »

Les fantômes du chapelier

Dans ce roman très psychologique, Simenon s’intéresse à la folie d’un tueur en série, aux petits grains de sable qui dérèglent la routine, aux petites frustrations qui s’accumulent et à la réalité qui se brouille.

 - Pourquoi sept et pas huit?
 - Et pourquoi ma sœur, qui n'a jamais fait de mal à personne ?
 - Il n'aime peut-être pas les vieilles femmes, grasseya Chantreau.
M. Labbé le regarda curieusement, car la réflexion n'était pas si bête. Ce n'était pas tout à fait exact, mais ce n'était pas bête du tout.
 - Avez-vous remarqué, poursuivait Caillé, qu'elles sont toutes plus ou moins de notre âge ?
Alors Arnould, le gros Arnould, des sardines Arnould qui n'avait encore rien dit, d'intervenir :
 - Il y en a au moins deux avec qui j'ai couché et une que j'ai failli épouser.
Lambert prit la mouche.
 - Ma sœur?
 - Je ne parle pas de ta sœur.
Mais tout le monde savait que Mme Geoffroy-Lambert avait eu les cuisses hospitalières. Il est vrai que cela ne lui était venu que vers la quarantaine, après son veuvage, et qu'elle ne s'en prenait qu'aux très jeunes gens.
Les fantômes du chapelier de Georges Simenon
Un homme qui perd tous repères et qui sombre en emportant tout dans sa chute.

Un roman parfois confus ou répétitif et qui tourne en boucle, à l’image du meurtrier

Tous les romans durs de Simenon
65. Les fantômes du chapelier
64. Pedigree 66. Le fond de la bouteille
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
On était le 3 décembre et il pleuvait toujours. Le chiffre 3 se détachait, énorme, très noir, avec une sorte de gros ventre, sur le blanc cru du calendrier fixé à la droite de la caisse, contre la cloison en chêne sombre séparant le magasin de l'étalage. Il y avait exactement vingt jours, puisque cela avait eu lieu le 13 novembre - encore un 3 obèse sur le calendrier - que la première vieille femme avait été assassinée, près de l'église Saint-Sauveur, à quelques pas du canal.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Chaque soir au café des Colonnes, à La Rochelle, quelques notables, parmi lesquels le commissaire Pigeac et Monsieur Labbé, le chapelier, se retrouvent pour une partie de bridge.
En ce début d'hiver, on ne parle plus que des assassinats de femmes qui terrorisent la ville et défraient la chronique de L'Echo des Charentes... Comment les paisibles joueurs de cartes se douteraient-ils que le criminel est parmi eux ? Seul le petit tailleur Kachoudas, voisin du chapelier, a surpris la vérité. Il le paiera lui aussi de sa vie. Peinture de la vie de province, psychologie du meurtrier, monstruosités morales dissimulées sous des apparences respectables...

Le Coup de Vague

Je me suis souvent posé la question. Simenon était-il raciste, sexiste, antisémite… ? Difficile à dire. Mais en tout cas, c’est un formidable peintre de son époque qui elle l’était. Et donc, forcément, on y retrouve une société odieuse (comme ici), cupide, cynique… ou un langage et des comportements très dérangeant comme dans Le blanc à lunettes. Les peinture fidèles ne sont pas toujours les plus belles.

Et ici, tout est un peu sale, moche… Les secrets pourrissent tout et pourtant, on s’y accroche, et ça coûte cher… aux femmes d’abord.

C'est ainsi qu'ils étaient descendus tous les trois chez Nine, un café du bord de la route, où ils avaient continué à boire. Nine était une sorte de jument moustachue au langage encore plus cru que celui de Jourin, à l'érotisme débordant et vulgaire.
On l'avait saoulée. Puis, comme Jourin voulait la prendre devant les autres et qu'elle s'était débattue, on l'avait attachée sur le lit, les mains et les pieds aux quatre coins.
Jean était ivre aussi. Il avait fait comme les autres, mais c'était Jourin, encore, qui avait eu l'idée, à certain moment, de remplacer l'eau chaude par du vin rouge.
 - Tu te souviens?... Celle-ci, je crois bien qu'on n'aurait pas besoin de l'attacher...
Et Jean comprenait l'invite. L'autre n'était pas assez saoul pour se montrer plus catégorique, mais il n'y aurait eu qu'un signe à faire : ils seraient entrés tous les deux dans la chambre de derrière....
 - Faut que je m'en aille, dit-il.
Le Coup de Vague de Georges Simenon
Des vies tristes aux petits plaisirs gâchés par les compromissions.

Simenon peintre réaliste de la puanteur faisandée

Tous les romans durs de Simenon
36. Le Coup de Vague
35. Chez Krull 37. Les inconnus dans la maison
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n'avait pas le moindre pressentiment. Si, au moment où il se levait et regardait par la fenêtre le ciel encore barbouillé de nuit, on lui avait annoncé qu'un événement capital marquerait pour lui cette journée, il n'aurait sans doute pas haussé les épaules, car il était volontiers crédule. Peut-être aurait-il pensé, en fixant le plancher de ses yeux gonflés de sommeil :
- Sûrement un accident de motocyclette !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jean a toujours vécu heureux avec ses deux tantes, dans son village de Marsilly, non loin de La Rochelle. Il aime son travail de bouchoteur, sa moto et une partie de billard de temps à autre ; la vie lui semble unie, simple, sans mystère. Mais un incident lui fera découvrir que le village n'est pas aussi serein qu'il le paraît et que ses tantes elles-mêmes cachent des secrets. On l'oblige à partir et, lorsqu'il revient, le village a repris son visage impassible. Curieuse sérénité...

Faudrait peut-être recadrer : petites pensées féministes dans un monde plutôt genré

Après une hideuse et merveilleuse (si, si) traduction de Guillaume Remuepoire et un génial livre féminirigolo, l’Indéprimeuse ne baissent pas les bras 😉 et remettent le couvert sur la table de monsieur pour un opus pas féminichiant du tout et pas que !

Faudrait peut-être recadrer : petites pensées féministes dans un monde plutôt genré de L’Indéprimeuse
Oui, le féminisme, c’est aussi rigolo, joyeux, festif, libéré et toujours : déterminé !

Un vrai bonheur qui réjouira même le tonton grognon au prochain repas de famille (… enfin, on peut toujours tenter)

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Jeune fille, je ne saisis pas tout de suite l'importance d'être féministe. Mes amis, camarades, amoureux, père et oncles, tous les hommes de mon entourage ne me veulent aucun mal, bien au contraire. Je vis dans un pays libre, j'ai la possibilité de faire des études et je reçois autant d'argent de poche que les garçons. L'égalité semble évidente.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Plongez dans l'univers poétique de L'Indéprimeuse, à travers plus de 130 aphorismes, fausses couvertures de livres et autres fantaisies - dont de nombreux inédits. Les soeurs Davina et Felicia Sammarcelli érigent le féminisme et la sororité en étendard dans des créations engagées, irrévérencieuses et terriblement drôles. L'Indéprimeuse croque aussi bien la typographie que notre société, met les points sur les I, les barres sur les T et le patriarcat au bûcher.

Ligne imaginaire

Des textes courts, des pensées, de Genève à Sydney, du printemps à l’hiver, du réveil à la sieste, du lever du jour à la nuit noire.

Je marche vers le pan de ciel, découvert comme une épaule dans les voiles de la pluie. Je marche vite, car il n'y a pas de temps à perdre : j'en ai trop perdu déjà, à attendre le prochain désastre.
Désormais, je marche, portée par la flamme dansante de l'amour et de la joie, qui me tiennent droite dans la bourrasque de printemps, et me font lever la tête vers les feuilles vert clair du micocoulier dégouttant de pluie, en chantant un air de Purcell.
Ligne imaginaire de Marie Gaulis
Au rythme des saisons ou du paysage par la fenêtre du train, Marie Gaulis partage ses pensées et réflexions poétiques.

C’est doux, tendre et léger

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Sieste
Le sommeil de la sieste est dense, avec des remuements noirs tout au fond. Très rarement y passent des rêves. Sommeil immobile, sur le dos - dans un abandon, mains posées sur le livre qu'on lisait, qui ne ressemble en rien à l'installation dans le sommeil nocturne, auquel on se prépare avec tout un rituel.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tout au long de cette « Ligne imaginaire » défilent des images, des instantanés, moments de vie heureux, éphémères, à peine esquissés, ou comme entrevus au sortir d'une sieste délectable faite dans la touffeur de l'été, et, toujours, une présence au monde.

Galette au miel

Tout d’abord, c’est très beau ! Les illustrations de Kat Menschick sont magnifiques avec leurs tons en violet et jaune. Une grosse réussite graphique dans la lignée des précédentes nouvelles de Murakami.

 — Tu étais en train d'écrire ?
 — Plus ou moins...
 — Une nouvelle ?
Jumpei acquiesça d'un signe de tête.
 — Ça marche bien ?
 — Comme d'habitude. J'écris des nouvelles, elles sont publiées dans une revue littéraire, et personne ne les lit.
 — Moi, je lis tout ce que tu écris.
 — Merci, tu es gentille, dit Junpei. Mais les nouvelles, tu vois, comme forme littéraire, c'est à peu près aussi suranné que les bouliers.
Galette au miel de Haruki Murakami, illustrations de Kat Menschik
Et l’histoire n’est pas en reste ! Une nouvelle où se mêle conte, enfance et… une histoire d’amour à trois temps.Alors certes, le format court souffre peut-être de sa superficialité et Murakami ne semble pas toujours à son aise dans les scènes plus intimes, mais voilà un petit plaisir à goûter comme son titre nous y invite

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Masakichi avait pris tellement de miel qu'il ne pouvait pas tout manger, aussi en a-t-il mis dans un seau pour aller le vendre à la ville au pied de la montagne. L'ours Masakichi était un célèbre cueilleur de miel.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
- Je crois que c'est parce qu'elle a trop regardé les informations. Les images du tremblement de terre de Kobe sont sans doute trop impressionnantes pour une petite fille de quatre ans. Depuis le séisme, elle se réveille toutes les nuits. Elle dit que c'est un vilain monsieur qu'elle ne connaît pas qui vient la réveiller.

Elle l'appelle le « Bonhomme Tremblement de Terre ».

Quand la femme dont il est secrètement amoureux lui révèle que sa petite fille est en proie à un cauchemar récurrent, Junpei, auteur de nouvelles, invente l'histoire d'un ours mélomane capable d'apaiser toutes les peines...

Superbement illustrée, une histoire tout en délicatesse et mélancolie en forme d'hommage pudique du maître Murakami aux victimes du séisme de Kobe, et à ceux que leurs failles intérieures font parfois vaciller.

Produits dérivés : reverdies combinatoires

Certains livres échappent à toute note, évaluation, résumés ou peut-être même critique. Objets, livres ils sont porteurs d’une essence, une vibration, une onde poétique… ils peuvent être jugés bons ou très mauvais, il ne s’agira que d’un point de vue tellement éloigné de son objet qu’il en deviendra forcément ridicule.

Voici les options de stratégie : spéculation intangible ou spéculateurs sous-jacents. Or, dollars, dérivés et blé frais ne se distinguent pas pour qui s'enrichit. Un produit est un produit et produit de la puissance en monnaies. Aussi on ne peut négocier pour se couvrir des paris financiers, on est sachets de poids secs déjà mises. Alors les assureurs totaux s'offrent le risque sur le vif, pari à terme irréparablement ex-actif.
Produits dérivés : reverdies combinatoires de Isabelle Sbrissa
Et à l’instar de Noces de Laurence Boissier que j’avais finalement renoncé à noter ou à trop en dire… Ici non plus, rien de trop n’en faut.

Mais si vous avez la chance de tomber sur ce petit objet graphico-économico-poétique, régalez-vous, c’est déroutant et musical

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Autrefois localisé en un lieu précis, le marché moderne devient diffus. Les échanges s'effectuent de plus en plus rarement dans un espace réel : l'ordinateur central d'un marché organisé, qui se conforme à des règles édictées par une bourse, ne correspond plus qu'à une place virtuelle, tandis que les transactions d'un marché de gré à gré, sans contrôle ni garantie externes, sont négociées sur des réseaux de télécommunication.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Trois reverdies combinatoires pour refaire la langue et le monde. Cette série transforme un texte issu du domaine financier par déplacement de mots, de syllabes ou de lettres, décompose le français de la spéculation financière, le mène à la musique sans tout à fait supprimer le sens, puis recompose une langue plus humaine, qui dit le partage des ressources et l'ouverture de la conscience.

Nani

Après avoir lu, voilà deux jours, Les sources de Marie-Hélène Lafon, je me suis retrouvé avec Nani dans les mains. Et quelle horreur de lire encore, et encore la même histoire. Un homme violent, une femme battue. Une fois dans une vallée en France, cette fois en Suisse.

Dans le miroir, Albina renonce à regarder le reflet de cette femme vendue, trahie. Battue. Lâche ?
Cette femme qu'elle se refuse d'être...
Elle ferme les yeux.
A l'aveugle, elle ouvre le robinet, recueille de l'eau froide dans le creux de ses paumes et se rince les joues, le front. Rattrapée par l'émotion, elle s'interrompt dans son action ; derrière un bouclier de doigts joints, elle aimerait pleurer, 
mais ne peut pas, 
ne peut plus.
Elle a tant pleuré, tout pleuré ce qu'elle contenait de larmes l'été de ses quatorze ans où, de la bouche d'une camarade de classe, elle avait appris être promise à Burim. D'ici la fin du mois d'août, elle allait devoir se fiancer avec lui et une fois mariée, renoncer à tout pour la Suisse.
Nani de Mélanie Richoz
La violence n’a pas de pays, mais encore et toujours le même sexe.

L’histoire des hommes violents. Une horreur

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Albina emmène Siara et Arben à l'école. Sur le trottoir, devant le grillage, elle s'agenouille et les enlace. Très fort. Elle resserre les bretelles de leur sac à dos et arrange le col de leur veste, un peu légère pour la saison. Au loin, les Vanils ont déjà enfilé leur capuchon blanc. Sur les joues rondes et rouges de ses enfants, Albina dépose un baiser sonore, puis plonge son nez à la racine de leurs cheveux. Elle ne sent rien. Depuis plusieurs années, la seule odeur perçue est celle, putride et âcre, de la peur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Comme si chaque détail exige d’être
évoqué, revécu, pour se désagréger dans la
vase avec les cellules meurtries de ce corps.
Son corps.
Épuisé, souillé, appartenant plus à sa
progéniture et à son mari qu’à elle-même,
ce corps nourricier. Objet. Torture. Étranger.
Ce corps déjà mort. »

Nani, raconte l’histoire d’une jeune femme vendue par son frère à l’âge de quatorze ans à un mari violent.