Mon cher mari

Un recueil de nouvelles macédoniennes, quelle heureuse surprise ici. Écrites par une femme, en plus. Je veux !

Ensuite, j'ai ignoré ses tableaux et, enfin, il y a quelques années, je lui ai dit que ses peintures ne me plaisaient pas du tout. Lors de notre dernière dispute, dans un moment de colère, je lui ai dit que ses peintures ressemblaient à un barbouillis de vilaines chattes, ou bien à une omelette ou du vomi. Il a été très vexé.
Mon cher mari de Rumena Bužarovska

Et c’est très drôle (bon, pas toujours, il y a aussi des drames). On sent quelques petites différences culturelles, des relations de couples un poil plus tradi que dans la littérature française, et ces onze portraits de maris (et amants) brossés par leurs épouses (et maîtresses (et autres complications)) sont pour la plupart très réussis.

Cap sur la Macédoine du Nord où souffle un vent d’émancipation, de liberté et de vie !

Irena a repoussé sa main et le morceau de foie est tombé sur la nappe. « Qu'est-ce que ça peut te foutre, que j'aie ou non des
enfants ? » a-t-elle soudain éclaté. Toni s'est immobilisé, fourchette en l'air. Irena parlait d'une voix sourde, les dents serrées. 
« Vous voulez bien ne pas vous mêler de ma chatte, comme je ne me mêle pas de vos histoires de cul ? »
Ce qu'elle disait était si vulgaire que nous étions trop choqués pour réagir. Je n'avais jamais entendu de tels propos en public. Surtout de la part d'une jeune femme.
« Par exemple vous deux. Vous vous êtes englués dans vos couples et maintenant vous essayez de fourrer les autres dans votre bouillie. Vous critiquez la vie privée des autres et vous faites des sermons sur la morale et les enfants, et vous baisez probablement en cachette. Oui, vous allez ou tous les deux après, hein ? Vous croyez que je ne vois pas ce que vous faites ? Du foie grillé, mon œil. Allez, lâchez-moi ! » a dit Irena en se levant.

Des nouvelles où se côtoient le rire, le drame, le malaise, la viande et le sexe… la vie, donc

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'ai rencontré Goran à un festival de poésie. Ses cheveux commençaient à grisonner - maintenant ils sont complètement gris, mais il pense que cela fait partie de son « nouveau sex-appeal », comme il m'a dit un jour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des nouvelles de Macédoine du Nord grâce à ce remarquable recueil où, tour à tour, onze femmes détaillent sans tabous leur vie conjugale. Tableau drôle et grinçant du couple et des rôles de chacun et chacune dans la société macédonienne, coincée entre conservatisme et envie de modernité. Une interrogation ironique sur le très sérieux sujet de l’amour et du mariage à la mode balkanique

Chems

La descente aux enfers ! Beark, dégeu !
Il faut de la tripaille bien accrochée pour lire ça. Bon, c’est un peu fait pour, semblerait-il, mais quelle chute !

 - Tu t'es déjà tapé une transsexuelle ? me demande Jerome.
Je range mon portable, fixe son ordinateur. Sur l'écran, une transgenre a la peau cuivrée, visage de cochonne et seins énormes, se tient accroupie, fringuée dans une tenue en latex, un immense braquemart pendant entre ses cuisses. J'admire son corps, ses seins, son sexe, ses grosses jambes musclées et moulées dans cette combi en latex. Les matières comme le cuir, le vinyle et le latex, ces deuxièmes peaux, m'ont toujours attiré.
 - Je me suis fait tailler une pipe au bois de Boulogne, il y a longtemps. Mais a part ca, nan.
 - Et celle-là, elle te branche ?
Je la mate a nouveau, ébloui par son air salace et son corps de pornostar.
 - Ben ouais, ouais. J'aime bien, ouais !
 - Elle se déplace et elle prend 100 euros de l'heure. Si t'es partant, je lui passe un coup de fil tout de suite.
J'acquiesce, sans reflechir.
Chems de Johann Zarca

Zède, journaliste gonzo s’intéresse au chemsex. Et quoi de mieux que de goûter pour en parler ?

Je ne suis plus un homme mais un animal. Un porc. Noyé dans ma libido, je mate porno sur porno

Et c’est un engrenage extrêmement rapide qui l’attend et tout y passe, tout s’y perd : la thune, la dignité, le couple, les enfants, les amis, la santé, la famille… il ne restera rien. Juste un écœurement et un mal de crâne au milieu des ruines… ou encore plus bas

Bienvenue aux NA

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'inauguration de la revue LATX - un magazine « fétichiste » aux faux airs de fanzine - a lieu dans mon quartier, le bas Ménil', à la boutique Démonia. Dans ce hangar customisé en temple du BDSM, on achète surtout des sapes et de la lingerie - cuir, latex, vinyle, plastique, jupes, combinaisons, tenues de Catwoman, cagoules - mais aussi des accessoires - fouets, matos de contrainte, chaînes, colliers, cordes, kits de suspension, électrostimulation, cockrings et j'en passe. Fred, le taulier, a libéré l'espace shoes pour le lancement du mag.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mi-récit mi-journalisme gonzo, Chems est un texte âpre, cash, rugueux, ultrarapide. Quand Zède rencontre Jérôme Dumont, artiste homo sur le déclin, et que celui-ci l’initie au sexe sous substance chimique, il ne sait pas dans quelle spirale infernale il vient de tomber. Âmes prudes, passez votre chemin !

Du temps de ma splendeur

A ma grand-mère qui ne lira pas ce livre
A ma mere qui m'avait interdit de l'écrire

Analyse d’une filiation toxique.

Ce jour-là, en raccrochant au nez de Reine, l'écume aux lèvres, j'ai eu le sentiment de franchir un seuil dangereux, comme dans les contes de fées, j'ai brisé le miroir en mille morceaux et j'ai attendu la malédiction.
Du temps de ma splendeur de Aurélie Djian

Adorée par sa grand mère Rose, la narratrice souffre d’une relation très difficile (euphémisme) avec sa mère Reine.

Une livre avec des analyses glaciales de l’impact des relations mères-filles quand elles sont merdiques. Un livre sur la nécessité parfois de se construire seul-e, de briser des relations pour trouver soi-même ses repères pour avancer

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Souvent ses phrases commençaient par Du temps de ma splendeur. Je portais des talons aiguilles. Les cheveux longs et lisses. Les ongles vernis. Je me préparais pendant des heures devant le miroir. Je prenais soin de moi dans les plus petits détails. Je flirtais avec la vulgarité en toute candeur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tu vieilliras, ma fille, plus vite que tu ne le crois et tu en souffriras pour l'éternité. N'espère pas en moi une alliée qui te raconterait ses secrets de créature et se réjouirait de ta métamorphose. Non, ma fille, je ne te prêterai pas ma baguette magique, ma parure et mes paillettes, pas touche, même pas en rêve. La splendeur ne se partage pas si elle veut régner. Tu ne seras pas une femme, ma fille, tu n'hériteras pas d'une fierté en collier, facile à porter, tu devras conquérir ton sexe toute seule, à la force du poignet, ça fait mal, tu verras, plus mal que tu ne le crois. Tu sueras sang, salive, larmes et cyprine dans le désert, peuple élu abandonné, tu apprivoiseras seule ton destin singulier, armée d'une ardente patience. Je surveillerai de très près ta superbe et je n'hésiterai pas à te mettre des glaçons dans la culotte, comme les hommes, plus tard, pour éprouver ton courage. Tu apprendras seule à nager contre le courant, telle une truite sauvage et tu me remercieras d'en ressortir musclée

Sans Chichi

Invitée en résidence, Elsa arrive en même temps que Jacques Chirac s’en va, définitivement.

Ma tête est en chômage technique.
Il n'y a plus de phrase.

Rupture de stock.

Il n'y a ni plus de phrase, ni plus le son de leur accomplissement.

Tout prend beaucoup de place.
Je fais des pauses entre les vides.

Il y a du silence entre les mots.
Trop, pour qu'il prenne sens.
Sans Chichi de Elsa Escaffre

Un mois d’écriture avec des bons mots, des trouvailles, quelques réflexions personnelles et d’autres souvenirs ou traits d’humour…

MANGE TES MORTS

Quelque part en Corrèze, dans un établissement hotelier ou il avait l'habitude de se rendre, chambre 19 a précisé la presse, la tête de veau est mise a l'honneur en souvenir de son prestigieux client.

Il faudrait peut-être apposer des plaques commémoratives plus personnelles, plus intimes aux frontons ou aux portes des maisons de naissance, de vie
ou de mort des figures historiques.
Jacques, le meilleur ambassadeur de la tête de veau.
Quelque chose de simple finalement, sans chichis.

Mais, tout cela reste bien vide et l’absence de contenu peine à compenser une forme très créative

Et le titre magnifique ? Il vient de Libé

Libération : 27.09.2019

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Cette nuit, le voyagiste Thomas Cook a fait faillite. Cette nuit, des glaciers ont fondu encore un peu plus et demain leur dissolution sera honorée par une procession d'alpinistes orphelins.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A l'annonce du décès de Jacques Chirac, une jeune femme se remémore son enfance dans les années 1990. Associant des souvenirs de scènes familiales à des réminiscences de choses vues ou entendues dans les médias, elle explore les liens entre histoires intimes et collectives ainsi que les transformations d'un pays.

Notre besoin de culotte est impossible à rassasier

Mais pourquoi ne donner que trois étoiles à un recueil de deux livres (Holy, etc. et Oh là mon Dieu) auxquels j’en avais donné quatre ?

Et bien justement, parce que j’ai l’impression de m’être fait refiler une seconde fois la même chose.

Jouer de la batterie est une experience sismique intense, qui a longtemps été réservée à la gent masculine. Car dans cet exercice on secoue autant qu'on est secoue, en plus d'être force au manspreading pour garder l'équilibre sur son
tabouret. Le batteur male rock est la plupart du temps muscle, souvent tatoué, sa virilité a l'occasion de s'exprimer lors de solos acrobatiques qui font gicler sa sueur. Seule concession au féminin : la chevelure, si possible longue et épaisse, pour redoubler avec emphase les mouvements de la tête. Pas très élégant à priori.
Notre besoin de culotte est impossible à rassasier de Fabienne Radi

Certes, six petits textes et quelques illustrations (microscopiques) viennent agrémenter cette production, mais je suis quand même un peu déçu !

Mais ! Si vous n’avez jamais lu de Fabienne Radi, foncez ! C’est drôle, léger, plein de douceur et de dérision face aux petites choses de la vie. Karen et Karen vous amuseront et Zoé (Moby Dick ?) est une merveille

AVERTISSEMENT

Ce livre est une réédition des premiers textes de l'autrice publies chez art& fiction dans les ouvrages Oh la mon Dieu (2015, épuisé) et Holy, etc. (2018), auxquels ont été ajoutés 6 textes inédits datant de 2019 à 2022: Karen & Karen, Semiotics of the poil, Imparfait, Moby Dick sous le capot, Cils poils
cheveux, Sans titre (tricot).
Cette nouvelle edition est augmentée de vignettes photographiques montrant les oeuvres citées dans les textes.
L'autrice remercie d'avance les bibliothécaires et les libraires de bien vouloir ranger ce livre dans le rayon littérature (et non
beaux-arts).
Le bibliothécaire a bien noté !

Alors s’il vous plait, Fabienne, remettez-vous vite à écrire, nous sommes impatients de nouvelles aventures, pensées, réflexions et anecdotes

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
KAREN & KAREN
Dans la famille des interprètes-instrumentistes de genre féminin du siècle dernier, on a connu les chanteuses-pianistes blondes et tourmentées (Véronique Sanson, Diana Krall), les chanteuses-guitaristes brunes et plaintives (Joan Baez, Claudine Longet dans The Party), les chanteuses-violonistes vibrantes ou avant-gardistes (Catherine Lara, Laurie Anderson), ou encore les chanteuses-bassistes frondeuses et boudeuses (Rhonda Smith, Kim Gordon). On a vu beaucoup de chanteuses à qui l'on donnait un tambourin, des clochettes, un triangle ou des maracas, ceci pour occuper leurs mains sur un plateau TV, mais ça ne compte pas. Enfin il y a eu, durant les années 1970 et 1980, deux chanteuses-batteuses qui ont squatté le petit écran de leur pays respectif en portant le même prénom, robuste et taillé comme un fjord norvégien: Karen Carpenter aux USA et Karen Cheryl en France.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Objet bâtard comme le fruit des amours d'un teckel et d'un lévrier afghan, ce livre concentre des formes et des sujets variés : essais convoquant des personnalités de la pop culture, de l'art et de la littérature (Flannery O'Connor, Marina Abramovic, Allen Ginsberg, Paul Thek, Dean Martin, Paul Newman), fictions fabriquées à partir d'oeuvres d'artistes contemporains (Nina Childress, Jean-Luc Manz, Joëlle Flumet), poèmes bricolés en se servant de matériaux trouvés (manuels de développement personnel, injonctions contemporaines au bonheur), ainsi qu'une lettre d'aveux de l'auteure à propos d'une paire de cochons d'Inde

La vie clandestine

En mai, je lisais La fille de Deauville de Vanessa Schneider et voilà que je retombe dans la même histoire qui marqua la France dans les années 70, le groupe terroriste Action Directe. Pour autant, nulle similitude dans le traitement de ce sujet.

Dans une certaine mesure, j'emploie encore ce procédé aujourd'hui. Le meilleur moyen de ne pas être déçue, enragée ou désespérée par une réponse consiste encore à ne pas poser la question. Pas de questions, pas de réponses.
C'est simple. Je m'entretiens avec les livres, ceux que je lis, ceux que j'écris, loin, très loin des vivants. Mais cela ne marche plus très bien. Avec cette enquête, je poursuis quelque chose, tel un explorateur sur les traces d'une bête, mais par un étrange retournement de situation, on dirait que cette chose est derrière moi. A mes trousses. La nuit, dans mes songes, je cours dans la neige, chaussée de bottes de ski, traquée par un ours. Ou par un tigre qui s'échappe d'une cage dont on a déverrouillé la porte. Et puis, Yves S. surgit, c'est lui qui a ouvert l'enclos. Je mène une double vie, l'une diurne, l'autre nocturne, et aucune d'elles ne se déroule ici, maintenant. Il est peut-être temps de cesser de visiter des magazines et des souvenirs.
La vie clandestine de Monica Sabolo

Alors que la fille de Deauville s’intéressait à Joëlle Aubron, Monica Sabolo s’attelle à reconstruire une histoire plus complète, plus intime du groupuscule. Ce faisant elle s’interroge sur son identité, ses propres secrets de famille et laisse resurgir un incestueux beau-père.

Une (auto)biographie ou tout se mêle, s’interroge et se répond. Un livre où la recherche du pardon se confronte à la violence d’hier

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je ne sais plus comment cela a commencé. Comment j'en suis arrivée à commander sur eBay, moyennant la somme de soixante euros, une buse naturalisée avec une queue tordue, juchée sur une branche.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
"Je tenais mon sujet. Un groupe de jeunes gens assassinent un père de famille pour des raisons idéologiques. J'allais écrire un truc facile et spectaculaire, rien n'était plus éloigné de moi que cette histoire-là. Je le croyais vraiment. Je ne savais pas encore que les années Action directe étaient faites de tout ce qui me constitue : le silence, le secret et l'écho de la violence". La vie clandestine, c'est d'abord celle de Monica Sabolo, élevée dans un milieu bourgeois, à l'ombre d'un père aux activités occultes, disparu sans un mot d'explication. C'est aussi celle des membres du groupe terroriste d'extrême gauche Action directe, objets d'une enquête romanesque qui va conduire la narratrice à revisiter son propre passé. Comment vivre en ayant commis ou subi l'irréparable ? Que sait-on de ceux que nous croyons connaître ?

La petite menteuse

Chronique d’une erreur judiciaire, de l’accusation de viol par une jeune fille paumée de 15 ans qui revient sur ses déclarations lors du procès en appel. Un homme emprisonné à tort durant trois ans.

Lisa s'était figée, le visage tourné vers la fenêtre.
 - Ma mère me croira jamais. Mon père... Pfff... Mon père, je sais pas comment il va réagir. Il s'est barré, il nous a laissées tomber. Il n'a pensé qu'à lui. Je peux pas lui pardonner.

Les moments solennels ne sont jamais comme on les imagine. Une fille tout juste adulte jouait une part de sa vie en revenant sur les accusations qui valaient à un homme d'être emprisonné et Alice ne savait plus quoi lui dire. Elle n'avait qu'une envie : la voir prendre son sac à dos et partir. Tout s'emmêlait. Le sentiment d'urgence qu'elle éprouvait à l'idée qu'un homme avait été condamné à tort. L'exaltation de contribuer a réparer une erreur judiciaire. La crainte sourde de l'épreuve qui attendait Lisa. Saurait-elle la protéger de la tempête que sa lettre allait déclencher ? Tout était si tenu. Mais l'affaire était belle. Il n'y en avait pas tant, des comme ça, dans une vie d'avocate.
La petite menteuse de Pascale Robert-Diard

Une avocate qui raconte cette jeune fille qui vient confesser son mensonge, expliquer pourquoi, l’emballement, le mal-être, la spirale dans laquelle elle s’est laissée enfermer…

…et enfermer un innocent auquel ce livre ne donne pas vraiment la parole

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Elle s'est plantée, voilà tout. Alice n'a pas besoin de se retourner. Elle devine que son client lui en veut. Il y a des jours comme ça où le métier ne suffit pas.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mais qui donc es-tu Lisa Charvet? Juste une petite menteuse? C’est la question qu’Alice cherche à élucider depuis que Lisa lui a demandé de la défendre à son procès. Six ans auparavant – elle avait 15 ans –, Lisa a été victime d’un viol, mais elle veut se rétracter. Elle a menti. Face à des situations tellement complexes, fragiles et graves, des questions fusent après cette lecture. À chacun de trouver ses réponses !

L’inconduite

Quoi ? Les mamans ont des désirs sexuels ? elles veulent baiser ? Et bien oui, semblerait-il ! Rien que pour le massacre en règle de ce tabou, voilà un livre enchanteur.

Si on m'avait demandé alors ce que j'entendais par couple libre, j'aurais accouché de tout un tas de théories grandioses auxquelles j'avais fini par croire. Mais je les débitais sans grand entrain, à deux doigts de répondre que c'était facile de ne pas s'en vouloir quand on ne s'aimait plus. Et j'universalisais pour me donner un aplomb, je me disais que tous ces couples libres autour de nous ressentaient la meme indifference. Que c'était juste chouette de faire passer ça pour de l'anarchie. Un couple libre, c'était un couple en fin de vie - mais il y avait les enfants, n'est-ce pas, alors il fallait trouver des solutions.
L’inconduite de Emma Becker

Emma Becker se livre ici sur son désir, son envie de quelque chose de grand, puissant, qui l’emporte et la soulève. Elle veut de la passion et la preuve de la passion, ferme, vigoureuse ! Pourtant, elle reste coincée. Là, entre le père de son fils, un amant, un autre (des autres) et un vieux.

J'étais toute mince alors, 
 affinée par ces semaines à ne rien manger que ses mots caressants. J'avais mes mains sur mes hanches et je déployais ma cage thoracique, le duvet hérissé de bonheur, cuisant lentement sous les yeux de Vincent. 

Il a tendu une main, semblé se reprendre. J'ai effleuré sa main du bout de mon sein. (Je ne vis apparemment que pour me faire des souvenirs, incapable de me sentir vivre au moment où je vis, car déjà occupée à coller précautionneusement les images dans ce catalogue que je relirai jusqu'à l'écœurement, dans l'espoir d'un prochain évènement à momifier au moment meme ou il interviendra.)

Un livre qui ose parler du désir des femmes. Impudique ? Oui, certainement ! Poserait-on la question de la même manière pour celui d’un homme ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La jeune femme remonte sa rue. Sort les clés de sa poche. Se renifle sous les bras pour y détecter l'odeur de l'autre, comme si elle pouvait y changer quoi que ce soit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après s'être prostituée à Berlin dans La maison, E. Becker est devenue mère d'un petit garçon et vit avec son compagnon. Elle relate ses aventures sexuelles et amoureuses entre Berlin et Paris avec trois amants très différents mais dont aucun ne parvient à se hisser à la hauteur de sa liberté. Autofiction dans laquelle l'écrivaine évoque son amour des hommes, du sexe et de l'amour

Le livre des soeurs

Ah qu’il est facile de vomir sur les productions annuelles d’Amélie Nothomb. Il faut dire qu’elle y met quand même du sien. Production horlogère, gimmicks littéraires et mots d’esbroufe, brieveté du contenu, personnalité atypique (et forcément agaçante), fan club adulatoire, succès incontestable aux ventes garanties… et tant et tant.

Deux âmes se découvrirent et résonnèrent l’une en l'autre. Deux planètes s’alignèrent de manière si exacte que s'éleva, audible pour ces seules enfançonnes, une musique qui ne devait jamais s’assourdir. Ce phénomène mi-son mi-lumière se répercuta de l’une à l’autre soixante fois par minute et pour les siècles des siècles.
Tristane posa le bébé sur sa poitrine et regarda son beau visage. La nouveau-née entrouvrit les yeux et sourit.
 — Elle ne te voit pas encore et sourire n’a pas de signification pour elle, dit Florent.
La petite fille n’entendait que la symphonie qui commençait. Elle savait que Laetitia vivait la même chose qu'elle. Les deux âmes ne cessaient d'échanger ce signal qui s'appelle l'amour.
Le livre des soeurs de Amélie Nothomb

Et pourtant, encore une fois, il y a du très bon (et du gentillet) dans cette sororité fusionnelle au sortir une filiation toxique. Des trouvailles, des traits d’humour, des développements intéressants et des personnages attachants (et un peu de mièvrerie convenue).

Le 2 décembre 1985, tante Bobette estima que sa vie était un échec.
À 23 heures 31, couchée devant la télévision, la table basse jonchée de canettes de bière vides, le cendrier débordant, elle se livra à ces sombres pensées : « J'ai trente-deux ans, quatre gosses, pas d'avenir. Je ne sais pas ce que je voulais, ni ce que je veux. Pas ça. Il ne va rien m'arriver de bon. Plus exactement, il ne va rien m'arriver. »
Bobette avait un rhume, ce qui lui tapait sur le système. Elle décida d'en finir. Au prix d'un effort considérable, elle se traîna jusqu'au four, en ouvrit la porte et alluma le gaz. Ensuite, elle alla se laisser tomber sur la banquette et s'endormit aussitôt.

Et vous, avec votre mère, c’était comment ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'amour de Florent fut le premier événement de la vie de Nora. Elle sut qu'il n'y aurait ni autre amour ni autre événement. Il ne lui arrivait jamais rien.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Deux sœurs, nées de parents unis par un amour exclusif, vivent également un amour absolu si près et en même temps si loin de leurs géniteurs distraits. Une bible de sentiments, un hommage à l’amour et aux amours, une méditation sur le temps qui passe et la rédemption par la parole et par les mots

Ascenseur pour l’échafaud

Juste après avoir commis le crime parfait, Julien se ravise, il a oublié des papiers potentiellement compromettants dans son bureau. Il laisse sa voiture sur le trottoir, prend l’ascenseur et… Albert, le concierge coupe le courant de l’immeuble en le laissant prisonnier entre deux étages.

Le choc fut si violent que Julien se retrouva sur le plancher, dans le noir. Son genou avait heurté la paroi d'acier et la douleur lui coupait le souffle.
Il se redressa avec une grimace de souffrance, s'appuya du dos à la cabine, massa sa jambe.
« Albert! » cria-t-il.
Comme rien ne venait, il chercha à tâtons le tableau de commande et appuya sur le premier bouton qui lui tombait sous les doigts. Puis sur un deuxième, un troisième... Rien.
Allumant son briquet, il trouva au tableau le bouton marqué concierge et pressa. Il tendit l'oreille, essayant de percevoir une sonnerie lointaine. Rien.
Ascenseur pour l’échafaud de Noël Calef

Et là… Tout s’enchaîne dans une sorte de retour de manivelle karmique à la Murphy.

« Il n'y a donc pas que moi à croire que tu couches avec ton patron! »
Les mains aux hanches, Denise le regarda fixement :
« Tu nous casses les pieds. Ça va comme ça. On ne va pas passer le reste de la nuit à se disputer. »
Elle enleva son peignoir, le jeta sur le lit et saisit son amant à bras le corps :
« On a assez perdu de temps, Paul! » conclut-elle, d'un ton sans réplique

Un petit polar de gare rudement bien foutu, magnifiquement adapté au cinéma par Louis Malle avec Jeanne Moreau et Maurice Ronet sur une musique sublime de Miles Davis

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un crime presque parfait. Un homme coincé dans un ascenseur. Une femme qui l'attend. Une longue nuit dans Paris