Maigret et le clochard

Voilà encore un Maigret absolument classique. Comme pour les vins, on retrouve les même éléments qui font la typicité d’une enquête du commissaire. Une pipe, de la bière, une fine et des sandwichs pour les accessoires.

Un verre de bière bien fraîche, avec de la mousse onctueuse.
Ils trouvèrent le bistrot, tranquille à souhait, plein d'ombre, mais la bière, hélas! était tiède et plate.
Maigret et le clochard de Georges Simenon

On retrouve aussi Madame Maigret dans son intérieur. Vision patriarcale de l’union où Monsieur travaille dehors et Madame s’occupe de son intérieur avec une préoccupation première : le bien-être de son époux.

De même on retrouve un grand soin apporté aux décors : météo, rues de Paris ou d’ailleurs, Quai d’Orsay, bureau du commissaire, psychologie des personnages, milieu social, bistrots…

On était mardi, donc le jour du macaroni au gratin. A part le pot-au-feu du jeudi, le menu des autres jours variait de semaine en semaine mais, depuis des années, sans raison, le dîner du mardi était consacré au macaroni gratiné, farci de jambon haché menu et, de temps en temps, d'une truffe coupée encore plus fin.

Finalement, la construction du récit suit un commissaire qui se laisse guider plus qu’il ne cherche, qui écoute, renifle et questionne jusqu’à ce qu’une image se dessine.

Maigret parlait rarement à sa femme d'une enquête en cours. Le plus souvent, d'ailleurs, il n'en discutait pas avec ses plus proches collaborateurs à qui il se contentait de donner des instructions. Cela tenait à sa façon de travailler, d'essayer de comprendre, de s'imprégner petit à petit de la vie de gens qu'il ne connaissait pas la veille. 
 - Qu'en pensez-vous, Maigret ? lui avait souvent demandé un juge d'instruction lors d'une descente de Parquet ou d'une reconstitution.
On se répétait, au Palais, sa réponse invariable :
 - Je ne pense jamais, monsieur le juge. 
Et quelqu'un avait répliqué un jour :
 - Il s'imbibe...

Et enfin, si la résolution de l’enquête et la découverte du (ou des) coupable est au centre du polar, la justice n’est pas toujours au rendez-vous. Et là, le commissaire parisien se démarque franchement de Columbo, son homologue de Los Angeles, qui ne s’autorise qu’une seule exception dans l’épisode « Forgotten Lady » en laissant la coupable impunie. Maigret s’avère bien plus flegmatique sur ce sujet là.

Une très bonne pioche que ce clochard !

Maigret 88/103

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y eut un moment, entre le quai des Orfèvres et le pont Marie, où Maigret marqua un temps d'arrêt, si court que Lapointe, qui marchait à son côté, n'y fit pas attention. Et pourtant, pendant quelques secondes, peut-être moins d'une seconde, le commissaire venait de se retrouver à l'âge de son compagnon.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une nuit de mars, à Paris, deux bateliers tirent de la Seine un clochard grièvement blessé. Il s'agit de François Keller, un ancien médecin. Depuis plus de vingt ans, il a rompu tout lien avec son épouse et un milieu bourgeois qu'il ne supportait pas. Mais qui a pu vouloir sa mort ?
C'est en bavardant avec les autres clochards que Maigret va reconstituer l'existence marginale de Keller, tout en s'intéressant à une Peugeot 403 rouge et à Van Houtte, un des sauveteurs de la victime, marié et père d'un jeune enfant.
Les quais et les brumes de la Seine, le petit monde mystérieux des clochards et des mariniers fournissent au romancier un de ces décors en demi-teintes comme il les affectionne, pour y faire vivre une humanité apparemment ordinaire, mais lourde, pour qui sait voir, de secrets et de passions