Cumul I

Kev nous parle d’Alice, professeure en histoire de l’art devant superviser un doctorant travaillant sur une sculpture de Louise Bourgeois. Mais plus que de l’oeuvre ou de l’artiste, c’est plutôt de la psyché de la professeure dont il est sujet ici.

Cumul I de Kev Lambert
Une femme qui semble fragile dans une société qui se radicalise, pleine de doutes et de culpabilités pas toujours fondées.

Un livre qui s’égare, se retrouve, se disperse et qui m’a perdu parfois

Louise Bourgeois (1911, France – 2010, États-Unis)
Cumul I [1968]
Cette sculpture hybride témoigne du va-et-vient de Bourgeois entre des pôles opposés : féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrie.
Cumul 1 fait partie d’une série de sculptures en marbre réalisée en Italie. Formées d’excroissances sphériques, leur aspect biomorphique et sensuel peut faire penser à des seins ou à des phallus. Cependant, le titre de l’œuvre fait référence au mot « cumulus » qui désigne la formation de nuages ronds et évoque pour l’artiste quelque chose de paisible. Les formes ovoïdes émergent d’un voile souple et fin dont les multiples plis sont inspirés des drapés baroques du sculpteur Le Bernin (1598-1680), que Bourgeois a pu admirer en Italie.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La nuit a ramené sur les rives du matin un crime inconnu. Dans la chambre bleue au fond de l'appartement, Alice est tirée du lit par un son qui résonne contre le bureau, le plancher, la valise ouverte. Une certitude trouble la happe, ses nerfs déclenchent des signaux. Elle déguste la saveur âpre laissée par l'horreur sur la langue.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La collection (un seul art), créée par Charles Dantzig, est publiée en coédition avec le Centre Pompidou. Durant les cinq ans de fermeture du Centre pour travaux, dix œuvres appartenant aux collections du musée continueront à vivre autrement, sous la plume d’un écrivain. Chacun s’en voit confier une pour en tirer, en écho, en miroir, en communion, une œuvre littéraire. Il n’existe pas de différence fondamentale entre les arts. Tous ne sont que des manières diverses d’abord au sensible et au caché.

Dans Cumul I, Kev Lambert imagine une fiction autour de l’œuvre du même titre de Louise Bourgeois (1911-2010), sculpture hybride de marbre et de bois, dont les formes évoquent aussi bien des phallus que des seins. Et voici donc Alice, qui enseigne l’histoire de l’Art à l’Université, pleine de succès mais tiraillée entre ce qu’elle est et ce qu’elle voudrait être. Ce matin, elle est tracassée par une mauvaise note qu’elle a donnée à un étudiant dont elle a accepté de diriger un travail sur Louise Bourgeois. Cette note la harcèle toute la journée. Elle la met en danger. Elle pense qu’elle manifeste une duplicité en elle. En quoi Alice serait-elle double ? L’angoisse la cerne. Dans le monde violemment opposé aux minorités sexuelles qui vient de se réveiller en rugissant, trouvera-t-elle encore des hormones pour poursuivre son traitement ?

Un bref roman dense, tragique, qui est un éloge de la vulnérabilité.