Cumul I

Kev nous parle d’Alice, professeure en histoire de l’art devant superviser un doctorant travaillant sur une sculpture de Louise Bourgeois. Mais plus que de l’oeuvre ou de l’artiste, c’est plutôt de la psyché de la professeure dont il est sujet ici.

Il importe de transmettre ce qu'il y a de plus exigeant, de plus déroutant dans la pensée. On parle ici de son métier. Étudier nous déplace. Alice le pense, le répète devant le groupe.
Il n'est pas rare que les étudiants, les garçons sur-tout, se sentent visés par le savoir, mis en accusation par des textes philosophiques à maîtriser. Leurs réponses aux examens, la manière butée, agressive dont le féminisme les affecte en dit beaucoup.
Le féminisme, la pensée queer ne sont pas les champs d'expertise d'Alice. Ses collègues n'aiment pas jongler avec des thématiques jugées délicates ou marginales. Le travail des femmes en art ne les intéresse pas bien qu'ils connaissent quelques noms, utiles pour équilibrer les plans de cours.
Cumul I de Kev Lambert
Une femme qui semble fragile dans une société qui se radicalise, pleine de doutes et de culpabilités pas toujours fondées.

Un livre qui s’égare, se retrouve, se disperse et qui m’a perdu parfois

Louise Bourgeois (1911, France – 2010, États-Unis)
Cumul I [1968]
Cette sculpture hybride témoigne du va-et-vient de Bourgeois entre des pôles opposés : féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrie.
Cumul 1 fait partie d’une série de sculptures en marbre réalisée en Italie. Formées d’excroissances sphériques, leur aspect biomorphique et sensuel peut faire penser à des seins ou à des phallus. Cependant, le titre de l’œuvre fait référence au mot « cumulus » qui désigne la formation de nuages ronds et évoque pour l’artiste quelque chose de paisible. Les formes ovoïdes émergent d’un voile souple et fin dont les multiples plis sont inspirés des drapés baroques du sculpteur Le Bernin (1598-1680), que Bourgeois a pu admirer en Italie.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La nuit a ramené sur les rives du matin un crime inconnu. Dans la chambre bleue au fond de l'appartement, Alice est tirée du lit par un son qui résonne contre le bureau, le plancher, la valise ouverte. Une certitude trouble la happe, ses nerfs déclenchent des signaux. Elle déguste la saveur âpre laissée par l'horreur sur la langue.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La collection (un seul art), créée par Charles Dantzig, est publiée en coédition avec le Centre Pompidou. Durant les cinq ans de fermeture du Centre pour travaux, dix œuvres appartenant aux collections du musée continueront à vivre autrement, sous la plume d’un écrivain. Chacun s’en voit confier une pour en tirer, en écho, en miroir, en communion, une œuvre littéraire. Il n’existe pas de différence fondamentale entre les arts. Tous ne sont que des manières diverses d’abord au sensible et au caché.

Dans Cumul I, Kev Lambert imagine une fiction autour de l’œuvre du même titre de Louise Bourgeois (1911-2010), sculpture hybride de marbre et de bois, dont les formes évoquent aussi bien des phallus que des seins. Et voici donc Alice, qui enseigne l’histoire de l’Art à l’Université, pleine de succès mais tiraillée entre ce qu’elle est et ce qu’elle voudrait être. Ce matin, elle est tracassée par une mauvaise note qu’elle a donnée à un étudiant dont elle a accepté de diriger un travail sur Louise Bourgeois. Cette note la harcèle toute la journée. Elle la met en danger. Elle pense qu’elle manifeste une duplicité en elle. En quoi Alice serait-elle double ? L’angoisse la cerne. Dans le monde violemment opposé aux minorités sexuelles qui vient de se réveiller en rugissant, trouvera-t-elle encore des hormones pour poursuivre son traitement ?

Un bref roman dense, tragique, qui est un éloge de la vulnérabilité.

On ne touche pas

Une prof de philo qui, par un coup de tête, se retrouve effeuilleuse dans un club.

On ne touche pas de Ketty Rouf

Une femme face à son désir, celui de plaire, d’oser être libre, d’aimer son corps, de transgresser, de voir jusqu’ou elle osera, de vivre, de s’enivrer, de jouer et jouir du désir des hommes.

L’occasion aussi de parler de l’éducation nationale, de l’enseignement, du découragement, du regard qu’on préfère poser ailleurs et de toutes les petites – et grandes – hypocrisies

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Aujourd'hui, je n'existe pas.
Demain, probablement non plus.
À la fin de la semaine, je m'enverrai trois diabolos menthe en solo. Je lécherai mes doigts - tous mes doigts - après avoir avalé des cacahuètes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Joséphine est prof de philo dans un lycée de Drancy. Elle mène sa vie entre Xanax, Tupperware en salle des profs, et injonctions de l'Éducation nationale qui lui ôtent le sentiment d'exister.
Sauf que.

Chaque nuit, Joséphine devient Rose Lee. Elle s'effeuille dans un club de striptease aux Champs-Élysées. Elle se réapproprie sa vie, se réconcilie avec son corps et se met à adorer le désir des hommes et le pouvoir qu'elle en retire. Sa vie se conjugue dès lors entre glamour et grisaille, toute-puissance du corps désiré et misère du corps enseignant.
Mais de jouer avec le feu, Rose Lee pourrait bien finir par se brûler les ailes.
Récit d'un affranchissement, réflexion bouleversante sur l'image de soi et le rapport à l'autre, ce premier roman hors norme de Ketty Rouf fait voler en éclats les préjugés sur le sexe et la société