Un violeur attentionné et délicat

Ce violeur attentionné et délicat est un véritable tour de force. Avoir réussi à tenir tout un roman sur un tel salopard qui s’ignore (ou feint-il seulement ?) est époustouflant. Jusqu’à la fin, on ose espérer qu’il ouvre les yeux, qu’il comprenne. Mais non, rien, aucun remords. Ahurissant ! Il semble tellement sur de son innocence. Pire encore, de sa bonté.

Durant des siècles, les mollahs n'avaient été que des pouilleux miséreux qui gagnaient leur vie en allant de maison en maison pour célébrer les mariages, prier et faire pleurer lors des deuils et des obsèques.
Ils avaient essayé de très nombreuses fois de sortir des mosquées et de s'emparer du pouvoir politique, en faisant toujours alliance avec les gauchistes.
Désormais, l'alliance rouge/noir/mafieux, ayatollahs communistes, communistes religieux et capitalistes mafieux, assis sur les mines d'or, sur les minerais rares et les puits du pétrole et de gaz, étaient les maîtres du pays.
Pour rien au monde ils n'étaient prêts à perdre le pouvoir.
Un violeur attentionné et délicat de Chahdortt Djavann
Un roman remarquable qui éclaire méchamment la condition de la femme en Iran et l’horreur de son système répressif et carcéral.

Mais aussi, un livre qui dérange et qui questionne le pouvoir et la masculinité, et ça… bien au-delà de l’Iran

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mon grand-père était aveugle, ce qui ne l'empêchait pas de voir des tas de choses, y compris la fin du monde.
Il passait son temps, dès son réveil, à maudire l'humanité ; à prédire le déluge qui s'abattrait très prochainement et nous emporterait tous en enfer.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels », écrit depuis sa cellule un juge condamné à perpétuité après le renversement du régime.
Il nous raconte les souffrances de son enfance misérable, son éveil précoce à l’amour honteux et coupable, son adolescence en quête de martyr à la guerre, jouant avec nos émotions au point de susciter notre empathie.
Il reconnaît avoir condamné à mort des innocents mais se défend d’avoir violé les jeunes prisonnières : « Le viol me répugnait, j’avais besoin d’être admiré. Je courtisais les détenues et rendais hommage à leur féminité bafouée. Je leur apportais des plaisirs à hauteur de liberté. »
Ce « violeur attentionné et délicat », qui se prend pour le « Talleyrand iranien », est-il un bouc-émissaire qui paie pour les horreurs d’un système dont les vrais puissants sont exonérés, ou un monstre manipulateur dont la bonne conscience affichée trahit la profonde perversion ?
A vous, lectrices et lecteurs, de le juger…
Pour la première fois, un homme formé par les ayatollahs dévoile de l’intérieur la complexité sociale et politique d’un régime islamique de terreur et de torture qui a conditionné son destin comme celui d’une nation prise en otage.

Dans ce dixième roman au style tantôt féroce, tantôt poétique, Chahdortt Djavann crée un personnage qui marquera les esprits et la littérature.

L’homme au petit chien

Ce roman dur fait partie des confessions. Un homme, sentant la fin venir raconte sa vie, pourquoi, aujourd’hui, il en est arrivé là.

Je pue le marc. J'ai l'impression de le suer par tous les pores. Ma bouche est pâteuse, ma main lourde, ma tête pleine de pensées troubles. Je suis ivre. Un vieil homme malade et ivre en train d'écrire sous une lucarne qui laisse parfois tomber une grosse goutte d'eau froide. Je me fous de mon chien, je me fous de tout le monde, je me fous de Mme Annelet, d'Anne-Marie, des enfants, de Monique. Parfaitement ! Je me fous de Monique !
L’homme au petit chien de Georges Simenon
Comme bien souvent, on retrouve la sensation que Simenon s’y dévoile, coincé entre ses peurs, ses fiertés et ses fausses modesties. Que ce soit en clair ou en miroir.

Cette fois-ci, un homme rongé par la jalousie. Et peut-être pire encore, l’envie. L’humiliation de ne pas avoir « été ». Juste avoir traversé la vie, piteusement

L’homme au petit chien, adaptation de François Boyer et Jean-Marie Degèsves avec Gilles Ségal
Tous les romans durs de Simenon
103. L’homme au petit chien
102. La chambre bleue 104. Le petit saint
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Est-ce que l'incident de dimanche a l'importance que je suis tenté de lui attribuer ? On ne peut même pas, sans exagération, parler d'incident. Une rencontre fortuite, dans la rue.
Un couple inconnu dans la foule parisienne.
Un échange de regards.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pour les gens de son quartier, M. Félix est un célibataire de cinquante ans, à l'air prématurément vieilli, le plus tranquille des hommes. Pour d'autres, qui le voient passer à heure fixe en compagnie d'un drôle de caniche, il est l'homme au petit chien...

2060

Pour une dystopie apocalyptique, voilà un livre vraiment très court. Alors en plus, qu’il soit bien foutu, éco-féministe et même (au vu de l’actu étasunienne du début 2025) franchement visionnaire, relève de l’exploit !

Ne persistaient dans les rayonnages que des bibles, des pamphlets exaltés sur la nation et une poignée de romans épargnés par les autodafés du Régime. Elle aurait pu s'en douter. Elle avait elle-même participé aux grandes opérations de sauvetage des livres féministes de 2028. Avec Nour et les autres, elles avaient soustrait un exemplaire de chacun des livres interdits pour les classer dans la bibliothèque de sa maison du bord du fleuve. Elle savait que plus une ligne ne persistait qui propose la vision d'un monde différent de celle des fascistes qui venaient de prendre le pouvoir.
2060 de Lauren Bastide
Un très bon petit livre, trop vite lu, avec une bien sombre vision de notre avenir moutonnier.

Alors faisons la fête en attendant la FDM

L’extrême-droite avait pris le pouvoir en 2027 et ne l’avait jamais rendu.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
6h00
Lever
Elle n'a plus besoin de réveil. Chaque matin, ses paupières frémissent à l'aube. Elle reste au lit, fixe l'obscurité en essayant de rattraper des bribes de rêves où souvent elle doit fuir. L'hiver, elle met longtemps à s'extraire de sa chambre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
22 juin 2060. Après des siècles à vivre comme si demain n’existait pas, l’humanité se prépare à une Fin du Monde, rebaptisée FDM comme pour conjurer l’inéluctable.

Durant son ultime journée, heure après heure, l’héroïne va revivre les combats féministes et écologistes qui ont rythmé sa vie.

Dans une ambiance à la fois mélancolique et poignante, qui évoque Charlotte Perkins Gilman ou Virginia Woolf, cette fiction trouve un équilibre subtil entre anticipation, littérature et politique.

Avec les chiens

Si Claustria de Régis Jauffret m’avait écœuré, Antoine Jaquier met la barre tout aussi haut !

Est ce que c’est un mauvais livre ? Oh non, il est peut-être même excellent, mais là, j’avoue, c’était trop pour moi.

Avec les chiens de Antoine Jaquier

Je n’arrive plus à comprendre les protagonistes (ou alors je les comprends très bien, mais tout cela est trop révoltant, sale, putride, ultra-violent).

Bravo pourtant, mais pour moi, c’était trop

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sud de Paris, juin 2013.

L'ogre de Rambouillet sort de prison. La justice estime que ce tueur d'enfants notoire a payé sa dette. Les familles des victimes voient à nouveau leur existence voler en éclats.

Une relation se tisse entre Michel, un des pères, et le bourreau. Entre désir de vengeance salutaire et fascination morbide, le désastre gronde.

De sa verve percutante en diable, le romancier questionne ses personnages sur leur capacité de survie. Michel se débat malgré eux - malgré lui-même. Trouvera-t-il les ressources nécessaires pour échapper à l'emprise tentaculaire du «monstre» Gilbert Streum ?

Un état des lieux glacial et dérangeant, échappant à toute tentation moralisatrice.
Antoine Jaquier offre un récit profondément humain qui allume autant le feu des sentiments que celui des polémiques

Fleur de peau

Une femme écartelée entre deux hommes, une histoire de parfums et d’odeurs à la sensualité omniprésente.

Fleur de peau de Anne Calife

Une histoire de prison, de jardins, d’enfants, de culottes et de désirs. Une femme bouleversée par le début d’une passion qui marque la fin d’un amour.

Mais toutes ces suaves puissances aromatiques enivrantes ont fini par m’écœurer un peu…

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Comme mère de Paul et des jumeaux, elle est parfaite.

Comme épouse, comblée.

Comme soignante, irréprochable.

Mais un matin d'hiver, alors qu'elle travaille à l'infirmerie de la pénitentiaire, une senteur masculine puissante et familière vient couvrir les exhalaisons médicinales. Derrière elle se tient le captif Ivan R. Il la bouleverse. Emportée par un tourbillon aromatique et charnel, elle va s'abandonner au vertige d'un amour fou et accepter de livrer son existence à une passion toute olfactive.

Lascif et voluptueux récit de la sensualité au féminin, Fleur de peau est un roman d'une poésie renversante où l'érotisme consumé le dispute à une délicate pudeur

Un roman français

A l’occasion d’un petit séjour en garde à vue suite à une ligne de coke sur le capot d’une voiture, Frédéric tente de se rappeler de son enfance

Un roman français de Frédéric Beigbeder

Des souvenirs aériens au milieu d’une poisseuse cellule dans laquelle les frimeurs font pâle figure

C’est chou…

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« C'est l'histoire d'une Emma Bovary des seventies, qui a reproduit lors de son divorce le silence de la génération précédente sur les malheurs des deux guerres.
C'est l'histoire d'un homme devenu un jouisseur pour se venger d'être quitté, d'un père cynique parce que son coeur était brisé.
C'est l'histoire d'un grand frère qui a tout fait pour ne pas ressembler à ses parents, et d'un cadet qui a tout fait pour ne pas ressembler à son grand frère.
C'est l'histoire d'un garçon mélancolique parce qu'il a grandi dans un pays suicidé, élevé par des parents déprimés par l'échec de leur mariage.
C'est l'histoire d'un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu'il les avait gagnées, et ensuite à perdre son empire colonial en faisant comme si cela ne changeait rien à son importance.
C'est l'histoire d'une humanité nouvelle, ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés.
Telle est la vie que j'ai vécue : un roman français. »
F.B.

Au grand lavoir

Magnifique ! Un livre sur la culpabilité. Celle d’un tueur qui a purgé sa peine, qui végète dans un trou perdu, employé communal, jardinier paysagiste. Et qui, un jour, tombe sur la fille de sa victime à la télévision. Écrivaine, qui passera dédicacer son livre dans sa ville paumée.

Au grand lavoir de Sophie Daull
Au grand lavoir de Sophie Daull

Et la parole est aussi donnée à cette femme. Victime, fille de la victime.

Et pourtant… que trois étoiles ? Misère, cela commençait, cela s’annonçait, cela se passait pourtant si bien.

Un peu très beaucoup déçu par la non-fin du livre.

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une romancière participe à une émission littéraire télévisée à l'occasion de la parution de son premier livre. Elle ne se doute pas qu'au même moment son image à l'écran bouleverse un employé des Espaces verts de la ville de Nogent-le-Rotrou. Repris de justice pour un crime commis il y a trente ans, menant désormais une vie bien rangée, ce dernier est confronté de façon inattendue à son passé, à son geste, à sa faute.

Car la romancière est la fille de sa victime. Et, dans cinq jours, elle viendra dédicacer son ouvrage dans la librairie de la ville.

Un compte à rebours se déploie alors pour cet homme solitaire, dans un climat à la fois banal et oppressant, en attendant le face-à-face qu'il redoute mais auquel il ne pourra se dérober.

Dans ce texte où chaque personnage est en quête d'une réparation intime, Sophie Daull intervient pour affirmer la fidélité qu'elle voue aux disparus, aux fleurs et aux sous-préfectures.

Un roman brillamment construit sur les ambiguïtés du désir de pardon

Qu’il emporte mon secret

Une structure emmêlée pour inviter le lecteur à tirer les ficelles d’un retour à la mémoire. Le retour sur un viol. Un viol nié pour choisir la vie.

Qu'il emporte mon secret de Sylvie Le Bihan
Qu’il emporte mon secret de Sylvie Le Bihan

Les coupables peuvent-ils s’échapper sans que jamais leurs crimes soient jugés ?

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je ne peux pas t'expliquer pourquoi, pas maintenant, mais sois patient, je te raconterai dès que j'aurai trouvé les mots. J'ai besoin de respirer, encore un peu, un autre air que celui, étouffant, de l'été 1984, celui que j'avais refoulé et que j'ai retrouvé dans une salle de la prison de Nantes, il y a trois semaines. »

Deux nuits ont bouleversé la vie d'Hélène à trente ans d'intervalle. La troisième, à la veille d'un procès, sera-t-elle enfin celle de la vérité ?

Alternant le présent et le passé, Sylvie Le Bihan construit un roman à tiroirs où le lecteur est tenu en haleine jusqu'à la fin

L’espionne

Une biographie romancée de Mata Hari plutôt plaisante qui tente de s’approcher au plus près de la danseuse scandaleuse.

L'espionne de Paulo Coelho
L’espionne de Paulo Coelho

Hélas, l’auteur retombe encore dans ses penchants à vouloir démontrer ses grandes vérités philosophiques au travers des événements. Monsieur Coehlo, vous ne serez jamais Saint-Ex’, car il n’y en aura jamais qu’un. C’est un peu lassant à la fin.

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Arrivée à Paris sans un sou en poche, Mata Hari s'impose rapidement comme une danseuse vedette du début du XXe siècle. Insaisissable et indépendante, elle séduit le public, ensorcelle les hommes les plus riches et les plus puissants de l'époque. Mais son mode de vie flamboyant fait scandale et attire bientôt les soupçons tandis que la paranoïa s'empare du pays en guerre. Arrêtée en 1917 dans sa chambre d'hôtel sur les Champs-Élysées, elle est accusée d'espionnage.

En faisant entendre la voix de Mata Hari, Paulo Coelho nous conte l'histoire inoubliable d'une femme qui paya de sa vie son goût pour la liberté

La petite femelle

Une contre-enquête, fouillée, détaillée et qui n’omet rien. Alors, forcément, ça prend de la place! Un peu beaucoup, peut-être. Mais tant de distorsions de la réalité valaient bien ça.

La petite femelle de Philippe Jaenada
La petite femelle de Philippe Jaenada

J’avais bien aimé la version romanesque de Jean-Luc Seigle. Ici, Jeanada s’attache aux faits, seulement ! Et c’est encore plus beau. Il lui rend ce qui aurait pu lui suffire lors de toutes les accusations : l’honnêteté.

Et quelle écriture ! Merci

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Au mois de novembre 1953 débute le procès retentissant de Pauline Dubuisson, accusée d'avoir tué de sang-froid son amant. Mais qui est donc cette beauté ravageuse dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché avec les Allemands, a été tondue, avant d'assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou n'est-elle, au contraire, qu'une jeune fille libre qui revendique avant l'heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ? Personne n'a jamais voulu écouter ce qu'elle avait à dire, elle que les soubresauts de l'Histoire ont pourtant broyée sans pitié.

Telle une enquête policière, La Petite Femelle retrace la quête obsessionnelle que Philippe Jaenada a menée pour rendre justice à Pauline Dubuisson en éclairant sa personnalité d'un nouveau jour. À son sujet, il a tout lu, tout écouté, soulevé toutes les pierres. Il nous livre ici un roman minutieux et passionnant, où l'on retrouve son humour irrésistible, son inimitable autodérision et ses cascades de digressions. Un récit palpitant, qui défie toutes les règles romanesques