Mille neuf cent quatre-vingt-quatre

Lu après Nous et Le meilleur des mondes, 1984 propose une autre facette des dystopies totalitaristes. Et si, dans Le meilleur des mondes tout le monde semblait béatement heureux, abruti par le sexe et le soma, c’est ici par le contrôle total, la peur et le lavage de cerveau continuel que Big Brother exerce son pouvoir.

Le parti vous enseignait à rejeter l'évidence de vos yeux et de vos oreilles. C'était son commandement ultime, le plus essentiel. Winston sentit son cœur lui manquer à la pensée de la puissance démesurée qui était déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n'importe quel intellectuel du parti, dans un débat, le remettrait à sa place au moyen d'arguments subtils qu'il serait incapable de comprendre, et plus encore de contrer. Et pourtant, il avait raison! Ils avaient tort, il avait raison. Il fallait défendre les évidences, les platitudes, les vérités. Les truismes sont vrais, accrochons-nous à cela ! Le monde physique existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l'eau est liquide, tout objet lâché est attiré par le centre de la terre. Avec le sentiment de s'adresser à O'Brien, et aussi d'énoncer un axiome important, Winston écrivit :
La liberté est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit.
Mille neuf cent quatre-vingt-quatre de George Orwell, traduction de Célia Izoard
Un livre fascinant, plus encore à l’heure de la remontée des fascismes avec leur lots de post-vérité, de violence policières, de la stigmatisation des étrangers et de la traque des sans papiers, du big data, de l’explosion des caméras de surveillance, de la main mise sur les médias par l’extrême droite et, aux États-Unis, des tentatives de contrôle des universités, et des débordements de ICE… et la liste des symptômes est bien plus longue !

Et là… Vous la sentez monter, l’angoisse ?

Une lecture indispensable

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'était un jour d'avril froid et lumineux, et les horloges sonnaient 13:00. Winston Smith, le menton rentré dans le cou pour échapper au vent mauvais, franchit rapidement les portes vitrées des demeures de la Victoire, mais pas assez vite pour empêcher un tourbillon de poussière gravillonneuse de s'engouffrer avec lui.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans la mégapole d’une superpuissance mondiale, Winston Smith vit, cadenassé dans sa solitude, sous le regard constant du télécran. Employé au ministère de la Vérité, il réécrit quotidiennement les archives de presse pour les rendre conforme avec la ligne officielle du moment. Mais un jour, le petit employé de bureau se rebelle, commence un journal, tombe amoureux et flâne dans les quartiers où vivent les proles, soustraits à la discipline du Parti. Dans ces lieux où subsistent quelques fragments du passé aboli, il va s’engager dans la rébellion…

« Novlangue », « police de la pensée », « Big Brother »… Soixante-dix ans après la publication du roman de George Orwell, les concepts clés de 1984 sont devenus des références essentielles pour comprendre les ressorts totalitaires des sociétés contemporaines. Dans un monde où la télésurveillance s’est généralisée, où la numérisation a donné un élan sans précédent au pouvoir des grandes entreprises et à l’arbitraire des États, où le passé tend à se dissoudre dans l’éternel présent de l’actualité médiatique, le chef-d’œuvre d’Orwell est à redécouvrir dans une nouvelle traduction et une édition critique.

Parue pour la première fois au Québec en 2019 aux éditions de la rue Dorion (Québec), cette nouvelle version corrige les lacunes de la traduction initiale réimprimée à l’identique depuis 1950 (une quarantaine de phrases manquantes, de nombreux contresens) ; et, au contraire de la traduction « moderne » parue en 2018, restitue la dimension philosophique et la fulgurance politique du roman d’Orwell dans les termes que des millions de lecteurs se sont appropriés depuis plus d’un demi-siècle ; tout en rendant hommage à la dimension poétique de cette œuvre pleine d’humour, d’amertume et de nostalgie.

Le meilleur des mondes

Lu il y a fort longtemps, je me suis replongé dans ce classique avec émerveillement !

Ces paroles réveillèrent un écho plaintif dans l'esprit de Bernard. Seul, seul...
 - Moi aussi, dit-il, dans une bouffée de confidence. Terriblement seul.
 - Vous aussi? - John eut l'air étonné. - Je croyais que Là-Bas... C'est-à-dire que Linda disait toujours que personne n'y était jamais seul.
Bernard rougit, gêné.
 - Il faut vous dire, fit-il, bredouillant et détournant les yeux, que je dois être un peu différent de la plupart des gens. Si l'on se trouve avoir été différent, dès la décantation...
Oui, voilà, précisément. Le jeune homme approuva d'un signe de tête. - Si l'on est différent, il est fatal qu'on soit seul. On est traité abominablement. Savez-vous bien qu'ils m'ont tenu à l'écart de tout, absolument ? Quand les autres gamins allaient passer la nuit dans les montagnes vous savez bien, quand on doit voir en rêve ce qu'on a comme animal sacré ils n'ont pas voulu me permettre d'aller avec les autres ; ils n'ont voulu me dire aucun des secrets. N'empêche que je l'ai fait tout seul, ajouta-t-il. Je suis resté sans manger pendant cinq jours, et alors, je suis allé tout seul, une nuit, dans les montagnes, par-là. - Il les désigna du doigt.
Bernard eut un rire protecteur.
 - Et vous avez vu quelque chose, en rêve ? demanda-t-il.
L'autre fit un signe de tête affirmatif.
Le meilleur des mondes de Aldous Huxley, traduction de Jules Castier
Tant de dérives totalitaires sont décrites ici, avec le consentement béat d’une population soumise chimiquement pour son plus grand bonheur abruti. Un monde ou l’eugénisme et le conditionnement dès la naissance permet à toutes les classes sociales de rester à leurs place, abreuvées de soma et de sexe.

Impressionnant !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l'entrée principale, les mots : CENTRE D'INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT DE LONDRES-CENTRAL, et, dans un écusson, la devise de l'État mondial : COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Voici près d'un siècle, dans d'étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un État Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains « sauvages » dans des réserves. La culture in vitro des fœtus a engendré le règne des « Alphas », génétiquement déterminés à être l'élite dirigeante. Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort.

Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd'hui, il nous paraît même familier...

Nous

À sa lecture, on comprend vite que ce Nous ait inspiré 1984. Une ville de verre où tout le monde voit tout le monde et ou le bonheur est prescrit sous l’œil du « Bienfaiteur »… De nombreux ingrédients sont là.

Parce que la mort - c'est justement ma dissolution à son comble. Par conséquent, si A représente l'amour, et M la mort, on obtient: A = f(M), ce qui veut dire que l'amour et la mort...
Mais oui, parfaitement. Voilà pourquoi j'ai peur de I, je lutte avec elle, je ne veux pas. Mais pourquoi ai-je en moi, côte à côte, ce « je ne veux pas » et un « je veux » ? L'horreur, c'est que cette mort bienheureuse d'hier, je la veux encore. L'horreur, c'est que même maintenant que la fonction a été intégrée, où il est évident qu'elle inclut la mort, je la veux pourtant, elle, I, mes lèvres, mes mains, ma poitrine, chaque millimètre de moi la veut...
Demain a lieu la Fête de l'Unanimité. Elle y sera aussi, bien entendu, je la verrai, mais seulement de loin. De loin - j'aurai mal, parce que j'ai besoin – irrésistiblement envie d'être à côté d'elle - que ses mains, son épaule, ses cheveux... Mais même cette souffrance, je la veux - je l'accepte.
O grand Bienfaiteur! Quelle absurdité - vouloir la souffrance! Comment ne pas comprendre que les com-posantes douloureuses - négatives - réduisent la somme de ce que nous appelons bonheur. Et par conséquent...
Non - pas de « par conséquent ». C'est ainsi. Le fait nu.
Nous de Evgueni Zamiatine, traduction de Hélène Henry
Une origine russe, donc ; datant des années 20. Les humains y sont des numéros et rien n’existe derrière la grande barrière. Rien vraiment ?

Un livre qui pose une grande question : heureux sont-ils vraiment, les simples d’esprit ?

Une œuvre majeure et fondatrice de la grande veine des dystopies qui n’a, ma foi, pas trop trop mal vieilli

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je ne fais ici que recopier - mot pour mot - ce que publie aujourd'hui le Journal officiel :
Dans cent vingt jours, la construction de l'INTÉGRALE sera achevée.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans une société assujettie au bonheur infaillible et obligatoire, alors que la « dernière » de toutes les révolutions possibles a eu lieu, les hommes, enfermés sous une cité de verre, sont devenus des « Numéros ». Ceux-ci paient de leur vie le moindre écart à l’ordre établi contre lequel, malgré tout, une poignée de dissidents va s’insurger.
D-503, constructeur de l'« Intégrale », un vaisseau spatial qui a pour mission de ranger les civilisations extraterrestres sous la férule du « Bienfaiteur », y tient un journal à la gloire de ce monde aseptisé et y consigne les débuts d’une insurrection qui va peu à peu le transformer.

Anti-utopie prophétique qui anticipe toutes les glaciations du XXe siècle, « Nous » est considéré comme le premier chef-d’œuvre de science-fiction, celui qui inspirera « 1984 » de George Orwell et « Le Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Cette nouvelle traduction, la première à être fidèle à l’original, vise à faire entendre, dans les mots, cet appel tragique : on a toujours raison de se révolter.

Le parlement de l’eau

Ce parlement est une magnifique histoire d’eau.

Elle écoute un criquet faire crisser ses élytres. De légers bruits d'Eau attirent son regard vers le sable couvert de plantules aquatiques juste au bord de l'Étang. C'est une grenouille noire, minuscule, lustrée, jolie comme un bijou, qui saute au ras de l'Eau et, lui tournant le dos, reste immobile comme elle. Elle observe un rocher tout chevelu d'herbes longues, qui émerge de l'Eau à une brasse de distance. La lumière se reflète avec le ciel dans l'onde, le soleil se lève haut au-dessus des arbres qui protègent l'Étang de la vue des humains, pour éclairer la scène, éclabousse la surface de milliers d'éclats d'or. C'est alors que se pose sur un jonc devant elle, dressée face à l'Eau calme, irisant la lumière de ses ailes transparentes, une grande libellule d'un rouge éclatant.
Le parlement de l’eau de Wendy Delorme
Dans une écriture qui mêle l’épicène au fantastique, l’écologie à la poésie et le féminisme à l’environnement, Wendy Delorme parle avec l’eau. Dans une triple mise en abyme (qui nous guette), les fleuves, mers et étangs s’unissent à l’autrice et au futur pour écrire une histoire aussi tortueuse que l’Esprit qui pose tout ceci sur le papier.
 ─ Mais qu'est-ce qu'elle a, Esprit? demande Lagune, inquiète, brisant le silence de la salle des Grands flots. Voilà qu'elle s'est arrêtée subitement d'écrire.
 ─ Je ne sais pas, répond Torrent, soucieux, elle nous a laissées en plan sans explications.
 ─ Peut-être qu'elle a tout simplement besoin de repos, suggère Nappe.
 ─ Non, je ne pense pas, répond Rivière, je vous rappelle qu'elle vit pour l'écriture. Je ne la vois pas arrêter, sauf en cas de dépression.
 ─ Il ne manquerait plus que ça... une déprime, murmure Marais salant, elle en a fait une à l'automne dernier, et ça l'a bloquée pendant des mois.
 ─ Non, ça ne lui ressemble pas, une dépression en plein été, réfléchit Lagune, chez elle c'est saisonnier, durant les mois où la lumière baisse.
 ─ On est en plein pic de canicule à Lyon, là, depuis quelques jours, elle a peut-être une crise d'éco-anxiété ? argumente Marais.
 ─ Vous allez arrêter, avec vos trucs de bobo ? s'énerve Rivière. L'éco-anxiété c'est vraiment un phénomène de citadins européens qui ont chaud mais peuvent encore prendre des douches et boire de l'Eau potable, pendant que les populations du Sud crèvent sous plus de quarante-cinq degrés.Un livre touchant juste, bousculant. Mais qui m’a plus d’une fois perdu dans ses longueurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Delta est malade depuis des mois. Elle ne viendra pas.
─ Elle nous a fait parvenir un arrêt maladie ?
─ Je pense que ce n'est pas nécessaire. Vous avez constaté comme nous toutes ici l'extinction massive des anguilles, des palourdes. Elle pue la mort.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La Révolution, c’est de l’Eau… Sauver un cours d’Eau, aussi ténu soit-il, c’est un début pour sauver tout ce qui peut encore l’être.

Une romancière, qui croit au pouvoir de la littérature pour changer le réel, convoque en pensée des entités aquatiques : Fleuve, Mer, Océan, Crue, Ruisseau, Rivière, Cascade, Marais, Lac, Lagune… Celles-ci inventent une histoire sur la nécessité vitale de sauver le cycle de l’eau, faire barrage à la montée du fascisme, retisser les liens entre l’espèce humaine et le vivant.
Depuis le bassin versant du Rhône sur lequel elle enquête, Wendy Delorme nous propose un roman inspirant, où l’utopie l’emporte sur la dystopie.

Karl

C’est beau, tendre, délicat, subtil. Carton plein pour Karl !

Et quelles sont tes autres compétences ? 
Eh bien, en tant que « life companion » je sais faire le café, le ménage, entretenir une maison ou un jardin... 
Faire une lessive en séparant bien les textiles délicats, changer une ampoule, réparer un robinet qui fuit... Cuisiner...
J'ai de multiples recettes dans ma base de données et je peux en télécharger d'autres. La recette préférée de votre père était la tarte au citron meringuée…
OK, OK, Karl... Tu as de nombreuses cordes à ton arc, maintenant je te propose de rester silencieux jusqu'à notre arrivée.
Comme vous voudrez.
Karl de Cyril Bonin
Le dessin (et ses chaudes palettes de couleurs) de Cyril Bonin est tout à fait remarquable, il est immédiatement identifiable et plus encore aujourd’hui où la majorité des bandes dessinées sont réalisées numériquement. Le traitement de l’histoire également. Un déroulement qui prend son temps, un univers poétique, un équilibre fin entre textes et images, entre dit et non-dit.

Une histoire de robot pleine d’humanité

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'espère que vous avez été satisfaite de nos services, Mlle Brooks. Votre père avait déjà pris des dispositions et nous nous sommes efforcés de la respecter.
C'était très bien. Merci.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Charles Brooks, riche banquier fantasque, meurt dans un accident de voiture aux circonstances troubles. Sa fille, Magda qui ne l’a pas vu depuis près de dix ans, hérite de sa vaste demeure.
Alors qu’elle ouvre une à une toutes les pièces de la maison elle découvre, glissé dans une housse, un robot bleu acier mis en veille…

C’est Karl, l’androïde-majordome de son père disparu.
Pour Magda, qui préfère les relations humaines aux technologies, Karl n’est qu’un objet froid. Que va-t-il lui révéler quand elle décide de le rallumer… ?

Entre toutes les femmes

Autogenèse se terminait plutôt brillamment et Erwan Larher, très à propos, en a profité.

Mais je n'écris pas ! Je ne veux pas écrire ! Je n'ai pas confiance en les livres et pourtant, Dieu sait que j'aime lire. La parole flotte et s'oublie, comme la vie. Le livre se veut immortel. Il est trop ambitieux, trop frimeur. Il traverse peut-être les époques mais emporte avec lui les mensonges, contre-vérités, absurdités qui y sont imprimés. Croyez-moi, on ne peut pas se fier aux livres.
Entre toutes les femmes de Erwan Larher
Et il a fort bien fait !
Alors, certes, il y a toujours des longueurs et Erwan ne cesse d’en faire des caisses avec ses mots, mais cette Cybèle est magnétique !
J'ai essayé d'être la plus généreuse possible, la plus gentille... non, même pas, je me mens. Je n'ai rien essayé du tout. J'ai fermé les yeux quand le spectacle me déplaisait et j'ai tâché de m'en tirer au meilleur compte possible en chaque situation. J'ai planqué mes miches et sauvé ma peau. J'ai fait le dos rond, des câlins aux orphelins, des bises aux vieillards de l'hospice, « Cybèle a si bon cœur », un sommeil de plomb, celui du juste, conscience tranquille, ce n'est pas ma faute le chaos autour.
Vous comprenez, son existence n'a pas été facile, elle a bien le droit de s'amuser, la pauvre; et puis ces gros seins, ces yeux violets, hein, c'est pas une vie, je voudrais bien vous y voir !Si la lecture du premier Livre n’est pas indispensable, elle m’a semblé bien utile pour pleinement apprécier ce tome dynamique et enlevé avec une héroïne bien plus piquante et attirante que ne le fut l’Arsène

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ils ont peur.
Au début, ils n'y croyaient pas. Ils ricanaient ouverte-ment. Sur les écrans s'étalait le sentiment de supériorité que leur donnaient des décennies de domination; les articles relayaient leur scepticisme goguenard. Bien que tout juste battu par Arsène Nimale, François Copain, le président de la République sortant, n'en était pas moins braillard. Il est Feuillant, mais les Montagnards, l'autre parti politique du paysage, étaient tout aussi belliqueux. Parce qu'en définitive, ils défendent le même monde. Un monde qu'Arsène Nimale a commencé de chambouler.
Alors ils ont peur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sur les ondes, chaque semaine, elle est La Voix, magnétique conteuse adulée par tous les sujets de l'empire. Le reste du temps, Cybèle Ibarruri traverse l'existence avec une insouciante gaîté. Jusqu'à ce qu'un inconnu soit assassiné sous ses yeux alors qu'il lui remet une lettre lui enjoignant de raconter l'épopée d'Arsène Nimale.

Cet homme, lit-elle, faillit changer le cours de l'Histoire quatre siècles plus tôt, juste avant la Grande Catastrophe.

Pourquoi alors n'y a-t-il aucune trace de lui dans les livres ni sur le réseau ? Pourquoi un petit groupe s'active-t-il en cachette de l'impitoyable pouvoir impérial pour écrire son destin et retranscrire son message ? Et surtout, Pourquoi Cybèle a-t-elle l'impression, en s'emparant de l'intrigue, que sa vie bascule ?

Dans une langue riche et inventive, ce récit initiatique haletant aux airs de roman noir et de saga d'anticipation interroge sans concession notre présent.

Autogenèse

Lorsqu’on lit Erwan Larher, il est utile de se munir d’un petit dictionnaire, enfin, d’un gros, car ses mots ne se trouvent pas toujours dans ceux de poche. On y croise des vultueux, clabauder, eccéité, compendieusement, ubac et adret, stercoral, pulvérulent, tératogène, intumescence, diffluent ou dégonder… Erwan aime les mots.

 ─ Alors vous avez choisi d'habiter seul, dans cette maison isolée, retiré, et de ne plus parler à personne...
Mais cette solitude, c'est un choix aussi, non ?
 ─ Oui. Le choix ultime. Le choix du renoncement à tous les autres choix possibles.
 ─ Et pourquoi pas la mort ?
 ─ Je suis humain. Donc lâche. Tiens, prends un peu de faisan. C'est bon, non ? Je les chasse, les fume et les sale moi-même.
Autogenèse de Erwan Larher
Cette autogenèse m’a un peu rappelé Vernon Subutex, l’histoire d’un mec (en l’occurrence amnésique), au magnétisme social impressionnant qui, au cours de ses pérégrinations, se retrouve petit à petit entouré d’une bande de fidèles. ─ Le vôtre, de passé, il est comment ?
 ─ Du genre fardeau.
 ─ Si vous aviez le choix, vous opteriez pour l'oubli ?
La jeune femme acquiesça lentement. Jolie, réalisa Arsène en posant les deux tasses sur la table basse en carton. Un très léger strabisme convergent, qui ne se remarquait que quand elle vous fixait, conférait à son regard une captivante densité. Cheveux très courts, allure garçonne, pas de maquillage, et des gestes acérés qui tranchaient l'espace sans bavures. Elle lui plaisait bien, cette Aura. La rigueur de son maintien lui semblait refléter une droiture bienvenue.
 ─ Que vous est-il arrivé ? demanda doucement Arsène.
 ─ Bah, rien d'extraordinaire. J'ai été cabossée, comme tout le monde. En grande partie parce que je n'avais pas été préparée aux coups. J'ai longtemps pensé que tout le monde vivait normalement dans un monde normal. gouverné par la raison. Pas de pulsions, pas de faux-semblants, pas de vices cachés : chacun choisit et décide.
 ─ D'après ce que j'ai pu constater, c'est en effet un peu plus complexe que cela.Une dystopie aux messages socio-éco-politiques un peu candides mais non dénuée d’un bon-sens implacable.  ─ Mais tu me connais. Tu sais tout de moi. Je ne cache rien.
 ─ Alors ça manque sacrément de profondeur.
 ─ Parce que je ne suis que surface, je suppose. Je suis horizontal.
 ─ C'est tellement décevant...
 ─ Je crois qu'il faut prendre les gens comme ils sont, et pas comme on voudrait qu'ils soient. Sinon, tout le monde est malheureux.Un roman avec bien des longueurs et des « pourquoi » mais qui invite à regarder plus loin que la fin

Un livre qui se prolonge d’ailleurs avec Entre toutes les femmes

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il se réveilla nu dans un lit inconnu, dans une chambre inconnue, avec, au bout de jambes inconnues, des pieds ordinaires.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Il se réveille, nu, dans une maison isolée.
Il ne se souvient plus de rien. Il se lance dans le monde, à la recherche de son passé et de son identité. C'est un destin qu'il trouvera, agrémenté d'une mystérieuse ange gardien à la gâchette facile, d'un journaliste schizophrène, d'un bienfaiteur sans scrupule. Dans son turbulent sillage, les trajectoires se déjettent, pas toujours en douceur. D'exclu amnésique, jouet du hasard, nom de code Icare, il devient maître du jeu.

Mais certains n'ont pas l'intention de le laisser faire... Roman picaresque et politique, Autogenèse interroge sur la folie et la grandeur des hommes, entrelaçant parcours singuliers et Histoire en marche. Peut-on (se) construire en misant sur le bon sens contre les passions, les émotions ? Peut-on (se) bâtir sans mémoire ?

Et qui est ce diable d'Icare ?

Nerona

Difficile dans le climat actuel et en jetant un coup d’œil aux États-Unis ou à voir les montées populistes en Europe de n’y voir qu’une dystopie.

Alors mes adversaires peuvent bien se moquer de mes « vociférations ». Qu'ils montent donc à la tribune pour tourner en dérision, de leurs petites voix fluettes, ma voix grave. Ma voix gronde comme la révolte d'une femme imprégnée de la terre de ses ancêtres !
Juchés sur le tabouret qu'ils cachent derrière leur estrade, ces petits hommes raffinés regardent de haut la fille du peuple qui mange des plats trop relevés pour leurs palais délicats ! Eux préfèrent des menus exotiques. Eux méprisent la fille fière de sa famille, qui manie un parler trop vulgaire pour leurs oreilles cosmopolites. Des générations de cuisinières m'ont appris que l'adversité vous façonne un estomac capable de digérer les pires humiliations.
Nerona de Hélène Frappat
L’histoire de Nerona, une tyran (tyranne ?) populiste, paranoïaque et climato-sceptique et qui se fait appeler Monsieur le Prince… et qui ose tout !
« Panem et circenses » et tout ira bien. Et elle continue, jusqu’au boutiste, sans peur et sans freins. Jalouse et illuminée !
Ne vous laissez pas abattre par la mauvaise foi et la haine environnantes ─ oui, osons le mot : nos ennemis ont de la haine ! Mais pas vous. Pas nous. On ne choisit pas d'être un soldat par haine. On choisit d'être un soldat par amour.Un petit roman amusant, parfois drôle, mais un peu confus (ce qui n’est pas sans charme) et qui m’a laissé sur ma faim

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je m'appelle Nerona.
Je vais vous raconter mon histoire.

Par où commencer ?
Quelle carte piocher dans le Grand Jeu du Destin ?

J'entends encore ma grand-mère me dire :
« Ne réfléchis pas, Nerona, tire une carte ! »
Je nous revois à la table de la cuisine ─ la seule table de la maison ─ , GrandMa étalant son vieux tarot.
Comme tu détestais que j'hésite !
Tu racontais à tout le quartier : « Ma petite Nerona, elle pioche toujours la carte gagnante ! »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Au cœur de l’Europe, une dictatrice déchaînée, qui exige d’être appelée “le Prince”, règne sur sa nation à coups de décrets. Son nom ? Nerona. Paranoïaque, autoritaire, climatosceptique, égérie de l’efficacité gouvernementale et pourfendeuse de toutes les “déviances”, la fondatrice du feu (Force, Énergie, Union) a tout pour plaire. La preuve : le peuple l’a portée au pouvoir. Viva Nerona !
Après avoir transposé avec brio la tragédie antique à Hollywood, Hélène Frappat invente la sitcom fas­ciste, dans une satire hilarante qui dévoile les coulisses d’une dictature et les rouages du langage populiste. Au programme : trahison, romance souverainiste, astrologie, matricide, combats de migrants télévisés et bien d’autres réjouissances.

Rions ensemble pendant qu’il est trop tard.

L’arpenteur

Un gros flash que cet arpenteur !

L’arpenteur de Viktor Hachmang
Et si l’histoire de cette bande dessinée de sf dystopique a des airs de déjà vu, le traitement graphique est très original et bourré de talent. Du fluo à toutes les pages, certes, mais avec de nombreux traitements différents, des pleines pages graphiques, des cases hallucinées, des aplats et des dégradés… Chaque planche est originale pour créer un sombre tableau pétant de couleurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Trois semaines...
Tu te dis que ça doit faire trois semaines...
Trois semaines sous cette chaleur abominable.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans un futur lointain, l'humanité a trouvé refuge sur une planète artificielle, tandis que la Terre est abandonnée et réduite à l'état de décharge.

Geo, un simple éboueur de l'espace, s'échoue accidentellement sur cette planète hostile. Livré à lui-même, il découvre un exemplaire de La Tempête de Shakespeare.

Fasciné, il s'en inspire pour guider son exploration. Et si ce monde qu'il croyait inhospitalier cachait une vérité différente ?

Puisant son inspiration dans les plus belles pages de Métal Hurlant et le meilleur de l'imaginaire SF, V. Hachmang nous invite à un voyage graphique éblouissant.

2060

Pour une dystopie apocalyptique, voilà un livre vraiment très court. Alors en plus, qu’il soit bien foutu, éco-féministe et même (au vu de l’actu étasunienne du début 2025) franchement visionnaire, relève de l’exploit !

Ne persistaient dans les rayonnages que des bibles, des pamphlets exaltés sur la nation et une poignée de romans épargnés par les autodafés du Régime. Elle aurait pu s'en douter. Elle avait elle-même participé aux grandes opérations de sauvetage des livres féministes de 2028. Avec Nour et les autres, elles avaient soustrait un exemplaire de chacun des livres interdits pour les classer dans la bibliothèque de sa maison du bord du fleuve. Elle savait que plus une ligne ne persistait qui propose la vision d'un monde différent de celle des fascistes qui venaient de prendre le pouvoir.
2060 de Lauren Bastide
Un très bon petit livre, trop vite lu, avec une bien sombre vision de notre avenir moutonnier.

Alors faisons la fête en attendant la FDM

L’extrême-droite avait pris le pouvoir en 2027 et ne l’avait jamais rendu.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
6h00
Lever
Elle n'a plus besoin de réveil. Chaque matin, ses paupières frémissent à l'aube. Elle reste au lit, fixe l'obscurité en essayant de rattraper des bribes de rêves où souvent elle doit fuir. L'hiver, elle met longtemps à s'extraire de sa chambre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
22 juin 2060. Après des siècles à vivre comme si demain n’existait pas, l’humanité se prépare à une Fin du Monde, rebaptisée FDM comme pour conjurer l’inéluctable.

Durant son ultime journée, heure après heure, l’héroïne va revivre les combats féministes et écologistes qui ont rythmé sa vie.

Dans une ambiance à la fois mélancolique et poignante, qui évoque Charlotte Perkins Gilman ou Virginia Woolf, cette fiction trouve un équilibre subtil entre anticipation, littérature et politique.