Chez Krull

Comme il est paradoxal de trouver dans ce livre une phrase aux forts relents antisémites alors que Simenon décrit ici si bien (en 1939 !) les mécanismes d’exclusion et de rejet de l’autre et de l’étranger (en l’occurrence des allemands).

On ne pouvait pas pleurer, personne ! On était sous pression ! On ouvrait la bouche pour dire quelque chose et on ne prononçait pas un mot ! Que se passait-il là-haut ? Pourquoi le silence absolu ? Un silence à n'en plus finir ! 
Un charretier entrait, son fouet sur l'épaule, lançait familièrement :
- Sers-moi un petit marc.
Anna le servit, remplit trop le verre et eut la présence d'esprit de saisir un chiffon pour essuyer le comptoir.
Chez Krull de Georges Simenon
Simenon qui démontre si bien la bêtise (méchante et gratuite) des mouvements de foule et de rejet de l’autre se prendrait-il lui même les pieds dans le tapis.

A bien y regarder, la tirade antisémite est prononcée par Hans, le cynique profiteur des Krull, celui par qui le malheur arrive. Alors, cela reste difficile à lire (et je ne le retranscris pas ici), mais à nouveau, Simenon raconte son époque, sans fards. L’homme, moche qu’il est.

Et la seconde guerre mondiale éclate la même année

Adapté par Jacques Fansten en 1988 sous le titre Le mouchoir de Joseph
Tous les romans durs de Simenon
35. Chez Krull
34. Le bourgmestre de Furnes 36. Le Coup de Vague
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
De la maison Krull, de la famille Krull, ce que Hans ─ qui était un Krull aussi, mais un pur, un Krull d'Allemagne ─ découvrit en premier lieu, avant même d'être descendu de taxi, ce fut une réclame en papier transparent collée sur la porte vitrée de la boutique.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Allemands installés en France depuis plusieurs années, les Krull tiennent une épicerie où les mariniers du canal voisin viennent boire un coup le soir, après le travail. Mais un jour, le corps d'une jeune fille est retrouvé dans le canal. Elle a été violée et étranglée. Or c'est Hans Krull, un cousin arrivé depuis peu, qui l'a découvert. Bientôt de vieilles rancunes refont surface, les accusations se précisent, les langues se délient... Ces Krull, ce sont des étrangers, non ?

Le singe de Hartlepool

Excellente bande dessinée sur la bêtise humaine, la bétise crasse, sale, infecte. Celle des mouvements de groupes, racistes et nationalistes.

Le singe de Hartlepool de Wilfrid Lupano, illustrations de Jérémie Moreau

En plus, non contents d’être seulement méchants, voilà de sacrées bandes de crétins, idiots dégénérés !

Tiré d’une histoire possiblement vraie où un pauvre petit singe fera les frais de son uniforme français. (Des français pas moins cons et que les anglais, d’ailleurs. Pas de frontière pour ça !)

Un magnifique album avec un scénario à la hauteur du dessin !

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
1814 au large des côtes du petit village anglais de Hartlepool, un navire de la flotte napoléonienne fait naufrage lors d'une tempête. Au petit matin, sur la plage, les villageois retrouvent un survivant parmi les débris. C'est un singe qui jouait le rôle de mascotte à bord du vaisseau, et qui porte l'uniforme français. Or les habitants de Hartlepool détestent les Français, même s'ils n'en ont jamais vu en vrai. D'ailleurs, ils n'ont jamais vu de singe non plus. Mais ce naufragé arrogant et bestial correspond assez bien à l'idée qu'ils se font d'un Français... Il n'en faut pas plus pour qu'une cour martiale s'improvise.

Inspiré d'une légende tristement célèbre du Nord de l'Angleterre, Le Singe de Hartlepool est une fable tragi-comique qui parle de nationalisme va-t-en-guerre et du racisme ignorant qui ne connaît pas de frontières...

Le rapport de Brodeck

Deux tomes, l’autre et l’indicible

Glacial !

Le rapport de Brodeck, tome 1 : L’autre de Manu Larcenet

Il neige, il fait froid, ça pue l’isolement, le repli et la haine de l’autre.

L’autre assassiné.

Charge à Brodeck d’en rédiger le rapport dans l’étouffante atmosphère post guerre – camps de concentration – compromissions avec l’envahisseur.

Le rapport de Brodeck, tome 2 : L’indicible de Manu Larcenet

D’après le roman de Philippe Claudel

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'autre
L'Anderer ?
Vous n'avez pas fait ça, quand même ?

L'indicible
Dankelish, Fédorine.
Hier soir, quand Schloss m'a montré la chambre de l'Anderer, j'ai pris peur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Brodeck établit de brèves notices sur l'état de la flore et les saisons, un travail sans importance pour son administration. Il ne sait pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal. Le maréchal-ferrant lui demande aussi de consigner les évènements du village.