Les œuvres complètes de Sally Mara

Dans la première partie écrite à postériori, Raymond Queneau s’amuse à donner vie à Sally Mara en lui créant un journal intime. Ici, pas de morts, mais le même esprit coquin s’amusant d’une jeune fille d’une grande candeur entourée de vieux lubriques.

5 juin
Ce soir, de nouveau, il n'y avait pas de hareng au gingembre comme entrée. J'ai râlé. Maman a baissé le nez, Mrs. Killarney aussi sans pouvoir donner d'explications. Je me demande ce qu'elles ont.
J'ai reçu une nouvelle invitation, une party chez les Ex'Grégor O'Grégor, que je ne connais d'ailleurs pas. De la part de Pelagia. Je me suis aussitôt acheté trois nouvelles paires de bas, un autre porte-jarretelles, deux flacons de parfum, l'un pour la chevelure et l'autre pour les aisselles et une seconde paire d'escarpins de bal, pas à trop hauts talons. Ça me grandissait un peu beaucoup.
Tiens, j'allais oublier ; hier, Tim m'a dépucelée.
Journal intime de Sally Mara
Puis c’est au tour de Gertie Girdle de passer à la moulinette dans cette histoire de bureau de poste assiégé par des révolutionnaires irlandais rapidement dépassés par les événements. Une histoire qui tient toute seule, très drôle et coquine. Un petit chef d’œuvre parodique.

John Mac Cormack, d'un coup de pied, enfonça la porte.
 - Dieu sauve le Roi! déclara le receveur principal des Postes avec la fermeté des héros inconnus.
Il la boucla presto, d'ailleurs, car John Mac Cormack venait de lui fissurer le coffre de cinq balles doum-doum vachement et anatomiquement distribuées.
On est toujours trop bon avec les femmes : Un roman irlandais de Sally Mara de Raymond Queneau
Finalement, suivent quelques pages inutiles et pas très drôles de calambours et jeux de mots inaboutis. Zut, la fête était belle

Sérénité : Il est grand taon d'oublier les piqûres d'antan.
Sally plus intime
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Journal intime
13 janvier
Il est parti.
Le bateau s'en va, soufflant sa fumée monotone sur l'écran du ciel. II siffle. Il suffoque. Il va. Et il emporte Monsieur Presle, mon professeur de langue française.

On est toujours trop bon avec les femmes : un roman irlandais de Sally Mara
- Dieu sauve le Roi ! s'écria l'huissier qui avait été valet de lord dans le Sussex pendant trente-six ans, puis son maître disparut dans le naufrage du Titanic sans laisser d'héritier, ni de sterling, pour entretenir le « kasseul », comme on dit de l'autre côté du canal Saint-George.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
On est toujours trop bon avec les femmes paraissait en 1947 sous la signature de Sally Mara. Ce récit burlesque et un peu salace d'une insurrection irlandaise fut suivi d'un second ouvrage, en 1950, le Journal intime de Sally Mara. Mais les mystifications littéraires n'ayant qu'un temps, on publia, en 1962, les Œuvres complètes de Sally Mara sous la signature de Raymond Queneau.