Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Olivier Bruneau semble ne pas apprécier de faire deux fois la même chose. Dirty sexy valley ou Esther ne se ressemblaient en rien et cette fois encore : rien à voir.
Pharmakon de Olivier Bruneau
L’histoire un peu courte et peu développée d’un sniper au sein d’une milice privée testant une substance permettant de se passer de sommeil.
Dommage de ne pas mieux faire d’un pitch aussi prometteur
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Y a pas plus beaux paysages au monde que ceux des pays en guerre. Regardez cette montagne, de l'autre côté de la vallée. Le soleil se lève derrière elle, et l'ombre qui la couvre comme un drap noir se retire doucement, comme un tableau qu'on dévoile.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Isolés dans un pays déchiré par la guerre, retranchés dans leur camp, des mercenaires au service d'une entreprise privée ont pour mission de protéger une raffinerie de pétrole. L'un d'eux, tireur d'élite, reçoit un traitement expérimental qui doit lui permettre de rester sans sommeil plusieurs jours et nuits d'affilée, afin d'optimiser ses performances. Soumis à la solitude de cet état de veille artificiel, et à la menace fantôme d'ennemis toujours cachés, il vit contre la nuit, dans un paysage de plus en plus hypnotique, et une tension toujours plus dense.
Dans ma mémoire, le roman de Camus ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Peut-être un peu d’ennui scolaire nimbé d’une aura de chef d’oeuvre que je n’avais pas du comprendre. Guère plus.
L’étranger de Jacques Ferrandez, d’après le roman d’Albert Camus
L’adaptation m’avait donc intéressé, peut-être m’étais-je trompé alors et le dessin pourrait révéler ce qui m’avait échappé. Mais non. L’ennui est toujours là.
Certes, certaines aquarelles sont réussies, mais l’ensemble reste aussi statique que son personnage bartlebien. Une BD dans l’étouffante torpeur algérienne qui m’a laissé froid
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut- être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le jour où sa mère est morte, Meursault a remarqué qu’il faisait très chaud dans l’autobus qui le menait d’Alger à l’asile de vieillards, et il s’est assoupi. Plus tard, dans la chambre mortuaire, il a apprécié le café que lui offrait le concierge, a eu envie de fumer, a été gêné par la violente lumière des lampes électriques. Et c’est avec une conscience aiguë du soleil qui l’aveugle et le brûle que l’employé de bureau calme et réservé va commettre un acte irréparable.
Camus présente un homme insaisissable amené à commettre un crime et qui assiste, indifférent, à son procès et à sa condamnation à mort
Edith est malade et va mourir. Elle décide de se rendre en Suisse pour un suicide assisté avec Exit. Elle part avec son mari et ses enfants pour ce dernier voyage sans retour.
Le jour et l’heure de Carole Fives
En donnant une voix à chaque accompagnant-e, Carole Fives nous parle de la mort qui vient, des souvenirs, des relations de famille.
Une gentille famille de médecins et d’artistes, avec des voix trop uniformes qui manquent de relief pour donner suffisamment de contrastes à ce récit
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La veille, j'étais de garde. Vers vingt-deux heures, on m'a appelée pour une urgence. Un accouchement compliqué. La mère avait fait une grosse hémorragie. On avait réussi à sauver le bébé et je venais de la transférer en réa dans un autre hôpital. J'étais encore totalement là-dedans, dans « Toi et ton bébé, je vous en supplie, vous restez en vie ». Il faut toujours un certain temps après pour redescendre. C'est très addictif les urgences gynécologiques, les urgences en général... on voudrait continuer à sauver le reste du monde, en mode superhéros, mais on reste là, les bras ballants : y'a plus personne à sauver.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « On s'est tous retrouvés à la gare de la Part-Dieu vers sept-huit heures. Maman avait son rendez-vous en début d'après-midi et elle n'avait qu'une peur, le rater. Le GPS annonçait cinq heures de route. On est partis avec la Peugeot à sept places. Papa et Maman devant, et nous, les quatre enfants, derrière, comme à la belle époque. Il ne manquait que les scoubidous et les cartes Panini.
Papa a toujours eu une conduite assez brusque mais alors là, on aurait dit qu'il le faisait exprès. De la banquette arrière, je voyais Maman, à l'avant. Elle ne disait rien mais, à chaque fois que Papa freinait, ou accélérait, son visage se crispait. J'en avais mal pour elle. À un moment, il y a eu une énorme secousse, c'est sorti tout seul, je n'ai pas pu me retenir, mais c'est pas vrai ! Il va tous nous tuer ce con ! »
Edith se sait gravement malade. Elle a convaincu son mari et leurs quatre enfants de l'accompagner à Bâle, en Suisse, où la mort volontaire assistée est autorisée. Elle a choisi le jour et l'heure. Le temps d'un dernier week-end, chacun va tenir son rôle, et tous vont faire l'expérience de ce lien inextricable qui soude les membres d'une famille.
Dans un road trip tendre et déchirant, Carole Fives dresse avec délicatesse le tableau d'un clan confronté à l'indicible et donne la parole à ceux qui restent
Pauvre folle d’aimer, d’espoir et d’impossible. Folle et enfermée dans un déni passionnel.
Pauvre folle de Chloé Delaume
Avec une écriture sublime (qui m’a réveillé d’anciens souvenirs de Kundera), Chloé Delaume dévoile les tourments de Clotilde, emportée dans les tourbillons d’un impossible amour.
C’est vertigineux, souvent drôle, subtile et écrasant.
Pauvre pauvre folle
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La fin du monde n'a pas du tout la forme prévue. Derrière la vitre embuée, Clotilde observe la neige couvrir avril ; le train qui l'emporte traverse autant de forêts mortes que de prés empoissés par des ruisseaux boueux. Elle regarde le décor se déliter lentement, l'époque s'appelle Trop tard, chacun est au courant, alors elle se demande comment font toutes ces bouches pour prononcer encore sérieusement le mot Avenir.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans toutes les histoires d'amour se rejouent les blessures de l'enfance : on guérit ou on creuse ses plaies. Pour comprendre la nature de sa relation avec Guillaume, Clotilde Mélisse observe les souvenirs qu'elle sort de sa tête, le temps d'un voyage en train direction Heidelberg. Tandis que par la fenêtre défilent des paysages de fin du monde, Clotilde revient sur les événements saillants de son existence.
La découverte de la poésie dans la bibliothèque maternelle, le féminicide parental, l'adolescence et ses pulsions suicidaires, le diagnostic posé sur sa bipolarité. Sa rencontre, dix ans plus tôt, avec Guillaume, leur lien épistolaire qui tenait de l'addiction, l'implosion de leur idylle au contact du réel. Car Guillaume est revenu, et depuis dix-sept mois Clotilde perd la raison. Elle qui s'épanouissait au creux de son célibat voit son coeur et son âme ravagés par la résurgence de cet amour impossible.
La décennie passée ne change en rien la donne : Guillaume est toujours gay, et qui plus est en couple. Aussi Clotilde espère, au gré des arrêts de gare, trouver une solution d'ici le terminus
Excellent ! C’est acté, les femmes enterrent définitivement l’érotisme à la papa.
Suite à une brève préface signée Charlotte Pudlowski, suivent six nouvelles autour du désir, celui des femmes.
Et c’est Emma Becker qui ouvre les feux avec un quiproquo magnifique, une embrouille délicieuse.Paul n’est pas venu de Emma Becker
Elle est suivie par la très drôle (si, si) Marina Rollman dans un France-Suisse au score tendu.Les femmes marrantes de Marina Rollman
Joy Majdalani nous parle d’une passion interdite pour Arthur (le pauvre, en plus, il est moche).Arthur qui est moche de Joy Majdalani
Wendy Delorme nous parle du désir au féminin, hélas impossible… le temps de laisser monter le désir.Les cinq pas qui séparent le canapé du lit de Wendy Delorme
Emmanuelle Richard raconte le sexe au temps du Covid.Ta fenêtre en face de Emmanuelle Richard
Et Laurine Thizy termine avec un classique, mais très réussi : le moniteur de ski.Ismaël de Laurine Thizy
Quel excellent recueil de nouvelles autour du désir et ses multiples facettes (aussi colorées que la couv’) qui se conclu par une petite (et bienvenue) présentation des autrices.
Pour conclure, (hélas, c’est trop tôt), oui, on en veut encore !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Vous êtes sur un canapé, au restaurant, dans un bar. Vous êtes face à un inconnu, une inconnue, qui vous parle ; vous l'écoutez. Vous regardez ses lèvres. Chair tendre pigmentée, qui remue. De sa bouche, les mots qui s'échappent rencontrent le réel, entrent dans vos oreilles, creusent un chemin vers votre ventre, vous pénètrent. Vous êtes immobile, fébrile. Vous avez envie de l'embrasser et vous ne savez pas si ce sont ses mots que vous voudriez manger, ou son corps. Dans cette chorégraphie: le début de la jouissance, déjà. Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Elles veulent, elles fantasment, elles jouissent.
Mais avant tout, les femmes mènent la danse.
Six autrices explorent le désir au féminin. Les hommes deviennent des proies et les fantasmes prennent chair. Leurs héroïnes sont libres, modernes et drôles. Elles nous ressemblent.
Emma Becker, Wendy Delorme, Joy Majdalani, Emmanuelle Richard, Marina Rollman et Laurine Thizy se font la voix d'un érotisme d'aujourd'hui. Elles dessinent les contours d'un monde nouveau, dans lequel les femmes ne sont plus objets de désir mais actrices de leur plaisir.
Suite à un petit souci temporel dans le tome 5, Télonius et Mumin ont bien vieilli… en tout cas leur corps et leurs articulations ! Chronosquad, tome 6 : Chapeaux melons et hordes de Huns de Giorgio Albertini, dessins et couleurs de Grégory Panaccione
Dans ce sixième tome, les soucis temporels se superposent les Huns aux autres pour une bouillabaisse qui peine à en dévoiler un goût bien clair… (Et si cette phrase ne semble pas très compréhensible, elle me semble être, ma foi, à la hauteur de cette histoire qui peine à conserver la simplicité et la fraîcheur des premières aventures)
Pourtant, le dessin et les couleurs de Panaccione me semblent de plus en plus travaillées avec des planches vraiment très réussies !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le temps ne pouvait pas être plus pourri.
Calme toi
Quelque chose va se passer tu vas voir.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Alors qu'ils recherchent une jeune employée spatio-temporelle portée disparue dans le Japon de la fin du XIXe siècle, Bey et Hera aperçoivent Silverberg étonnamment rajeunie. Penn, quant à elle, revient d'une mission qui a mal tourné. Des touristes sont morts, d'autres ont été capturés par les hordes d'Attila. Bloch, toujours attentif aux détails historiques, sait comment leur porter secours
L’histoire d’un coup de foudre, brutal, imparable. Celui qui bouleverse et remue les tripes d’un timide tétanisé.
La Vénus au parapluie de Thibaud Gaudry
Dans une écriture pleine de légèreté et de poésie, Thibaud Gaudry nous emporte dans ce tourbillon de joie malheureuse. C’est tendre, drôle et délicat, une passion à Paris.
Alors certes, les grincheux trouveront ça probablement nunuche ou gentillet. Ils auront même peut-être raison. Mais c’est si joliment fait
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ce matin-là, c'est une humeur qu'il considéra comme guillerette qui l'expulsa de son lit. Quelques entrechats primesautiers le menèrent à la cuisine. Des morceaux de brioche jaillirent du grille-pain comme des fusées un soir de fête nationale. Il remarqua que le café n'avait pas le même goût que la veille.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il pleut. Elle a un parapluie, il n'en a pas. Un dimanche soir, devant l'enseigne d'un cinéma d'art et d'essai de la capitale, elle l'invite à s'abriter. Et c'est la foudre, soudain, qui s'abat sur lui...
Premier roman trépidant, baroque, La Vénus au parapluie entraîne le lecteur dans une cavalcade amoureuse. Thibaud Gaudry mêle langue poétique et fantaisie. Avec, en toile de fond, un amour profond pour Paris et les vieilles comédies américaines
Rachid Benzine continue à explorer les relations familiales et creuse ici la difficile communication père-fils. Cette vague qui part de l’admiration aveugle à la honte, l’incompréhension ou la colère…
Mais un jour c’est la fin. Et… ? S’était-on tout dit, avait-on réussi à parler, avait-on quelque chose à se dire ?
Les silences des pères de Rachid Benzine
Une histoire de toute beauté qui m’a laissé vidé. Une écriture magnifique pour dévoiler toutes ces émotions qui n’avaient jamais pu naître.
Une merveille
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le pianiste est penché sur son clavier. Ses bras tombent sur l'instrument, épuisé, comme vaincu. Ses mains sont cachées par l'immense piano. Dans la salle de concerts de l'Opéra de Cologne, l'auditoire reconnaît les notes de la sonnerie annonçant habituellement le début d'un concert. Le silence se fait. Ce n'est pourtant pas s l'avertissement mais le concert lui-même qui débute. L'improvisation durera une heure et six minutes.
Keith Jarrett n'avait pas dormi.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un fils apprend au téléphone le décès de son père. Ils s'étaient éloignés : un malentendu, des drames puis des non-dits, et la distance désormais infranchissable. Maintenant que l'absence a remplacé le silence, le fils revient à Trappes, le quartier de son enfance, pour veiller avec ses soeurs la dépouille du défunt et trier ses affaires. Tandis qu'il débarrasse l'appartement, il découvre une enveloppe épaisse contenant quantité de cassettes audio, chacune datée et portant un nom de lieu.
Il en écoute une et entend la voix de son père qui s'adresse à son propre père resté au Maroc. Il y raconte sa vie en France, année après année. Notre narrateur décide alors de partir sur les traces de ce taiseux dont la voix semble comme resurgir du passé. Le nord de la France, les mines de charbon des Trente Glorieuses, les usines d'Aubervilliers et de Besançon, les maraîchages et les camps de harkis en Camargue : le fils entend l'histoire de son père et le sens de ses silences
Les quatre premiers Chronosquad m’avaient laissé un sentiment très mitigé. Un scénario sympa mais un peu léger avec toutefois une cohérence intéressante. Des dessins de Panaccione à la qualité très diverse où des planches de grande qualité côtoient des brouillons approximatifs.
Chronosquad, tome 5 : Vie éternelle mode d’emploi de Giorgio Albertini, dessins et couleurs de Grégory Panaccione
Tombé par hasard sur ce cinquième tome, j’ai été très heureux de découvrir un dessin plus abouti et une histoire dont le fond sur l’immortalité est assez sympatoche.
Une bonne retrouvaille avec des Chronosquad qui risquent bien de prendre un sacré coup de vieux dans un voyage au pays de l’éléphant !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Booouum
Donc...
... nous avons deux pipes...
... une lampe à huile...
Bouum
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Non, les Chronosquads n’ont pas remisé leur équipement !
Une anomalie rare du voyage dans le temps provoque le naufrage de deux journalistes, d’un scientifique et d’une romancière connue, en haut d’une montagne, au début du Moyen Âge d’une ligne temporelle inexplorée. Les Chronosquads se préparent pour un sauvetage inédit ignorant en partie les risques d’un trop long séjour dans cette dimension
A en croire ce que j’avais appris, ce livre est un véritable tour de force, un exploit ! On m’avait dit (et j’avais cru) qu’il était impossible de raconter le bonheur. Ce livre magnifique vient casser ce mythe !
L’amour de François Bégaudeau
C’est beau et tendre, ça ne veut pas dire que des malheurs n’y ont pas leur place, mais c’est bien une histoire heureuse dont il s’agit. Pas même de suspense inutile, c’est inscrit au dos en première ligne, ce livre raconte deux vies, il raconte l’amour.
Un vrai bonheur !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La première fois que Jeanne voit Pietro, c'est au gymnase où sa mère fait le ménage.
Quand c'est le jour de nettoyer les gradins, la mère embarque sa fille, on n'aura pas trop de quatre bras. Jeanne y gagne 20 francs, ça fait un petit complément à sa paye de l'hôtel. Et puis ça l'occupe.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « J’ai voulu raconter l’amour tel qu’il est vécu la plupart du temps par la plupart des gens : sans crise ni événement. Au gré de la vie qui passe, des printemps qui reviennent et repartent. Dans la mélancolie des choses. Il est nulle part et partout, il est dans le temps même.
Les Moreau vont vivre cinquante ans côte à côte, en compagnie l’un de l’autre. C’est le bon mot : elle est sa compagne, il est son compagnon. Seule la mort les séparera, et encore ce n’est pas sûr. »
F. B.