Alors que l’on me demandait, en me voyant ouvrir ce livre, si je n’en avais pas un peu marre de lire encore des bouquins de ce genre (entendons par là : féministes et révoltés). J’avais répondu que non, vraiment pas ! J’y trouvais de la rage, une écriture nouvelle et politique. Une littérature jubilatoire et engagée pleine de convictions, armée de revendications solides et argumentées.
Ce livre en est un parfait exemple !

Un essai qui tient entièrement dans son titre, 100 pages qui disent fièrement : ne nous chiez plus dans les bottes où vous allez vous les prendre dans le cul ! (notez que c’est beaucoup mieux dit que ça !)
Brillant !
Je me permet de copier ici l’intro qui annonce bien la couleur
J’imagine cet essai comme un combat. Je voudrais écrire un essai-colère, un essai-rage. Qu’il soit reçu comme une avalanche de coups. Entre chaque phrase, il faudra visuliser une énergie qui se déploie. Il faudra voir les muscles de mes cuisses se contracter, mon centre de gravité s’abaisser et mes poings en position de garde. Il faudra comprendre pourquoi je m’efforce de maintenir mes épaules détendues et mes réflexes alertes, imaginer avec précision un coude qui se baisse légèrement, des hanches qui se tournent. Voyez leur rotation, voyez comme elles suivent l’élan du bras, le propulsent vers sa cible. Entre chaque mot de chacune des phrases qui composent ce texte, il faudra entendre le bruit d’un corps qui en cogne un autre. Les martèlements de ma colère ne suffiront peut-être pas à faire éclater l’histoire de ma famille. Alors, il vaudra mieux garder en tête l’image de bandages noirs autour de mes jointures. Ils enrubannent leur tranchant, empêchent la peau de se fendre, me protègent des fractures aux poignets. Ils me permettent surtout de frapper plus fort.
L'agression de trop
Un des conseils qui me mettait le plus hors de moi après qu'un homme m'a agrippé les fesses sur le quai d'une station de métro à Montréal était de ne plus prendre les transports en commun.
Armer la rage est une charge contre la culture du viol, la violence familiale et une société qui, plutôt que d’apprendre aux femmes à contre-attaquer en cas d’agression sexuelle, préfère les mettre en garde contre le risque de se défendre.
Cet essai jette un regard à la fois intime et politique sur les traumas sexuels dans leurs différentes modalités (directe, indirecte et insidieuse), sur le droit des femmes à l’autodéfense et sur le pouvoir de l’écriture pour un sujet qui n’a su qu’à l’âge adulte qu’il existe des familles préservées de la terreur.











![Nelly Arcan en avait fini par se pendre de toutes ces histoires-là, Nelly Arcan qui avait pour elle, l'intelligence et la poésie, mais dont la plus grande part de l'énergie avait été perdue, gâchée à cela : comparer ses seins à ceux des autres femmes à l'aune et sous la surveillance de ce regard-là, qui souvent traversait les yeux des garçons que l'on aimait, et ça faisait mal - et je me demande moi, ce que ça ferait si depuis toutes petites, on s'amusait comme ça, à voix haute, à détailler devant tout le monde le corps des garçons, les garçons qui ont peur je le sais bien, tout le monde le sait, on nous le répète assez souvent comme s'il s'agissait là d'un argument indémontable, d'une raison suffisante pour, peur que leur bite ne soit pas, oui mais ce n'est pas une raison suffisante et ça n'a jamais été, une affaire publique discutée dans la cour de l'école par des petites filles assemblées en [...]](https://i0.wp.com/www.noid.ch/wp-content/uploads/2024/10/pour-britney.jpg?resize=660%2C434&ssl=1)

