L’assignation : les Noirs n’existent pas

Difficile d’écrire à chaud une critique de ce petit essai-récit. D’autant plus difficile en tant qu’homme blanc, hétéro-cis n’ayant jamais à subir quelque discrimination en raison de ma religion, couleur, sexualité, genre, sexe, apparence ou appartenance.

« Qui est cette Noire au nom de Blanc ? »
Avec un nom comme le mien, on se retrouve souvent dans des situations où l'interlocuteur qui vous fait face doit trouver des raisons cachées pour justifier de ne pas vous louer l'appartement qui, pourtant, au téléphone, vous semblait promis. Avec un nom comme le mien, il faut qu'un employeur déploie des trésors d'invention pour justifier de ne pas vous embaucher alors que la lettre de motivation, à laquelle vous n'aviez pas joint de photo, semblait parfaitement correspondre au poste. Avec un nom comme le mien, il arrive souvent que l'on dise : « Ah, c'est drôle, je ne vous voyais pas comme ça. »
L’assignation : les Noirs n’existent pas de Tania de Montaigne
Mais qu’est-ce que cette assignation dont parle Tania de Montaigne ? Si ce n’est ce réflexe de mettre toutes et tous dans le même panier en fonction d’un unique critère, au choix : les Femmes, les Noirs, les Juifs, les Musulmans, les Homosexuels…

Un texte court, mais point trop n’en faut pour être clair et ouvrir une porte à un peu plus de réflexion sur le racisme et de l’un de ses pendants récent, la question de l’appropriation culturelle. A qui appartient une culture ? Comment pourrais-je, par ma couleur de peau, mon genre, sexe ou ma religion… automatiquement être assigné à une culture ?

Bien des questions qui vont me démanger encore un moment

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Et vous, en tant que Noire, qu'est-ce que vous en pensez ?
Été 2016. Une journaliste française souhaite avoir mon avis sur un sujet brûlant: Katy Perry, chanteuse pop américaine blanche, interprète du fameux I Kissed A Girl, s'est fait des tresses africaines. Katy Perry s'est fait des tresses. Il s'agit là d'un cas manifeste « d'appropriation culturelle », du moins c'est ce qu'en pensent des associations qui se sont senties profondément choquées par ce choix « déplacé et irrespectueux à l'égard de la culture Noire ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans ce récit bref, puissant et personnel, Tania de Montaigne revient sur son parcours pour interroger une société où le racisme et l'antiracisme se répondent désormais avec le même langage.

« Trois jeunes femmes étaient assises, non loin de moi, dans un restaurant. L'une a dit : "Je n'ai jamais couché avec un...enfin tu vois...un Jaune". "Moi, c'est avec un Noir que je n'ai jamais couché" a dit la seconde. "Faut dire qu'ils sont équipés!" a renchéri la troisième, "Les Noires, elles, elles peuvent, elles ont des grands vagins." "Ah bon ?" a dit la seconde. "Bah, oui, c'est comme pour les femmes... enfin... les Asiatiques, elles ont des sexes plus courts, c'est prévu pour." Ce jour-là, j'ai donc appris que, comme toutes les Noires, j'avais un grand sexe.

Oui, mais qu'est-ce qu'une Noire ?

J'essaie de me souvenir du temps où je n'étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Un adjectif, pas un nom. Une simple couleur. Je passe en revue les souvenirs, la cité, l'école, les premiers boulots...Mais dans toutes ces images, je suis déjà Noire.
Alors, qu'est-ce qu'une Noire? D'ailleurs, est-ce que ça existe ?

Et si les Noirs (et tous ceux dont on peut parler en ayant l'illusion qu'en mettant une majuscule on a tout dit d'eux) n'existaient pas ? »

Réalité augmentée

Si je connaissais déjà les détournements de Dave Pollot, le blase de Blase m’était inconnu. Et lorsque, de voyage à Paris en me rendant à la Brasserie Mollard, je suis tombé sur la vitrine (fermée, malheureusement) de Blase, au fond de la magnifique galerie Vivienne. Après être resté coincé 15 bonnes minutes à m’étirer le cou pour tenter de n’en rien manquer, j’ai vu qu’un beau livre était en vente et je l’ai immédiatement collé dans ma wishlist avant de devoir courir pour éviter de perdre notre réservation à la mythique adresse de la rue Rue Saint-Lazare.

Réalité augmentée de Blase
Le beau livre reçu, le premier geste fut d’en tourner frénétiquement les pages, émerveillé d’amusement.

Mais une seconde lecture (oui, c’est un beau livre qui gagne à être lu !) permet d’entrer dans l’atelier où Blase nous raconte son parcours et livre quelques anecdotes concernant ses créations.

Un beau livre, d’abord drôle puis touchant et finalement, vraiment impressionnant. J’adore !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est de bon ton, dans les livres d'artistes, de démarrer par une introduction relatant la vie/l'œuvre dudit artiste, le présentant sous un jour authentique, bon esprit et invariablement de gauche. Je ne vous cache pas que je suis mal à l'aise avec ce type d'exercice. Me présenter sans céder à la tentation de me faire pardonner d'être là je ne sais pas faire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
S’il est une chose que Blase sait détourner grâce à ses images, c’est bien notre regard. Artiste inclassable, ce peintre faussaire manie l’art du détournement et des anachronismes avec virtuosité.

Qu’elle soit simplement drôle, parfois moqueuse ou provocatrice, souvent satirique voire dénonciatrice, chaque œuvre est unique.
Ce livre rassemble plus de cinquante tableaux emblématiques de l’artiste. Les textes autobiographiques qui les accompagnent offrent un éclairage singulier sur son travail.

Ancien marchand d’art, restaurateur de tableaux de formation, Blase dirige un atelier dans la galerie Vivienne à Paris, le Blase Workshop, dans lequel il expose sa vision du monde.

Il était une fois Fluide Glacial

Durant plus de quinze ans (à la louche), je me suis réjoui, ado puis adulte, tous les mois, en découvrant le nouveau Fluide Glacial ! Sans jamais louper un numéro, il a fait partie de ma vie comme aucun autre livre, journal ou magazine. Une relation unique. Après, je ne sais pas, j’ai du devenir vieux ou con, je sais pas trop, mais je l’ai délaissé.

Il était une fois Fluide Glacial
Citer tous les auteurs serait trop long, mais quelle incroyable équipe ! Combien de talents sont passés par là ! Bien sûr, Gotlib, génial co-fondateurs ! Mais Alexis, Léandri, Gossens, Édika, Binet, Hugo, Lob, Solé, Lelong, Giménez, Franquin, Foerster, Ralph König, Tronchet, Maëster, Moerell, Coyote, Margerin, Blutch, Bretecher, Gaudelette, Larcenet, Sattouf, Vuillemin, Fabcaro… Pour ne citer que ceux qui m’ont le plus marqué (témoignage certainement de la période de mes lectures (en noir et blanc à mon époque) et non de la qualité de tous les auteurs qui ont suivi). Alors pardon à tous les autres !

Merci Fluide, merci pour ce recueil anniversaire qui, comme une madeleine, réveille tous ces souvenirs instantanément

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je me revois encore marmot, ce beau matin brumeux, dans ma Meurthe-et-Moselle natale, poussant la porte du PMU de ma cité (Chez Colette) pour aller acheter mes Gauloises.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Il était une fois Fluide Glacial, un magazine d'umour et bandessinées crée en 1975 par Marcel Gotlib et Jacques Diament...

Depuis 40 ans, des centaines d'artistes (dessinateurs, scénaristes, rédacteurs, etc.) ont contribué à son succès et à le rendre culte.

Et ils eurent beaucoup d'enfants...

Et l’homme créa les dieux : comment expliquer la religion

En anthropologue, Pascal Boyer tente ici de comprendre ce qui ─ du Cambodge à Salt Lake City, du Cameron jusqu’en Finlande ─ est à l’origine des croyances humaines. Avatars surnaturels, ancêtres, dieux, zombis… Pourquoi l’humanité les a-t-elle créés ?

Comme je l'ai déjà souligné à maintes reprises, l'élaboration de concepts religieux repose sur des capacités et des systèmes mentaux que nous avons déjà, concepts religieux ou pas. La morale religieuse se sert des intuitions morales, les notions d'agents surnaturels exploitent nos intuitions concernant le vivant en général, et ainsi de suite. C'est pourquoi j'ai dit que les concepts religieux parasitent nos capacités mentales. L'aptitude à jouer de la musique, à peindre des tableaux et même à donner un sens à des taches d'encre sur du papier sont, à cet égard, tout aussi parasitiques. Comme la religion. Parce que les concepts supposent toutes sortes de capacités spécifiquement humaines, on peut décrire la religion en décrivant la manière dont ces différentes capacités sont recrutées, comment elles contribuent à créer les traits que partagent toutes les religions du monde. Il est inutile de supposer qu'il existe un mode de fonctionnement spécial que déclencheraient exclusivement les pensées religieuses.
Pour terminer, je devrais en bon anthropologue souligner que cette idée de la religion en tant que domaine à part est non seulement dénuée de fondement mais tout à fait ethnocentrique.
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Et l’homme créa les dieux : comment expliquer la religion de Pascal Boyer
A la manière d’un testeur informatique, convoquant neurologie, psychologie, sociologie et anthropologie, il dissèque nos fonctionnements pour tenter d’en trouver les failles qui ont permis au surnaturel de s’y glisser tout naturellement.Telle est la vraie tragédie des théologiens non seulement les gens, parce qu'ils sont dotés d'un esprit et non d'une simple mémoire livresque, seront toujours théologiquement incorrects, ajouteront toujours leur touche personnelle au message et le déformeront mais, en outre, la seule façon de protéger le message de ces altérations c'est de le rendre cohérent, donc prévisible, ce qui favorise la dissidence imagiste et menace la position de la corporation.Tout ça semble assez bien tenir la route même si à la fin de cette lecture, j’avoue ne pas tout comprendre beaucoup mieux.

A noter quand-même que si cet essai tente de mettre à jour les origines des croyances et leur inébranlable succès, il ne parle absolument pas de ce que les hommes en ont fait.

Un essai adapté en bande-dessinée par Joseph Béhé peut-être un peu plus accessible… quoique 😉

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une voisine, au village, me conseille de me protéger des sorciers. Faute de quoi ils me lanceront des flèches invisibles qui pénétreront dans mes veines et m'empoisonneront le sang.

Un chaman fait brûler des feuilles de tabac devant une rangée de statuettes tout en leur parlant. Il leur demande de se rendre dans les villages du ciel pour l'aider à guérir un patient dont l'âme est retenue prisonnière par des esprits invisibles.

Un groupe d'adeptes s'en va racontant que la fin est proche. Le Jugement dernier est prévu pour le 2 octobre. La date arrive et rien ne se produit. Les fidèles continuent à clamer que la fin est proche (mais la date a changé).


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Là où il y a des hommes, il y a des dieux, des ancêtres, des esprits, des sorcières et des démons. D'un bout à l'autre de la Terre, du bocage normand à la brousse africaine, des hauteurs de l'Himalaya aux confins du Pacifique, on retrouve le même cortège bigarré de croyances et de pratiques dont la finalité et la cause restent somme toute obscures. Car, au fond, s'il y a partout de la religion, sait-on pourquoi il en est ainsi ?

Dans cet ouvrage novateur, Pascal Boyer résout l'énigme en l'abordant sous trois angles différents. D'abord, les résultats de l'ethnographie moderne démontrent l'étonnante diversité des religions humaines mais aussi l'existence, sous ce foisonnement, de thèmes récurrents, de caractéristiques universelles. Ensuite, les sciences du cerveau, qui ont connu une véritable révolution au cours des trois dernières décennies, permettent de comprendre comment se forment les croyances religieuses. Enfin, le renouvellement de la réflexion darwinienne appliquée au cerveau permet d'inscrire le phénomène religieux dans l'histoire de notre espèce.
C'est parce que nous sommes dotés d'un certain type de cerveau, fruit dune certaine évolution, que la religion existe. Mais c'est seulement en s'intéressant au détail des résultats décrits ici par Pascal Boyer que l'on pourra mesurer la force de cette assertion. Car cette approche permet non seulement de comprendre enfin pourquoi la religion existe, mais aussi pourquoi elle entretient un rapport particulier avec la mort et la morale, pourquoi il y a des rituels, pourquoi il existe des institutions et des doctrines, et pourquoi la force de ces croyances est telle qu'elles peuvent pousser les hommes au don de soi - mais aussi à l'intolérance et au fanatisme.

Gêne et confusion

Fabienne Radi aime à s’amuser de la dérision dérisoire de nos vies. Mais alors que la définition de la dérision impliquerait mépris et moquerie, Fabienne (qui ne se prénomme pas Isabelle) joue en tendre complice avec nos petits égarements.

Question pour une géomorphologue
À quel moment un tas mou se transforme-t-il en flaque épaisse ?
Gêne et confusion de Fabienne Radi

Et au travers de ces tranches de vies, anecdotes célèbres ou ignorées, histoires de familles et autres petits embarras, elle nous rappelle à la raison. La vie nous offre tant de cadeaux pour peu que nous sachions les voir.

Filles de la campagne
« Je marcherais à travers le désert en mangeant des briquettes de charbon de bois imbibées de Tabasco pendant quarante jours et quarante nuits pour ne plus jamais avoir à écouter quoi que ce soit en rapport avec les Shaggs. »
Cette sentence fleurie a été postée sur internet il y a plusieurs années par un amateur de rock, visiblement perturbé par une expérience auditive douloureuse. À l'inverse, dans une formule plus incisive, et avec une pointe d'ironie mais pas que, Frank Zappa déclarait en son temps : « Les Shaggs sont meilleures que les Beatles. » Un point de vue qui infusera lentement, jusqu'à renverser l'image des Shaggs. Passées de pire groupe du monde à la fin des années 1960 à meilleur pire groupe du monde dans les années 1980, les Shaggs deviennent un groupe culte à partir des années 2000. Ce qui est assez épatant pour une formation qui n'a pas eu plus de six ans d'existence, et dont les membres n'ont jamais eu envie de faire de la musique.

Tour à tour drôle, touchante, amusée, ridicule, émerveillée, intéressée… Fabienne Radi nous parle de nous avec un petit sourire malicieux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ma belle-sœur a un chien depuis quelques mois. C'est un bâtard issu d'un croisement improbable; le résultat est aussi incongru qu'intéressant. Un museau pointu de teckel, de longues pattes de lévrier et un thorax puissant de boxer. On dirait que les différentes parties de son anatomie ont grandi séparément.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un avocat essaie de cacher sa langue poilue ; une jeune femme se méprend sur les paroles de sa prof de yoga ; un frère envoie ses condoléances par erreur depuis la Sibérie ; une mère s'acharne sur une tache qui ne part pas ; un homme refuse le cadeau fait par une amie... Les protagonistes de « Gêne et confusion » sont confrontés à des situations plus ou moins embarrassantes, traversent même parfois des moments de honte.

Votre santé a un sexe : l’urgence de régler les inégalités femmes-hommes face à la santé

Si certains éléments sont bien connus et d’autres peuvent sembler évidents, ce petit livre est assez épatant par la largeur de son ouverture aux différentes facettes de la santé. Masculinité toxique, charge mentale, religion, démarche scientifique, formation des médecins, monde du travail, genre, sexualité… Les inégalités sont partout et elles ont un impact direct et chiffré sur la santé.

Le mariage hétérosexuel dégrade la santé des femmes
Ce n'est pas une analyse woke, mais une analyse scientifique : les femmes célibataires vivent mieux. C'est un constat simple, clair et que les données confirment sans ambiguïté. Contrairement à ce que la société a voulu nous faire croire pendant des siècles ─ cette idée que le mariage serait la clé du bonheur et de la santé pour les femmes ─, la réalité est tout autre. Être célibataire offre aux femmes une liberté qui se traduit directement dans leur bien-être, leur santé et même leur longévité.
Votre santé a un sexe : l’urgence de régler les inégalités femmes-hommes face à la santé de Matthias Savignac et Marlène Schiappa
Mais si ce panorama des inégalités m’a semblé plutôt exhaustif et sourcé, son petit côté « outil de campagne » m’a un peu chiffonné.

Un excellent petit outil pour ouvrir les yeux sur une réalité dérangeante

Les hommes meurent plus tôt, les femmes souffrent plus longtemps.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À première vue, femmes et hommes ne semblent pas connaître de discriminations dans l'accès aux soins et à la santé. La maladie touche tout le monde, nous direz-vous ! Et les problèmes de désertification médicale ou de coût des soins impactent aussi bien les femmes que les hommes. Vous aurez raison d'affirmer cela.
Et pourtant...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Notre système de santé est pétri de stéréotypes de genre. Ils impactent négativement les parcours de santé des femmes... et des hommes ! Comment ? Via des inégalités entre les sexes profondes, invisibles ou minimisées. Les douleurs des femmes sont trop souvent attribuées à des causes psychologiques, retardant des diagnostics pour des maladies allant de l'endométriose aux troubles cardiaques. La recherche médicale continue à se fonder sur un patient « masculin neutre ». Elles assument la charge mentale des soins familiaux de toute la famille au détriment des leurs : c'est le « syndrome Doctolib ». Les hommes, soumis à une injonction à la performance, sont sous-diagnostiqués pour certains cancers ou troubles psychologiques.

En somme, si les hommes meurent plus tôt, les femmes souffrent plus longtemps. Un vrai « gender health gap » s'est creusé et tout notre système de santé y plonge. Appuyé sur des études rigoureuses et chiffrées, ce livre pousse un cri d'alarme, éclaire ces injustices et propose un nouveau paradigme. Pour qu'enfin votre santé ne dépende plus de votre sexe !

Dans l’indifférence générale

Si vous avec déjà lu Sébastien Bohler, vous devriez vite capter de quoi il s’agit. Comment l’humanité peut-elle s’auto-détruire avec tant d’indifférence ? Comment est-ce possible que nous continuions à massacrer faune, flore, écosystèmes, climat et planète dans un tel élan sans aucune réaction digne du danger imminent ?

Dans l’indifférence générale de Roberto Grossi, traduction de Maïa Rosenberger
Les planches sont superbes dans une édition soignée, un magnifique ouvrage pour une bien sombre histoire : la notre.

Mais Roberto Grossi ajoute une nouvelle pierre en mettant en avant plusieurs éléments : ce sont bien les plus riches qui causent le plus de dégâts (et notez que si vous avez acheté cette bande dessinée, il y a de fortes chances que vous en faisiez partie). Le système économico-politique porte en lui cette force autodestructrice et un avenir pérenne nécessitera d’amples bouleversements et changements de valeurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y a quelques jours, j'ai fait un rêve.
Un homme en pleine mer.
Des tours qui miroitent au loin.
L'eau calme.
Un yacht.
En pleine mer.
C'est tout ce qu'il a toujours désiré.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Il est plus facile d'imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. »

En utilisant toute la puissance de la narration par l'image, Roberto Grossi s'attaque au grand aveuglement de notre époque : les changements climatiques provoqués par l'homme, une menace que nous ne voulons pas voir, que nous peinons à comprendre, alors qu'elle met en jeu notre survie même.

Grâce à un récit captivant qui mêle science, histoire, politique et expérience personnelle, l'auteur nous livre une vision complète de la problématique, révélant la profonde crise démocratique qui se cache derrière ce désastre environnemental.

Y a-t-il des leçons de l’histoire ?

Celles et ceux qui attendraient une réponse univoque seront déçu. Car au long des courts chapitres thématiques, Edgar Morin va répondre que oui, mais non, évidement non, mais oui quand même, enfin parfois, et de toute façon, c’est à postériori, alors oui, mais sait-on jamais, et il faut encore voir et rien n’est définitif car les contre-exemples sont nombreux…

Dixième leçon
Rien n'est plus humain et plus inhumain que la guerre 
La création des outils de chasse, lances, flèches, a favorisé le caractère meurtrier des guerres entre sociétés humaines. Homo faber a travaillé pour Homo demens. 
Ces guerres sont limitées et ritualisées chez les chasseurs-cueilleurs. La sédentarité agricole va faire de la récolte des paysans une proie pour les nomades prédateurs. Les paysans seront à la fois protégés et asservis par ceux qui les domineront. La guerre révèle les héros qui résistent à la peur, mais aussi les lâches qui y cèdent. Elle dit l'obéissance quasi moutonnière des troupes envoyées à la boucherie, et parfois la révolte de ces mêmes troupes contre leurs chefs.
Y a-t-il des leçons de l’histoire ? de Edgar Morin
En dehors de la blague, voilà un petit livre qui ouvre beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses définitives (avec une vision de l’histoire plutôt « guerres, pouvoir et personnalités ») et qui démontre qu’une question qui peut sembler toute simple, cache bien des pièges et des subtilités.Les leçons de l'Histoire
L'Histoire porte en elle sous forme humaine les grandes forces cosmiques d'union et de désunion, de concorde et de discorde. Ses leçons sont capitales.
Elle nous révèle une complexité permanente dans ses progressions, régressions, rétroactions multiples et surgissements ininterrompus de l'inattendu ou de l'improbable. Elle combine incessamment et parfois indissolublement la civilisation et la barbarie. Elle est le plus souvent esclavage, servage et asservissement dans les conquêtes et colonisations, elle est rarement émancipation et liberté.
Elle est sans cesse progression-régression, transformation de déviances en tendances puis de tendances en déviances.Un petit plaisir divertissant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« La vraie histoire étant mêlée à tout,
le véritable historien se mêle de tout. »
Par ces mots, dans Les Misérables, Victor Hugo signifie que l'Histoire se nourrit de connaissances tirées de toutes les disciplines, notamment des sciences humaines, des récits tels que les Mémoires et les romans, et même des sciences naturelles - ainsi les aléas du climat peuvent-ils avoir une incidence capitale sur les événements historiques.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L'Histoire n'a cessé d'être pour Edgar Morin un sujet de réflexion - y compris l'Histoire à laquelle il a participé. Témoin des atrocités de la guerre, des bouleversements économiques et écologiques, penseur des civilisations, Edgar Morin en a tiré des leçons fondamentales qui éclairent le passé et nous aident à construire l'avenir.

Depuis son poste de vigie, il nous apprend que l'improbable peut advenir, que les destructeurs peuvent être aussi de grands civilisateurs, que les mythes influent puissamment sur le réel, qu'un seul individu peut parfois changer le cours de l'Histoire... Dans un esprit de synthèse particulièrement vif, Edgar Morin nous entraîne dans le grand voyage de l'humanité, de l'Antiquité à nos jours.

Une réflexion profonde et personnelle sur le temps long, nourrie d'une expérience humaine et intellectuelle incomparable.

En slip

Si le slip tel que nous le connaissons aujourd’hui à pris toute la place dans de nombreux pays il n’a pas toujours ressemblé à ce qu’il est devenu. Petit tour d’horizon et d’histoire !

Dans les années 1940 apparaît le premier boxer short. Il s'inspire de celui que portent les soldats d'infanterie américains sous leurs uniformes. À mi-chemin entre le slip et le caleçon, le boxer fait fureur dans les années 1990.
Il doit son nom à la boxe dont les champions portent ces sortes de slips-shorts qui assurent une souplesse de mouvement aux jambes pour marquer le coup.
En slip de Manuela Morgaine
Et c’est drôle, parfois curieux ou déroutant pour un européen nourri aux publicités vestimentaires du 21e siècle qui le déclinent au fil des saisons : moulant, coloré, ample, échancré, minimaliste, coloré, imprimé, boxer, caleçon, synthétique ou en fibres naturelles.

Avec un petit coup de cœur pour un tout dernier chapitre qui interroge nos modes de consommations (sous-)vestimentaires actuelles

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Écoute le bruissement des éléments qui se forment. Te voilà au tout début du commencement. La vigne pousse en nature et le jardin d'Éden est encore inhabité, les grappes de raisin sont gorgées et leurs feuilles hermaphrodites. L'humanité ─ entends l'homme et la femme ─ n'est pas encore venue au monde. La Bible invente d'abord l'Adam seul dans l'Éden, ce jardin aux mille et un fruits, aux végétaux fabuleux nommé paradis. Lui-même, Adam, a été façonné en argile de la main de Dieu. Sexe encore seul, il crée les étoiles, simples étincelles projetées de ses semences. Et puis de sa côte, le long de son flanc, surgit Ève.
Les voilà, couple originel mué de l'argile en corps de chair.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« En slip », ou « Une histoire du slip » est avant tout une histoire de la représentation de l’homme et de son intimité vivante et fantasmatique à travers le monde et les temps du monde. Une histoire de son ingéniosité, de son imagination, de sa poésie et de son érotisme, en parcourant tous les territoires avec la variété de ses inhibitions, exhibitions, coutumes, végétaux et animaux, paysages, températures et tempéraments.
L’ouvrage est composé d'un prologue (La grappe) et de 7 parties (La feuille - La coquille - Le nœud - La peau - L’étoffe - La poche - Le slip). Chacune d’entre elles traite d'une matière, d'une texture. Les petits textes, sous la forme de proses poétiques, qui ouvrent chaque partie, scandent une série d’images non chronologiques, mais plutôt thématiques brassant toutes les époques, cultures et tous les continents. Ces illustrations légendées inscrivent ainsi un contrepoint plus documentaire.

Toutes les époques sont dégueulasses : ré(é)crire, sensibiliser, contextualiser

De la marchandisation de l’art…

Réécrire ou récrire des ouvrages pour ne pas blesser ou pour mieux vendre ? Dans ce petit, tout petit livre, Laure Murat tente de préciser la question et d’éclaircir un peu le sujet afin d’arrêter de tout mélanger. Et elle le fait très bien !

Une affaire de gros sous
Dans la plupart des cas, la visée n'est pas prioritairement la morale, l'antiracisme ou la lutte contre les violences sexistes, comme on essaie de nous le faire croire, mais plus simplement l'argent. Car ces œuvres, qui sont toutes des best-sellers mondiaux, sont en passe de ne plus correspondre aux attentes des nouvelles générations. C'est exclusivement pour conserver leur valeur lucrative que les éditeurs ont procédé à ces nettoyages approximatifs, avant que les héros canoniques comme Miss Marple ou James Bond, notoirement racistes et sexistes, ne deviennent complètement ringards. Et ce n'est évidemment pas un hasard si les œuvres de Roald Dahl ont été récrites juste avant la vente massive des droits à Netflix.
Toutes les époques sont dégueulasses : ré(é)crire, sensibiliser, contextualiser de Laure Murat
Mais ça ne va pas beaucoup plus loin que l’éclaircissement. Et même si elle y précise bien son point de vue, le sujet est bien vite clos.

Une excellente introduction pour commencer à penser sur de bonnes bases en ayant précisé de quoi il était sujet

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Faut-il réécrire les classiques de la littérature ? », « Doit-on réécrire nos livres pour ne pas offenser les sensibilités ? », « Faut-il adapter les classiques à leur époque ? », « Réécriture de romans, une histoire ancienne ? »... Difficile, ces derniers temps, de ne pas tomber sur ces questions pointant, ici, la nécessité de réviser le sexisme de James Bond et le racisme d'Agatha Christie, ou, là, l'antisémitisme de Roald Dahl, en remplaçant des termes jugés offensants pour les minorités.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Depuis quelques années, un malaise s'est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit des textes classiques ou certains best-sellers pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations.

Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S'il s'agissait, dans bien des cas, d'argent et non d'éthique ? Et si la censure n'était pas du côté qu'on croit ? Et si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ?

À l'aide de quelques exemples, Laure Murat tente de rebattre les cartes d'une polémique qui, à force d'amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique.