Il est difficile d’être un dieu

Trouvé dans une liste des livres qui ont participé à l’inspiration (ou à la veine) de 1984, je suis tombé sur ce titre de SF plutôt cocasse.

 ─ Mais non, dit Roumata qui l'examinait avec curiosité. Les Gris sont hors de combat. Ce sont des moines.
 ─ Ça alors! dit le forgeron. Les Gris aussi...
 ─ Mâtin! Quel Ordre! Les Gris sont battus, ça, c'est bien. Mais pour nous autres, seigneur, qu'est-ce que vous pensez ? On s'y fera à leur Ordre ?
Pourquoi pas ? L'Ordre aussi a besoin de manger et de boire. Vous-vous y ferez. »
Le forgeron avait repris courage.
« Moi aussi je pense qu'on se débrouillera. Je crois que le principal, c'est de n'embêter personne et alors, personne ne vous embête, hein ? »
Roumata secoua la tête.
« Non. C'est ceux qui ne font rien qui se font tuer.
 ─ Ça, c'est vrai, soupira le forgeron. Mais que voulez-vous que je fasse, tout seul, avec huit morveux accrochés à ma blouse ? Ah! Si seulement on avait tué mon patron ! Il était officier chez les Gris. Qu'en pensez-vous, noble seigneur, ils l'ont peut-être tué ? Je lui devais cinq pièces d'or.
 ─ Je ne sais pas. C'est possible. Mais tu sais, forgeron, voilà à quoi tu devrais penser : tu es tout seul, eh bien, des tout seuls comme toi, il y en a peut-être dix mille dans la ville.
 ─ Oui, et alors ?
 ─ Eh bien, pensez-y ! » dit Roumata avec colère, et il poursuivit sa route.
Il est difficile d’être un dieu de Arkadi Strougatski et Boris Strougatski, traduction de Bernadette Du Crest
Cocasse principalement parce qu’il a quand même pas mal vieilli (il date de 1964) et qu’ici, les héros de l’espace ne viennent pas de New-York ou Philadelphie, mais sont russes !

Sur terre les humains sont devenus gentils et, en bon voyageurs de l’espace bien condescendants, ils tentent d’aider les peuples arriérés d’autres planètes à sortir de leurs totalitarismes théocratiques révoltants.

Un livre historiquement intéressant mais aux ficelles un peu épaisses

Adapté au cinéma en 2015 par Alexei Guerman

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'arbalète d'Anka était équipée d'un fût en matière plastique noire, d'une corde d'acier chromé, et un seul mouvement de son levier coulissant suffisait à la bander. Anton n'aimait pas les nouveautés, il utilisait un bon vieil engin du même modèle que celui du maréchal Totz, premier roi d'Arkanar : bardé de cuivre, avec un moulinet sur lequel s'enroulait une corde de boyau. Pachka, lui, avait pris une carabine à air comprimé. Paresseux et peu doué pour les travaux manuels, il considérait les arbalètes comme des armes préhistoriques.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La planète Arkanar ploie sous la férule du tyrannique ministre de la Sûreté. Cette société semi-féodale qui persécute ses intellectuels, évoquant à la fois l'Espagne de l'Inquisition, l'Allemagne nazie et la Russie stalinienne, intéresse au plus haut point l'Institut d'histoire expérimentale de la Terre qui, elle, est peuplée depuis longtemps d'humanistes tout-puissants que l'on considère volontiers comme des dieux. Doivent-ils intervenir pour miner le fascisme, ébranler l'obscurantisme? Bien sûr que non! L'Histoire doit suivre son cours naturel. Mais le jeune Roumata va avoir bien du mal à l'accepter, alors qu'il sait combien il est dangereux, pour un dieu, de se mêler de la misère des mortels.