Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Je vous avait rencontré avec Féroces(The End of the World as We Know It: Scenes from a Life) qui m’avait vraiment laissé abasourdi. Quelle force et quelle puissance !
Robert Goolrick
J’ai ensuite lu tout ce que j’ai trouvé, quelle oeuvre !
Voilà, c’est la fin. Dans un bloc de béton avec une centaine d’autres pensionnaires dont la moitié n’y résidera pas plus d’une année. Une fin de vie dans un établissement médicalisé. Des souvenirs pour tout bagage, un bagage qui diminue d’ailleurs.
Se réjouir de la fin de Adrien Gygax
Un moment de réjouissance. Voilà, c’est bientôt fini, je suis prêt, la vie est belle. Elle se termine. Bonheur du crépuscule.
Je ne sais pas si j’y crois, mais c’est très poétique
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Lâcher prise
22 avril 2019
J'ai vécu les poings serrés, me suis agrippé à bien des choses, n'ai rien voulu lâcher. Je tenais à ceci et à cela, tout me semblait devoir dépendre de moi. Voilà un défaut tout à fait humain, nous nous croyons responsables de tout.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Je suis prêt, m'efface délicatement derrière l'éclat d'une dernière joie : celle de voir ma vie se terminer. Je m'en réjouis comme j'ai dû me réjouir de voir ma vie commencer. Je m'en réjouis comme d'une évidence absolue, et parce que je suis enfin conscient et certain, là, maintenant, de la joie inouïe qu'est la vie. »
Tels sont les mots du résident d'une maison de retraite qui nous raconte son histoire et ses bonheurs d'homme au crépuscule de la vie. Hédoniste et mélancolique, il contemple les beautés et les douceurs qui l'entourent.
Un roman qui porte une voix rare, d'une grande délicatesse. Une tendre méditation sur la vie, le temps et la nature
Une autobiographie pleine de recul et de bon sens sur ses choix, les embuches, les traîtrises et les embrouilles. Un monde où les coups bas sont légions dès que l’arbitre a le dos tourné (et même pas toujours) et où on se fait démonter pour 1500€ (et encore).
Je ne sais toujours pas si j’aime la boxe de Brice Faradji
Un livre qui questionne l’égalité des chances quand on vient des banlieues, les contrôles au faciès et l’ascenseur social .
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le toit du monde
Évry, été 2020.
Je suis sur le toit de mon monde. Le toit de l'immeuble où vit ma mère. Le panorama est en béton, les souvenirs reviennent. C'est mon monde d'enfance, une rétrospective où joies et tristesses se mélangent. Une fois par mois, je rends visite à ma mère pour déjeuner. De Paris, à moto, j'ai mis trente minutes.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) C'est l'histoire d'un petit garçon dont le père disparaît. L'histoire d'un adolescent qui grandit avec sa mère courage dans une banlieue triste. Celle d'un jeune homme qui entre un jour dans une salle de boxe. Il n'y connaît rien. Il a peur. Il apprend à boxer, à prendre confiance en lui, à mordre la vie.
De peur de finir pauvre, il va s'obliger à poursuivre des études pour devenir ingénieur et boxeur professionnel en même temps. Du lundi au vendredi, il développe des logiciels, le samedi, il croise le cuir aux Canaries, à Venise ou Donetsk jusqu'à monter sur le toit du monde en devenant champion.
Des matchs truqués en Italie aux bars clandestins en Thaïlande, des valises de billets en Ukraine à l'excellence cubaine, Brice Faradji raconte dans un style sincère et authentique son long voyage dans l'univers du Noble Art. D'ordinaire, ce sont les écrivains qui se fascinent pour la boxe, voici le livre d'un écorché vif devenu écrivain
Dieu était en vacances de Julia Wallach et Pauline Guéna
Comme ça !
Avec l’apparente simplicité d’une histoire racontée, Dieu était en vacances dévoile la Shoah sans voyeurisme ni pudeur. Les pires horreurs de nos inhumanités.
Certes, née en 1927, Madame Wallach n’a plus toujours toute sa mémoire et parfois, certains prénoms s’échappent, mais qu’elle ne s’en excuse pas ! Quel revenant de l’enfer voudrait s’en souvenir ?
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) J'ai l'impression d'être née millionnaire alors qu'on n'a jamais eu grand-chose, sauf l'amour. Je n'ai pas fait d'études, à 20 ans je n'avais pas de métier, je ne savais rien, sauf qu'il fallait tâcher d'être heureux. Mes parents m'ont transmis le talent du bonheur.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Mes souvenirs d'enfance me précipitent tout droit dans la bouche des camps où mes parents ont été assassinés. Je ne peux pas penser à ma mère qui chante un opéra en yiddish dans la cuisine de notre petit appartement sans revoir aussi les policiers qui l'emmènent et elle qui les supplie de m'épargner. Je ne peux pas raviver en moi la haute silhouette de mon père, ses sourcils froncés alors qu'il parcourt le journal, sans l'apercevoir, hagard, déplacer une pierre trop lourde sur un chantier du camp, cherchant timidement autour de lui, espérant revoir sa femme, l'amour de sa vie. »
Julia Wallach a dix-sept ans quand elle est arrêtée avec son père sur dénonciation d'une voisine, en 1943, puis déportée vers Birkenau. Pendant deux ans, elle connaît l'horreur des camps et la marche de la mort à travers la Pologne et l'Allemagne enneigées. En avril 1945, avec quelques femmes, Julia trouve encore la force de s'enfuir. Elle qui a survécu au typhus et aux sélections, aux coups, au froid et à la faim va, pas à pas, se reconstruire, tomber amoureuse et fonder une famille. Une longue marche vers la vie, ponctuée d'éclats de rire et de colère, drapée, avec une élégance sans faille, dans la force de caractère qui n'a jamais cessé de l'animer
Mais pourquoi publier ça ? Quel intérêt, pour qui ?
Liberty de Simon Liberati
Il y a quelques années , Simon Liberati tenait un journal. On y lit ses rencontres (tellement de gens) et des pages entières de livres qui l’inspirent (oui, il lit bien et beaucoup), qu’il se drogue, fait son ménage, baise, a des soucis de fric, d’éditeur, de femmes, de jaloux, qu’il prend des bains… Et donc ?
Quelle publication inutile !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Jeudi 14 février. - Le train de Paris s'arrête, rails brisés. On m'explique qu'il va pouvoir rouler, mais très lentement. Il fait nuit noire. Je cesse de regarder les reflets dans la vitre et je reprends un livre de Jean Chalon.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Avec Liberty, Simon Liberati revient sur « trois mois de galère, les cent jours d'un plumitif aux abois ». Une période tumultueuse durant laquelle l'écrivain navigue entre des relations amoureuses chaotiques, accumule nuits blanches et excès, puis affronte un mystérieux corbeau.
Ce « roman vrai » rassemble toutes les veines du style Liberati. Ainsi y retrouve-t-on le chroniqueur lucide de la débauche, le critique littéraire érudit ou encore le portraitiste intraitable. Au-dessus de ces qualités, domine le moraliste au style éblouissant.
« Pour avoir une vie amusante, je veux dire amusante à raconter, il faut renoncer à l'espoir d'une vie heureuse. Savoir toujours y renoncer à temps fut la plus grande chance de ma vie. »
Ciel donc, ce petit bouquin d’apparence anodine ne serait-il pas justement l’exemple de ce qu’il dénonce ?
Petite philosophie des arguments fallacieux de Luc De Brabandere
Après une première partie plutôt rigoureuse dans laquelle l’auteur liste différentes embrouilles et sophismes suivie d’outils permettant de les détecter, voilà qu’il s’en prend à l’Internet.
Mais là, hélas, la même rigueur n’est plus de mise et les prémisses ne sont plus aussi clairement établies, les faits semblent se mélanger aux opinions pour philosopher sans trop se tracasser de sourcer ou de citer
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) L'art de raisonner est une discipline essentielle, à la fois bien ancienne, mais aussi particulièrement actuelle depuis que l'informatique a envahi une grande partie des activités humaines.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un livre rempart pour se protéger des idées toxiques !
Un argument fallacieux, autrement appelé « sophisme » dans la tradition aristotélicienne, est un argument truqué volontairement pour induire l'autre en erreur. Il donne l'apparence d'un raisonnement correct, il a un côté éblouissant, mais l'argumentation y est falsifiée, viciée ou piégée.
Fake news, novlangue politique et managériale... les arguments fallacieux reviennent aujourd'hui en force car avec Internet, les sophistes disposent d'une arme de persuasion massive.
Dans ce nouvel opus, Luc de Brabandere perce leurs mystères, pour nous permettre de les déjouer. Face à eux, il oppose la pensée critique qui s'avère indispensable lorsque l'on est confronté aux fourberies argumentaires des professionnels du débat ou de la négociation
Après avoir beaucoup apprécié Et mon cœur se serra coécrit avec Antoine Laurain, c’est avec impatience que j’attendais de monter sur ce nuage du Sonneur
Sur un nuage de Le Sonneur
Un voyage toutefois en demi-teinte dans lequel j’ai regretté les textes qui portaient les images ainsi qu’une édition plus soignée aux dessins à la plume et moins pixelisés.
Pour autant, c’est avec beaucoup de plaisir que je me suis laissé porter cet album dans lequel le Sonneur en grand horloger explore les dualités, les ombres et la lumière, la temporalité et l’évasion, le monde et l’introspection
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Je me glisse parmi les nuages, comme dans les plus lointains replis du cœur. Je parcours les vallées blanches et, sous mes pas, mes rêves s’éveillent. Les nuages sont un monde, un peuple. Ils sont nos souvenirs, nos lendemains. Et dans les hauteurs, j’embarque pour une grande traversée, je pars à ta rencontre.
Une petite famille – les parents et l’ado – partent pour une année aux États-Unis à la suite de Monsieur qui a trouvé une place de prof dans une université.
La chance de leur vie de Agnès Desarthe
Et tout le monde se cherche. Monsieur à travers la séduction, Madame à la création artistique et le fils dans une transe mystique.
Qui de trouver ou se trouver, perdre ou se perdre, grandir, s’épanouir ou se faner dans les codes d’une amérique qui ne ressemble guère au Paris quitté (et fantasmé) alors que les attentats du Bataclan bouleversent la France
Et ?
… pas grand-chose en fait
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Hector avait une femme. Elle s'appelait Sylvie. Ensemble ils avaient un fils. Il s'appelait Lester. Un prénom anglais parce que la famille paternelle d'Hector était originaire de Penzance, en Cornouailles, ou plutôt d'une bourgade située au nord de cette station balnéaire. Un village dont on taisait le nom par amour du secret.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Hector, Sylvie et leur fils Lester s'envolent vers les États-Unis. Là-bas, une nouvelle vie les attend. Hector a été nommé professeur dans une université de Caroline du nord. Très vite, son charisme fait des ravages parmi les femmes qui l'entourent.
Fragile, rêveuse, Sylvie n'en observe pas moins avec lucidité les effets produits par le donjuanisme de son mari, tandis que Lester devient le guide d'un groupe d'adolescents qui, comme lui, cherchent à donner une direction à leurs élans. Pendant ce temps, des attentats meurtriers ont lieu à Paris, et l'Amérique, sans le savoir, s'apprête à élire Donald Trump.
Comme toujours chez Agnès Desarthe, chaque personnage semble suivre un double cheminement. Car si les corps obéissent à des pulsions irrésistibles, il en va tout autrement des âmes tourmentées par le désir, la honte et les exigences d'une loyauté sans faille.
Mais ce qui frappe le plus dans cet admirable roman où la France est vue à distance, comme à travers un télescope, c'est combien chacun demeure étranger à son destin, jusqu'à ce que la vie se charge de lui en révéler le sens
Ariane (mariée, trois enfants) tombe amoureuse du serveur du bar d’en bas. Une passion irrésistible, ingérable, absolue et destructrice.
L’homme que je ne devais pas aimer de Agathe Ruga
Son couple, sa famille, sa santé y survivront-ils ?
C’est juste, impeccable et bien monté. Cette descente aux enfers de la passion (qui a osé dire que ça serait agréable) goûte aussi juste que de l’autofiction (en est-ce ?), mais tout cela m’a tout de même laissé un goût de déjà lu, entendu et revu
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ce sont toujours les mêmes personnes, les mêmes musiques. Le bois collant du comptoir, les verres qui s'entrechoquent. Je repère les habitués, les saisonniers et la pénombre au fond de la salle, où personne ne va, sauf moi, très tard, quand je ne tiens plus.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Il y a un an, je suis tombée amoureuse comme on tombe malade. Il m'a regardée, c'est tout. Dans ses yeux, dans leur promesse et ma renaissance, j'étais soudain atteinte d'un mal incurable ne laissant présager rien de beau ni de fécond. Son regard était la goupille d'une grenade, un compte à rebours vers la mort programmée de ma famille. »
Ariane, heureuse en mariage et mère comblée de trois enfants, fait la rencontre de Sandro. Cette passion se propage comme un incendie et dévore peu à peu les actes de sa vie. Ariane est en fuite. L'amour pour son mari, l'attention à son entourage, à la littérature dont elle a fait son métier, sont remplacés par des gestes irrationnels, destinés à attirer l'attention d'un quasi-inconnu. Quels démons poussent Ariane vers cette obsession adolescente ? Quels pères, quels hommes de sa vie ce jeune roi de la nuit ressuscite-t-il ?