Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
C’était avant, et tu en as témoigné. Aujourd’hui, ça ne passe plus vraiment, c’est clair. Mais tu as montré ton temps sans trop de maquillage. Certes, il faisait bon être un homme blanc, fort et viril (mais est-ce que ça a vraiment beaucoup changé ?).
Bertrand Blier
Comme Simenon, tu ne te séparais guère de ta pipe, comme lui, tu as montré la France et ton époque. Tu avais l’humour en plus, un humour triste
Après une première partie fantastique faite de guerre et d’univers parallèles, on découvre un vieil homme, critique littéraire, fatigué et insomniaque parcourant sa vie avec sa petite fille durant une nuit sans sommeil.Seul dans le noir de Paul AusterEt si le début m’a fort déconcerté, la suite est bien plus émouvante, faite de regrets, d’amour et de culpabilité. Mais faut-il se sentir coupable d’événements qui nous échappent ?
Et même…
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. A l'étage, ma fille et ma petite-fille sont endormies, seules, elles aussi, chacune dans sa chambre: Miriam, quarante-sept ans, ma fille unique, qui dort seule depuis cinq ans, et Katya, vingt-trois ans, la fille unique de Miriam, qui a dormi quelque temps avec un jeune homme du nom de Titus Small mais Titus est mort et maintenant Katya dort seule avec son cœur brisé.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. »
Ainsi commence le récit d'August Brill, critique littéraire à la retraite, qui, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad...
Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 septembre n'aurait pas eu lieu et où l'Amérique ne serait pas en guerre contre l'Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Or, tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s'interpénétrer comme pour se lire et se dire l'une l'autre, pour interroger la responsabilité de l'individu vis-à-vis de sa propre existence comme vis-à-vis de l'Histoire.
En plaçant ici la guerre à l'origine d'une perturbation capable d'inventer la « catastrophe » d'une fiction qui abolit les lois de la causalité. Paul Auster établit, clans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l'infatigable et fécond questionnement qu'il poursuit quant à l'étrangeté des chemins qu'emprunte, pour advenir, l'invention romanesque.
Plongée dans les tréfonds peu reluisants de la justice états-unienne et les relations troubles entre les avocats, juges, procureurs et parties civiles… Et quel meilleur endroit pour dévoiler tout ça qu’une boite de nuit avec une bière devant un lap dance ?Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques de Iain LevisonEt c’est drôle, il y a des gueules carrées, de la drogue, des petits loosers et plein de danseuses fort dévêtues…
Et un avocat qui se retrouve empêtré dans un sombre mic-mac bien lucratif
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) « C'est un garçon tellement gentil. Tellement doux. Il a toujours été facile. »
Par-dessus mon bureau en désordre, Mme Nowak me regarde avec ses grands yeux tristes. Son fils vient d'être arrêté, pour la troisième fois, après s'être exhibé dans le bus devant des lycéennes.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Mille dollars de l'heure. Un tarif qui ne se refuse pas quand on est avocat commis d'office obligé de passer ses journées, dimanches compris, à plancher sur les dossiers attristants de petits malfaiteurs sans envergure. Puis à négocier des peines avec un procureur plus puissant que soi mais tellement moins compétent. Alors Justin Sykes, lassé par ce quotidien déprimant, accepte pour ce tarif de se mettre un soir par semaine au service des filles d'un gentlemen's club et de passer la nuit dans le motel d'en face. Sans trop chercher à comprendre. Parce que, c'est bien connu, les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques.
Il serait de bon ton de sourire d’un livre un peu cucul sorti d’une maison d’auto-édition narrant les déboires d’un quarantenaire sur Tinder et Meetic…
Et pourtant, tout cela sonne tellement authentique, si humain, pathétique et consternant d’humanité, même!Frida ou la quête insensée d’un romantique moderne de Timéo ArbakanJulien à la recherche de l’amour sur Internet.
Et c’est drôle ! Certes les clichés y sont légion, mais toutes les romances ne se ressemblent-elles pas dans cette quête surréaliste du grand bonheur ?
Un livre où les peurs et les douleurs crient leur besoin d’amour
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je pourrais faire remonter le début de cette histoire la veille de Noël, sur Meetic.
24 décembre
Bonjour,
Votre portrait me séduit. Mais est-ce réciproque ? Concernant la taille minimum requise, je vais être obligé de marcher sur la pointe des pieds! ;) Quant à l'âge, je vous rassure, j'ai signé un pacte avec le diable ;)
Au plaisir de vous lire,
Julien
P.-S.: et joyeux Noël!
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Célibataire parisien et dépendant affectif, Julien se lance dans une quête éperdue et obsessionnelle sur les sites de rencontres pour trouver l’âme sœur. Ses errements de « romantique sexuel » l’amènent à croiser la route de toute une galerie de personnages féminins plus ou moins déroutants, en particulier Frida, une femme insolite, exubérante et écorchée vive. Leur rencontre va très vite dégénérer en un jeu du chat et de la souris tragi-comique à l’issue d’abord incertaine puis inattendue.
Philippe Delerm s’intéresse à ces petites choses de tous les jours, tout à fait évidentes et qui pourtant nous échappent.Les gens sont comme ça : et autres petites phrases métaphysiques de Philippe DelermAprès ses gorgée de bières à répétitions, il jette un oeil sur ces petites phrases qui jalonnent nos conversations. Clichés inévitables du small talk, de la pensée raccourcie et de l’immédiat. C’est plein de finesse, de douceur et de subtilité.
Le regard est acéré, mais tout ça m’a semblé un peu court peut-être, un peu répétitif aussi
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) « On est entré dans le temps additionnel ! » Il y a un jour où cette phrase du commentateur du match de football ne s'adresse plis à des millions de téléspectateurs mais à vous seul. La métaphore vous dévoile ; vous êtes à la fois l'équipe qui mène au score et celle qui est menée.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Les gens, quels sales types ! » disait Marcel Aymé. Les gens, c’est-à-dire toute l’humanité sauf vous à qui je parle, sauf moi… Que voulez-vous, les gens sont comme ça, si individualistes et grégaires cependant. On ne les refera pas, c’est sûr. Faut-il s’en accommoder ?
À moins d’entrer dans un couvent, la réponse est oui. Alors, vivre avec eux, en conservant la restriction mentale de penser qu’on n’est pas tout à fait comme eux ?
Les gens… C’est dans leur bouche qu’on entend ces petites phrases toutes faites qui nous font sourire, parfois nous désoler, nous moquer souvent. Philippe Delerm a récolté les plus savoureuses : « Tu me donneras la recette », « T’inquiète ! », « C’est ni fait ni à faire ». Sous l’apparente banalité se cachent des vérités plus profondes qu’on ne croit. Les gens, c’est un peu nous aussi ?
Il y a des livres dont on est pas le bon public et qui nous tombent des mains. Et, dans la même situation, il y en a d’autres qui nous accrochent, nous font sourire ou nous touchent.
Et là, je ne suis absolument pas dans la cible, mais franchement, j’ai passé un vrai bon moment avec Miss Jones !Reine de l’Ouest : un western dont vous êtes l’héroïne de H. LenoirDans ce livre dont je suis l’héroïne [sic], me voilà transporté au far-west à faire des choix bien difficiles, à choisir entre deux jumeaux hors-la-loi qui viennent de me détrousser, un major aux délicieuses poignées d’amour, une tenancière de maison close ou un médecin paumé dans une petite ville perdue à côté des forets et des montagnes où l’or scintille au fond des rivières…Un livre chaud, féministe et drôlissime pour y devenir institutrice, infirmière, hors-la-loi, chasseuse de primes, fermière, prisonnière, femme-loup, rédactrice en chef, reine du crime, femme du monde, chercheuse d’or ou trappeuse.
Oui, je le confesse, je n’ai pas tout lu, loin s’en faut ! Il y a tant d’alternatives ! Et pourtant, la lecture est simple, fluide et addictive
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Boston. Massachusetts, juin 1892
- Monsieur Frimousse, non !
Le chat de votre tante vient de s'enfuir par la fenêtre. Ramassant vos jupes, vous vous précipitez sur la terrasse pour vous lancer à sa poursuite. Si elle l'apprend, pire, s'il arrive quoi que ce soit à son précieux Siamois, vous êtes morte.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Boston, 1892
Vous incarnez Miss Jones, une jeune fille de bonne famille, curieuse et large d'esprit. Le mariage ? Non merci ! D'ailleurs, le Grand Ouest - et l'indépendance - et l'aventure - vous attendent...
Entre les faussaires charmeurs, les hors-la-loi rugueux, les Madames de lupanar, les majors poivre et sel, les héritières en fleur et autres rencontres fascinantes, vous aurez joyeusement l'occasion de vous fourrer dans le pétrin.
Finirez-vous institutrice ? Chercheuse d'or ? Infirmière ? Trappeuse ? Épouse respectable ? Ou même... reine de l'Ouest ?
Dans tous les cas, vous resterez vous-même : brillante, drôle et libre, l'inimitable Miss Jones !
Après la magnifique bande dessinée illustrée par Yannick Corboz, j’ai immédiatement recherché l’origine, ce roman de Richard Malka, l’avocat aux remarquables plaidoiries des procès de Charlie Hebdo.Le voleur d’amour de Richard MalkaLa première chose qui m’a marqué, c’était la fidélité de l’adaptation en images. Les éléments, la trame et les personnages et le déroulé de l’histoire y étaient parfaitement rendus. Toutefois, dans ce roman, c’est le journal des deux protagonistes qui sert de fil naratif. Une écriture qui permet d’approfondir les émotions et personnalités d’Anna et Adrian.Une histoire de vampire atypique et – en même temps – fort classique. L’histoire d’une blessure originelle on ne peut plus bateau : le manque d’amour de maman et papa.
Une amusante digression sur la culpabilité… au regard de la profession de l’auteur
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La mémoire ne peut remonter qu'au temps où le langage a été acquis. Avant, c'est impossible. Sans mots, nul souvenir. Pourtant, je me rappelle au-delà de ma naissance. Une sensation, une certitude prénatale : mes parents ne m'aimaient pas.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Qui est Adrian van Gott, le collectionneur d'art sans âge dont nul ne connaît la fortune ? Quel drame a-t-il connu dans la Venise des années 1780 avant de découvrir son étrange et monstrueux pouvoir ? Celui de traverser les siècles. Mais l'éternité a un coût. Mystérieux, douloureux, épuisé par les siècles déjà vécus, Adrian ne peut toucher la femme qu'il aime... Pour lui, l'amour se vole et ne se gagne jamais.
Voilà une critique bien difficile à rédiger tant ce chef-d’oeuvre m’a semblé inabouti. Oui, c’est un chef-d’oeuvre, nul doute. C’est beau, prenant, envoûtant et questionnant. Je suis resté sous le charme de ce livre aux nombreux tiroirs (enfin, aux nombreuses étagères de bibliothèques).La cité aux murs incertains de Haruki MurakamiComme l’auteur s’en explique dans la postface, ce livre est une extension d’une nouvelle du même titre de 1980. Elle servit de matière pour La fin des temps paru en 1985 (que je m’en vais m’empresser de relire et qui – dans mes souvenirs – me semble avoir tant de points communs). Insatisfait, Murarami s’est remis au travail en 2020 et ce livre en est une reprise complète.
Mais pourtant, à la fin de cette lecture, il me semble qu’encore, de grands pans restent inexplorés, de nombreuses portes ouvertes restent béantes et les incessantes répétitions m’ont beaucoup troublé. Choix délibérés de l’auteur ou travail inachevé ?
Une histoire fantastique, d’amour impossible, de disparition et de questionnement sur la propre vie de nos inconscients
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) C'est toi qui m'as parlé de la Cité.
Ce soir d'été, respirant les effluves de l'herbe tendre, nous avons marché vers l'amont de la rivière. Nous avons traversé une succession de gradins formant de petites cascades, et nous nous sommes arrêtés de temps en temps pour observer des poissons argentés, filiformes, qui nageaient dans les nappes d'eau. Nous étions tous deux pieds nus depuis un bon moment. L'eau claire lavait et rafraîchissait nos chevilles, le sable fin de la rivière nous enveloppait les pieds, comme un nuage doux dans un rêve. J'avais dix-sept ans, toi, un an de moins.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Tu dis : « La Cité est entourée de hauts murs et il est très difficile d'y pénétrer. Mais encore plus difficile d'en sortir.
- Comment pourrais-je y entrer, alors ?
- Il suffit que tu le désires. »
La jeune fille a parlé de la Cité à son amoureux. Elle lui a dit qu'il ne pourrait s'y rendre que s'il voulait connaître son vrai moi.
Et puis la jeune fille a disparu.
Alors l'amoureux est parti à sa recherche dans la Cité. Comme tous les habitants, il a perdu son ombre. Il est devenu liseur de rêves dans une bibliothèque.
Il n'a pas trouvé la jeune fille. Mais il n'a jamais cessé de la chercher...
Avec son nouveau roman si attendu, le Maître nous livre une oeuvre empreinte d'une poésie sublime, une histoire d'amour mélancolique entre deux êtres en quête d'absolu, une ode aux livres et à leurs gardiens, une parabole puissante sur l'étrangeté de notre époque.
Comme beaucoup, Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué m’avait bousculé et marqué durablement !
Howard Buten
Je devais avoir moins de vingt ans quand je l’avais lu, et ces mots si proches m’avait tellement ému que, sans plus m’en souvenir, ils me touchent encore.
Homme d’état, écrivain, buveur, fumeur, mangeur, hyperactif, brillant, joueur, dispendieux, charismatique… Churchill a marqué l’histoire.
Un Noël avec Winston de Corinne Desarzens Corinne Desarzans en dresse une biographie volontairement atypique, sautillant de l’anecdote à la grande histoire tout en passant par des pensées plus personnelles. Tant de choses ont été déjà écrites sur ce personnage hors du commun.
Et c’est assez sympa même si, il est vrai, je m’y suis parfois perdu. Tant de personnages, d’événements, une vie tellement folle ne se laisse pas facilement apprivoiser.
Reste le ton et le style de l’écriture, et là, c’est quand même très sympa, un vrai bon moment avec l’exubérant Winston
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le meilleur moment, lors d'une fête, c'est l'avant et l'après.
L'avant, plein d'appréhension, à élaborer les étapes des préparatifs, saisi par l'envie de fuir loin des aiguilles de la montre et d'ignorer le coup de gong à l'arrivée des premiers invités. L'après, une cuisse de poulet à la main, très tard, un sourire ruisselant de graisse, se laissant accueillir par la nuit ouverte.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Tournant le dos à la biographie linéaire en préférant un montage stylistique libre, Corinne Desarzens accueille les moments décisifs, les anecdotes et les histoires qui dessinent le portrait monstre d’un Winston Churchill éclatant et imprévisible. On découvre ainsi, cheminant par séquences dans sa vie, la tension lors du vote de remplacement de Chamberlain, l’atmosphère de la conférence de Yalta, les méthodes mnémotechniques du vieux lion pour retenir ses mille-sept-cents discours, sa demeure qui est un monde en soi, ses dettes, son combustible...
Ce portrait intime d’un homme excessif décrit, par-delà ses défauts et ses qualités, un sauvage, un phénix, un être que rien n’abat.